Auteur : Hito
E-mail : h_hito76@yahoo.fr
Résumé : Jack assiste à une scène
fort déplaisante
Genre: Romance S/J..... Vengeance...
Spoilers: Après Ripple Effect (E13-S09)
Disclaimer : Les personnages et l’univers ne sont pas
à moi mais à la MGM…
Alors désolée, il ne s'agit en aucun cas du lynchage de M... enfin "truc". CLD s'est déjà occupée de son cas et je serais bien incapable de faire mieux ! Bref, c'est juste pour me défouler un peu...
Merci à gjc597, comme toujours, pour son immense soutien! A Helios pour ses corrections! Et à Némésis pour son aide ô combien précieuse! Merci les filles!!!
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- … et il vous suffit d’aller ici.
Jack double cliqua à l’endroit indiqué par le sergent Jones et une liste de liens apparue sur son écran.
Niveau –28 :
- Salle d’Embarquement
- Salle de Commande
- Couloir 01
- Couloir 02
- Etc.
Niveau –27 :
- Salle de Briefing
- Bureau du Commandant de la base
- Couloir 01
- Couloir 02
- Etc.
Niveau –26/-25 :
- Quartiers Privés : OFF
Niveau -24 :
- Ordinateur central
- Salle MALP
- Laboratoire 01
- Laboratoire 02
- Laboratoire 03
- Etc.
Il avait accès à toutes les salles du SGC ! De son bureau au Home World Security et grâce à un nouveau dispositif en réseau, Jack pouvait dorénavant voir tout ce qui se passait à Cheyenne Moutain !
- C’est bon, merci, lança-t-il vivement à Jones qui le salua et sortit de la pièce.
Une fois la porte refermée sur son subalterne,
Jack cliqua sur un des nombreux liens et, après un chargement relativement
court, les images de la Porte des Etoiles apparurent. Un sourire détendit
aussitôt son visage et il s’adossa tranquillement à son fauteuil
afin de l’observer à loisir. Un soldat était posté
en contre-bas, surveillant la Salle d’Embarquement, et deux scientifiques
discutaient passionnément à quelques pas de lui.
Une bouffée de nostalgie vint brusquement le saisir mais il la chassa
immédiatement d’un puissant soupir.
- C’est toi qui l’as choisi, mon vieux… maugréa-t-il pour la forme.
Après quelques secondes à contempler l’immense anneau de métal, Jack se redressa et partit en exploration. A coup sûr, il allait passer un temps fou à sillonner les couloirs du SGC, chose qu’il n’avait plus faite depuis une éternité, lui semblait-il. C’était tellement plus passionnant que de devoir lire tous ces fichus rapports politico-scientifico-rébarbatifs...
Après quelques clics, Jack trouva en partie
ce qu’il cherchait. En Salle de Briefing, Daniel et Teal’c en compagnie
de Landry et Mitchell était réunis autour de la grande table de
réunion et discutaient, la mine soucieuse. Les caméras n’étant
pas munies de micros, seule l’image lui parvenait mais O’Neill savait
que le Briefing à peine terminé, le Général du SGC
l’appellerait pour lui faire son rapport.
Il choisit donc de partir à la recherche de la grande absente. Il avait
déjà tenté, bien avant la salle de Briefing, le «
Laboratoire 02 », lieu de prédilection du Colonel Carter mais la
pièce s’était avérée vide. Patiemment, Jack
fouilla tous les lieux où elle était susceptible de se trouver
et finit par la dénicher dans un des autres laboratoires de la base.
Il sourit aussitôt.
La personne qui avait mis au point ce système de visionnage en réseau lui était inconnue, mais une seule chose était sûre… il allait avoir une superbe promotion !
Pour l’heure, la jeune femme travaillait en
compagnie d’un Asgard du nom de Vasser. Un trou noir à faire exploser,
si sa mémoire était bonne. Après les étoiles, maintenant
les trous noirs... Carter allait avoir un sacré CV !
Posant le coude sur la table et son menton dans la paume de sa main, il observa
avec délectation la jeune femme s’affairer.
Ils étaient censés se voir la semaine prochaine à Colorado Springs, en coup de vent, lui avait-il dit. Mais pour être honnête, il comptait bien rester un peu plus longtemps.
Ils n’avaient pas vraiment eu le temps de parler
d’eux depuis son départ pour Washington. Sam avait du s’occuper
de Cassi, qui avait traversé une période un peu difficile, puis,
quelques mois plus tard, elle avait été réaffectée
au Projet Porte des Etoiles.
Bien sûr, c’était une excuse facile mais Jack estimait qu’ils
avaient eu, tous les deux, besoin d’un peu de temps pour se faire à
l’idée qu’à présent, une relation, entre eux,
était possible. Il était beaucoup trop prudent pour risquer de
tout gâcher en se précipitant.
Mais Jack estimait que l’attente avait suffi.
Un sourire sur les lèvres, il observa la jeune femme rejoindre la troisième personne présente dans le laboratoire. Martouf avait traversé la Porte en compagnie de Janet et O’Neill s’était fait violence pour ne pas rejoindre le SGC afin de voir cette dernière. Seule sa raison lui dictait que faire face à un double ne ferait que renforcer l’impression de perte, de vide que le Docteur Frasier avait laissé derrière elle. Aussi s’était-il contraint à rester à Washington.
Mais concernant Martouf... Eh bien... Il aurait été
malvenu de dire qu’il lui avait manqué.
Ni lui, ni son sourire ultra-bright, ressortant sur une peau plus mâte
que jamais.
Pour être honnête, il ne l’aimait pas. Cet homme avait une
façon de regarder Carter qui l’horripilait au plus haut point.
Et apparemment, que ce soit dans cette réalité ou dans une autre,
ses oeillades avaient la même connotation déplaisante.
Dans un soupir, Jack s’adossa à son siège.
- Ce type est mort ! grommela-t-il, trouvant cependant ridicule d’en être jaloux. Allez, secoue-toi !
Lorgnant sombrement sur la pile de dossiers qui l’attendait,
il se redressa afin de fermer la fenêtre où discutaient encore
Carter et Martouf mais sa main se figea.
Avec l’impression d’avoir reçu un puissant uppercut directement
dans l’estomac, il se rapprocha vivement de l’écran.
C’était déjà fini. Vasser venait d’apparaître et tout était déjà terminé. Mais il n’avait pas rêvé.
Il resta immobile de nombreuses secondes, les yeux
écarquillés, la bouche entrouverte avant de comprendre que la
douleur sourde qui, peu à peu, semblait lui broyer les poumons était
due au manque d’oxygène. Il déglutit et inspira vivement,
surpris de voir la douleur rester toujours aussi vivace. Tel un poison, elle
se propageait dans chaque parcelle de son corps jusqu’à atteindre,
en quelques secondes à peine, son paroxysme.
Alors seulement, il se leva, les mains crispées sur son bureau, le regard
détourné de la fenêtre où Carter, Martouf et Vasser
continuaient d’évoluer. D’un geste tremblant, il éteignit
l’écran de son ordinateur et fit quelques pas dans son large bureau.
Elle avait tenté de l’embrasser.
Cet homme. Un autre que lui.
Six mois qu’ils s’appelaient régulièrement,
qu’ils se laissaient peu à peu la liberté d’échanger
quelques sous-entendus, quelques propos peu équivoques.
Nom de Dieu ! Il n’avait pas rêvé ! Ils étaient à
deux doigts d’être ensemble et elle tentait d’embrasser un
autre homme ?
Il n’aurait su dire à cet instant précis quoi, de la colère et du désespoir, était le plus fort. La douleur rendait sa fureur plus grande à chaque minute. Il étouffait. Il étouffait de chagrin, d’impuissance et d’un autre sentiment qui le terrifiait.
Le vide. La solitude.
Elle venait de tout détruire. Pas seulement ces six derniers mois mais ces neuf dernières années. Il avait l’impression d’avoir perdu son temps à croire en une chose qui n’était pas vraie. Qui était inexistante.
Pourquoi avait-elle fait ça ?
- Pourquoi ? souffla-t-il, cachant son visage anéanti dans ses mains.
Ses doigts crispés glissèrent sur son front et plongèrent dans ses cheveux courts. Il se sentait soudain vieux et fatigué. L’avenir lumineux qu’il s’était imaginé venait de disparaître brusquement et il ne lui restait plus que la grisaille d’une vie solitaire. Morne. Vide et silencieuse. Tentant de reprendre le dessus sur le profond sentiment d’affliction qui l’envahissait, Jack inspira profondément mais l’air eut toutes les difficultés du monde à se frayer un chemin jusqu’à ses poumons. Une masse de plomb broyait à présent son cœur et le faisait suffoquer.
Son visage rayonnait.
Elle rayonnait.
La douleur dans sa poitrine fut soudain intolérable. La pression de ses doigts autour du cadre faiblit et la photo lui échappa des mains.
- C’est terminé, dit-il dans un souffle.
*****************************
Sam avait passé une semaine éreintante ! A peine Janet et Martouf
repartis, le Général Landry les avaient convoqués pour
une nouvelle mission. Celle-ci, qui ne devait durer que deux petits jours, s’était
vue involontairement rallongée par Mitchell. En effet, ce dernier avait
eu la brillante idée de jouer avec l’un des cristaux présent
dans le vaisseau leur servant de refuge, provoquant ainsi une explosion qui
avait plus que jamais compromis leur infiltration dans les rangs ennemis.
Ils avaient donc passé le restant de leur mission à fuir pour rejoindre une planète susceptible de les ramener à la base. C’était la deuxième fois que Cameron commettait ce genre d’erreur. Elle espérait que l’expression « Jamais deux sans trois » ne se vérifierait pas.
En attendant, depuis leur retour, la veille au soir, Michell s’était enfermé dans ses quartiers, mortifié à l’idée d’avoir de nouveau risqué la vie de son équipe. Sam avait bien tenté de le convaincre d’en sortir mais sans succès. Et pour tout dire, elle avait un autre souci en tête.
Jack ne l’avait pas appelée.
A chaque retour de mission, il prenait toujours la peine de la joindre afin de prendre de ses nouvelles. Et encore plus lorsque la mission en question s’était avérée catastrophique. Certes, ils n’étaient arrivés que la veille au soir, mais malgré le décalage horaire, il aurait du tenter de la joindre. Au moins aujourd’hui.
Jetant un œil à sa montre qui indiquait déjà 16h15, la jeune femme quitta son laboratoire. Ses huit appels de la matinée s’étaient tous soldés par un échec, le Général O’Neill étant en conférence. Cela faisait une semaine qu’elle ne l’avait pas entendu et il commençait plus que jamais à lui manquer.
Ce fut plus démoralisée que jamais que la jeune femme rejoignit le bureau de Daniel, où Teal’c et lui l’attendaient pour aller en salle de sport. Lorsqu’elle parvint à destination, elle s’immobilisa sur le seuil.
Daniel était assis sur son bureau et humait le parfum d’un immense morceau de gâteau, avec moult bruitage et gestes inutilement amples. Dans un grondement satisfait, il prit une énorme bouchée, ferma les yeux, et leva le reste de sa pâtisserie en direction de la caméra située un peu plus haut, le tout, sous le regard impassible de Teal’c.
- A quoi vous jouez ? demanda-t-elle, perplexe.
Daniel ne lui accorda aucun regard mais Sam parvint à discerner un sourire sous le chocolat maculant sa bouche. Il prit le temps d’avaler bruyamment sa bouchée et répondit à la jeune femme, sans toutefois cesser son petit jeu avec la caméra.
- Je suis en train de faire enrager Jack ! Il a une réunion dans deux minutes et n’aura pas le temps de manger avant ce soir. Je suis sûr qu’il me regarde en ce moment même !
Le coeur cognant soudain plus vite, la jeune femme jeta un oeil fébrile sur la caméra.
- Le Général est ici ? Dans la salle de surveillance ? demanda-t-elle aussitôt.
Pourquoi donc sa secrétaire lui avait-elle
caché sa présence à Cheyenne Moutain ? se demanda Sam,
non sans incrédulité.
Mais Daniel lui lança un regard surpris avant de reprendre son manège.
- Bien sûr que non. Vous pensez bien qu’il serait venu nous faire un petit coucou.
La jeune femme fronça les sourcils d’incompréhension. De quoi parlait-il donc, alors ? Pourquoi faisait-il tout ce flan devant les caméras ? Malgré son regard interrogateur, Daniel ouvrit grand la bouche et enfourna une autre bouchée, plus conséquente encore que la précédente. Teal’c dut avoir pitié d’elle car il finit par lui expliquer :
- Il peut nous voir grâce au système de réseau nous reliant au Home World Security.
Devant l’expression plus que perdue de Sam, le Jaffa haussa un sourcil surpris.
- Vous n’avez pas encore lu le mémo,
Colonel Carter ?
- Euh... Non... bredouilla-t-elle.
Elle n’en avait pas vraiment eu le temps… puisqu’elle avait passé la matinée, le menton posé dans sa main, à fixer son téléphone dramatiquement silencieux.
Quoiqu’il en soit, ses pensées se tournèrent vers ce que venait de lui apprendre Teal’c. A savoir l’existence d’un système de réseau reliant les caméras du SGC au Home World Security…
Mais avant qu’elle n’ait pu tirer la moindre conclusion de cette nouvelle information, le téléphone se mit brusquement à sonner.
- Je l’savais ! s’exclama Daniel avant de décrocher, tout sourire. Allo ?
Des éclats de voix retentirent et le jeune homme écarta le combiné téléphonique de son oreille dans une attitude très cartoonesque. Lorsque les cris cessèrent, il se contenta de répondre d’un ton joyeux :
- Bon courage pour votre réunion, Jack !
Et il raccrocha.
- Mangez ce gâteau avant de vous entraîner
n’est pas des plus judicieux, Daniel Jackson, indiqua Teal’c.
- Je sais, mais il ne me verra pas dans trois quarts d’heures en train
de vomir mes tripes, répliqua le jeune homme en souriant franchement.
Et ça, c’est le principal !
Il s’avança ensuite vers l’entrée en s’essuyant les mains à l’aide d’une serviette de papier et lança, non sans humour :
- On y va ! J’ai hâte d’y être !
Seul Teal’c esquissa un sourire.
Après une rapide étude de la situation, Sam était bien
trop bouleversée pour cela.
Elle n’avait eu aucun appel du Général
depuis son retour de mission, à l’inverse de Daniel. Et à
présent un système reliait les caméras du SGC au HWS.
D’un geste fébrile, elle attrapa le bras de Daniel qui passait
près d’elle et demanda :
- Depuis quand ? Depuis quand le réseau est-il actif ?
Le jeune homme observa le visage livide de son amie et une lueur d’inquiétude apparut dans son regard.
- Il me semble que ça fait une semaine et demi maintenant. Peut-être deux. Comme le mémo n’a été distribué qu’il y a trois jours, certains se plaignent de ne pas avoir été mis au courant avant mais vous savez comment sont les militaire : « C’est l’armée ici, p’tit gars ! Pas la fonction publique ! » … mais… Pourquoi ? Il y a un problème ?
Plus pâle que jamais, Sam leva une main tremblante sur ses lèvres.
- Mon Dieu… bégaya-t-elle en lâchant
le bras de Daniel.
- Colonel Carter ? Vous vous sentez mal ? intervint Teal’c, qui posait
déjà une main dans le dos de la jeune femme afin de la soutenir.
Mais elle s’écarta de lui vivement et fit quelques pas en direction du couloir.
- Je dois réfléchir… dit-elle hâtivement, avant de rajouter devant la franche inquiétude de ses amis. Ça va. Allez-y sans moi.
Et Sam sortit du bureau.
Elle sentit le regard des deux hommes la suivre jusqu’à ce qu’elle
ait disparu au détour du couloir, puis, une fois hors de leur vue, elle
s’élança au pas de course afin de rejoindre son laboratoire
au plus vite. Lorsqu’elle y pénétra après s’y
être enfermée, ses yeux accrochèrent la caméra. Elle
alla aussitôt se mettre en dessous, dans son angle mort, et se laissa
glisser contre le mur, le visage livide entre ses mains.
Il l’avait vu, songea-t-elle mortifiée.
Il l’avait vu tenter ce stupide baiser.
Le souvenir de cette scène lui semblait si ridicule. Si futile. Après
coup, elle n’avait même pas pu s’expliquer son geste. Pourquoi
avait-elle essayé d’embrasser Martouf ? Par nostalgie ? Par culpabilité
? … Par stupidité ?
- Mon Dieu, non… gémit-elle, les doigts crispés dans ses cheveux.
Elle avait tout gâché.
*****
Jack regarda la jeune femme jeter un rapide coup vers la caméra puis disparaître dans son angle mort.
Elle avait compris.
Il avait senti dans la voix de Miss Temple, sa secrétaire, une franche désapprobation lorsqu’elle lui avait annoncé que le Colonel Carter avait, une nouvelle fois, tenté de le joindre, quelques minutes plus tôt. La curiosité aidant, il n’avait pu s’empêcher d’aller observer la jeune femme grâce à la caméra placée dans son laboratoire. Il l’avait suivie pendant son cheminement dans les couloirs et avait vu son arrivée chez Daniel. Sans le savoir, les pitreries de celui-ci était venu semer le doute dans l’esprit de Sam et il avait joué le jeu auprès de Daniel pour clarifier la situation.
N’ayant pas le son, il avait cependant pu suivre en partie la courte discussion de ses trois anciens coéquipiers. Il n’était pas aisé de lire sur les lèvres lorsque la personne se trouvait si loin mais il avait pu comprendre le principal.
Les yeux braqués sur le laboratoire en apparence désert, Jack soupira.
Pour être honnête, il ne voulait pas se venger d’elle. Il ne voulait pas se venger du tout. Bien que sa colère, son sentiment de trahison étaient toujours intacts, il n’était pas dans ses intentions de prendre une quelconque revanche. Tout ce qu’il désirait, c’était mettre un terme à cette histoire devenue soudain si ridicule, si pathétique. Il voulait tirer un trait sur tout ça. Tirer un trait sur elle. Ne plus rien avoir à faire avec cette femme. Ne plus l’entendre et ne plus la voir.
Enfin... Seule sa raison ne voulait plus la voir.
Une petite voix dans sa tête ne cessait de lui seriner qu’elle n’avait rien fait de mal. Qu’après tout, ils n’étaient pas vraiment ensemble.
Pas vraiment ensemble.
Cela faisait six mois qu’ils l’étaient, à ses yeux. Jamais il ne lui serait venu à l’esprit de regarder une autre femme. Jamais il n’en aurait eu envie. Il avait vécu comme un moine, attendant avec patience, savourant chaque instant, avec cette certitude idiote qu’elle serait à lui dans quelques jours, dans quelques mois tout au plus. Et il se retrouvait comme un imbécile à voir tout cela voler en éclat par un baiser qui n’avait même pas eu lieu.
Par quelque chose qui n’existait même pas.
Un bip vint le sortir de ses sombres pensées et la voix de sa secrétaire se fit entendre :
- Monsieur. Votre réunion va commencer.
- Très bien, répondit-il. J’arrive.
*****
Une fois remise du choc et après avoir passé plusieurs heures
à tourner en rond, les joues brûlantes, le regard rivé au
téléphone et à sa montre, Sam refit un nouvel essai, priant
pour qu’il soit sorti de sa réunion et surtout, qu’il accepte
enfin de prendre son appel.
Elle aurait voulu lui parler de suite, essayer de recoller les morceaux à l’instant où elle avait pris conscience du problème, hélas sa secrétaire lui avait annoncé qu’il venait de quitter son bureau. Ce fut donc avec la peur au ventre, une agitation fébrile et une haine d’elle-même qu’elle passa les cinq dernières heures à ressasser les derniers évènements dans sa tête. Après avoir soigneusement fermé la porte de son laboratoire afin de ne pas être dérangée, elle était restée immobile, cherchant à calmer ses pensées qui se bousculaient dans son esprit.
Pourquoi avait-elle fait cela ?
Comment ferait-elle pour se justifier ?
Comment pourrait-il lui pardonner ?
Elle n’avait pas la moindre réponse à ces trois questions.
Il est vrai qu’elle était un peu fatiguée d’attendre et démoralisée parfois par la distance qui les séparait. Mais jamais il ne lui serait venu à l’idée d’abandonner, de chercher ailleurs.
Alors que s’était-il passé avec
Martouf ? Pourquoi avait-elle essayé de l’embrasser ?
Un besoin de réconfort ? Ou bien une envie de ressentir des émotions
qu’il lui tardait de vivre avec Jack… ?
Peut-être était-ce un peu des deux, en fait.
Mais comment lui expliquer cela sans qu’elle ne passe pour une femme légère ? Comment lui faire oublier sa trahison ?
Oh, certes, ils n’étaient pas à proprement parlés ensemble. Mais justifier son geste par cette excuse n’était pas la solution. Elle le savait. Elle en était persuadée. Cela n’aurait d’autre effet que d’attiser la colère de Jack. Une colère totalement justifiée.
Dans un soupir tremblant, elle composa le numéro de téléphone et attendit que la secrétaire décroche.
- O’Neill.
Bouffées de chaleur, sueur froide, spasme nerveux… Tout y passa en l’espace de quelques fugitives secondes. Ne s’attendant absolument pas à tomber directement sur lui, elle dut fermer les yeux et se concentrer furieusement pour retrouver un semblant d’emprise sur ses nerfs.
A l’autre bout du fil, un silence patient s’était fait mais, de peur qu’il ne raccroche de lassitude, elle finit par bredouiller :
- C’est Carter, Mon Général.
- Je sais que c’est vous, lança-t-il avec agacement. Votre numéro
s’affiche sur mon téléphone.
Pétrifiée par son ton revêche, Sam resserra ses doigts autour du combiné.
- Oui, bien sûr… murmura-t-elle, cherchant désespérément à ralentir les battements désordonnés de son cœur.
Jamais elle ne s’était sentie aussi terrifiée de toute sa vie et c’était un comble pour une femme qui avait été si souvent proche de la mort. Mais il s’agissait de sa survie, justement. De son bonheur. De ce qu’elle avait toujours voulu.
Puisant du courage dans la certitude que leur histoire ne pouvait se finir ainsi, elle inspira silencieusement et se lança :
- Je suis désolée. Je suis… sincèrement désolée, insista-t-elle avec plus de force. Je n’arrive même pas à m’expliquer pourquoi j’ai fait ça. C’était… complètement stupide. Je vous assure que ça ne signifie rien… Strictement rien pour moi. Je… Je n’ai cessé de me demander pourquoi j’avais voulu… et je n’en ai même pas trouvé la raison… Je sais que tout ça n’a pas de sens mais c’est pourtant vrai…
Sa gorge se serra d’appréhension et elle dut s’interrompre un court instant. A l’autre bout du fil régnait un silence de mort.
- « Il» n’a aucune importance et « il» n’en a jamais eu… Je vous en prie, vous devez absolument me croire, conclut-elle, mortifiée par la platitude de ses excuses.
Hélas, qu’aurait-elle pu dire d’autre
?
Mais contre toute attente, le silence qui suivit fut rapidement rompu.
- Et en quoi cela me concerne, tout ça ?
La voix était froide, le ton impersonnel et Sam baissa la tête, le cœur au bord des lèvres.
Il niait.
Il niait non pas ce qui c’était passé avec Martouf, mais tout simplement leur relation. Leur possible relation. Par cette phrase, il réinstaurait la barrière infranchissable qu’ils avaient mis six mois à briser.
- Je vous en prie… murmura-t-elle, tentant de refouler les larmes qui menaçaient de couler. Ne faites pas ça.
Elle se trouvait misérable. Elle était
misérable. Pathétique. Mais quelle importance, du moment qu’il
lui pardonnait.
Le silence, prolongé cette fois-ci, la fit reprendre courage. Il hésitait.
Il fallait qu’il hésite. Il fallait qu’il lui donne une chance.
- Je vous en prie... Dites quelque chose ?
- Que voulez-vous que je vous dise, Colonel ? Vous venez me parler de vos petits
problèmes personnels. Et pour tout vous dire… Je n’en ai
strictement rien à faire.
De livide, elle devint écarlate. Elle l’avait
déjà vu ainsi, humiliant son interlocuteur avec brio sans lui
laisser la moindre chance. Et elle avait toujours souri devant cette faculté
qui lui était étrangère. Il ne faisait jamais cela à
la légère et elle estimait que chaque personne attaquée
l’avait mérité. Mais c’était à son tour,
à présent.
Jamais elle n’aurait pensé en arriver là.
La gorge nouée, elle sentit avec reconnaissance la colère s’insinuer en elle. Certes, elle était coupable mais elle refusait de le voir nier ainsi leurs sentiments. Il l’avait fait pendant trop longtemps.
- Oh si ! dit-elle avec force. Si, car cela vous concerne et nous le savons tous les deux. Ne faites pas ça, s’il vous plait. Ne faites pas comme s’il n’y avait rien. Comme si vous ne ressentiez rien.
Elle se tut un instant, espérant une quelconque intervention, prémisse d’une discussion pouvant tout arranger mais il restait désespérément silencieux.
- Parlez-moi ! insista-t-elle de nouveau. Si vous voulez m’insulter, faites-le ! Si vous voulez me crier dessus, allez-y ! Peu m’importe ! Mais vous devez me parler…
Tout plutôt que ce silence, ce mur entre eux.
Elle le connaissait suffisamment pour savoir que lorsqu’il choisissait
de taire ses sentiments, rien ne pouvait le décider à s’ouvrir
de nouveau. Et elle préférait de beaucoup ses explosions de colère
à son implacable froideur.
Il devait absolument réagir.
- Non, lâcha-t-il cependant avec une indifférence douloureuse. Je ne vous dois rien, Carter. Je ne vous dois rien du tout. Au revoir.
Et il raccrocha.
***
Elle tenait encore le combiné téléphonique
plaqué contre son oreille lorsque Jack reporta son attention sur l’écran
de son PC. Au bout de quelques secondes cependant, elle le reposa et cessa de
bouger. Le regard perdu dans le vide, les mains sur ses genoux, elle restait
immobile et silencieuse, silhouette fragile au milieu de son bureau. Jack l’observa
pendant plusieurs minutes puis finit par fermer la fenêtre.
Il ne servait à rien de se torturer ainsi. Quelle que fut la peine de
Carter, elle n’était rien en comparaison de la sienne.
*****************************
******
Jack jeta un œil à sa montre et soupira de lassitude.
Une heure et demi du matin.
Les yeux mi-clos, le visage fatigué, il regarda machinalement les numéros
s’afficher tour à tour sur le panneau de l’ascenseur le menant
à son appartement. Depuis une semaine maintenant, il accumulait les heures
supplémentaires, ne regagnant son lit que lorsqu’il sentait que,
la tête à peine posée sur l’oreiller, il s’assoupirait
aussitôt.
Il ne voulait pas penser. Il ne voulait surtout pas rester l’esprit suffisamment libre pour laisser ses sentiments le mener vers une apathie qu’il jugeait insupportable.
Mais par-dessus tout, il ne voulait pas entendre
la petite voix dans sa tête qui lui serinait sans arrêt qu’il
devait mettre sa fierté de côté et pardonner.
Elle l’aimait. Il le savait. Il l’avait toujours su. Alors pourquoi
se torturer ainsi l’esprit pour un léger dérapage ?
- Un léger dérapage… grommela-t-il, la mâchoire crispée.
Parvenu au quatorzième étage, l’ascenseur
s’immobilisa enfin et les portes s’ouvrirent. A tâtons, il
chercha l’interrupteur et bientôt la lumière envahit le long
couloir silencieux.
Silencieux mais pas désertique. Son cœur s’emballa furieusement
lorsqu’il reconnut la silhouette élancée de son ancien second,
debout, devant sa porte. Elle venait apparemment de se relever en entendant
l’ascenseur approcher et défroissait nerveusement son pantalon,
le visage tendu.
Retrouvant ses esprits, Jack se ferma aussitôt et approcha de la jeune femme d’un pas raide.
- Qu’est-ce que vous faites ici ? demanda-t-il
sèchement, sortant déjà les clés de son appartement
de la poche de son pantalon.
- Je voulais vous parler.
Bien qu’empreinte de fermeté, la voix de Sam n’en était pas pour autant calme et sereine. Elle soutenait le regard froid de son supérieur mais il pouvait parfaitement lire dans ses yeux son appréhension.
- Et moi, je n’ai rien à vous dire, répondit-il tout en faisant mine de vouloir passer.
Mais elle ne bougea pas, se tenant résolument devant la porte de son appartement.
- Carter… gronda-t-il entre ses dents. Il est
tard et je suis épuisé.
- Je veux vous parler maintenant, sinon vous allez encore trouver le moyen de
m’éviter.
- Mais je ne le veux pas, moi. C’est ça que vous n’arrivez
pas à comprendre. Il n’y a rien à dire. Il n’y a rien
à expliquer… Il n’y a rien du tout, en fait ! s’énerva-t-il,
une lueur inquiétante dans le regard. Tout ça est terminé
!
Plus pâle que jamais, Sam ferma les yeux un bref instant puis leva de nouveau son visage vers lui.
- Je ne peux pas vous laisser faire, lança-t-elle sans pouvoir totalement masquer le léger tremblement de sa voix. Je ne peux pas abandonner. Je vous en prie…
Mais sans lui donner l’opportunité de rajouter quoique ce soit, Jack posa brusquement ses deux mains sur les épaules de la jeune femme et l’écarta sans ménagement de son chemin. Ceci fait, il la lâcha aussitôt, comme si son simple contact lui était intolérable.
- Mon Général… Laissez-moi une chance…
La clef tourna dans la serrure. La porte s’ouvrit et Jack se tourna une dernière fois vers le visage désespéré de Sam.
- Vous savez, Carter… Ce que j’aime dans le verbe « terminer », c’est son côté… définitif.
Et sans rien rajouter, il referma bruyamment la porte
derrière lui.
D’un geste rageur, Jack jeta ses clefs sur la petite table d’entrée
et ôta sa veste d’uniforme qu’il abandonna sur le canapé
du salon. Il rejoignit ensuite la cuisine, se servit un verre d’eau et
revint se poster dans l’entrée. Il but quelques gorgées
mais s’immobilisa soudain en entendant un léger bruit sourd à
travers la cloison. Lorsque le silence revint, il leva de nouveau son verre
et entreprit de le vider avec application. Ceci fait, il le posa sur la table
où gisaient déjà ses clefs puis croisa les bras, le regard
toujours rivé à la porte d’entrée.
Etait-elle encore là ? … ou était-elle partie ?
L’oreille tendue, il attendit quelques secondes supplémentaire, les doigts pianotant nerveusement sur ses bras repliés. Il était étrangement essoufflé et avait la gorge désespérément sèche malgré le verre qu’il venait de vider.
Pourquoi diable se mettait-il toujours dans cet état lorsqu’il s’agissait d’elle… ?
Finalement, n’y tenant plus, il s’approcha
silencieusement de la porte et jeta un œil à travers le judas. Par
chance, le couloir était toujours éclairé et des boucles
de cheveux blonds brillaient au premier plan.
Elle était bien là, appuyée contre le battant.
Le soulagement qu’il en éprouva le fit grogner de frustration. Mais, décidé de ne pas déposer les armes sans s’être vaillamment battu, Jack s’écarta vivement de la porte et rejoignit la salle de bain à grands pas. Le regard rivé sur le petit réveil posé à côté du lavabo, il entreprit de se brosser les dents. L’entreprise, hélas, se solda par une horrible quinte de toux lorsqu’il avala du dentifrice de travers.
- Bordel ! hoqueta-t-il, le nez dans sa serviette de toilette. Elle va finir par me tuer !
Le visage écarlate, furieux contre sa propre faiblesse, il finit par sortir de la salle de bain et rejoignit de nouveau la porte d’entrée. Un coup d’œil à travers le judas ne lui fut guère utile, la lumière du couloir s’étant inévitablement éteinte, aussi, ce fut le cœur battant qu’il fit pression sur la poignée et ouvrit la porte.
Déséquilibrée, la jeune femme, bien présente à n’en pas douter, glissa littéralement dans ses bras préventivement ouverts. Les mains agrippées à ces derniers, le dos à présent immobilisé contre son torse, elle leva brusquement la tête vers lui. Bien qu’il ait gardé un visage hermétiquement fermé, il ne put empêcher son cœur de battre avec frénésie. Le front de la jeune femme était à quelques centimètres à peine de ses lèvres. Ses boucles blondes chatouillaient délicieusement la peau de son cou.
Et son parfum…
Il lui sembla qu’il s’était écoulé une éternité avant qu’il ne reprenne ses esprits et pourtant, la pose dans laquelle ils se trouvaient n’était pas des plus confortables. D’un mouvement souple, il remit Sam sur ses pieds et attendit qu’elle se soit retournée vers lui pour demander :
- Vous pensiez rester là toute la nuit ?
Les joues de la jeune femme se colorant aussitôt, il réalisa brusquement l’ambiguïté de sa question.
- Dans le couloir, Carter, précisa-t-il, sarcastique.
Le rouge s’accentua un peu plus.
- … Eh bien… Je n’y ai pas réfléchi,
en fait…
- Vous n’y avez pas réfléchi… répéta-t-il
avec ironie.
Depuis quand ne réfléchissait-elle
pas à toutes les alternatives possibles ? …
Etant donné que la laisser dormir dans le couloir n’était
bien évidemment pas une option, Jack finit par refermer la porte derrière
eux en soupirant.
- Venez.
- Mon Géné…
- Raaah ! Pas un mot ou je vous fiche dehors ! la coupa-t-il aussitôt
avant de se détourner. Venez !
Obéissante, elle lui emboîta le pas et quelques secondes plus tard, Jack s’effaça pour la laisser entrer dans la chambre d’ami.
- Il y a des draps propres, indiqua-t-il rapidement,
évitant sciemment la jeune femme du regard.
- Merci.
Il grommela quelques chose d’inintelligible puis fit mine de sortir.
- Et demain ? demanda-t-elle hâtivement, de peur d’être coupée.
Demain ?
…
- On verra.
Et il sortit.
*****
Jack soupira bruyamment, prit l’oreiller sous sa tête et l’envoya voler à travers la chambre d’un geste agacé. Cela faisait bien deux bonnes heures qu’il tournait dans son lit, à la recherche d’un sommeil qui ne venait désespérément pas et ses nerfs étaient à bout. Dans un grognement rageur, il se redressa, le corps en sueur, et rejoignit d’un pas lourd la porte de sa chambre. Il ouvrit doucement le battant, tendit l’oreille puis sortit afin de rejoindre la salle de bain. Une fois à l’intérieur, il referma aussitôt derrière lui, alluma la lumière et observa avec exaspération son visage dans le miroir.
Son cœur battait à se rompre dans sa poitrine, des papillons dansaient dans son ventre. Cela faisait des semaines qu’il ne s’était pas senti aussi vivant.
La mélancolie avait fait place à la colère et à l’amertume mais finalement, n’était-ce pas mieux d’éprouver des sentiments aussi violents plutôt qu’une apathie déprimante ?
« Elle » était là. Carter était là et toutes les émotions qu’il avait tenté de réfréner, d’oublier, réapparaissaient avec plus de force encore.
Son sentiment de trahison, son orgueil blessé… et sa passion pour elle.
Les deux camps bataillaient ferme !
Neuf ans à se tourner autour, neuf ans d’attente, et elle venait gâcher leur première chance d’être ensemble ! Elle venait de tout risquer pour un homme qu’elle ne reverrait jamais alors que lui était disponible ! Elle était amoureuse de lui, bon sang ! Alors pourquoi diable avait-elle cherché ailleurs ce qu’il pouvait lui donner ?
Il n’arrivait pas à comprendre et cette incompréhension le rendait fou. Il n’y avait aucune logique à ce geste et Carter elle-même ne parvenait même pas à se l’expliquer!
Alors comment parviendrait-il à lui pardonner ?
Il fixa de nouveau son visage ruisselant dans la glace. Un pli amer était apparu au coin de ses lèvres et la ride entre ses sourcils semblait plus marquée que jamais. Sa colère ne cessait d’enfler dans son cœur et pourtant, le visage décomposé de la jeune femme lui apparut brusquement.
Elle regrettait, c’était évident. Elle souffrait aussi.
Mais s’il ne parvenait pas à faire taire sa rancune, serait-il seulement capable de vivre sans elle… ?
Un bruit étouffé la réveilla en sursaut et Sam, le souffle court, redressa vivement la tête. Malgré les conséquences d’un réveil si brusque – bouffées de chaleur et palpitations - elle rejeta ses couvertures avec force et rejoignit la porte de sa chambre à pas de velours. L’oreille aux aguets, elle attendit à l’affût du moindre bruit mais ne percevant que le silence, elle se dirigea vers ses vêtements soigneusement pliés et les enfila rapidement. Un coup d’œil rapide au réveil lui indiqua six heures trente et Sam se mit à douter d’avoir bien entendu…
Jack O’Neill n’était pas réputé pour être un lève-tôt.
Ouvrant doucement la porte, elle jeta un œil dans le couloir et découvrit celle de la chambre du Général entrouverte. Les mains moites, le cœur cognant plus vite, elle prit le temps de discipliner ses cheveux avant de sortir.
- Mon Général ? appela-t-elle timidement.
Aucune réponse ne lui parvint. Elle rejoignit donc le salon et son regard fut vite attiré par une feuille de papier posée en évidence sur la table basse.
- Mon Général ? appela-t-elle de nouveau d’une voix plus forte.
Mais le silence lui apprit que le bruit étouffé entendu quelques minutes auparavant n’était autre que la porte d’entrée qui s’était refermée. Les clés étaient dans la serrure, Jack ayant certainement jugé préférable de les lui laisser afin qu’elle puisse sortir en cas de problème.
Déçue par son absence, le regard de Sam glissa de nouveau sur la feuille de papier et elle s’approcha. Son nom y était inscrit de l’écriture penchée et énergique du Général.
« Carter »
D’une main plus nerveuse que jamais, elle prit
la feuille et la déplia.
Le message était court :
« Je ne rentrerai pas tard. O’Neill »
Dans un soupir, elle reposa la feuille sur la table
et se laissa tomber sur le canapé.
Tout cela ne l’avançait guère. Certes, il semblait à
présent enclin à parler mais avait-elle vraiment une chance ?
Plus anxieuse que jamais, elle ferma ses paupières alourdies par un manque de sommeil évident mais un parfum familier les lui fit rouvrir rapidement. Sam tourna aussitôt la tête vers une porte qui, apparemment menait à la cuisine. Elle se leva, rejoignit la pièce et sourit en découvrant la cafetière pleine.
Il lui avait fait du café.
La première tasse l’éveilla en partie et la seconde lui rendit tout son optimisme. Certes, rien n’était joué mais il aurait très bien pu lui laisser un autre message du genre : « A mon retour, je veux que vous ayez quitté les lieux ! ».
Non, vraiment. Ce « Je ne rentrerai pas tard » était des plus positifs !
Sortant de la cuisine, elle rejoignit le couloir
menant aux chambres à coucher. Son regard fut bien évidemment
attiré par celle du Général mais elle se contraignit à
se détourner.
D’ailleurs, les effluves d’un autre parfum
venaient d’attirer son attention. Le nez levé, les yeux mi-clos,
elle poussa l’une des portes et pénétra dans la salle de
bain. Une salle de bain indéniablement pour homme. Pas de baignoire mais
une simple douche et un lavabo. Il y avait encore de la buée sur le miroir
et l’air était imprégné de son parfum.
En neuf ans qu’elle le connaissait, il n’en avait jamais changé.
« Pourquoi j’irais essayer autre chose
alors que je suis satisfait de ce que j’ai déjà ! »
s’était-il un jour emporté, après un harcèlement
en bonne et due forme de la part de Daniel au sujet de ses « vieilles
habitudes ».
Même café, même bière, même céréales…
même parfum. Jack O’Neill était un homme fidèle.
Un sentiment de malaise vint brusquement l’étreindre et Sam sortit précipitamment de la salle de bain.
Certes c’était un homme fidèle mais également rigide. Il n’était pas du genre à pardonner. Sa confiance, son respect une fois ôtée, l’était à jamais.
Cela aussi, elle le savait.
*****
Il avait repoussé cet instant le plus longtemps possible et bien que
sa montre n’annonçait que 18h40, Jack estimait qu’il avait
déjà trop tardé. Debout devant la porte de son propre appartement,
il restait néanmoins figé, le cœur cognant dans sa poitrine
à une vitesse effrayante.
Il avait passé la nuit à ressasser sa colère et paradoxalement – même s’il avait longuement tenté de l’ignorer - son soulagement de savoir Carter dans la pièce juste à côté de la sienne. C’était en partie pour cette raison qu’il avait fui les lieux le plus rapidement possible. Hélas, l’éloignement n’avait guère changé les choses et finalement cette journée s’était transformée en une véritable torture.
Il se retrouvait exactement au même point : l’incertitude.
Et ce n’était guère un sentiment qu’il appréciait…
- Advienne que pourra, grommela-t-il en sonnant.
Ayant laissé à la jeune femme le seul jeu de clés qu’il possédait, il dut attendre qu’elle vînt lui ouvrir. Lorsqu’il entendit le verrou tourner, il contraignit son visage à revêtir un masque impénétrable et leva les yeux vers son second qui entrouvrait déjà la porte d’entrée.
Malgré son expression qu’il voulait fermée, le sourire chaleureux qu’elle lui lança en retour provoqua un chambardement indescriptible dans son estomac. Une bouffée d’envie vint brusquement le prendre à la gorge. L’envie de la voir chaque jour de sa vie lui ouvrir la porte, ainsi. L’envie de la voir chaque jour de sa vie lui sourire avec ce même élan, avec cette même lueur dans le regard.
Rien n’avait changé. Malgré ce qui s’était passé, elle restait la seule qu’il voulait. La seule dont il avait vraiment besoin.
Inspirant profondément, Jack redressa la tête et croisa le regard incertain bien que souriant de la jeune femme.
Avec un peu de temps… tout finirait par s’effacer.
Avec un peu de temps… il oublierait…
Ce fut donc d’un pas plus sûr qu’il pénétra dans l’appartement après qu’elle se soit effacée. Il referma la porte derrière lui et Sam s’immobilisa dans l’entrée.
Malgré son sourire qu’elle voulait épanoui, elle se sentait terrorisée. Elle avait réussi à occuper sa matinée en allant chercher ses affaires à l’hôtel puis en faisant quelques courses mais elle avait fini par rejoindre l’appartement avec empressement, de peur qu’il ne rentre en début d’après-midi.
Les heures s’étaient alors écoulées avec une lenteur désespérante. Pendant tout ce temps, elle était passée par toutes les phases possibles et inimaginables : De l’espoir à la terreur, du désespoir à la colère…
Elle se demanda un bref instant s’il n’avait pas eu les oreilles qui sifflaient pendant le trajet le menant jusqu’à son appartement. En effet, aucun de ses nombreux traits de caractère n’avait été épargné…
Mais curieusement, dès que la sonnerie avait retenti, sa colère s’était aussitôt évaporée au profit d’une peur indescriptible.
Revenant à la réalité, Sam regarda son supérieur passer devant elle sans un mot et ôter sa veste d’uniforme. Malgré elle, la jeune femme laissa son regard glisser discrètement sur son large dos et sentit sa gorge se serrer à la vue des muscles saillant légèrement sous le tissu de la chemise.
Sexy… songea-t-elle avant de rougir.
Avoir ce genre de pensées dans un moment aussi grave n’allait certainement pas l’aider.
De son côté, inconscient de l’attention qu’il suscitait, Jack déposa silencieusement sa veste sur le canapé. Lorsqu’il reporta son attention sur la jeune femme, celle-ci avait les yeux baissés et les joues d’un rose suspect. Il profita de ce court instant pour desserrer sa cravate et déboutonner le col de sa chemise.
- Vous voulez une bière ? demanda-t-il contre toute attente. Je n’ai rien d’autre, désolé.
Le cœur battant soudain plus vite, Sam redressa la tête et observa le visage indéchiffrable de son supérieur. Il semblait avoir décidé de se montrer accueillant mais rien n’indiquait qu’il lui avait pardonné. Elle acquiesça donc et balbutia :
- … Avec plaisir… mais je… je me suis permis de faire quelques courses ce matin…
Jack lui lança un regard qu’elle jugea intimidant et elle rougit un peu plus. Sur le moment, elle n’avait pas réfléchi et s’était autorisé quelques achats. A présent, elle s’inquiétait de savoir comment il allait prendre cette petite intrusion, surtout venant d’une femme qu’il n’estimait peut-être plus.
Mais il se contenta de se diriger vers la cuisine sans un mot et revint quelques secondes plus tard avec une bière et un soda light dans chaque main.
- Merci, dit-elle après avoir pris sa canette.
Elle l’ouvrit machinalement et but quelques gorgées avec reconnaissance. La boisson fraîche et sucrée lui redonna du courage.
- Vous avez aussi fait du ménage, maugréa
Jack en jetant un œil un peu partout.
- … Euh oui… bafouilla-t-elle de nouveau, son courage aussitôt
envolé. J’avais besoin de m’occuper.
- La journée a été longue ? demanda-t-il, l’air de
rien, en buvant une gorgée de bière.
Interloquée, Sam observa l’expression innocente de son interlocuteur. Il la regardait par-dessus sa canette avec une insolence volontaire. L’aurait-il faite attendre sciemment… ? Décidée à faire profil bas quoiqu’il lui en coûtât, elle acquiesça.
- Oui. Très longue.
- Bien, se contenta-t-il de répondre sans la lâcher des yeux.
Le cœur battant à se rompre dans sa poitrine, le ventre noué d’angoisse, Sam tenta de soutenir son regard, sans résultat. En temps normal, il n’était déjà pas aisé de le faire mais maintenant qu’elle gardait sans cesse au cœur ce sordide sentiment de culpabilité, cela lui était tout simplement impossible. Elle attendit donc, la tête baissée, qu’il daignât enfin mettre un terme à son supplice… ou lui porter le coup de grâce.
- Eh bien je vous écoute, lança-t-il au bout d’un instant.
Sam leva les yeux vers lui, la gorge sèche.
- Pardon ?
- Vous n’avez rien à me dire ? Si vous êtes là, il
doit y avoir une raison, non ?
A quoi jouait-il ? Voulait-il qu’elle le supplie
?
Ravalant ce qui lui restait de fierté, elle posa sa canette sur la petite
table à côté d’elle et fit un pas vers lui.
- Mon Général… Je voulais vous demander pardon pour…
Elle hésita. Quel était le terme à employer exactement… ?
- Pour ? demanda Jack, avec ironie.
- Pour… pour avoir tenté de… euh…
- D’embrasser un homme, Carter. Vous avez tenté d’embrasser
un homme. C’est un crime capital, vous vous en rendez compte, au moins
?
La note évidente d’humour dans la voix de son supérieur la stupéfia. Elle le fixa un long moment, les yeux écarquillés avant qu’il ne consente à poursuivre.
- Une femme célibataire embrassant un homme célibataire. Il y a de quoi être choqué, non ?
Sam comprit aussitôt où il voulait en venir. Elle scruta avec attention le visage du Général mais bien qu’il sourît légèrement, elle n’était pas convaincue de sa sincérité. Aussi, ne sachant sur quel pied danser, elle choisit de rester prudente :
- Je n’étais pas vraiment célibataire…
- Si, vous l’étiez, trancha Jack, avec gravité. Vous étiez
célibataire, Carter.
Ils se regardèrent silencieusement quelques longues secondes puis il combla lentement les quelques mètres qui les séparaient. Le corps de Sam semblait sur le point de se liquéfier. L’espoir l’étouffait.
- Du moins… je préfère me l’imaginer ainsi, murmura-t-il, en levant une main vers le visage brûlant de la jeune femme…
Le nœud dans son estomac implosa et une vague
de chaleur l’envahit.
Il lui pardonnait. Rien d’autre ne comptait plus que cette seule certitude.
Il lui pardonnait.
- Et maintenant, parvint-elle à articuler, les mains crispées sur son jeans.
Un fin sourire vint étirer les lèvres
de Jack et il plongea ses doigts dans les boucles de la jeune femme. Elle ferma
les yeux d’émotion, sa peau parcourue sans cesse de légers
frissons de plaisir. Elle sentait la chaleur de son corps à quelques
centimètres à peine du sien et respirait avec avidité le
parfum subtil qu’il dégageait. Ses mains tremblaient, son cœur
palpitait, tout son être était bouleversé par sa simple
présence.
Jamais jusqu’ici elle n’avait ressenti cela.
Avec délice, elle sentit son souffle brûlant se rapprocher peu à peu et leva le visage à sa rencontre. Elle voulait ce contact, elle le désirait depuis si longtemps.
- … A partir de maintenant, l’interrompit-il cependant, ses lèvres frôlant doucement les siennes : vous devrez être sage…
Un gémissement de frustration s’échappa de la gorge de la jeune femme tandis qu’il s’écartait légèrement, attendant une réponse :
- Sauf avec vous, Mon Général...
FIN
Sincèrement, j'ai failli faire ma première fic sans happy end! Ca doit se sentir, j'imagine, car j'ai vraiment eu du mal à les faire finir ensemble... "Elle" ne le mérite pas!!
Bref! L'une des plus mauvaises fics que j'ai faite.. je sais. Faut dire que c'est pas évident de tenter d'expliquer une scène qu'on se s'explique pas...
JE HAIS CES SCENARSITES!!!
...
Ah... Et accessoirement je hais Martouf !!!! ...
Rejoignez le C.A.M.!!!