Auteur : Hito
E-mail : h_hito76@yahoo.fr
Résumé: Un réveil gênant...
Genre: Romance S/J, Humour…(un peu)
Spoilers: Courant saison 7 avant Heroes
Disclaimer : Les personnages et l’univers ne sont pas
à moi mais à la MGM…
NB/ : Comme toujours, merci à gjc597, Aurélia
et Hélios ! Un bisou à Logan (Tu verras que finalement, je me
suis éloignée de l’idée d’origine)
Merci à Suz' pour ses corrections!
ATTENTION : Cette fic est réservée à un lectorat majeur.
******************************
C’est un gémissement à son oreille qui la fit revenir
peu à peu à elle. Un gémissement trop réel pour
que les sensations envoûtantes qui parcouraient son corps ne soient qu’un
simple rêve. La chaleur dans ses reins, la fièvre qui la faisait
se tordre de plaisir ne pouvaient être une illusion. Ni les mains qui
glissaient impatiemment sur sa peau, ni le corps massif qui se mouvait au-dessus
d’elle et lui arrachait un cri de volupté à chaque pénétration...
Elle s’arquait à sa rencontre, l’accueillant toujours plus
loin, l’attirant en elle dans un besoin presque vital de le sentir.
Ces sensations tout d’abord brumeuses étaient à présent
beaucoup trop intenses, beaucoup trop fortes pour ne pas être vraies…
Aussi vraie que la sueur de leurs deux corps unis, que le son rauque de sa voix,
de ses gémissements.
Car c’était « sa » voix et « ses » gémissements.
C’était son odeur, c’était sa peau sous ses doigts
avides. Ses muscles nerveux et délicieusement tendus… Ses bras
vigoureux, son dos robuste, ses hanches étroites et puissantes.
- Carter…
Un frisson parcourut tout son corps et elle ouvrit les yeux.
Elle rencontra aussitôt son regard et tous deux se figèrent, le
même ahurissement, la même stupéfaction se lisant sur leurs
visages.
Ils restèrent immobiles, le souffle court, luisants de sueur.
Elle, allongée sous lui et lui… en elle.
La gorge sèche, Sam était incapable de bouger. Les mains toujours
posées sur ses larges épaules, elle gardait son regard limpide
ancré au sien… sombre, noir… brillant. Elle sentait contre
son ventre le mouvement léger de son corps puissant. Un mouvement presque
imperceptible, celui de sa respiration, et qui pourtant attisait le feu qui
brûlait dans ses reins.
Un tremblement le parcourut tout à coup et les muscles de sa mâchoire
roulèrent sous sa peau brunie par le soleil. Il semblait faire un effort
surhumain pour ne pas bouger, pour essayer de faire abstraction de ce corps
souple sous lui, de cette poitrine nue à la blancheur laiteuse.
Curieusement, les questions évidentes qui auraient du leur venir à
l’esprit – Comment étaient-ils arrivés là ?
Pourquoi se trouvaient-ils dans cette situation ? – ne les effleurèrent
même pas. Pour l’heure, retrouver un semblant de calme et gérer
la présence de l’autre étaient tout ce qui leur importait.
Mais comment gérer cela ?
C’était Jack O’Neill en elle. C’était son corps
contre le sien… et son regard qui glissait à présent sur
sa gorge offerte.
Elle le vit pourtant fermer les yeux, les sourcils froncés, la mâchoire
désespérément crispée. Il baissa la tête dans
un suprême effort pour se ressaisir et ses cheveux courts vinrent frôler
les seins de la jeune femme, la faisant gémir. Il se redressa aussitôt,
les yeux plus sombres encore, le visage contracté. S’appuyant un
peu plus sur ses avant-bras, il tenta de s’écarter mais il ne fit
que la pénétrer davantage, leur arrachant un nouveau gémissement
de plaisir.
Sam se mordit violemment la lèvre, fermant les paupières, crispant
involontairement ses doigts sur les épaules de son supérieur.
C’était si bon ! Le sentir en elle !
Et c’était ce qu’elle voulait. C’était ce que son corps appelait
désespérément. Ce contact, cette possession. Lorsqu’elle
rouvrit les yeux, il fixait sa bouche avec une avidité évidente.
Ils étaient perdus.
Dans un état second, elle rajusta ses jambes autour de lui et il se retira
légèrement pour mieux plonger en elle avec une force qui les fit
haleter.
Jack nicha aussitôt son visage dans son cou, écrasant ses seins
sous son torse. Il voulait la toucher, il la voulait contre lui entièrement.
Son ventre, sa poitrine, ses cuisses enroulées autour de ses reins. Ça
le rendait fou.
- Carter… gémit-il.
Elle entendait et sentait son souffle anarchique sur sa joue, l’électrisant
par cette si délicieuse intimité. Les mains de Sam abandonnèrent
alors ses épaules et s’enroulèrent autour de sa nuque. Elle
le serra contre son corps avec frénésie, se cambrant vers lui
pour qu’il l’emplisse entièrement. Et il s’exécuta,
accordant son va-et-vient à son rythme à elle. Redressant la tête,
elle posa ses lèvres sur son cou, traçant de sa langue une ligne
de feu jusqu’au lobe de son oreille. De ses dents, elle en mordit doucement
la chair lui arrachant un soupir. Elle joua avec quelques secondes avant de
glisser de nouveau sur son cou, léchant sa peau salée, rendue
humide par l’effort.
Jack retint difficilement un nouveau gémissement… De frustration,
cette fois-ci.
Dieu qu’il avait envie de la regarder…
Il voulait la voir, la contempler sous lui, les traits crispés par le
plaisir, les yeux mi-clos, les lèvres entrouvertes murmurant son nom…
Il voulait plonger son regard dans le sien, baiser ses lèvres, lui montrer
à défaut de lui dire combien il l’aimait, combien cet instant
était important pour lui.
Mais il ne pouvait pas.
Une partie de lui, sa raison sûrement le bridait, lui interdisait de satisfaire
pleinement tous ses désirs. Alors il restait le visage caché dans
le cou de la jeune femme, les yeux désespérément clos,
savourant malgré tout le contact de son corps sous le sien, les vagues
de plaisir toujours plus puissantes qui déferlaient en lui.
Il sentait ses mains fines glisser sur sa peau, ses ongles s’enfoncer
dans sa chair, mêlant délicieusement la douleur et la volupté
de cette étreinte fiévreuse. Il aurait voulu que jamais cela ne
cesse. Il aurait voulu la prendre encore et encore sans jamais s’arrêter,
sans jamais revenir à la réalité.
- Carter… gémit-il de nouveau, tandis que la jeune femme se cambrait
délicieusement vers lui, lui permettant ainsi de la pénétrer
encore plus loin, toujours plus loin.
Mais sentant la jouissance venir trop vite, il s’arrêta brusquement,
savourant malgré tout le contact de ses reins, de son ventre contre le
sien. Elle se frotta aussitôt à lui, levant de nouveau ses hanches
à sa rencontre, attisant un peu plus encore son désir de la voir,
de la contempler.
Alors, n’y tenant plus, Jack redressa finalement la tête et croisa
le regard de Sam. Ses joues étaient roses de plaisir, ses lèvres
tremblantes, ses yeux brillants. Plus belle… c’était impossible.
Plus désirable, cela ne pouvait exister. Plus aimée ? Non…
aucune femme ne pouvait être plus aimée qu’elle. Aucune…
Bandant ses muscles, il reprit son va-et-vient avec encore plus de force, enivré
par les gémissements toujours plus puissants qui s’échappaient
de ses lèvres. Leurs regards étaient à présent ancrés
l’un à l’autre et Sam s’arqua de nouveau vers lui,
agrippant ses larges épaules, s’abreuvant de son image.
Lui sur elle. Lui en elle. Lui la contemplant avec un désir toujours
plus grand et un émerveillement constant. Jamais il ne l’avait
regardée ainsi. Jamais jusqu’ici. Elle se sentait belle. Elle se
sentait précieuse et aimée. Elle avait déjà lu cela
dans le regard d’un homme mais jamais jusqu’ici cela n’avait
revêtu une telle valeur à ses yeux.
Elle leva une main vers lui et caressa son visage aux traits tendus par le plaisir.
Il se tourna aussitôt pour tracer de ses lèvres un sillon humide
sur sa paume, lui arrachant un soupir de bien-être.
- Embrasse-moi, murmura-t-elle alors, glissant ses longs doigts jusqu’à
sa nuque, l’obligeant ainsi à se rapprocher.
Il ne se fit pas prier et prit sa bouche dans un baiser affamé. Leurs
langues se rejoignirent avec impatience, se mêlant dans une danse violente
et insatiable. Ils avaient faim l’un de l’autre. Une faim rendue
dévorante par près de huit années de frustration. Une faim
entretenue par des regards parfois, par des sourires souvent… et par des
nuits de fantasmes incessants.
Mais quelle importance, tout cela ! Ils le vivaient. Enfin, ils le vivaient...
Sentant monter en elle des vagues de plaisir de plus en plus intenses, Sam voulut
se détacher de ses lèvres mais il les lui reprit aussitôt,
étouffant ses cris de sa bouche sans pour autant cesser de se mouvoir
en elle. Il la maintint serrée contre lui jusqu’à la sentir
se cabrer, le corps secoué de spasmes violents. Alors il se redressa
légèrement, parvenant encore à se contrôler suffisamment
pour regarder la jeune femme emportée par la jouissance. Il voulait enregistrer
cette image : « Elle », sa tête aux boucles blondes rejetée
en arrière, ses jolies lèvres entrouvertes d’où s’échappaient
une longue plainte électrisante, ses paupières closes, ses joues
empourprées… Alors seulement, le plaisir devint trop intense et
il se laissa à son tour submerger…
***
Ils restèrent immobiles l’un sur l’autre pendant quelques
courtes minutes, le temps de reprendre leurs esprits et une respiration moins
anarchique.
Le retour à la réalité fut des plus difficiles. Aucun des
deux ne voulait rompre le lien mais Jack finit néanmoins par se redresser,
évitant cependant soigneusement le regard de la jeune femme.
Il ne se sentait pas encore prêt à faire semblant.
D’un geste doux et précautionneux, il se retira, la libéra
de son poids et se leva.
- ... Où sommes-nous ? parvint-il à demander d’une voix
relativement neutre.
- Je ne sais pas, lui répondit-elle timidement, s’asseyant à
son tour sur la surface surélevée qui leur avait servi de lit.
Regardant autour d’eux, ils parvinrent à discerner les murs sombres
d’une salle étrangement vide. Seul le centre de la pièce,
là où ils se trouvaient encore, était éclairé.
Plongeant dans l’obscurité des extrémités, Jack laissa
son regard s’habituer au manque de lumière et parvint à
distinguer leurs vêtements pliés un peu plus loin. S’en saisissant,
il rejoignit la jeune femme qui tentait tant bien que mal de cacher sa nudité
de ses bras et lui tendit ses habits, le regard toujours fuyant. Ils s’en
vêtirent dans un silence total.
Jack cherchait à remettre ses idées en place. Sa montre affichait
16h35 ce qui laissait sous-entendre qu’il s’était écoulé
deux petites heures entre la dernière fois où il avait regardé
le réveil de sa chambre et maintenant. Son dernier souvenir le ramenait
à ses quartiers, au SGC. Il lisait tranquillement un magazine, allongé
sur son lit et puis... plus rien. Enfin... plus rien... jusqu’à
ce qu’il se retrouve en train de faire l’amour à son second.
Jetant un oeil vers la jeune femme, il observa les gestes maladroits de Carter
et ses efforts pour lasser ses chaussures d’une main relativement tremblante.
Il imaginait aisément son trouble, ses doutes, ses questions... Mais
lui-même avait suffisamment de difficulté à gérer
tout cela pour lui apporter le plus petit réconfort ou la moindre parole
rassurante.
Ils venaient tout juste de finir de s’habiller lorsqu’une lumière
vive envahit brusquement la pièce, suivie rapidement du son caractéristique
d’un sas qui s’ouvre. Les deux militaires se tournèrent d’un
même mouvement vers l’origine de ce bruit et regardèrent
avec effarement leur hôte pénétrer dans la salle.
- Je ne comprends pas ce qui s’est passé, dit celui-ci d’une
voix atone, s’arrêtant devant une console se trouvant à quelques
pas du couple. Vous n’étiez pas censés revenir à
vous tout de suite...
La mâchoire de Jack se crispa dans un suprême effort pour ne pas
hurler.
- Qu’est-ce qui se passe ici ?! demanda-t-il en faisant un pas vers l’Asgard.
Qu’est-ce qu’on fout là ?! Comment se fait-il qu’en
se réveillant, Carter et moi étions en train de...
Mais il se tut, rencontrant le regard à la fois troublé et gêné
de la jeune femme.
- Je suis désolé, O’Neill. Je désirais simplement
expérimenter votre système de reproduction... Vous connaissez
la nécessité pour notre peuple de trouver un moyen de contrer
les effets néfastes du clonage à répé...
- Loki, c’est ça ? l’interrompit brusquement Jack avec agacement,
très peu intéresser par ce blabla scientifique.
- Bien sûr.
- ... C’est pas vrai ! rugit-il en levant les yeux au ciel. Thor n’était
pas censé s’occuper de vous ?
Comme l’Asgard restait silencieux, le fixant de ses grands yeux noirs
inexpressifs, Jack finit par exploser.
- Pour l’amour du ciel ! Vous n’avez pas d’organes génitaux
! Comment voulez-vous trouver la solution de votre problème en nous forçant
à...
Il s’arrêta quelques secondes en secouant nerveusement les mains,
prenant bien soin de ne pas se tourner vers Carter.
- ... Enfin bref ! s’exclama-t-il finalement, en levant un doigt menaçant
vers l’Asgard. Je vous jure que lorsque je verrai Thor, je ferai tout
ce qui est en mon pouvoir pour que vous ne revoyiez jamais la lumière
du jour !
Loki redressa prestement la tête.
- Je... Je suis désolé, O’Neill. Mais je ne vois pas le
problème ? Vous n’aviez pas l’air de souffrir...
A ces mots, Jack rougit violemment et sentit le peu de sang froid qui lui restait
partir en fumée.
- Espèce de sale petite vermine ! s’écrira-t-il en s’avançant
vers l’Asgard, menaçant. Vous ne voyez pas où est le problème
?... Mais Nom de Dieu ! J’ai couché avec Carter ! Voilà
le problème !!
- ... Vous avez fait quoi, Colonel ?
La voix tonitruante du Général Hammond franchit la brume de son
esprit échauffé et Jack cligna des yeux, réalisant que
le décor autour de lui avait brusquement changé. Les deux militaires
ne se trouvaient plus sur le vaisseau Asgard mais en salle de Briefing en compagnie
de SG8 et du commandant de la base de Cheyenne Mountain...
Sous les regards incrédules de l’assemblée, O’Neill
blêmit violemment tandis que Carter virait à l’écarlate.
Le Général, quant à lui, semblait furieux...
- Dans mon bureau, tous les deux !
Fermant les yeux quelques secondes pour retrouver ses esprits, Jack tenta de
contrôler le sentiment de panique qui l’étreignait.
Sept ans d’efforts, de luttes incessantes pour ne pas flancher, de frustration
insupportable pour quoi ? Pour tout foutre en l’air en quelques secondes
!
La mâchoire crispée, il finit par retrouver l’usage de ses
jambes et suivit son supérieur dans son bureau, Carter sur ses talons.
Lorsque la porte fut refermée, Hammond se tourna vers eux, les yeux grands
ouverts dans une expression familière de colère et d’ahurissement.
- Je peux savoir ce qui vient de se passer et d’où vous venez ?
rugit-il, debout, les mains à plat sur son bureau.
Jack vit du coin de l’oeil son second baisser piteusement la tête
et il se redressa, la mine fermée.
- Le Major Carter et moi avons été enlevés par Loki, Mon
Général. Il y a de cela à peu près deux heures.
Je me trouvais dans mes quartiers et...
Il se tourna vers la jeune femme qui répondit à son tour, d’une
voix plus ferme :
- Je travaillais dans mon labo lorsque c’est arrivé.
- Quand on s’est réveillés... reprit Jack avant de s’arrêter,
passablement gêné.
- Eh bien ? demanda Hammond d’une voix glaciale.
- Quand on s’est réveillés, on était en train de...
Il se tut une seconde fois et lança un regard lourd de sens à
son supérieur dont les sourcils se haussèrent aussitôt.
- Bien sûr, dès qu’on a repris conscience, on a arrêté,
continua Jack, mentant sans la moindre hésitation.
Après tout, qu’ils aient continué ou non, quelle importance
? C’était entre elle et lui. Uniquement entre elle et lui... Il
poursuivit donc en expliquant les raisons de Loki et leur retour en salle de
Briefing.
Hammond l’écouta avec attention avant de se laisser tomber lourdement
sur son siège.
- Il ne manquait plus que ça... maugréa-t-il simplement à
la fin de ce récit.
- Je veux qu’on prévienne Thor et qu’il retrouve ce…
cet espèce de...
Jack serra les dents, perdant de nouveau son sang froid.
- Colonel, calmez-vous.
- Me calmer ? Non mais vous vous rendez compte ? Toute la base doit être
au courant maintenant !
- J’en ai parfaitement conscience, croyez-moi ! répondit le Général.
Mais vous n’êtes pas fautifs.
- Allez dire ça à SG8, aux soldats en faction... et aux caméras
qui ont tout enregistré !...
Jack passa une main lasse sur son visage.
- ... J’arrive pas à y croire ! Il a fallu qu’il nous renvoie
juste à ce moment-là ! poursuivit-il furieux. Je vais le tuer.
Si je le croise, je le tue !
- Colonel ! l’interrompit Hammond avec impatience. Nous règlerons
ce problème en temps voulu. Ce qui m’importe pour le moment, c’est
de savoir si vous parviendrez tous les deux à rester professionnels malgré
ce qui s’est passé.
Un blanc se fit dans la pièce.
Rester professionnels ?
Faire comme s’il ne s’était rien passé.
Oublier afin que tout redevienne comme avant.
Jack n’avait pas encore eu le temps de penser à l’«
après » et l’idée d’un retour à la normale
lui sembla à la fois curieusement possible et pourtant étonnamment
irréaliste.
- Bien sûr, s’entendit-il pourtant répondre.
- Oui, déclara à son tour la jeune femme avec une assurance un
peu vexante.
Hammond observa les deux officiers avec circonspection.
Il voulait les croire. Perdre O’Neill et Carter équivalait à
perdre SG1, son équipe phare. Il fallait absolument qu’ils surmontent
cela. Ils le devaient.
- Bien... A l’infirmerie !
Lorsqu’ils sortirent du bureau du Général, Jack sentit
aussitôt le regard curieux et inquisiteur des occupants de la salle de
Briefing. Se tournant vers SG8, il revêtit son visage le plus menaçant.
- Le premier qui parle, je le tue, lâcha-t-il, faisant immédiatement
cesser les sourires et baisser les têtes.
Il jeta également un coup d’oeil vers les gardes en faction et
ceux-ci se raidirent aussitôt.
Jack savait pourtant que tout cela était inutile. Il avait crié
si fort que même les personnes présentes en salle de commande à
l’étage inférieur avaient certainement tout entendu.
Et en effet, lorsqu’ils descendirent l’escalier séparant
les deux pièces, O’Neill eut confirmation que ses craintes étaient
bel et bien justifiées. D’un nouveau regard noir, il fit cesser
les oeillades curieuses et tous deux sortirent silencieusement afin de rejoindre
l’infirmerie.
Marchant côte à côte dans les couloirs, une gêne
et une tension indescriptibles s’étaient inévitablement
instaurées.
Rester indifférent, ne rien montrer. Ne pas penser. Ne pas penser.
Ne pas penser à elle. A sa bouche sur sa peau, à son souffle contre
ses lèvres, à son corps sous le sien, à sa chaleur accueillante...
Jack sentit son coeur s’affoler tandis que les images affluaient brusquement
en lui avec une clarté insoutenable.
D’un geste nerveux mais discret, il frotta son pouce contre ses doigts,
désireux d’en chasser le souvenir de sa peau. La gorge sèche,
il revoyait le corps nu de la jeune femme. Ses épaules d’un blanc
nacré, sa gorge délicieusement offerte, sa poitrine aux formes
pleines tendue vers lui. Il y avait tant de choses qu’il n’avait
pas eu le temps de faire... Tant de caresses qu’il n’avait pas pu
donner.
Sa présence à ses côtés le mettait au supplice. Il
lui semblait que chaque parcelle de son corps était attirée par
elle. Sa démarche souple, le frottement de ses vêtements à
chaque pas, son parfum léger et subtil, sa main si proche de la sienne...
Devaient-ils parler de ce qui s’était passé ? Devaient-ils
aborder ce sujet ? Certainement. Mais pour l’heure, Jack s’en sentait
incapable. Il devait avant tout retrouver la raison et évacuer. Evacuer
le désir qu’il sentait enfler en lui.
Bon Dieu ! D’ordinaire, il lui en fallait plus pour lui faire perdre la
tête ! Une situation extraordinaire ! Sa main frôlant sa poitrine
ou... la vue particulièrement agréable de ses jolies fesses lorsqu’elle
lui tournait le dos et qu’il se savait tranquille pour fantasmer... Mais
pas là... Pas comme ça... Pas alors qu’elle ne faisait que
marcher à côté de lui.
Il tenta aussitôt de se convaincre que les jours parviendraient à
bout de cela. Que cette réaction était simplement due au souvenir
vivace de leur étreinte. Avec le temps, il parviendrait à gérer.
Avec le temps, il oublierait peu à peu. Les sensations, les émotions
ressenties alors faibliraient et tout redeviendrait normal. Certes, il éprouverait
toujours de l’attirance pour elle mais ce serait de nouveau gérable.
Oui, il lui suffisait d’attendre.
Lorsqu’ils parvinrent à l’infirmerie, les chuchotements
des infirmières furent violemment interrompus par la voix cassante de
Janet.
- Remettez-vous au travail immédiatement !
Puis découvrant les deux militaires à l’entrée, elle
se troubla légèrement mais leur indiqua aussitôt leurs lits
respectifs afin qu’ils s’installent pour leurs examens.
Les nouvelles allaient vite, au SGC. Dans moins d’une heure, toute la
base serait certainement au courant.
Sam sentait les regards envieux des infirmières peser sur elle. Certes,
il y avait toujours eu des rumeurs, des ragots sur son supérieur et sur
elle, mais jusqu’ici, ça n’avait été que des
rumeurs... Savoir que l’information venait de la bouche même de
l’un des intéressés rendait la nouvelle plus que fiable.
Dans un soupir, Carter s’assit sur le lit. Pendant que l’un des
médecins s’occupait du Colonel, Janet s’approcha de Sam et
ferma les rideaux autour d’elles.
- Je vais devoir faire des analyses plus poussées, tu en as conscience
?
- Oui.
Le fait d’être restée inconsciente pendant un certain laps
de temps et se réveiller en plein... acte nécessitait quelques
recherches supplémentaires.
Tandis que Janet s’affairait autour d’elle pour les premiers relevés
standards, Sam tentait de trouver un moyen d’aborder le sujet avec son
amie. Mais lorsque celle-ci lui demanda d’ôter le bas, elle ne savait
toujours pas comment le faire. Et pourtant, le Docteur Frasier allait forcément
se rendre compte que leur étreinte avait été à son
terme.
- Détends-toi.
- Facile à dire... maugréa-t-elle, d’une voix vacillante.
Ecoute, Janet... J’imagine que le Général t’a exposé
les faits au téléphone mais... le Colonel a un peu...
- Menti ? finit-elle à sa place. Je m’en doutais. Ne t’inquiète
pas.
Sam se détendit un peu et ferma les yeux pendant le reste de l’examen...
- Bien, déclara finalement Janet au bout de quelques minutes. Rien d’anormal.
J’imagine que tu prends la pilule ?
- Oui.
- Parfait. Tu peux te rhabiller.
- Merci.
Sam remit hâtivement ses vêtements et posa une main douce mais ferme
sur le bras de son amie.
- Tu n’en parleras pas dans ton rapport, n’est-ce pas ?
Le regard du jeune médecin s’adoucit aussitôt.
- Non, mais à une condition.
- Laquelle ?
- Si tu as le moindre souci, je veux que tu viennes m’en parler.
Comme la jeune femme acquiesçait déjà, Janet secoua la
tête et insista :
- Sam... Ce qui s’est passé, vous ne pourrez pas l’oublier
et continuer comme si de rien n’était. Tu en as conscience, j’espère
? Vous devez en parler tous les deux.
- Je sais... Nous verrons.
Devant le regard inquiet de son amie, Sam finit par lui sourire.
- Même si je le voulais, je ne pourrais pas oublier, rajouta-t-elle, une
lueur mutine dans ses yeux bleus.
Janet lui rendit aussitôt son sourire.
- Si j’osais, je te demanderais de me raco...
Mais Sam l’interrompit d’un froncement de sourcils significatif
et buté.
- Argg... soupira le Docteur Frasier, faisant sourire son amie. Tu es trop sage
!... A mon grand regret !
***
Jack était reparti depuis quelques temps déjà lorsque
Sam sortit de l’infirmerie pour rejoindre ses quartiers. Son sourire l’avait
rapidement déserté, remplacé par un regard dur et glacé.
Si les infirmières ne l’avaient pas épargnée, il
en était de même des hommes de la base.
Elle savait qu’elle avait depuis longtemps réussi à obtenir
leur respect grâce à ses compétences scientifiques et militaires
mais la femme, elle, avait toujours été le sujet de paris incessants.
Et tandis que la nouvelle se propageait dans l’enceinte même du
SGC, elle imaginait déjà les propos échangés.
O’Neill avait réussi à se faire Samantha Carter. Le veinard
!
Il allait passer pour un héros auprès de la gente masculine tandis
qu’elle serait reléguée au rang de proie qu’on peut
tenter d’avoir. Jusqu’ici, malgré les rumeurs et les paris,
les hommes s’étaient toujours tenus éloignés, respectant
le soldat. Mais voilà. La femme venait d’être mise en avant.
La femme et tout ce que cela impliquait.
Il faudrait du temps pour que, de nouveau, le soldat reprenne le dessus.
Lorsque Sam pénétra enfin dans ses quartiers, elle s’y
enferma à double tour et s’effondra sur le lit.
Elle ne savait pas exactement ce que le Général prévoyait
pour faire taire les ragots. Une déclaration publique semblait peu probable.
Le temps... Le temps et leur comportement exemplaire arriveraient certainement
à bout de cela.
Un comportement exemplaire. Comment pourrait-elle seulement y parvenir ? Janet
avait raison. Il fallait absolument qu’ils parlent.
Hélas, depuis leur retour, le Colonel semblait vouloir éviter
toute discussion. Il ne la regardait même plus... Mais à quoi aurait-elle
du s’attendre ? A peine avaient-ils repris leurs esprits qu’il s’était
fermé, repassant en mode militaire avec une aisance qu’elle lui
avait aussitôt enviée. Et finalement, qu’il ait fui son regard
était une bénédiction. Lorsqu’il s’était
levé pour chercher leurs vêtements, elle n’avait pu se résoudre
à détourner les yeux. Elle savait parfaitement que leur étreinte
ne serait jamais autre chose qu’un écart. Ils avaient une excuse
toute trouvée en cas de découverte.
Ses yeux avaient donc glissé sur lui avec une avidité surprenante
compte tenu de ses sens apaisés. Debout, à quelques mètres
seulement d’elle, il était d’une beauté et d’une
virilité presque insoutenables. De la ligne dure et énergique
de ses épaules à la finesse et robustesse de ses hanches, de la
courbe douce et galbée de ses fesses à la puissance et nervosité
de ses jambes, tout chez lui respirait force et vitalité.
La douleur qu’elle avait ressentie alors, celle de savoir que jamais plus
elle ne pourrait le toucher l’avait finalement fait se détourner,
les larmes aux yeux.
Survivrait-elle à cette nouvelle forme de frustration et de souffrance
?
Parviendrait-elle à dépasser cela ?
Et Pete, dans tout cela ?
***
Jack repoussa l’un des dossiers qui jonchait son bureau avec agacement.
Cela faisait presque cinq fois qu’il relisait la même phrase sans parvenir à en saisir le sens. Ses pensées étaient
sans cesse troublées par des images de Carter.
Les lèvres de Carter, les seins de Carter, ses jambes interminables enroulées
autour de ses reins. Ses soupirs, ses caresses, ses gémissements...
La liste était bien trop longue... Elle était même interminable.
Là, il ne s’agissait plus de simples fantasmes mais de souvenirs
et ça changeait absolument tout. Ce qu’il ne faisait qu’imaginer
jusqu’ici, la douceur de sa peau, le goût de ses lèvres,
à présent, il savait.
Et il aimait. Dieu qu’il aimait...
Tandis que ses pensées prenaient un tour qu’il refusait, il finit
par se lever, les reins en feu.
Une douche... Il fallait qu’il se soulage un peu...
D’un geste pressé, Jack prit ses affaires de toilettes et sortit
au plus vite de ses quartiers. Son regard glacial eut raison des quelques téméraires
qui se permirent des sourires entendus en le croisant. Son coeur se serra en
songeant à ce que Carter allait devoir supporter le temps que les choses
se calment. Pour sa part, rien ne changerait si ce n’est une admiration
plus grande encore de la part des hommes de la base... Lamentable.
Malgré ce petit interlude, c’est encore échauffé
qu’il pénétra dans la cabine individuelle de douche. Dans
un soupir, il ouvrit le robinet et laissa l’eau couler sur lui avec délectation.
Alors seulement, il se laissa aller.
Fermant les yeux pour rendre plus intenses encore ses souvenirs, Jack revécut
leur étreinte, les sensations troublantes tandis qu’il s’éveillait
peu à peu, le plaisir dévorant de plonger en elle inlassablement.
Car il avait tout de suite su que c’était elle. Qu’est-ce
qui l’avait mis sur la voie ? Son parfum ? Ses gémissements ? La
douceur de sa peau ? Peut-être un peu des trois... Ou peut-être
était-ce simplement l’intensité des émotions qu’elle
faisait naître en lui. Il n’y avait qu’elle pour lui faire
ressentir les choses avec autant de force. Son corps, son coeur, tout son être
l’avait reconnue.
Et lorsqu’il avait ouvert les yeux, lorsqu’il avait croisé
son regard, le désir qui l’avait submergé avait balayé
les derniers lambeaux de sa raison. Il avait lutté pourtant mais le combat
était inégal...
Et ils avaient abandonné, tous les deux, laissant la passion prendre
le dessus.
Le souvenir de ses gémissements le prit brusquement à la gorge.
Les paupières toujours closes, il la revoyait se cambrer vers lui, les
lèvres entrouvertes, le regard voilé par le plaisir. Il sentait
encore la douceur de sa peau sur ses paumes brûlantes.
Il avait envie d’elle... Tellement envie d’elle.
Un son rauque s’échappa de ses lèvres. Le désir au
creux de ses reins devint insupportable.
Alors, s’adossant au mur froid de la douche, il commença à
se caresser, songeant au nombre de fois où il avait fait cela en s’imaginant
avec elle sous cette douche, avec elle dans chaque pièce de cette foutue
base.
Mais à présent, son imagination n’en était que décuplée.
Ses fantasmes se mêlaient aux souvenirs rendant son plaisir plus fort
et paradoxalement plus frustrant. Que n’aurait-il donné pour qu’elle
soit là avec lui à cet instant précis, l’eau ruisselant
sur son corps... ? Il avait envie d’elle comme jamais auparavant. Il avait
envie de glisser les doigts dans ses cheveux, de sentir ses mains fines le caresser.
Il la voulait nue devant lui et prendre tout son temps pour savourer le goût
de sa peau et surtout le plaisir suprême de la posséder. C’est
ce moment qu’il n’avait pas eu, ce moment dont il ne gardait aucun
souvenir. C’est cela qu’il désirait plus que tout : la voir
ouvrir les cuisses à sa rencontre, attirer ses hanches vers lui et frotter
son sexe contre sa moiteur accueillante avant de glisser en elle d’un
long et puissant coup de rein.
Il voulait tout ce qu’il n’avait pas eu le temps de faire. Goûter
ses seins, son ventre, sa féminité, chaque parcelle de son corps.
Il voulait la prendre, encore et encore. Avec passion, avec douceur, avec violence,
avec lenteur, avec frénésie...
Emporté par des images enivrantes, par des sensations toujours plus puissantes,
Jack finit par s’abandonner aux vagues de plaisir qui affluaient en lui.
Serrant les dents, il retint vaillamment le gémissement qui menaçait
de passer le barrage de ses lèvres et retomba quelques secondes plus
tard contre le mur, le souffle court.
Sa jouissance avait été rapide, d’une intensité plus
que médiocre et une fois le plaisir disparu, il se laissa glisser le
long de la paroi. L’eau continuait de glisser sur sa peau mais il n’en
avait même plus conscience.
Jamais il ne s’était senti aussi seul de toute sa vie.
************************
Curieusement, Teal’c et Daniel furent les derniers à apprendre
la nouvelle. Tous se taisaient aussitôt à leur approche si bien
qu’il leur fallut l’indiscrétion d’une tierce personne
pour qu’enfin, ils soient mis au courant.
Après plusieurs heures de traduction pour l’un et de méditation
pour l’autre, les deux hommes se rejoignirent devant la porte des vestiaires.
Ils tressaillirent à peine lorsque la voix de Felger s’éleva
au loin par-dessus le ronronnement de la climatisation :
- Nooooooon !!!!… C’est impoooossiiiiible !!!!
Mais ne se souciant guère des états d’âme du scientifique,
ils pénétrèrent sans attendre dans les vestiaires. La voix
de plusieurs soldats leur parvinrent aussitôt, étouffées,
et Daniel incita d’un geste le Jaffa à rester discret. Celui-ci
leva les yeux au ciel mais accéda néanmoins à sa requête.
Il connaissait parfaitement le goût du jeune archéologue pour les
ragots…
Trois soldats semblaient en pleine conversation de l’autre côté
du vestiaire et Teal’c et Daniel s’approchèrent comme si
de rien n’était de leurs casiers. Un pan de mur les séparait,
protégeant les deux hommes. Le jaffa, peu intéressé par
la discussion, entreprit de prendre quelques affaires tandis que l’archéologue
tendait discrètement l’oreille.
- Non, non, non… ils ne peuvent pas avoir une liaison depuis si longtemps,
sinon Hammond les aurait mis aux arrêts !
- Mais ils le sont peut-être ! Vous les avez vus, vous ?
- Non, ils restent enfermés dans leurs quartiers.
- Ah ben tu vois !
- Ça ne veut rien dire ! Il n’y a aucun garde devant leurs portes.
- Ouais enfin… On parle d’O’Neill et Carter. Hammond leur
fait confiance.
A ces mots, Teal’c se retourna vivement tandis que Daniel ouvrait des
yeux exorbités, le souffle coupé.
- Confiance pour quoi ? Pour suivre le règlement ? s’exclama l’un
des hommes en riant.
Le Jaffa fit aussitôt un pas, la mine sombre, mais Daniel l’arrêta,
posant une main ferme sur son bras.
- Attendez… chuchota-t-il, les sourcils froncés.
- Bah ! De tout façon, je pense qu’il ne s’agit que d’un
écart, reprit un soldat. Ils n’ont franchement pas eu de bol d’avoir
été téléportés en plein milieu de la salle
de Briefing… C’était Thor, au fait ?
- Non, intervint un autre. Une infirmière a entendu le Doc parler de
Loki.
- Allons donc ! Qu’est-ce qu’il vient faire là, celui-là
?
- C’est pas celui qui a déjà fait des expériences
sur le Colonel ?
- Si !
Là, Teal’c et Daniel se concertèrent du regard, la même
perplexité au fond des yeux.
Que s’était-il passé ?
- J’ai une théorie ! Imaginez qu’il ait obligé O’Neill
et Carter à coucher ensemble…
Un blanc accueillit ces propos.
- Mais si ! reprit-il aussitôt. Ils ont bien des problèmes de clonage
! Loki voulait peut-être tester notre moyen de reproduction !
- Mais c’est n’importe quoi ! J’ai jamais vu un scénario
aussi débile !
- Eh !
- De toute façon, inutile de contraindre un homme pour coucher avec Samantha
Carter… O’Neill a du se régaler !
Des rires gras se firent aussitôt entendre et Daniel lança un regard
lourd de sens à Teal’c qui s’avança aussitôt
et contourna le mur de séparation.
Les rires s’étranglèrent de suite dans les gorges et dans
un ensemble parfait, les trois hommes blêmirent violemment.
- Lequel de vous vient de parler ? demanda le Jaffa d’un ton menaçant.
Il n’eut aucune difficulté à déduire qui était
le coupable car le visage de celui-ci prit aussitôt un teint encore plus
terreux.
S’avançant vers lui, Teal’c agrippa le col de sa chemise
et le souleva dans les airs comme s’il s’était agi d’un
vulgaire fétu de paille… Daniel grimaça mais haussa simplement
des épaules.
- Qu’est-ce qui se passe ici !? s’exclama alors une voix glaciale
dans le dos des cinq hommes.
Tous se tournèrent pour faire face au Colonel Reynolds.
- Teal’c ? Je peux savoir ce qui vous prend ? demanda-t-il, les sourcils
froncés.
Le Jaffa acquiesça mais ne relâcha pas pour autant son prisonnier.
- Cet homme a eu des propos avilissants envers le Major Carter. Je m’apprêtais
à lui expliquer le danger d’un tel discours.
- Tiens donc, répondit Reynolds en se tournant vers le soldat. Reposez-le,
Teal’c.
Le Jaffa s’exécuta à contre cœur et le Colonel vint
se placer devant les trois hommes.
- … Avez-vous oublié que le Major Carter est votre supérieur
et que vous lui devez le respect ? demanda-t-il avant de se pencher vers eux,
un brin perplexe. Rappelez-moi combien de fois elle vous a sauvé la vie
?
Il s’arrêta quelques secondes, faisant mine de chercher dans sa
tête, incitant d’un geste les soldats à faire de même.
Daniel sourit devant la mimique concentrée des trois hommes.
- … Tout ça, et oui… finit par acquiescer Reynolds, estimant
les calculs terminés. Et vous ? Qu’est-ce qu’elle vous doit,
exactement ?
La gêne se lut rapidement sur leurs visages et leur supérieur acquiesça
de nouveau.
- Oui… ça fait pas grand chose, c’est certain.
Mais son regard se glaça brusquement et sa voix sèche claqua dans
le silence soudain pesant du vestiaire.
- Corvée de chiotte pour vous trois pendant un mois et un blâme
dans votre dossier. Ça vous apprendra à médire d’un
officier supérieur. Rompez.
Teal’c les regarda passer devant lui avec satisfaction et lorsqu’ils
furent sortis, Daniel se tourna vers Reynolds.
- Vous avez été très sévère. Un blâme…
- Il fallait faire un exemple. Ça n’empêchera pas les gens
de parler mais ils le feront plus discrètement. Je n’ai pas envie
que ça arrive aux oreilles du Major Carter et de Jack.
Et sans un mot de plus, il partit rejoindre son casier.
***
Durant les heures qui suivirent, Sam eut évidemment à supporter
les questions de Daniel mais celui-ci accepta son refus de parler avec une compréhension
surprenante. Quelques bruits de couloir parvinrent jusqu’à la jeune
femme par l’intermédiaire de Janet et notamment des « accrochages
» entre Teal’c et certains soldats un peu trop bavards en sa présence.
Quant au Colonel, il était tout simplement invisible.
Lorsque l’heure du dîner sonna, elle se sentait incapable de se
rendre au mess. Assise sur son lit, elle contemplait la photo de Pete qu’elle
gardait d’ordinaire dans le tiroir de sa table de chevet.
Pete.
Elle l’avait trompé. Bien malgré elle, du moins au début,
mais le résultat était le même. Elle avait couché
avec un autre homme.
Non. En fait… C’était pire que cela.
Elle avait fait l’amour avec un autre homme.
Un profond sentiment de culpabilité vint s’ajouter aux sentiments
violents qui l’étreignaient déjà. Mais curieusement,
il n’était pas du à l’adultère en lui-même
mais aux regrets qu’elle ne parvenait pas à avoir.
Elle avait aimé. Jamais, elle n’avait autant aimé faire
l’amour avec un homme. Jamais jusqu’ici elle n’avait ressenti
cette apogée d’émotions, de sentiments. Et maintenant que
tout était terminé, chaque parcelle de son corps hurlait son désir
de revivre une telle étreinte. Avec « Lui ». Et uniquement
avec « Lui ».
De légers coups à sa porte la firent revenir à la réalité.
Les battements de son cœur s’accélérèrent aussitôt.
- Entrez, répondit-elle en rangeant prestement la photo dans son tiroir.
Le battant s’ouvrit laissant place à Teal’c et Daniel. Sam
tenta de faire taire sa déception. Elle avait bêtement espéré
que le Colonel serait venu la voir pour discuter.
- Vous venez manger ?
La jeune femme secoua aussitôt la tête, un sourire d’excuse
sur les lèvres.
- Je n’ai pas très faim, allez-y sans moi.
Les deux hommes se concertèrent du regard et Daniel referma la porte
derrière eux afin de les isoler du couloir.
- Il vaudrait mieux vous confronter à cette épreuve dès
maintenant, Major Carter, répondit le Jaffa d’une voix apaisante.
Retarder l’échéance ne ferait qu’empirer les choses.
- Teal’c a raison. Montrez que tout cela vous indiffère, que vous
êtes plus forte que tous ces imbéciles.
Sam soupira, croisant nerveusement les bras devant elle.
- Je sais tout cela. J’en ai parfaitement conscience. Ce n’est pas
par lâcheté que j’hésite à m’y rendre.
- Loin de nous cette idée, Major Carter.
La jeune femme sourit doucement devant la mine sérieuse de ses deux amis.
- Partez devant, je vous rejoins.
Après un salut approbateur, Teal’c s’apprêtait à
sortir, mais Daniel haussa les sourcils, hésitant.
- Ce serait plus facile pour vous si on y allait ensemble.
- Qui a dit que j’aimais la facilité ? répondit-elle en
leva la tête avec une pointe d’arrogance et un sourire en coin.
Face à cette assurance évidente, Daniel se détendit et
acquiesça avec entrain.
- Très bien ! A tout de suite alors !
Sam les regarda sortir en agitant la main puis soupira, la gorge nouée.
Il ne lui restait qu’une seule chose à faire.
***
- Carter ?
La surprise qu’elle lut sur le visage de son supérieur ne l’étonna
guère. Elle-même se surprenait toute seule…
Se retrouver devant lui, après qu’ils aient tous deux eu le temps
de penser et repenser à ce qui s’était passé, la
mettait dans un état de fébrilité indescriptible. Mais
elle ne semblait pas la seule dans ce cas.
Jetant un coup d’œil inquiet derrière la jeune femme, Jack
passa une main nerveuse sur sa nuque.
- Euh… Je ne suis pas sûr que ce soit une bonne idée de venir
dans mes quartiers, Major…
- Je ne suis pas là pour… discuter de ce qui s’est passé.
- Ah.
Ils restèrent quelques longues secondes silencieux, lui contemplant ses
chaussures, elle, le regard sans cesse en mouvement.
- Et euh… Vous êtes là pour quoi alors ? demanda-t-il finalement,
après avoir pris une longue inspiration.
Sam rougit légèrement. L’espace d’un instant, en sa
présence, elle en avait totalement oublié les raisons qui l’avaient
amenée jusqu’ici. Il faut dire que ses yeux, bien qu’ayant
la bougeotte, ne cessaient de se poser sur lui.
Ses mains, son ventre, son cou, ses bras… ses reins aussi. Souvent. Elle
se sentait inexorablement attirée par cette partie de lui. Celle qui
lui avait donné tant de plaisir et que son corps réclamait inlassablement…
La gorge sèche, elle parvint cependant à lui répondre.
- Je pense que vous devriez m’accompagner au mess, Monsieur.
Elle redressa la tête et croisa son regard. Ils s’observèrent
un instant, aussi impassible l’un que l’autre.
- Bien sûr, répondit-il finalement.
Sam s’écarta pour le laisser passer et il referma la porte de ses
quartiers avant de la suivre dans le couloir.
Leur arrivée au mess ne passa pas inaperçue mais les sanctions
prises à l’encontre de deux lieutenants et d’un sergent,
quelques heures auparavant, avaient vivement refroidi les membres du SGC. De
plus, personne n’avait vraiment envie de se frotter au Colonel O’Neill.
Aussi les regards curieux se firent discrets et SG1 put manger tranquillement.
Certes, l’atmosphère était quelque peu tendue mais Jack
et Sam parvinrent à donner le change.
Pourtant, après le repas, ils se séparèrent tous sans un
mot et Sam retourna dans ses quartiers, le cœur serré. Qu’était-elle
censée faire ? Comment gérer une telle situation ?
Le regard rivé au téléphone de sa chambre, elle hésita
longtemps mais n’appela pas Pete. Elle ne se sentait pas le courage de
lui parler. Comme tout ce qui avait trait au SGC était confidentiel,
il lui était interdit de raconter ce qui venait de se passer. Mais l’aurait-elle
fait, de toute façon, malgré cette excuse ? Aurait-elle pu lui
avouer sa trahison ?
**************************
Jack toqua à la porte et pénétra dans le bureau du Général
Hammond après y avoir été invité.
Cela faisait presque cinq jours maintenant que l’inavouable s’était
produit et cinq jours que l’ambiance au sein de SG1 était des plus
tendues. Certes, ils continuaient de se rendre tous ensemble au mess, mais mis
à part ces trois moments privilégiés de la journée,
Carter et lui ne se croisaient quasiment jamais... Que ce soit intentionnel
ou pas, d’ailleurs. Alors Jack n’avait qu’une envie : que
les missions reprennent, que la routine vienne à bout de cette situation
de plus en plus pesante. Il fallait qu’ils retrouvent leurs marques…
et qu’ils oublient.
Tendu à l’extrême, il s’avança vers le bureau
de son supérieur, espérant qu’enfin celui-ci lui annoncerait
que SG1 reprenait du service.
- Mon Général, salua-t-il nerveusement.
Hammond redressa la tête et posa son stylo, la mine fermée. Les
deux hommes s’observèrent un instant avant que le silence ne soit
rompu.
- Colonel. J’ai eu des échos concernant des tensions au sein de
SG1…
« Eh merde ! »
- Il n’y a aucune tension, Monsieur, intervint aussitôt Jack, la
mâchoire crispée.
Hammond soupira et s’appuya sur le dossier de son large fauteuil.
- Si. Il y en a. Et il est hors de question que vous repartiez en mission tant
que vous n’aurez pas réglé cette histoire.
O’Neill écarta les bras avec énervement.
- Qu’est-ce qu’il y a à régler ? Tout va très
bien !
- Vous trouvez que tout va bien ? Vous êtes dans mon bureau depuis moins
d’une minute et vous avez déjà perdu votre calme.
La voix d’Hammond claqua sèchement dans le silence de la pièce
et Jack tenta de contrôler la fureur inexplicable qu’il sentait
monter en lui.
Comment voulait-on que SG1 retrouve son unité si on les cloîtrait
de force à la base ? Comment voulait-on qu’il arrange ce qui
s’était passé ?
…
Comment voulait-on qu’il oublie ?
- Ecoutez-moi bien, Colonel, poursuivit le Général d’une
voix radoucie. Je conçois parfaitement que ce qui s’est passé
puisse être difficile à gérer. C’est en parti pour
éviter ce genre de… gêne que la loi de non-fraternisation
existe.
La mâchoire de Jack se crispa.
Le problème vient plutôt de cette foutue loi... ! songea-t-il aussitôt,
la bouche déjà ouverte, mais il se contint.
- Tant que vous n’aurez pas réglé ce… différent
avec le Major Carter, vous ne repartirez pas en mission.
- Mon Général ! s’exclama-t-il aussitôt. C’est
justement en retrouvant une certaine routine que nous pourrons…
Il hésita sur les mots…
« Oublier ? Passer à autre chose ?... »
- … mettre de côté cet incident, finit-il par dire, cherchant
à minimiser un maximum le problème. Nous enfermer chez nous n’arrangera
rien.
- Je ne vous suspends pas pour que vous vous cloîtriez chez vous, Colonel
! Etant donné notre manque d’effectifs en ce moment, SG1 reste
à la base en réserve. Mais vous pourrez rentrer chez vous le soir.
Profitez de ce temps libre pour mettre les choses au point avec votre second.
Le regard de Jack se durcit un peu plus. Il allait devoir parler à Carter…
Cette fois-ci, il n’y couperait pas.
- A vos ordres, grogna-t-il à contre cœur.
***
Sam posa brutalement sa pince coupante sur le bureau et passa une main agacée
dans ses cheveux.
Impossible de trouver la cause de ce disfonctionnement ! Impossible de finir
cette fichue réparation ! Impossible de se concentrer !
Le nœud dans son ventre ne voulait plus disparaître. « Son
» image venait sans cesse parasiter ses pensées rationnelles et
provoquait un véritable chaos intérieur… Elle attendait impatiemment et redoutait à la fois les trois repas de
la journée, attablée avec lui au mess. Incapable de le regarder
en face, elle gardait la plupart du temps le nez plongé dans son assiette
mais n’avait que trop conscience de sa présence juste devant elle.
Parfois leurs genoux se frôlaient sous la table avant de s’écarter
vivement. Parfois leurs regards se croisaient… avant de se détourner
aussitôt. Leur gêne était palpable. Et alors même qu’elle tentait vaillamment de chasser de nouveau
son supérieur de ses pensées, elle sentit tout son corps se raidir
en reconnaissant son pas dans le couloir.
Les mains moites, elle eut juste le temps de les essuyer rapidement sur son
pantalon avant de voir sa haute silhouette apparaître dans l’embrasure
de la porte. Il s’arrêta sur le seuil, hésitant… puis
pénétra dans la pièce et referma derrière lui.
Sam sentit son cœur vaciller.
Voilà… L’heure des explications avait sonné.
Dans un état second, elle l’observa en train de repousser le battant,
luttant quant à elle pour se composer un masque indéchiffrable.
Elle savait qu’elle n’aimerait pas ce qu’elle allait entendre.
Elle savait qu’une partie d’elle en souffrirait atrocement. Elle
devait juste éviter qu’il le remarque.
Déglutissant avec difficulté, elle le vit se retourner lentement,
passant nerveusement une main dans ses cheveux, fuyant son regard. Un silence
pesant s’instaura qu’elle ne se sentit pas le courage de rompre,
même pour lui rendre les choses plus faciles.
Au bout d’un moment, cependant, sa voix grave s’éleva dans
la pièce.
- Bon, Carter… On a un petit souci…
- Je vous écoute, répondit-elle aussitôt d’une voix
neutre.
Le calme apparent de la jeune femme lui fit redresser la tête et il l’observa
cette fois-ci franchement, cherchant à lire à travers ce visage
fermé et cependant réceptif.
- Le général refuse de nous renvoyer en mission avant d’avoir…
Il s’arrêta, agitant la main, cherchant visiblement ses mots.
- … avant d’avoir réglé notre problème ? tenta-t-elle
donc toujours aussi posément.
- C’est ça.
- Je vois.
Nouveau silence.
- Ecoutez, Carter… commença-t-il encore avant de s’arrêter
en soupirant... Je ne sais même pas quoi vous dire…
Il leva un regard gêné vers elle, mais la jeune femme se contentait
de l’observer, toujours impassible. Passant une main lasse sur son visage, il se redressa.
L’idée d’aborder « ce sujet » avec elle le mettait
plus que mal à l’aise. Et surtout, l’idée de dire
quelque chose qui la blesserait lui faisait bien plus peur que de se mettre
à nu. Il se savait si maladroit lorsque cela avait trait aux sentiments…
- Ce qui s’est passé… était inévitable, finit-il
par articuler. Je veux dire… Etant donné la position dans laquelle
nous nous sommes réveillés.
Jetant un coup d’œil vers la jeune femme, il eut la satisfaction
plutôt malvenue de la voir rougir.
Enfin une réaction.
- Je pense que nous n’avons rien à nous reprocher. Ni vous ni moi
sommes vraiment en faute… La preuve ! Hammond ne nous…
- Hammond n’est pas au courant de tout… Monsieur, l’interrompit-elle,
comprenant parfaitement où il voulait en venir.
Et elle avait raison. Le Général ne les considérait pas
responsables car il ne savait pas qu’ils étaient allés jusqu’au
bout…
- Et alors ? répondit Jack, agacé. Pour l’amour du ciel
! On n’est pas des machines ! Désolé, Carter, mais malgré
le respect que je vous dois, se réveiller en train de… de…
enfin bref ! Vous m’avez compris… rendrait n’importe quel
homme… complètement fou…
Pour être plus exact : « se réveiller en train de faire l’amour
avec Samantha Carter rendrait n’importe quel homme complètement
fou. » Et lui, en particulier. Mais avait-il besoin de préciser
?
Croisant de nouveau le regard de la jeune femme, Jack se calma finalement. Elle
restait toujours aussi immobile, dans un stoïcisme à rendre jaloux
Teal’c lui-même.
- Bref… Je suis désolé de ce qui s’est passé
mais pour ma part, c’était inévitable.
Il se tut quelques instants, la gorge nouée par avance :
- Tout ce que je souhaite maintenant, c’est passer à autre chose…
C’est ce que vous voulez, n’est-ce pas ? ne put-il cependant s’empêcher
de demander.
Pourquoi avait-il rajouté cela ? Avait-elle seulement perçu l’accent
presque pathétique qu’avait revêtu sa voix l’espace
d’un instant ?
Qu’espérait-il ? Qu’elle se lève ? Qu’elle crie
sa colère d’être repoussée ? Qu’elle lui crache
à la figure qu’il était l’être le plus égoïste
qui soit ?
- Bien sûr, répondit-elle seulement.
Jack se força à ne pas hurler devant ce calme désespérant.
Il acquiesça cependant, enfonçant nonchalamment ses mains tremblantes
dans les poches de son pantalon.
- Parfait.
Non… Ce n’était pas du tout parfait. Il sentait très
bien que cette conversation, au lieu d’adoucir les choses ne les avait
rendues que plus tendues.
- Eh bien… Je crois qu’on a fait le tour. Si vous avez quelque chose
à rajouter… Si jamais vous sentez le besoin d’en reparler,
n’hésitez pas.
Elle hocha simplement de la tête et Jack finit par se détourner.
Et maintenant ? Comment allaient-ils faire pour retrouver la complicité
qui les avait liés ces sept dernières années ?
***
Sam le regarda partir, les mains cachées sous le bureau, crispées
sur son pantalon. Lorsqu’il disparut enfin, elle se leva, étrangement
vacillante, et rejoignit la porte afin de la refermer derrière lui. Elle
s’appuya ensuite contre le battant, le cœur au bord des lèvres.
Pourtant elle s’y était préparée. Depuis cinq jours,
elle s’était faite à cette idée. Qu’aurait-il
pu dire d’autre, de toute façon… ?
Sam ferma les yeux et se laissa glisser le long de la porte.
Il venait de lui arracher le cœur. Et il ne l’avait même pas
compris.
« Désolé, Carter, mais malgré le respect que je vous
dois, se réveiller en train de… de… enfin bref ! Vous m’avez
compris… rendrait n’importe quel homme… complètement
fou… »
Bien sûr ! Quelle idiote elle faisait d’avoir cru qu’elle
lui avait fait perdre la tête. Que c’était « elle »
qui l’avait rendu fou…
- Tu es la femme la plus stupide qui existe sur cette planète…
***
Jack arrêta sa voiture devant chez lui, contrarié. Depuis trois
heures, il passait et repassait en boucle dans sa tête sa conversation
avec Carter, ou plutôt son court monologue et quelque chose le chiffonnait…
mais quoi ? Il avait l’étrange sentiment d’avoir dit une
connerie…
« Désolé, Carter, mais malgré le respect que je vous
dois, se réveiller en train de… de… enfin bref ! Vous m’avez
compris… rendrait n’importe quel homme… complètement
fou… »
- Eh merde… maugréa-t-il brusquement.
Il avait oublié le « avec vous ». Ca lui semblait tellement
évident qu’il n’avait pas pensé un seul instant à
préciser. D’un autre côté, elle ne semblait pas avoir
mal pris ce qu’il avait dit. Peut-être n’avait-elle pas relevé
?
Jack soupira et sortit de sa voiture. Il s’arrêta cependant, la
main figée sur la portière.
Et si elle avait relevé ? Et si ses propos l’avaient blessée
?
La gorge nouée, il se pencha pour entrer de nouveau dans son véhicule
mais s’immobilisa finalement.
Qu’est-ce qu’il allait lui dire, de toute façon ?
« Salut Carter ! A propos de la conversation de tout à l’heure
! J’ai oublié de préciser que si j’ai continué
notre petit corps à corps c’est parce que je suis littéralement
dingue de vous ! Voilà ! A demain ! »
Superbe ! Elle allait lui rire au nez !
D’un geste rageur, il ressortit de sa voiture et fit violemment claquer
la portière. Une bonne nuit de sommeil lui remettrait peut-être les idées en
place.
***
Lorsque Pete arriva chez elle, Sam l’accueillit d’un sourire figé.
Il ne s’en formalisa pas particulièrement. Il savait le travail
de la jeune femme difficile et surtout secret. La meilleure chose qu’il
pouvait encore faire pour elle, était de l’aider à décompresser.
Mais lorsqu’il la prit dans ses bras, il la sentit se raidir et s’écarta
légèrement d’elle, perplexe.
- Ca ne va pas ? Il s’est passé quelque chose à la base
?
Sam vit dans ces propos sa porte de salut. Jamais elle n’aurait pu supporter
qu’il la touche… pas maintenant, tout du moins. Pas après…
- On a eu… quelques problèmes, oui. Mais je ne peux pas t’en
parler… Je suis désolée.
- Pas de soucis. Je comprends, répondit-il en souriant doucement avant
de s’écarter.
Sam le regarda poser ses affaires sur le canapé et se diriger vers la
cuisine pour se servir un soda.
A la culpabilité qu’elle ressentait d’avoir pris du plaisir
dans les bras d’un autre et de ne rien regretter venait s’ajouter
celle de le voir si confiant, toujours si gentil avec elle.
Sam se força donc à passer la soirée avec lui au lieu de
travailler sur son Portable comme c’était souvent le cas, l’entourant
un maximum afin de faire taire sa conscience. Mais bien évidemment, une
telle attention avait un prix.
Tout son corps se contracta lorsqu’il passa un bras sous ses genoux pour
la porter jusque dans leur chambre. Paniquée, elle bénit un instant
la pénombre de la pièce qui empêchait Pete de voir son visage
décomposé lorsqu’il la déposa sur le lit. La gorge
nouée, elle tenta de se détendre, se raisonnant inlassablement.
Elle aimait Peter. Elle aimait faire l’amour avec lui. Elle aimait qu’il
la touche, qu’il l’embrasse.
Mais Jack… Jack, c’était différent. Avec lui, ça
ne ressemblait à rien de ce qu’elle avait vécu auparavant.
C’était plus fort, plus puissant… Désespérément
parfait…
Un sanglot vint brusquement la saisir, qu’elle étouffa en cachant
son visage dans le cou de son amant. Elle ne pouvait pas le repousser. Pas après
tout ce qu’il avait fait pour elle. Sa gentillesse, sa tendresse…
Mais faire l’amour avec lui après avoir connu ça…
C’était au-dessus de ses forces… Devoir le toucher, le caresser…
Non…
Il n’y avait qu’un moyen.
- S’il te plait… murmura-t-elle soudain, le repoussant légèrement.
Je voudrais quelque chose de… particulier…
Le jeune homme redressa aussitôt la tête, une lueur amusée
dans les yeux.
- Ah oui ? répondit-il, un sourire ravi sur les lèvres. Et qu’est-ce
qui ferait plaisir à mademoiselle ?
Sam ferma les yeux avant de lever les bras au-dessus de sa tête dans une
pose faussement langoureuse.
- Je voudrais que tu fermes les volets, et que tu m’attaches les mains…
- Mmmm… A tes ordres, chuchota de suite Pete avant de sauter hors du lit
à la recherche d’un foulard dans la commode de la jeune femme.
Il revint près d’elle quelques secondes plus tard, lia les poignets
de Sam et ferma docilement les volets avant de peser de nouveau sur elle de
tout son poids.
- Et maintenant ? grogna-t-il contre son oreille, fondant déjà
sur sa bouche avec avidité.
- Maintenant… tu me fais l’amour, répondit-elle en mordillant
la lèvre inférieure de Pete. Mais plus un mot…
Plus un mot… Juste des mains courant sur son corps, des lèvres
baisant sa peau, un homme plongeant en elle. Un homme qu’elle ne pouvait
reconnaître au toucher, ses mains étant liées.
Alors elle ferma les yeux et laissa les souvenirs affluer.
Et elle se détesta. Elle se détesta d’imaginer les mains
de Jack glisser sur elle. Elle se détesta de soupirer sous les baisers
de son supérieur et non de Peter. C’est Jack O’Neill qu’elle
imaginait sur son corps, en elle. C’est avec lui qu’elle faisait
l’amour.
***
Des pas feutrés se frayèrent un chemin dans son esprit semi-comateux.
Il était au seuil d’un profond sommeil mais son instinct lui laissait
toujours la possibilité d’intervenir au moindre son suspect.
Mais il ne mit pas longtemps à se détendre. Ces pas, il les connaissait.
Tout allait bien.
Oui… Tout allait bien…
Merveilleusement bien, même, songea-t-il le corps parcouru d’un
long frisson de plaisir.
Des mains, « ses » mains, glissaient sur ses chevilles, remontant
lentement le long de ses mollets, de ses jambes puissantes. Ses doigts le frôlaient,
redessinant la courbe de ses muscles nerveux avec un soin particulier. Elle
s’arrêta un instant à hauteur de ses genoux, frottant doucement
son joli nez contre lui, baisant tendrement les nombreuses cicatrices qui le
lançaient parfois. Puis elle reprit son ascension avec une lenteur presque
insoutenable. Il sentait ses lèvres contre sa peau nue, suivre la même
trajectoire, effleurant ses muscles déjà crispés par l’attente.
Il savait où elle allait et c’était là qu’il
voulait la sentir. Un gémissement s’échappa de sa gorge
lorsqu’elle parvint à l’intérieur de ses cuisses,
mordillant la chair avant de frôler son membre déjà tendu
par le désir…
Il plongea une main tremblante dans les boucles blondes de la jeune femme, crispant
ses doigts lorsque son souffle brûlant le caressa enfin.
- Carter… murmura-t-il, se tendant vers elle pour qu’elle le prenne
entre ses lèvres.
… Mais elle le délaissa, poursuivant son ascension, traçant
de sa langue un sillon humide sur son ventre, lui arrachant un soupir de frustration
mêlé de plaisir. Il ferma les yeux, savourant sa présence
sur lui, son corps qui peu à peu se lovait contre le sien. Leurs jambes
s’enlacèrent, ses mains fines glissant toujours sur son corps,
redessinant les muscles de son torse, de ses épaules pour se nouer derrière
sa nuque. Le goût de ses lèvres lui revint alors en mémoire
avec une précision étonnante et Jack tendit son visage vers celui
de la jeune femme avec avidité.
- Carter…
- Pete… soupira-t-elle alors contre sa bouche.
La douleur au creux de son ventre le fit suffoquer. Il tenta aussitôt
de la repousser mais elle continuait de le caresser, gémissant le nom
de l’autre à son oreille, frottant son corps contre lui, mettant
le feu à ses reins et son cœur en miette à chaque assaut.
Il rêvait… Non, il faisait un cauchemar. C’était elle
sur lui, le chevauchant, le guidant en elle et se mouvant sur son corps…
mais c’était l’autre qu’elle appelait, c’était
son nom qu’elle gémissait sans cesse. Et malgré cela, le
plaisir enflait inlassablement en lui au rythme de ses longs coups de rein,
de ses mains insatiables sur sa peau. Le souffle de Jack se faisait anarchique,
tandis qu’il cherchait à résister, à s’éveiller
de ce rêve odieux, à lutter contre son inconscient qui lui faisait
ce cadeau empoisonné.
Enfin, peu à peu, les sensations se dissipèrent, le laissant harassé,
le corps tendu, partagé entre le désir et le dégoût.
Retrouvant toutes ses facultés, il finit par se redresser, regarda son
réveil et passa une main lasse sur son visage en sueur. Il n’était
que cinq heures trente du matin... Dans un soupir, il se leva et partit prendre
une douche afin de faire disparaître les dernières images de ce
cauchemar abject.
Lorsqu’il ressortit de la salle de bain quelques minutes plus tard, il
se sentait un peu mieux mais n’était pas plus avancé.
S’il avait pensé avoir réussi à mettre ses sentiments
de côté, il s’était bien leurré. Apparemment,
la petite discussion de la veille avec Carter n’avait fait qu’empirer
les choses. La savoir avec un autre homme avait toujours été difficilement
supportable mais son bonheur avait en partie apaisé la haine qu’il
ressentait instinctivement pour Shanahan. Mais était-elle vraiment heureuse...
? Pourquoi, dans ce cas, ne l’avait-elle pas repoussé lorsqu’ils
s’étaient réveillés ?
Pourquoi... ?
Jack sourit avec cynisme.
Parce qu’elle le désirait, bien sûr. Mais ça, ce n’était
pas nouveau. Le désir entre eux avait toujours été très
fort.
Mais les sentiments aussi. Enfin, avant.
Qu’en était-il maintenant ? Etait-elle toujours amoureuse de lui
malgré la présence de Pete à ses côtés ? Car
apparemment, c’était ça, qui le tourmentait. Il n’y
avait qu’une façon d’interpréter le rêve qu’il
avait fait.
Il était jaloux et paniqué à l’idée qu’elle
puisse aimer ce flic plus que lui.
Après tout, elle n’avait pas bronché la veille. Elle n’avait
pas dit un mot. D’ordinaire, il parvenait toujours à percevoir
un regard, un sourire ou même une lueur de déception ou de sentiment…
Mais là… Rien. A croire que leur petite partie de jambe en l’air
n’avait rien changé pour elle ! Qu’elle n’aspirait
qu’à un retour à la normale !
Mais Bon Dieu ! Ils avaient fait l’amour, non ?
Jack se laissa choir sur le lit, le visage caché dans ses mains jointes.
Jusqu’ici, il était parvenu à gérer. A accepter de
vivre sans elle. Mais maintenant… tout avait changé. Il avait cette
boule au ventre qui ne le quittait plus. Ce besoin d’elle qui le rendait
presque fiévreux. Et ce n’était pas que physique ! La tenir
simplement dans ses bras, c’est tout ce à quoi il aspirait…
Juste la savoir à lui et à personne d’autre… Surtout
pas à Shanahan.
***
Sam finissait de s’habiller et jeta un coup d’œil machinal
à son reflet. Elle était d’une pâleur inquiétante.
Les traits tirés… Elle n’avait pas réussi à
dormir de la nuit. La culpabilité, la honte, le dégoût d’elle-même
bataillaient ferme dans son cœur.
Ce qu’elle avait fait la veille au soir était inqualifiable.
Elle re-songeait, le front brûlant, au plaisir intense qui l’avait
submergée, à « son » nom qu’elle avait réussi
de justesse à ne pas crier. Et lorsque le feu dévorant qui l’avait
envahie s’était enfin éteint, elle n’avait pu que
pleurer silencieusement dans les bras de Pete.
Pete, toujours là pour elle. Pete plus heureux que jamais d’avoir
pu lui donner autant de plaisir…
La gorge nouée, Sam se détourna avec dégoût du miroir.
***
Ding Dong !
Jack soupira bruyamment, jetant un œil machinal vers la voisine aux prises
avec ses poubelles.
Il ne savait même pas ce qu’il fichait ici, sur le palier de sa
porte. Il aurait très bien pu attendre de la voir au SGC… Quoique
non… A la base, ils étaient sans arrêt épiés.
Ils ne pouvaient pas faire un pas ensemble sans que des regards inquisiteurs
se posent aussitôt sur eux.
Il avait bien fait de venir chez elle. Restait plus qu’à espérer
qu’elle soit seule…
Le bruit d’une clé tournant dans la serrure le tira de ses pensées.
Son pouls battant stupidement des records de vitesse, il se composa rapidement
un masque indéchiffrable et regarda la porte s’ouvrir sur le visage
de… Pete.
Il mit quelques secondes à encaisser le coup mais finit par ôter
ses lunettes de soleil, plus que déplacées compte tenu de l’heure
matinale.
- Bonjour, est-ce que Carter est là ?
Ils n’avaient été jusqu’ici jamais vraiment présentés.
Jack l’avait bien entre-aperçu lors que la capture d’Osiris
mais il avait pris soin de rester éloigné. Il n’avait pas
été pressé de voir à quoi cet homme pouvait ressembler.
Il fut plutôt… surpris. Ce type n’avait franchement rien de
spécial. Taille moyenne, poids moyen, châtain, yeux marron…
Monsieur-tout-le-monde.
Carter, elle, était tellement plus… plus… Enfin, c’était
Carter quoi ! Et Jack s’était bêtement attendu à découvrir
un apollon doué d’une intelligence redoutable. Cela dit, peut-être
était-il intelligent… ?
- Vous êtes ? demanda Monsieur-tout-le-monde.
- Colonel Jack O’Neill.
- Ah ! Son supérieur, oui ! répliqua-t-il en souriant. Pete Shanahan.
Ils se serrèrent la main mais Jack y mit rapidement un terme, le regard
indéchiffrable.
- Carter est là ? demanda-t-il de nouveau.
- Bien sûr. Je l’appelle. Vous voulez entrer ?
- Non, ce ne sera pas la peine. Je ne compte pas rester longtemps, répondit-il
avant de le saluer d’un signe de tête et de s’éloigner
lentement de la porte.
Perplexe, Pete le regarda s’immobiliser dans l’allée centrale
et pénétra finalement dans la maison.
- Sam ! C’est pour toi !
- … J’arrive !
La voix lointaine de la jeune femme parvint jusqu’à eux puis quelques
secondes plus tard, Carter apparut sur le seuil. Croisant son regard, elle s’immobilisa
aussitôt et Jack découvrit avec une pointe de soulagement et de
satisfaction une agitation évidente sur son visage pâle. Elle n’était
donc pas si insensible. Elle avait feint.
La jeune femme resta figée plusieurs secondes, incitant involontairement
Pete à poser une main sur son épaule.
- Sam ? ça ne va pas ?
Celle-ci reprit aussitôt ses esprits et sourit faiblement.
- Si… Si ça va, répondit-elle avant de s’avancer nerveusement
vers son supérieur. Mon Colonel… ?
Jack attendit qu’elle parvienne à sa hauteur puis fit quelques
pas supplémentaires afin de les éloigner davantage de Pete. Ce
manège sembla troubler un peu plus la jeune femme qui pressa machinalement
ses mains devant elle. Finalement, il s’arrêta à bonne distance
de la maison et leva son regard sombre vers son second sans qu’aucun son
ne passe pourtant la barrière de ses lèvres.
Qu’attendait-il pour parler ? Ce n’était pas dans ses habitudes
de rester à court de mots. La gorge nouée, Sam se tourna vers
la maison et découvrit Pete à l’entrée, les observant,
les sourcils froncés. Et pour cause, leur gêne était palpable.
Elle devait faire quelque chose.
- Mon Colonel ? Un problème à la base ? demanda-t-elle, devinant
parfaitement que sa présence ici n’avait rien à voir avec
le travail.
- Non… en fait… Je voulais revenir sur ce que j’avais dit
hier.
A ces mots, le cœur de Sam fit une embardée.
L’espace d’un instant, elle se prit à imaginer… l’inimaginable…
mais elle revint rapidement sur Terre.
Que voulait-il rajouter exactement ? Que pouvait-il vouloir dire de plus ? Il
avait été on ne peut plus clair.
- Je ne crois pas que ce soit nécessaire, Monsieur, répondit-elle
donc, en baissant la tête afin de cacher ses sentiments.
Mais la voix ferme et assurée de Jack la lui fit rapidement redresser.
- Au contraire. Je veux que les choses soient bien claires.
Il s’arrêta un court instant, le regard ancré au sien afin
de donner plus de poids à ses propos.
- Je garde toujours le contrôle, Carter. Quelle que soit la situation...
Mais j’ai mes limites…
Les joues de la jeune femme s’empourprèrent violemment et elle
pressa de nouveau ses mains l’une contre l’autre, pendue à
ses lèvres.
- Sept ans, c’est ma limite, finit-il avec une petite grimace d’excuse.
Certes, en avouant cela, il se mettait à nu. Lui dire que c’était
avec elle et elle seule qu’il perdait son précieux sang froid le
mettait en position de faiblesse. Mais au sourire tremblant puis éblouissant
qui illumina soudain le visage de la jeune femme, Jack se détendit, heureux
de retrouver cette complicité qu’il avait eu peur de ne jamais
revoir.
Une nouvelle gêne s’instaura entre eux mais compte tenu de ces cinq
derniers jours, elle leur sembla idyllique. Après un nouvel échange
de sourires, Jack finit par retrouver ses esprits et se tourna vers Pete toujours
sur le seuil. A la mine sombre qu’il arborait, il ne semblait pas avoir
apprécié les différentes expressions qui s’étaient
succédées sur leurs visages.
L’idée que Shanahan puisse voir en lui un rival le rassura étrangement.
Cela signifiait qu’il n’était pas sûr des sentiments
de Carter.
Jack sentit son assurance lui revenir et se permit même un signe de tête
vers le jeune homme avant de reporter son attention sur Sam.
- Bon… Je vais y aller. On se voit à la base pour le p’tit
dèj ?
La jeune femme acquiesça aussitôt avec entrain.
- Parfait…
- … Parfait, répéta-t-il, amusé par l’emploi
de ce mot.
Sam rougit un peu plus et après un dernier échange de sourires,
Jack s’éloigna et rejoignit son 4X4.
La jeune femme le regarda partir avant de réaliser l’inconvenance
de ce geste. Elle finit donc par se retourner vers Pete et s’avança
vers lui, se recomposant une expression plus neutre. Lorsqu’elle parvint
jusqu’à son ami, elle y était parvenue en partie.
- Que voulait-il ? demanda Shanahan, nerveux.
Sam hésita un instant puis choisit de lui dire la vérité.
- Je me suis brouillée avec mon supérieur dernièrement,
concernant... une mission passée. Il est simplement venu aplanir les
choses.
Pete acquiesça machinalement.
- Tu ne me parles pas beaucoup de lui, pourtant vous semblez plutôt...
«Intimes » ? songea la jeune femme avec une pointe de panique. Ils
avaient l’air intimes ?
- ... bien vous entendre...
Sam soupira imperceptiblement.
- Nous travaillons ensemble depuis sept ans, Pete. Le fait qu’il soit
mon supérieur a instauré une certaine distance entre nous mais
il compte tout autant pour moi que Teal’c ou Daniel, mentit-elle avec
une sincérité incroyable. Nous sommes amis. Si je ne parle pas
souvent de lui c’est parce que nous n’avons que très peu
de centres d’intérêt communs.
Lui lançant un sourire lumineux afin de clore le sujet, elle s’engouffra
à l’intérieur de la maison. Elle n’avait plus qu’une
hâte, rejoindre le SGC.
- Je t’ai préparé le petit déjeuner, Chérie,
lança tout à coup Pete dans son dos.
Sam se figea avant de se retourner, la mine gênée.
- Je suis désolée mais... J’ai un Briefing dans...
Elle s’interrompit, jetant un oeil à sa montre :
- ... dans trente cinq minutes, je dois absolument y être.
Devant l’air soudain déçu de Pete, Sam sentit sa culpabilité
revenir au galop. Elle se rapprocha de lui et déposa un baiser sur ses
lèvres.
- Je me rattraperai ce soir...
Hélas, en serait-elle seulement capable ? Elle tentait de se persuader
qu’avec le temps, tout reviendrait à la normale mais pour l’heure,
elle voulait profiter un maximum de la nouvelle intimité qui s’était
créée avec son supérieur. Elle savait tout cela temporaire.
Elle avait parfaitement conscience qu’il n’y aurait jamais qu’une
seule étreinte entre eux, alors pour l’heure, elle voulait mettre
de côté sa relation avec Pete et savourer chaque moment avec le
Colonel O’Neill.
Oh, certes, elle savait son comportement répréhensible et malhonnête
vis à vis de Shanahan mais... le mal était fait. Et la seule chose
qui pouvait encore se passer entre Jack et elle était quelques sourires
ambigus, quelques regards brûlants...
Bref, rien de vraiment méchant...
***
Sam parvint au SGC près d’une heure et demi plus tard. Des bouchons,
conséquence d’un accident survenu sur l’autoroute, avaient
rendu la circulation presque inexistante sur plusieurs kilomètres...
Lorsqu’elle arriva à la base, elle se trouvait dans un état
d’énervement extrême. Saluant du bout des lèvres les
soldats qu’elle croisait chemin faisant, elle entra en trombe dans les
vestiaires afin de se changer et courut plus qu’elle ne marcha pour rejoindre
le mess. Hélas, lorsqu’elle passa la tête à l’intérieur
de la pièce, elle ne trouva nul trace de son équipe et ressortit
la mort dans l’âme.
Elle se fustigea aussitôt de se sentir si abattue pour un simple repas
manqué... mais après ce qui s’était passé
avec le Colonel, elle se faisait une joie de partager ce petit moment avec lui.
« Je garde toujours le contrôle, Carter. Quelle que soit la situation...
Mais j’ai mes limites… Sept ans, c’est ma limite. »
Comment pourrait-elle seulement oublier un jour ces paroles... ? Certes, Jack
O’Neill parlait peu, mais lorsqu’il lui arrivait de lâcher
quelque chose sur ses sentiments... il ne le faisait pas à moitié...
C’est donc dans un état d’abattement absolu qu’elle
rejoignit son labo. Mais alors qu’elle s’approchait de celui-ci,
des voix lui parvinrent et un sourire vint inévitablement étirer
ses lèvres.
- Oh ! Pour l’amour du ciel, Teal’c ! On a été le
voir trois fois ! Vous voulez ma mort ?
- Vous avez pourtant vu les autres épisodes près d’une dizaine
de fois, O’Neill.
- En vidéo ! Et parce que vous les aviez loués sans demander notre
avis ! Il sort en DVD dans moins de quatre mois ! On pourra se le regarder à
ce moment-là !
Sam, le coeur en pleine effervescence, fit silencieusement les quelques pas
qui la séparaient de son laboratoire et découvrit les trois membres
de son équipe, assis autour de son bureau.
- Au cinéma, l’effet est indéniablement meilleur, répondit
le Jaffa, buté.
- Daniel, je vous en prie... supplia Jack en se levant. A vous de jouer, moi
je n’en...
Il s’interrompit brusquement en découvrant la jeune femme à
l’entrée. Son regard s’adoucit aussitôt.
- ... peux plus... finit-il cependant pour les deux hommes.
Ceux-ci se tournèrent de suite vers la cause de cette courte interruption.
- Ah Sam ! Je commençais à mourir de faim ! s’exclama Daniel
en se levant à son tour, suivi du Jaffa.
- Désolée... il y avait des bouchons...
Jack lui lança un sourire joyeux en s’avançant vers elle.
- C’est ce qu’on nous a dit... On y va ?
Et sans attendre de réponse, il s’enfonça dans les couloirs,
les mains dans les poches. Surprise par les propos de son supérieur,
Sam se tourna vers Daniel.
- Il s’inquiétait de ne pas vous voir arriver alors il s’est
renseigné... répondit-il à sa question muette.
- Oh... murmura-t-elle, gênée par le clin d’oeil entendu
qui suivit cette remarque.
Etait-ce son comportement vis à vis d’elle qui avait changé
ou était-ce simplement la situation particulière qui rendait ce
genre d’attention extrêmement ambiguë ? Elle n’aurait
su le dire. Il lui semblait, pourtant, qu’il avait toujours été
ainsi. Un retour à la normale était donc bien à présager.
Sam sentit brusquement sa soudaine bonne humeur fondre comme neige au soleil.
Elle grogna aussitôt tandis que son coeur se serrait déjà
de regrets.
***
La présence de son supérieur à table parvint cependant rapidement à la dérider ce qui, dans un sens, était plutôt paradoxal. Il était à la fois la raison de sa peine et le seul remède à son cafard naissant.
Le petit déjeuner s’écoula tranquillement et les quelques
membres du SGC encore présents à cette heure un peu tardive de
la matinée purent constater la bonne ambiance de l’équipe.
Tout semblait donc rentrer dans l’ordre... mais brusquement, un bruit
tonitruant se fit au milieu du mess.
SG1 s’était levée d’un même mouvement, leurs
plateaux dans les mains lorsque le Colonel O’Neill et le Major Carter
lâchèrent ces derniers dans un ensemble parfait, provoquant un
son assourdissant de verre et de porcelaine brisés. Toutes les têtes
convergèrent inévitablement vers eux mais au lieu de découvrir
les deux militaires à genoux en train de tenter de réparer les
dégâts, ceux-ci étaient tout bonnement en train de... s’embrasser.
Tous, y compris Daniel et Teal’c, restèrent bien quelques dizaines
de secondes, les yeux écarquillés, observant avec un ahurissement
non feint Jack faire basculer la jeune femme sur l’une des tables du mess.
Sam, les bras autour du cou de son supérieur, répondait à
son appel en enlaçant ses hanches puissantes de ses longues jambes.
Leurs gémissements étouffés s’élevèrent
bientôt dans le silence total de la pièce.
- Euh... Jack ? réagit finalement Daniel au bout d’un instant.
Il hésita encore quelques secondes mais le bruit d’un tee-shirt
qu’on déchire le fit s’avancer vivement vers son ami. Il
posa une main sur l’épaule de l’assaillant mais comme celui-ci
ne répondait pas, il raffermit sa prise afin de l’écarter
de la jeune femme.
- Jack ?!
Cette fois-ci, il parvint à retenir toute son attention... L’espace
d’un instant, en effet, O’Neill interrompit son étreinte
pour se retourner vers lui et Daniel eut juste le temps de grimacer devant le
regard assassin que lui renvoya son ami avant de se retrouver propulsé
quelques mètres plus loin par un puissant uppercut.
Ce fut le coup d’envoi d’un combat opposant O’Neill et Carter
aux autres membres présents du SGC. A peine débarrassé
de Daniel, Jack s’était pourtant retourné vers la jeune
femme, fondant de nouveau sur ses lèvres offertes, caressant son ventre
en partie dénudée. Sam avait profité de l’éloignement
de son supérieur pour ôter sa ceinture et commençait à
dégrafer celle de Jack. Mais une poigne de fer s’abattit sur les
épaules de l’homme, l’éloignant inexorablement de
la jeune femme et provoquant un concert de protestations rageuses.
Ils durent s’y prendre à plusieurs pour arriver à bout du
Colonel O’Neill et du Major Carter et bon nombre se retrouvèrent
à terre, plus que sonnés... mais lorsqu’enfin ils parvinrent
à les immobiliser, d’un même mouvement, les deux militaires
cessèrent de se débattre et s’évanouirent sous leurs
yeux ébahis.
- Oui, alors là... On a un problème... souligna inutilement Daniel
en regardant ses deux amis à ses pieds.
***
Lorsque Jack s’éveilla, il se sentait étrangement... fourbu.
Ses poings le faisaient souffrir, signe d’un combat récent, et
le bip répétitif des moniteurs de contrôle lui apprit qu’il
se trouvait à l’infirmerie. Dans un grognement, il ouvrit les yeux
ce qui lui valut d’être aussitôt assailli par une lumière
vive braquée sur son oeil droit.
- Raaaahl, Doc ! Vous ne pourriez pas attendre deux secondes
avant de me balancer ça dans la rétine !
- Désolée, Colonel. Mais je dois vérifier votre...
- Je ne veux pas le savoir ! s’exclama-t-il en la repoussant gentiment
mais fermement. Qu’est-ce qui s’est passé ?... Où
est mon équipe ?
- On est là, Jack, répondit aussitôt Daniel. Tout va bien.
O’Neill, rassuré, passa une main molle sur son visage et tenta
une seconde ouverture des yeux. Il croisa alors le regard bleu de son ami...
auréolé d’un joli coquard.
- Qu’est-ce qui vous est arrivé ? demanda Jack, les sourcils froncés.
- Vous ne vous souvenez de rien ?
- De quoi je dois me souvenir ?
Jackson leva les yeux au ciel, laissant le soin à Teal’c de prendre
le relais. Celui-ci s’avança à son tour vers Jack et ce
dernier faillit s’étrangler. Le visage du Jaffa portait lui aussi
les marques de violents coups.
- Bon sang ! Qui vous a fait ça ? s’exclama-t-il, non pas soucieux
de la santé de Teal’c mais davantage admiratif devant un tel exploit
!
- C’est vous, O’Neill, répondit sobrement le Jaffa.
Les mots qui allaient franchir le barrage de ses lèvres s’étranglèrent
dans sa gorge. Ce n’était pas la première fois qu’un
membre du SGC était pris d’une soudaine crise de violence pour
X raison...
Une sourde angoisse vint alors lui vriller le coeur.
- Où est Carter ?
- Elle est là, indiqua aussitôt Janet en désignant le lit
à côté de lui. Elle va bien.
- Je l’ai frappée ? s’inquiéta-t-il en se redressant
afin de regarder la jeune femme de plus près.
Aucune trace de bleus n’était cependant visible.
- Pas vraiment non...
Jack resta silencieux quelques secondes puis, perdant patience devant des réponses
aussi laconiques, finit par se redresser complètement.
- Pour l’amour du ciel ! Est-ce que quelqu’un va me dire ce qui
se passe ici !?
- Nous aimerions bien le savoir, Colonel ! répondit la voix autoritaire
du Général Hammond qui pénétrait à l’instant
dans l’infirmerie.
Jack, un peu douché par l’accusation non voilée dans le
ton de son supérieur, fronça les sourcils.
- Mais moi aussi, Mon Général ! se récria-t-il aussitôt.
- Vous n’avez aucun souvenir ? intervint Janet pour apaiser les esprits.
- Me souvenir de quoi ?! s’exclama de nouveau Jack en frottant nerveusement
sa mâchoire en signe de réflexion. Tout ce dont je me rappelle...
c’est le petit déjeuner au mess.
- Et après ? insista le Docteur Frasier.
O’Neill se concentra mais finit par secouer la tête en grimaçant.
- Après... Je me suis réveillé ici.
Tandis que tous se concertèrent du regard, Jack grogna de nouveau d’une
voix lente, trahissant son extrême agacement.
- Est-ce que quelqu’un aurait la bonté de me dire ce que j’ai
fait... ?
***
Près d’une heure plus tard, Jack, la bouche et les yeux grands
ouverts, se regardait en train d’allonger Samantha Carter sur la table
du mess. Jetant un regard gêné sur sa droite, il observa le profil
fin de la jeune femme, qui, tout comme lui, contemplait les images défilées
sur l’écran avec un ahurissement non feint.
En salle de Briefing depuis quelques minutes seulement, entourés de Daniel,
Teal’c, du Général Hammond et du Docteur Frasier, les deux
militaires apprenaient grâce à la vidéo surveillance du
mess les raisons de leur arrivée à l’infirmerie... et de
la colère de leur supérieur.
Malgré la situation plus que compromettante, Jack ne put empêcher
son coeur de battre des records de vitesse en observant avec quelle passion
Carter le serrait contre elle, avec quelle fièvre elle l’embrassait...
Et inévitablement, des sensations réelles et vécues vinrent
se joindre à la vision de leurs deux corps enlacés. Il dut même
étouffer un grognement lorsque son second, à l’écran,
se cambra brusquement vers lui, frottant impatiemment ses reins contre les siens.
Il imagina aisément les conséquences que ce simple geste avait
du avoir sur ses sens.
Et ce fut ce moment que choisit Daniel pour l’interrompre... Lorsqu’il
se vit « repousser » le jeune homme, Jack haussa involontairement
les épaules.
C’est sûr... Danny Boy avait mal choisi son moment...
Il leva alors un regard désolé vers Daniel qui accepta avec raideur
cette excuse plus que légère... Mais avec Jack, il ne fallait
pas s’attendre à davantage...
Se raclant la gorge devant la froideur de Jackson, O’Neill reporta son
attention sur la jeune femme à l’écran qui avait à
présent les mains au niveau de sa braguette. Il sentit aussitôt
le rouge lui monter au visage...
- Vous faites quoi avec ma ceinture, là ? demanda-t-il malgré
lui, faisant inévitablement rougir son second.
- Colonel ! protesta aussitôt Hammond devant une telle légèreté.
- Désolé...
S’estimant en position de faiblesse, Jack n’avait pu s’empêcher
de tourner la situation en dérision...
Eh bien quoi ? Il avait de bonnes raisons, non ? Elle était bien en train
de lui enlever son pantalon !
Dans un soupir tremblant, Jack reporta son attention sur l’écran
tandis qu’une bataille faisait à présent rage. Autant Carter
et lui faisaient pleuvoir les coups, autant leurs assaillants tentaient tant
bien que mal de les épargner en évitant de les frapper. Avec un
sentiment dérangeant de fierté cependant, il se vit flanquer deux
volées à Teal’c, le prenant par surprise, avant de se faire
immobiliser par quatre hommes. Carter, de son côté, ne restait
pas inactive. Elle envoya plusieurs soldats au tapis mais finit à son
tour par être stoppée.
Puis, brusquement, ils s’effondrèrent.
Hammond leva la main et, à l’aide d’une télécommande,
arrêta la bande.
- Alors ? Toujours aucun souvenir ?
- Aucun, Mon Général, répondit Jack qui avait finalement
retrouvé ses esprits grâce à ce petit interlude musclé.
- Et vous, Major Carter ?
- Je ne me souviens de rien, Monsieur, répondit-elle d’une voix
blanche.
Jack observa le visage pâle de la jeune femme. Le malaise qu’elle
ressentait était prévisible. Cela s’était passé
en plein milieu du mess, avec des caméras pour tout enregistrer et près
d’une douzaine de témoins... A l’heure qu’il est, tout
le SGC devait être au courant...
- Docteur Frasier ? Avez-vous trouvé quelque chose dans leurs analyses
? demanda Hammond.
- Rien du tout, hélas. Pas la moindre anomalie... répliqua-t-elle
à contre coeur.
Jack grimaça avec agacement.
- Je crois qu’on sait tous qui est responsable de ça, non ? Toujours
pas de nouvelles de Thor ?
- Aucune. Major Carter, auriez-vous une idée de la raison de votre comportement,
s’il n’est pas médical ?
Sam redressa la tête, un peu perdue.
- Eh bien... L’hypnose, peut-être, Mon Général.
Janet acquiesça aussitôt.
- Ça expliquerait pourquoi je n’ai rien trouvé dans leurs
analyses après leur enlèvement, précisa Fraisier. L’hypnose
me semble en effet une hypothèse tout à fait plausible. Il faudrait
faire venir le Docteur MacKenzie.
- Très bien, occupez-vous-en, ordonna Hammond.
Jack leva aussitôt la main.
- Euh... L’hypnose ? Je passe mon tour...
Il y avait certaine chose qu’il n’avait pas très envie de
révéler. En plus, perdre le contrôle n’était
pas vraiment sa tasse de thé.
Son regard se posa cependant sur Sam.
Enfin... ça dépend... soupira-t-il intérieurement.
- Vous ferez ce qu’on vous dira de faire, Colonel, intervint Hammond,
dont la patience avait été mise à rude épreuve depuis
plusieurs jours.
Puis se levant, il se tourna une dernière fois vers eux avant de sortir
:
- Quoiqu’il en soit, vous êtes tous les deux consignés dans
vos quartiers.
- A vos ordres, répondirent aussitôt les deux officiers.
***
Jack et Sam durent passer le reste de la journée et la nuit suivante
dans leurs quartiers respectifs. La jeune femme appela bien évidemment
Pete afin de le prévenir qu’un incident l’obligeait à
rester consignée à la base.
Le lendemain matin, Janet pénétra dans la chambre de son amie,
un sourire sur les lèvres.
- Le Docteur MacKenzie vient d’arriver. Nous allons pouvoir commencer.
Le Major Carter grimaça aussitôt, les traits tendus.
- Je t’avoue que je ne suis pas pressée de subir cet interrogatoire...
- Sam... Ce n’est pas un interrogatoire ! Tu n’es pas prisonnière
!
- Peut-être, mais je risque de révéler des choses que je
préfèrerais garder secrètes, si tu vois où je veux
en venir... répondit-elle, un regard entendu braqué sur le jeune
médecin.
Janet se tut quelques instants avant d’enfoncer nerveusement ses mains
dans les poches de sa blouse blanche.
- Tu sais... commença-t-elle après hésitations. Le Général
n’a pas été dupe.
Sam se figea aussitôt, la peur au ventre.
- Quoi ?... De quoi parles-tu ?
- De ce que lui a dit le Colonel. Ça l’a arrangé de prendre
ça pour argent comptant mais uniquement parce qu’il ne voulait
pas perdre SG1.
Carter ferma les yeux, rouge de honte. Elle passa une main tremblante sur son
front avant de redresser la tête.
- ... Comment le sais-tu ?
- Au regard entendu qu’il m’a lancé lorsque je lui ai remis
le rapport de vos analyses... Et puis...
« ... A l’avenir, Major Frasier, lorsque des cas plus ou moins similaires se présenteront, j’aimerais assez que vous me fassiez deux rapports. Un officiel et un officieux. »
Au-delà du ton sec employé par le Général, l’utilisation
de son grade et non de sa fonction de médecin avait fait comprendre à
Janet qu’il n’avait pas apprécié la falsification
du rapport. Heureusement, il n’avait pris aucune sanction contre elle,
mais elle avait retenu la leçon et avait parfaitement saisi la menace.
- Je suis désolée, Janet... répondit aussitôt Sam,
consciente des risques qu’avait pris la jeune femme pour elle.
- Peu importe. Ce qui compte, c’est que le Général soit
au courant et qu’il vous couvre. Après tout, il est normal qu’il
croit sur parole les dires de son second, répliqua Janet, un sourire
au coin. Et comme aucune preuve ne vient le détromper, il n’a aucune
raison de faire un rapport à l’Etat Major.
Sam lui rendit son sourire, en partie rassurée.
- Quant à cette séance d’hypnose, poursuivit Frasier, le
Général a tenu à voir les questions qui vous seront posées.
Tu n’as donc rien à craindre. Il n’y aura pas de piège.
Carter sentit ses dernières peurs disparaître.
- Merci...
***
Lorsque Jack, accompagné de Teal’c et de Daniel, pénétra
dans la salle, tous étaient déjà sur place. Le Docteur
MacKenzie trônait au centre de la pièce assis sur un tabouret de
métal, avec en face de lui Carter installée sur un siège
un peu plus confortable. Derrière le psychiatre, Janet et Hammond attendaient
debout que la séance d’hypnose commence.
Jack croisa aussitôt le regard de son second et se sentit malgré
lui soulagé de ne pas se trouver à sa place. Et tant pis s’il
passait pour un pleutre ! L’idée de parler de choses qu’il
estimait personnelles devant une tierce personne sans en avoir conscience lui
semblait plus que jamais... dangereuse.
Quelques minutes plus tard, après avoir injecté un léger
tranquillisant à Sam et commencé l’hypnose, la jeune femme
sembla entrer dans un état semi-comateux. La voix calme de MacKenzie s’éleva
dans la pièce.
- Quel est votre nom et grade ? demanda-t-il.
- Major Samantha Carter, répondit-elle d’un ton étrangement
atone.
- Bien... Où étiez-vous et que faisiez-vous juste avant d’être
enlevée par Loki?
- Je me trouvais dans mon laboratoire. J’expérimentais l’utilisation
du Naquadria sur le module de particules trouvé sur P3X564...
La sentant partir sur des détails techniques qui n’avaient ici
aucun rapport avec leur problème, Hammond fit un geste de la main afin
que MacKenzie coupe court à cette explication.
- Très bien, Major. Et ensuite, que s’est-il passé ?
- ... Il y a eu un flash blanc et l’instant d’après je me
suis retrouvée dans un vaisseau Asgard.
- Il y avait quelqu’un avec vous ?
- Thor.
Un sursaut incrédule vint secouer l’assistance.
- Thor ? répéta MacKenzie, répondant à la question
muette du Général Hammond.
- Enfin, un Asgard prétendant être Thor.
- Mais il s’agissait de Loki, c’est cela ?
- C’est ce que nous avons découvert, le Colonel O’Neill et
moi après notre réveil.
Le soulagement dans la pièce était perceptible.
- Revenons-en au moment de votre arrivée dans le vaisseau. Que s’est-il
passé ensuite ?
- L’Asgard me demanda de le suivre, ayant un problème qu’il
désirait me soumettre. Il me fit pénétrer dans une sorte
de laboratoire contenant une machine sophistiquée qu’il me présenta
comme étant un activateur temporel. Il me plaça à l’intérieur
du dispositif, prétextant l’utilité de mes compétences
concernant...
Jack décrocha quelques instants, fouillant dans ses souvenirs afin d’y
trouver un semblant de similitude avec les propos de Carter. En vain. Que n’aurait-il
donné pour éviter cette fichue séance d’hypnose.
Restait plus qu’à espérer que la jeune femme en dise suffisamment
pour les aider à y voir plus clair...
- Et ensuite ?
- Ensuite, je me suis évanouie.
MacKenzie se tourna vers Hammond, l’interrogeant du regard.
- Dois-je aller plus loin ?
- Vous le pouvez ?
- C’est possible. Tout dépend de la profondeur de son sommeil lors
de son évanouissement.
- Alors allez-y.
Le psychiatre fit un signe à Janet qui s’avança pour faire
une autre injection.
- Eh ! intervint Jack aussitôt. C’est pas dangereux, ça,
au moins ?
- Du tout, répondit la jeune femme en souriant avant de rejoindre sa
place aux côtés d’Hammond.
O’Neill maugréa dans sa barbe mais reprit lui aussi sa pose initiale,
les bras croisés sur son torse. MacKenzie reprit la parole, incitant
Sam à se détendre.
- Que ressentiez-vous, ainsi endormie ?
- J’avais l’impression de flotter dans les airs... J'ai senti ensuite
quelque chose de froid et de dur dans mon dos et j'ai compris que je venais d’être
allongée sur quelque chose. J'ai entendu... des pas autour de moi.
C’était léger, comme ceux d’un enfant... On m'a déshabillée...
La voix de la jeune femme semblait encore plus ensommeillée qu’avant.
Jack observait ses traits détendus, appréhendant ce qui ne tarderait
pas à être dit...
- ... J’ai entendu un léger sifflement... poursuivit-elle dans un
souffle, obligeant l’assemblée à dresser l’oreille
pour l’entendre. Et j’ai ouvert les yeux !
Sa voix avait brusquement pris plus de force, les faisant presque sursauter.
- Vous avez ouvert les yeux ? répéta MacKenzie, l’incitant à
poursuivre.
- J'ai senti quelque chose changer en moi, dit-elle, le souffle soudain saccadé.
Jack commença à sentir la nervosité l’envahir. Il
savait parfaitement de quoi elle parlait, là...
- Quelque chose ? De quoi s’agissait-il ? demanda cependant le psychiatre.
- De désir... soupira-t-elle, faisant involontairement dresser les poils
des bras de Jack. J'ai alors tourné la tête et j'ai vu le Colonel O’Neill
à côté de moi... Il était nu... Il me regardait...
Plus elle avançait dans son récit, plus la respiration de Sam
se faisait chaotique, rendant ses propos plus troublants encore pour Jack.
- J’avais envie de lui... J’avais... envie de le sentir en moi...
Cette fois-ci, n’y tenant plus, O’Neill se racla la gorge de façon
suggestive et Hammond se tourna vers le psychiatre.
- Mettez un terme à cela.
- Euh... Oui...
Pendant que MacKenzie s’employait à calmer la jeune femme, Jack
se tourna vers ses deux compagnons et croisa le regard amusé de Daniel.
- Si vous voulez que je rende symétrique le coquard que vous avez à
l’oeil droit, Danny Boy, continuez de sourire comme ça... menaça-t-il,
partagé entre la gêne et l’agacement.
Hélas, ses menaces n’eurent que peu d’effets...
- Comment peut-on faire pour savoir s’il s’agit bien d’hypnose
? demanda alors Hammond.
- Tout semble l’indiquer, répondit Janet. Le Major Carter s’est
brusquement réveillée avec... une certaine envie...
- Et y a-t-il un moyen d’y remédier ?
- Il faudrait que je sache déjà de quel stimuli il s’agit,
intervint MacKenzie.
Et de sa voix la plus posée, celui-ci demanda à la jeune femme
de se concentrer sur l’avant réveil.
- Allez-y... Focalisez vos pensées sur cet instant. Revivez ce moment
et déterminez exactement ce qui vous a éveillé...
Haussant les sourcils, Jack jeta un oeil vers Janet, puis Hammond. Perplexe,
il s’avança vers son supérieur.
- Euh... murmura-t-il avec appréhension. C’est peut-être
pas très malin de faire ça... Elle risque de...
Mais il n’eut pas le temps de finir sa phrase. Celle-ci mourut dans sa
gorge lorsqu’il rencontra le regard bleu et limpide de la jeune femme.
L’instant d’après, il se retrouvait propulsé en arrière,
ses jambes se dérobant sous lui par un savant balayage. Il tomba lourdement
au sol, le souffle coupé, puis sentit peser brusquement sur lui un corps
souple et fin qu’il reconnut sans peine.
- Carter... grogna-t-il, avant d’être bâillonné par
une bouche avide.
Cette situation, étrangement familière, le ramena quelques années
auparavant dans un vestiaire... Mais à cette époque, bien qu’elle
lui plaisait déjà énormément, ce n’était
rien en comparaison de ce qu’il pouvait ressentir à cet instant
tandis que ses mains souples tiraient sur son tee-shirt afin de caresser la
peau de son ventre, et qu’elle frottait impatiemment ses reins contre
les siens.
Et personne pour l’aider... évidemment !
- Pour l’amour du ciel ! Faites quelque chose ! rugit-il, tentant de repousser
les assauts de la jeune femme avec cependant une mollesse significative.
Il sentit rapidement Carter s’éloigner, tirée en arrière
par les bras puissants de Teal’c et de Daniel. Puis, sans raison aucune,
Sam sembla se tasser sur elle-même et s’évanouit.
Jack ferma les yeux quelques secondes, cherchant à retrouver une respiration
un peu moins anarchique. Il se redressa finalement, toujours assis à
même le sol et posa une main tremblante sur ses lèvres.
Il sentait encore la douceur de sa bouche, la tiédeur de sa langue...
Ses mains sur sa peau, sa poitrine écrasée contre son torse...
Et le mouvement lascif et si diablement suggestif de ses reins contre lui...
Il fallait absolument que cette histoire se termine, sinon il allait devenir
complètement fou...
- Jack ?... ça va ? demanda Daniel, inquiet par l’immobilité
de son ami.
- Non... Non ça ne va pas du tout ! s’exclama-t-il en se remettant
vivement sur ses pieds.
Jetant un regard agacé vers l’objet de son tourment, il s’éloigna
du groupe et s’adossa au mur opposé avant de se laisser glisser
jusqu’au sol. Il avait sérieusement besoin de se calmer...
Ses compagnons ne mirent pas longtemps à comprendre le problème
de leur ami et se détournèrent pudiquement. Hammond, parfaitement
conscient de ce qui se passait se tourna vers MacKenzie, la mine fermée.
- Vous auriez pu prévoir ça ! lâcha-t-il sèchement,
n’appréciant décidément pas la tournure des évènements.
- Je... Je suis désolé... Mais ça nous a appris quelque
chose.
- Et quoi exactement ?
- La raison de leur évanouissement, répondit Janet, penchée
sur Sam, tandis qu’un brancard pénétrait déjà
dans la pièce.
MacKenzie acquiesça.
- Il semblerait que l’évanouissement soit dû à l’annulation
de l’ordre qui les incite à... s’accoupler. Lorsqu’ils
comprennent qu’ils ne pourront pas aller jusqu’au bout de l’acte
et bien... ils perdent connaissance.
- Et c’est tout ?
Le psychiatre grimaça un sourire, gêné...
- Euh... oui.
- Pourquoi on fait ça ? demanda alors Jack, à l’autre bout
de la pièce. A quoi ça sert à Loki alors qu’il n’a
aucun moyen d’analyser quoique ce soit ?
Cette question pour le moins évidente, imposa le silence dans la pièce
tandis que Sam, allongée sur le brancard sortait de la pièce pour
être conduite à l’infirmerie.
- Il doit forcément y avoir quelque chose... répondit Janet. Mais
quoi ? On vous a fait passer tous les scanners possibles, on n’a rien
trouvé.
- Je propose une hypnose du Colonel O’Neill, intervint brusquement MacKenzie.
Jack se remit aussitôt sur ses pieds, totalement dégrisé,
cette fois-ci. Mais avant même de pouvoir protester, la voix d’Hammond
retentit, lui venant en aide.
- Le Colonel a reçu un entraînement spécial pour combattre
l’utilisation de drogue ou de manipulation diverse. Je doute que l’hypnose
marche sur lui.
- C’est vrai, ça ! acquiesça aussitôt Jack, ravi.
- Le tranquillisant utilisé a été étudié
spécialement pour ce cas de figure, intervint alors Janet en grimaçant
un sourire d’excuse vers le Colonel.
- Génial...
- Très bien. Alors allez-y, approuva Hammond.
Jack soupira, maudissant intérieurement tous les médecins de la
planète et les psychiatres, en particulier. Il allait leur montrer qu’aucune
drogue ne pouvait venir à bout de son mental !
Quelques minutes plus tard...
- Votre nom et grade ?
- Colonel Jack O’Neill.
- Colonel, je voudrais revenir sur ce qui s’est passé au mess,
hier matin, juste avant votre évanouissement. Vous étiez en train
de manger ?
- Nous venions de terminer.
- Où se trouvait le Major Carter ?
- Devant moi, debout, elle aussi.
- Et que s’est-il passé ?
Le regard de Jack sembla se voiler.
- Un son... une sorte de sifflement presque imperceptible... puis ce désir
au creux des reins... grogna-t-il, la voix soudain plus rauque.
- Un sifflement ? intervint Daniel. Sam aussi en a parlé. Mais d’où
peut-il provenir ? Et comment Loki pourrait être sûr que ce son
arriverait régulièrement ?
- Il pourrait l’envoyer de son vaisseau ? Le téléporter,
en quelque sorte ? demanda Hammond, tandis que MacKenzie mettait Jack en attente.
- Je ne pense pas, répondit Janet. Mais il faudra demander confirmation
au Major Carter.
Un silence méditatif se fit dans la pièce avant que le psychiatre
ne se tourne vers le Général Hammond.
- Je ne pense pas apprendre quoique ce soit de plus. Je peux en revanche tenter
une contre-hypnose. Il faudra juste éviter d’en parler au Colonel.
Nous risquerions de provoquer un blocage.
- Très bien, allez-y.
MacKenzie acquiesça et reporta son attention sur son cobaye. De sa voix
calme et posée, il tenta la contre-hypnose. A la place d’un violent
désir, Jack ne ressentirait plus qu’une paix et un certain bien-être.
- Vous prononcerez alors « Loki, ça a marché ». Répétez
après moi : « Loki, ça a marché ».
- Loki, ça a marché...
- Parfait.
MacKenzie se tourna ensuite vers l'assemblée afin de s'expliquer:
- Lorsque le stimuli s'enclanchera, si tout va bien, au lieu de... "sauter" sur le Major Carter, le Colonel O'Neill devrait rester conscient et dire "Loki, ça a marché".
- Très bien, acquiescça Hammond tandis que le médecin reportait son attention sur Jack.
- Je vais à présent compter jusqu’à trois.
Lorsque j’arriverai à la fin du décompte, vous vous réveillerez
et vous aurez oublié tout ce que je viens de dire...
MacKenzie fit une légère pose avant de reprendre :
- Un... Deux... Trois.
Jack ré-ouvrit aussitôt les yeux et retrouva son expression perpétuellement
blasée.
- Je vous l’avais dit que ça ne marcherait pas avec moi ! s’exclama-t-il
avec une pointe de fierté dans la voix.
***
Sam repassa juste après pour subir la même contre-hypnose et
ce, dans le plus grand secret. Janet avait émis l’hypothèse
qu’en plus d’un stimuli sonore, une proximité prolongée
pouvait provoquer l’hypnose de Loki. Daniel, Teal’c, le Docteur
Frasier et le Général Hammond s’étaient donc réunis
pour mettre au point un test qui n’attirerait pas les soupçons
des deux cobayes. Il fallait s’assurer rapidement de l’effet de
la contre-hypnose. Le SGC ne pouvait se passer plus longtemps de sa meilleure
équipe.
Daniel avait donc proposé un déjeuner chez l’un d’entre
eux, chose qu’ils leur arrivaient de faire de temps en temps. L’anniversaire
de Janet était passé de plusieurs semaines mais ils n’avaient
pas eu le temps, jusqu’ici, de le fêter comme il se doit. Le prétexte
était donc tout trouvé.
Comme très souvent, la maison du Colonel O’Neill fut réquisitionnée
pour l’occasion. Elle était plus spacieuse que les autres et le
jardin permettait des barbecues simples et conviviaux.
Assise dans le salon de Jack, les mains croisées sur ses genoux, Janet
regarda sa montre pour la troisième fois en dix minutes.
- Eh bien ? Vous semblez nerveuse ? signala Daniel en pénétrant
dans la pièce par la porte-fenêtre.
Il s’arrêta devant la jeune femme, un soda dans la main. Il avait
bien tenté de prendre une bière mais un concert de protestation
s’était aussitôt élevé autour de lui...
- J’ai reçu un coup de téléphone de Sam, ce matin...
Janet se leva brusquement, jeta un oeil dehors et, apercevant Jack à
bonne distance, se pencha vers Daniel :
- Elle m’a dit que Pete allait peut-être venir avec elle...
- Aïe... grimaça aussitôt le jeune homme. Si jamais l’expérience
tourne mal...
- Peter Shanahan risque, en effet de ne pas apprécier, intervint Teal’c,
les faisant sursauter.
Un long silence méditatif se fit, avant que Daniel ne reprenne la parole.
- Au fait... Quelqu’un a pensé à la possibilité que
la contre-hypnose ne marche pas ?
Teal’c et Janet se tournèrent vers lui d’un même mouvement.
- Comment fera-t-on pour les séparer ? finit-il, posant un doigt précautionneux
sur son oeil droit encore douloureux.
Il avait fallu pas moins de neuf hommes pour arriver à bout du Colonel
et du Major... Nul doute qu’à quatre, ils ne feraient pas le poids...
Teal’c eu un haussement de sourcil significatif. Jusqu’à
récemment, le Jaffa n’avait jamais vraiment eu à affronter
un O’Neill ailleurs que sur un ring improvisé. Leurs entraînements
ne lui avaient pas réellement fait apprécier la véritable
force de son ami. En fin guerrier, celui-ci avait su s’adapter à
sa corpulence et trouver le moyen de le prendre par surprise, l’assommant
presque avec seulement deux coups. O’Neill était vraiment plein
de surprise.
Une bouffée de fierté vint le prendre alors aux tripes. Le Colonel
pouvait rivaliser avec n’importe quel Jaffa... Et c’était
sans conteste grâce à son entraînement.
Le sourire satisfait de Teal’c lui valut quelques regards circonspects
puis Janet finit par se diriger vers l’entrée.
- J’ai ma trousse de soin dans la voiture. Je vais préparer des
seringues de tranquillisant. J’en mettrai juste assez pour l’assommer
un peu. Normalement, le déclencheur qui annule l’ordre en cas d’incapacité
d’accouplement devrait faire le reste.
Une fois sa tirade terminée, elle ouvrit la porte et se retrouva nez
à nez avec Sam qui levait déjà la main pour sonner. Passé
l’instant de surprise, les deux femmes se sourirent et s’embrassèrent.
Jetant un oeil derrière la nouvelle arrivante, Janet fut soulager de
ne voir nul trace de Shanahan.
- J’ai amené le gâteau puisque les cadeaux ont déjà
été donnés depuis longtemps ! s’exclama Sam en levant
un petit carton enrubanné.
Frasier lança un regard lourd de sens vers les deux hommes dans son dos
et un sourire complice vint éclairer leurs visages. Sam observa leur
manège quelques secondes avant de soupirer.
- Laissez-moi deviner ? Il y aura trois desserts différents ?
- Quatre ! Tu as oublié celui du Colonel, répondit gaiement Janet.
- Eh bien ! Au moins, on aura le choix ! s’exclama Sam en entrant dans
la maison.
- Pete n’est pas avec toi, finalement ?
Carter leva un regard soudain nerveux vers ses amis, avant de jeter un coup
d’oeil autour d’elle, à la recherche de la seule personne
non présente dans la pièce.
- En fait, si. Il a tenu à venir pour vous rencontrer enfin. Il est juste
parti garer la voiture.
- Ah.
Un silence gêné s’instaura, rapidement interrompu par Daniel.
Avec un sourire, il prit le petit carton que tenait encore Sam dans ses mains.
- Tant mieux ! On va pouvoir faire connaissance ! On n’a jamais vraiment
eu l’occasion de lui parler.
La jeune femme jeta un regard reconnaissant vers son ami puis entendit des pas
se rapprocher dans son dos. Pete apparut finalement à ses côtés,
un sourire joyeux sur les lèvres.
- Bonjour !
Les présentations furent rapidement faites puisque Shanahan connaissait
déjà de vue la plupart d’entre eux.
- Où est le Colonel ? demanda-t-elle au bout d’un instant.
- Dehors, il s’occupe du barbecue.
- Très bien... Allons-y.
Elle avait parlé d’une voix atone avec la désagréable
sensation d’aller tout droit à l’échafaud. Sentant
la main de Pete sur sa hanche, elle choisit de passer par la porte-fenêtre
du salon afin de l’obliger à lâcher prise avant d’arriver
devant son supérieur. Le malaise ressenti à l’idée
de les voir se rencontrer pour la deuxième fois s’accentua davantage
lorsqu’il apparut sous ses yeux.
Vêtu d’un tee-shirt noir et d’un pantalon beige, sa haute
taille lui sembla plus impressionnante encore. Il lui tournait le dos, une bière
dans une main et l’autre, occupée à attiser le feu du barbecue.
- Ah Carter ! Il ne manquait plus que vous, dit-il, la faisant sursauter.
Il ne s’était même pas retourné et pourtant, il savait
qu’elle était là. Sam préféra ne pas regarder
Pete. A coup sûr, c’était le genre de détail qu’il
ne devait pas particulièrement apprécier.
Après quelques secondes à déplacer les braises, Jack finit
par se retourner, un sourire sur les lèvres mais celui-ci se figea brusquement
tandis que son regard brun glissait sur elle pour se poser finalement sur Shanahan.
- Ah... Un invité surprise ? dit-il en haussant les sourcils.
- Oui... Vous connaissez Pete, Mon Colonel.
Les deux hommes se saluèrent sobrement de la tête et un silence
pesant s’instaura. Au bout d’un instant cependant, les bonnes manières
de Jack reprirent le dessus.
- Vous voulez boire quelque chose ?
- Une bière, répondit aussitôt la jeune femme avant de se
tourner vers son compagnon : Pete ?
- Pareil, merci.
- Vous surveillez le feu, Carter ? demanda Jack pour la forme avant de passer
devant eux pour s’engouffrer à l’intérieur de sa maison.
Sam avisa aussitôt la glacière à côté de la
table déjà mise et sentit son ventre se nouer. Elle aurait du
se sentir en partie heureuse de voir le Colonel si ouvertement jaloux... enfin,
ouvertement pour quiconque le connaissait un peu... mais bien au contraire.
L’idée de lui faire mal lui était insupportable.
Daniel et Teal’c arrivèrent sur ses entre-faits, puis Janet quelques
secondes plus tard. Jack revint juste après, plusieurs packs de bières
dans les mains. Il prit ensuite la glacière afin de la remplir mais Sam
eut juste le temps de voir que celle-ci n’était pas entièrement
vide avant qu’elle ne soit soustraite à sa vue. L’espace
d’un instant, leurs regards se croisèrent puis Jack se
détourna.
Il avait simplement eu besoin d’une minute ou deux pour se reprendre.
Juste ça, pour pouvoir supporter de la voir avec un autre.
Les minutes s’engrenaient dans une ambiance partagée. Daniel
et Janet tentaient de combler le silence qu’un Jack particulièrement
taciturne provoquait. Ce n’était pas la première fois que
cela arrivait lors d’un repas ou d’une soirée. Le Colonel
O’Neill, compte tenu de ses responsabilités, se montrait parfois
soucieux ou peu bavard mais jusqu’ici, jamais cela n’avait engendré
une atmosphère si pesante.
Bref, ce repas avait tout du fiasco.
Mais c’est lorsque les quatre desserts furent placés sur la table
que les choses se gâtèrent...
- Loki, ça a marché !
La voix de Samantha Carter s’était élevée par-dessus
les chants à l’intention de Janet, provoquant un silence total
autour d’elle. D’un même mouvement, tous s’étaient
tournés vers la jeune femme... avant de jeter un coup d’oeil inquiet
vers le Colonel O’Neill qui n’avait toujours rien dit.
- Oh...oh... grommela Daniel tandis que Jack délaissait le barbecue qu’il
était en train d’éteindre au profit de son second. Pourquoi
ça n’a pas marché sur lui ?
- Quoi ? demanda Sam, encore surprise des paroles qui s’étaient
échappées de sa bouche malgré elle.
Elle croisa alors le regard brûlant de son supérieur à quelques
pas d’elle, et sentit son sang ne faire qu’un tour.
- Que... quoi ? balbutia-t-elle, les yeux soudain exorbités. Qu’est-ce
qui n’a pas marché ?
Le coup d’envoi fut donné lorsque la chaise qui barrait le passage
de Jack tomba par terre dans un bruit assourdissant. Instinctivement, Sam se
releva, prête à supporter l’assaut et quelques secondes plus
tard, elle se retrouva allongée sur la table après qu’O’Neill,
d’un geste vif, l’aie débarrassée des quelques verres,
gâteaux et assiettes qui s’y trouvaient.
Le coeur sur le point d’exploser, Sam sentit brusquement les lèvres
de son supérieur écraser sa bouche et sa langue se frayer déjà
un passage jusqu’à elle. Agrippée à la table, Sam
ferma les yeux, cherchant à retrouver un peu d’emprise sur son
corps, et son souffle que la surprise avait rendu plus qu’anarchique.
Il fallait qu’elle réagisse. Il fallait qu’elle le repousse.
Ils n’étaient pas seuls... Ils n’étaient pas seuls...
Dans un suprême effort, elle posa les mains sur ses larges épaules
mais la chaleur de sa peau sous le fin tee-shirt lui fit perdre tout désir
d’éloignement...
Elle sentit alors ses lèvres brûlantes déserter sa bouche
et caresser sa gorge. Ses mains puissantes glissaient déjà sous
sa robe légère, remontant le long de ses cuisses fuselées
pour agripper ses fesses et la plaquer un peu plus sous lui.
Le cri rageur d’un homme et les protestations de voix plus connues ne
lui parvenaient qu’à travers un épais brouillard. L’espace
d’un instant, les lèvres de Jack quittèrent sa peau et le
bruit d’un coup de poing la fit redescendre sur Terre. Lorsqu’elle
rouvrit les yeux, Pete se trouvait un peu plus loin, allongé sur le sol,
se tenant la mâchoire en grimaçant.
Daniel et Teal’c prirent le relais, tentant de l’écarter
à son tour de la jeune femme, mais Jack se débattait avec une
violence que son désir rendait plus incontrôlable que jamais.
- Janet ! Le tranquillisant ! s’exclama l’archéologue tandis
qu’enfin, il parvenait avec l’aide du Jaffa à l’arracher
à sa « victime ».
Sam sentit en effet, non sans frustration, le corps de son supérieur
s’écarter du sien et la jeune femme se redressa, les yeux rivés
à ceux de Jack, levant une main tremblante pour remettre machinalement
une boucle derrière son oreille. Les lèvres légèrement
meurtries par l’avidité des baisers échangés, elle
les humecta, provoquant immanquablement chez O’Neill un surplus de désir
qui le fit grogner de rage.
La jeune femme tressaillit, hypnotisé par la fièvre contenue dans
son regard devenu noir d’envie. Elle était dépassée.
Dépassée par la vision de Jack O’Neill fou de désir,
dépassée par son propre corps qui s’amollissait à
cette simple idée.
Lisant certainement le trouble dans ses yeux bleus, le besoin d’elle devint
plus fort encore pour Jack et lorsque le visage rouge de Pete vint s’interposer
entre elle et lui, une haine farouche vint le saisir à la gorge. Les
bras retenus en arrière par Teal’c et Daniel, il assomma d’un
violent coup de boule Shanahan qui s’effondra à ses pieds.
- Janet ! Qu’est-ce que vous fichez !?
- J’arrive !
Mais trop tard. Parvenant à se libérer de Daniel, Jack l’envoya
valdinguer à quelques mètres et ne mit que quelques secondes de
plus pour se débarrasser d’un Teal’c désireux de ne
pas le blesser.
Lorsque Sam vit Jack se retourner vers elle, un sourire vainqueur sur les lèvres,
la jeune femme fut incapable de faire le moindre geste et le regarda simplement
passer par-dessus un Pete émergeant de l’inconscience avant de
se laisser basculer sur la table et embrasser avec une passivité coupable.
Fermant les yeux, elle se contraignit à ne pas répondre, attendant
patiemment que Janet y mette un terme en lui injectant le tranquillisant dont
avait parlé Daniel.
C’était peut-être la dernière fois qu’elle sentait
ses lèvres sur les siennes, la dernière fois que ses mains parcouraient
son corps, caressant ses seins avec cette impatience caractéristique
de leur désir si longtemps contenu. Elle ne voulait rien oublier... Au
contraire...
Partagée entre le plaisir et la frustration, Sam gémit involontairement
lorsque le corps de son supérieur pesa lourdement sur elle, la plaquant
un peu plus contre la table... avant de comprendre qu’il s’était
en fait évanoui.
Alors seulement, elle posa ses mains sur les épaules de Jack et tenta
de le repousser doucement. Elle fut rapidement aidée par un Teal’c
et un Daniel empressés.
- Ca va, Sam ? demanda ce dernier.
La jeune femme regarda les deux hommes faire glisser le corps massif et inerte
de leur ami sur l’herbe avant de se redresser et de rajuster machinalement
sa robe en partie déchirée. Son décolleté s’était
légèrement élargi et l’échancrure de sa jupe,
passablement agrandie. Mais elle restait malgré tout présentable
une fois remise en ordre.
- Ca va... bredouilla-t-elle en tentant de se lever avant de se laisser tomber
sur une chaise, les jambes désespérément faibles.
- Quelqu’un pourrait me dire ce qui s’est passé ? rugit alors
Pete, une serviette en papier sous son nez ensanglanté.
Sam tendit aussitôt une main vers lui mais il resta à bonne distance,
le regard sombre. Fronçant les sourcils, elle se détourna finalement
et croisa le regard coupable de Janet.
- Désolée Sam... Mais Pete n’était pas censé
être là.
- Etre là pour quoi ? demanda la jeune femme, retrouvant peu à
peu son sang froid.
Mais il ne lui fallut qu’un instant pour remettre en place les pièces
du puzzle.
- Vous avez fait une contre-hypnose, c’est ça ?
- Oui... Mais je ne comprends pas pourquoi ça n’a pas marché
sur le Colonel.
- Comme l’a dit le Général Hammond, O’Neill a suivi
un entraînement spécial contre ce genre de manipulation. Le moyen
utilisé par Loki doit être plus sophistiqué que celui du
Docteur MacKenzie.
- Oui... C’est possible... acquiesça Janet tandis que Daniel réapparaissait
après une courte disparition à l’intérieur de la
maison.
Il leva une poche en plastique sous leur nez :
- Distribution de glaçons ? demanda-t-il, pressant déjà
pour sa part le nécessaire sur son oeil gauche.
Hélas, ce trait d’humour ou tout du moins de bonne volonté
n’allégea pas l’ambiance définitivement pesante. Pete
jetait de fréquents coups d’oeil haineux vers l’homme évanoui
par terre, gardé par un Jaffa attentif.
Sentant l’utilité de lui expliquer un minimum les évènements,
Sam finit par se lever.
- Pete ? dit-elle, lui demandant implicitement de venir avec elle.
La mâchoire crispée, le jeune homme consentit à la suivre.
Ils pénétrèrent tous deux à l’intérieur
de la maison et Sam choisit de rejoindre la cuisine afin de les éloigner
un maximum du jardin où se trouvaient ses amis.
- Ecoute, commença-t-elle en levant les mains, cherchant à apaiser
la colère de son compagnon. Je sais que tu dois te demander ce qui vient
de se passer... Mais je ne vais pas pouvoir entrer dans les détails.
Tout ça est classé secret défense et...
- Le fait que ton supérieur ait des vues sur toi est classé secret
défense ? s’exclama-t-il avec agacement.
D’un geste, elle lui demanda de baisser la voix mais il ne sembla pas
y prêter attention.
- Il n’y a pas une loi contre ce genre de chose ?
- Si... Mais là n’est pas la question... Ce n’est pas ce
que tu crois.
- Ce n’est pas ce que je crois, ricana Pete, les mains sur les hanches,
rouge de colère.
- Non, lâcha-t-elle sèchement, exaspérée à
son tour. Ce n’est pas ce que tu crois.
Pour la première fois depuis qu’ils étaient ensemble, Sam
avait utilisé le ton qu’elle réservait aux soldats récalcitrants
et indisciplinés et Pete eut un aperçu de l’officier dur
et intransigeant qu’elle pouvait être parfois. Jusqu’ici,
il n’avait jamais rien vu d’autre que son sourire et à sa
gentillesse si bien qu’il en oubliait son rôle, son grade et ses
responsabilités.
Elle se radoucit cependant très vite.
- Le Colonel n’était pas dans son état normal.
- Oui, ça, j’avais compris, grommela Pete. Il a été
hypnotisé.
- C’est ça...
- Moi, ce qui m’inquiète, c’est de savoir que toi aussi,
tu l’as été. Et étant donné ce que j’ai
vu il y a quelques minutes et ton comportement ces derniers temps, je crois
avoir des raisons de me plaindre, non ?
Sam blêmit légèrement mais se contraint à rester
calme.
- Pete... Ecoute, je suis désolée mais je ne peux rien te dire
de plus.
Le jeune homme acquiesça, la mâchoire crispée.
- Comme c’est commode !
Oui... ça l’était, sans aucun doute...
- Enfin, tu as bien vu que de toute façon, il n’était pas
conscient de ses actes. On n’est pas conscient de ses actes lorsque ça
arrive...
Pete se figea aussitôt, les traits crispés.
Voilà... Elle venait de le lui avouer. Certes, indirectement mais le
résultat était le même. Il savait à présent.
- C’est vrai, répondit-il au bout d’un instant. Mais toi
? Tu étais dans ton état normal tout à l’heure, lorsqu’il
t’a sauté dessus ?
Elle fronça les sourcils, perplexe.
- Eh bien... Oui.
Pete acquiesça de nouveau, le regard soudain voilé.
- Alors pourrais-tu m’expliquer pourquoi tu ne l’as pas repoussé
?
Le coeur de Sam sembla se figer dans sa poitrine. Serrant nerveusement ses mains
l’une contre l’autre, la jeune femme ne quittait plus des yeux le
visage bouleversé de son compagnon.
- Pourrais-tu m’expliquer comment un Major de l’armée américaine,
ayant suivi un entraînement spécial en combat à mains nues,
n’a pas pu échapper un seul instant l’assaut de
son supérieur aussi fort soit-il ?
La voix de Pete s’élevait de plus en plus fort, la colère
accentuant les traits crispés de son visage écarlate.
- Pourrais-tu m’expliquer pourquoi tu es restée aussi molle qu’une
poupée dans ses bras, pourquoi tu n’as pas cherché une seule
fois à te détourner ? Est-ce que tu pourrais m’expliquer
ça, Sam ?! finit-il presque en hurlant.
Livide, le souffle court, la jeune femme ne put que fuir le regard accusateur
qui la jugeait et la condamnait... à juste titre.
- Tu ne dis rien pour te défendre ?!
Le noeud dans son ventre, la honte dans son coeur lui firent fermer les yeux.
Elle n’avait aucune excuse à lui donner, si ce n’était des
mensonges.
Lorsqu’elle les rouvrit, il avait quitté la pièce.
***
Pete s’apprêtait à sortir lorsqu’il se rappela que
sa veste, avec les clés de sa voiture, se trouvait dehors, dans le jardin.
A contre coeur, il dut faire demi-tour et passa la porte-fenêtre avant
de se figer. Quatre paires d’yeux se tournèrent aussitôt
vers lui dans un ensemble parfait. Quatre, et non trois...
« Il » était réveillé... Et au léger
sourire qui flottait sur ses lèvres, « il » avait entendu.
Pete sentit sa colère grossir un peu plus dans son coeur devant le tableau
qu’ils formaient. Jack O’Neill trônait au milieu de ses amis,
assis nonchalamment sur une chaise. Janet Frasier était penchée
sur lui, prenant sa tension, Daniel à ses côtés et Teal’c
debout derrière lui, tous deux attentifs. On aurait dit un Roi et sa
cour.
Et à l’idée que dans quelques secondes à peine, Sam
se joindrait à cette « joyeuse » assemblée, Pete sentit
sa colère se changer en haine. Une haine nourrie par la nouvelle assurance
qui se dégageait du sourire et du regard de cet homme.
Peu importait qu’à cause de l’hypnose, il ne se rappelait
de rien. Peu importait qu’il n’ait aucun souvenir des derniers évènements.
Involontairement, Pete venait de lui offrir par sa dispute tonitruante avec
la jeune femme, la preuve qu’il lui manquait.
Elle avait envie de lui plus que sa raison. Même entourée de ses
amis, même en présence de son petit ami, elle n’avait pas
pu le repousser.
Voilà ce que disait le regard de Jack O’Neill.
D’un geste vif, Pete prit sa veste et partit sans un mot.
***
Jack le regarda disparaître avec une euphorie qu’il avait bien du
mal à contenir. Pour un peu, il se serait levé et aurait été
l’embrasser. Ou le cogner... ? Non, le cogner, c’est ce qu’il
avait encore envie de faire... Décidément...
Enfin, bref ! Ce qu’il avait entendu, alors qu’il tentait, avec
l’aide de Daniel et de Janet, d’émerger de l’inconscience,
l’avait rapidement réveillé. Certes, une partie de lui avait
de la peine pour Carter mais l’autre... l’autre se sentait soulagé
d’un poids inimaginable.
Il n’avait pas cherché à les séparer. Il n’avait
rien fait, par respect pour elle... Mais maintenant c’était fini,
entre eux... C’était forcément fini ! Et il avait le champs
libre. Elle était de nouveau seule, et il avait bien l’intention
d’en profiter. Après tout, à entendre ce cher Pete, c’était
ce qu’elle voulait aussi !
- Votre rythme cardiaque est vraiment trop élevé, Colonel... souligna
Janet qui prenait son pouls.
Un sourire amusé étirait ses jolies lèvres et Jack lui
retira son poignet d’un geste faussement outré.
- Je me sens très bien.
- C’est une évidence, O’Neill.
Celui-ci leva les yeux au ciel en soupirant.
- Vous voulez peut-être qu’on remette à plus tard le... découpage
de gâteau et qu’on vous laisse, Jack ?
Daniel jeta un oeil sur la table.
- De toute façon, on n’a plus de gâteaux...
Jack tourna la tête et regarda le désordre autour de lui, prenant
enfin conscience de la poche en plastique que l’archéologue s’évertuait
à garder sur son oeil gauche et la nouvelle rougeur sur la pommette de
Teal’c.
- Désolé... Je ne me souviens de rien...
Tandis que Janet s’agenouillait devant lui, braquant sa petite lampe dans
les yeux, Jack finit par s’énerver. Il ne pourrait rien faire avec
Carter tant que ce problème ne sera pas réglé.
- Je commence à en avoir raz le bol de tout ça ! Si je choppe
Loki, je jure qu’il va...
- Salutations, O’Neill.
BADABOOM !
Téléporté et soudain privé de la chaise sur laquelle
il se tenait, Jack s’effondra les quatre fers en l’air
dans une position peu glorieuse. Il se redressa cependant très vite en position assise,
les sourcils levés et jeta un oeil à l’Asgard se tenant
devant lui.
- Thor ? tenta-t-il.
- Oui.
Jack se releva d’un bond tout en re-songeant à la séance
d’hypnose de Carter.
- Oui, eh bien... qui me dit que c’est bien vous ? Sans vouloir vous vexer,
vous avez tous la même tête et le même...
Il hésita, levant une main vers l’extraterrestre, gonflant ses
joues en signe de réflexion.
- ... petit corps tout gris.
- Je ne comprends pas, O’Neill.
- Laissez tomber.
C’était Thor. Il le reconnaissait à son sens de l’humour.
- Pourquoi m’avoir appelé ? demanda celui-ci.
A ces mots, l’énervement de Jack refit aussitôt surface.
- Devinez !... Votre cher Loki s’est encore amusé à jouer
les savants fous avec moi et avec Carter, en plus de ça ! Qu’est-ce
qui vous a pris de le relâcher ?
Thor, désespérément stoïque, déplaça
quelques galets et une lumière blanche apparut très vite à
côté de Jack. Celui-ci ne mit qu’une fraction de seconde
à comprendre ce qui se passait et voyant Carter apparaître, elle
aussi en position assise prête à perdre l’équilibre,
il tendit les bras vers elle et parvint à la remettre rapidement sur
ses pieds.
- La prochaine fois, Thor ! Téléportez aussi la chaise ! s’exclama-t-il
avec agacement, la jeune femme toujours dans ses bras.
- Mon Colonel... murmura Sam en gigotant doucement pour se libérer.
Jack se tourna vers elle et découvrit ce qui semblait la gêner
dans cette étreinte somme toute assez banale. Sa main s’était
malencontreusement aventurée un peu trop bas sur son joli fessier et
il la retira aussitôt en s’écartant.
- Désolé.
- Salutations Major Carter.
- Bonjour Thor, répondit-elle en remettant de l’ordre dans sa robe
en piteux état.
- Qu’est-ce qui vous est arrivé ? demanda alors Jack en la détaillant
de la tête aux pieds.
Devant le regard lourd de sens de la jeune femme et sa légère
rougeur, il ne mit qu’une seconde pour percuter la stupidité de
sa question et lui répondit d’une grimace d’excuse.
- Quel genre d’expérience Loki a-t-il fait sur vous ? demanda Thor.
- Ah... euh... bredouilla Jack avant de se tourner vers Sam en lui faisant signe
de répondre.
La jeune femme lui lança un regard noir avant de répondre.
- De l’hypnose à première vue. Ils nous obligent à...
tester notre moyen de reproduction.
- Etrange, répondit Thor sans se départir de son flegme habituel.
Nous n’avons pas d’organes génitaux.
- Ah ! C’est exactement ce que je lui ai dit ! s’exclama Jack en
levant un doigt accusateur... Vous pouvez nous... déprogrammer ?
- Non. Mais Loki, lui, le pourra.
- Encore faut-il qu’on puisse lui mettre la main dessus, ronchonna-t-il.
Thor déplaça quelques galets et un écran apparut devant
eux.
- Nous avons placé un traceur sur lui à son insu. Je l’ai
activé et il nous mène en ce moment même là où
il se cache. Il n’est pas loin, comme vous pouvez le constater.
Jack regarda l’écran d’un air blasé. Lui, il ne voyait
rien du tout.
- Ah oui, répondit en revanche Carter. Mais c’était prévisible.
Pour récolter les données de ses expériences, il ne pouvait
en effet que rester à proximité.
Quelques secondes plus tard, un Asgard apparut à l’écran.
- Loki, commença Thor. Nous t’avions interdit de reprendre tes
activités scientifiques. Tu sais que tu risques la peine capitale.
Les yeux du pauvre Asgards s’arrondirent de terreur et Jack jeta un oeil
mitigé sur Thor. Certes, ce qu’il avait fait été
répréhensible... mais de là à subir la peine capitale...
- J’ai pourtant obtenu des résultats très intéressants,
se défendit-il aussitôt. Je te les transfère !
- Là n’est pas la question, Loki. Tu as mis le Colonel O’Neill
et le Major Carter dans une situation déplaisante. Tu n’avais pas
le droit de...
Jack écouta d’une oreille distraite la leçon de moral de
Thor et se tourna vers son second.
« Une situation déplaisante... » ?
Ce dont il se rappelait n’était pas si déplaisant que cela,
pour sa part. Et étant donné le tournant important que semblait
prendre leur relation... enfin, du moins de son côté à lui...
il se demandait s’il n’avait pas plutôt une dette...
Leur retour tonitruant au SGC et la scène du mess lui revirent alors
en mémoire.
Oui, enfin... Faut pas exagérer ! songea-t-il avec agacement.
- ... Je pense vraiment que les données qui découleraient d’un
nouveau rapport pourraient nous faire avancer, renchérissait Loki. Regarde
donc les résultats.
- ... C’est vrai que c’est intéressant, répondit Thor
contre toute attente, le nez rivé à son tableau de commande.
Abasourdi, Jack leva les yeux au ciel.
- Je rêve ! Je veux que vous annuliez ça immédiatement.
- Il suffirait juste qu’ils recommencent une fois.
- Non mais... s’étrangla O’Neill, les yeux exorbités.
C’est alors que la voix de Sam s’éleva dans la salle :
- Loki, ça a marché !
Une silence pesant emplit alors la pièce.
Réalisant ce que cette phrase signifiait, la jeune femme se tourna lentement
vers son supérieur soudain plus immobile d’une statue.
- Non... bredouilla-t-elle tandis qu’il levait des yeux brillants vers
elle.
Instinctivement, elle fouilla la pièce du regard à la recherche
d’un quelconque moyen de se protéger mais la salle était
désespérément vide et l’Asgard chétif n’était
certes pas la personne adéquate pour lui venir en aide.
- Thor ! s’exclama cependant la jeune femme à l’instant où
Jack s’élançait vers elle.
Elle évita son attaque et partit se réfugier derrière le
seul panneau de contrôle de la pièce.
- Arrêtez ça tout de suite !
- Loki ! intervint à son tour Thor d’une voix plus sèche
qu’à l’accoutumé.
Jack, de l’autre côté de la console imposante, tentait d’en
faire le tour afin de rejoindre la jeune femme mais Sam s’évertuait
à rester à bonne distance.
- Je suis sûre que nous pourrions beaucoup apprendre de cet échange
!
- Peut-être, répondit le commandeur suprême de la flotte
Asgard, mais ce serait contre la volonté du Major et du Colonel.
Pendant ce temps, les deux militaires continuaient de tourner autour du panneau
de contrôle, se jaugeant du regard. Sam avait parfaitement conscience
que ça ne ralentirait qu’un temps son supérieur... Et en
effet, prenant un court élan, Jack sauta brusquement sur la console et
atterrit juste devant elle, un sourire conquérant sur les lèvres.
A croire que ça l’amusait ! Enfin... Que ça amusait son
inconscient !
- Thor ! s’écria-t-elle juste avant d’être bâillonnée
par les lèvres d’O’Neill.
- Loki ! Si tu n’arrêtes pas cela tout de suite, je fais la demande
au conseil de doubler la peine capitale, juste pour toi !
A cette menace, les yeux de l’Asgard s’élargirent aussitôt.
Il disparut brusquement de l’écran et, à l’instant
où Sam s’effondrait au sol sous le poids de son assaillant, elle
sentit Jack se figer.
Le souffle court, le visage de son supérieur niché dans son cou,
la jeune femme attendit le coeur battant la suite des évènements.
Les mains d’O’Neill désertèrent lentement son corps
pour se poser sur le sol et leurs regards se croisèrent.
- Carter ? bredouilla-t-il, toujours allongée sur elle. Que... Qu’est-ce
que j’ai fait... ?
- ... Rien, Mon Colonel... Vous n’en avez pas eu le temps...
La bouche désespérément sèche, Jack tenta de faire
abstraction de la position on ne peut plus suggestive dans laquelle ils se trouvaient
et ferma les yeux.
- Ah... répondit-il avant de se mettre sur ses pieds avec souplesse.
Un peu gêné, il se tourna vers la jeune femme, toujours étendue
au sol et ses yeux glissèrent inévitablement sur la jupe relevée
dévoilant ses cuisses de façon plus qu’indécente,
sans parler de son décolleté qui ne cachait plus rien de son délicieux
soutien-gorge en dentelle. Déglutissant avec difficulté, il tendit
machinalement la main afin de l’aider à se relever, se remémorant
malgré lui la rondeur de son sein sous sa paume lorsqu’il s’était
réveillé.
Avec tout ça, il allait mourir de frustration !
A cet instant Loki réapparut à l’écran.
- C’est fait, j’ai annulé l’hypnose.
Trop bouleversée par ce qui venait de se passer, Sam n’eut même
pas la présence d’esprit de lui demander comme cela était
possible sans que le Colonel et elle ne soient de nouveau passé dans
la machine.
Après avoir pris la main de Jack pour se relever, elle s’était
écartée de lui afin de rajuster ses vêtements, trop consciente
du regard appuyé de son supérieur.
- Loki, compte tenu des derniers évènements, je me vois contraint
de te livrer au conseil et de demander la peine capitale.
- J’ai fait ce que tu m’as demandé !
- Parce que je te menaçais. Le sujet est clôt.
Jack reporta son attention sur Thor qui, avec l’aide de ses galets, prenait
possession du vaisseau de Loki et de son propriétaire.
- La peine capitale... Vraiment ? Ce n’est pas un peu trop ?
- Non, je serai inflexible. Votre sollicitude est toute à votre honneur,
O’Neill, mais sa récidive m’y contraint.
Sam s’avança alors vers l’Asgard.
- Et en quoi consiste cette peine ?
- La pire qui soit, répondit Thor d’une voix atone. Une mise aux
arrêts d’une durée de six de vos mois et une confiscation
de son matériel scientifique pendant toute la durée de l’emprisonnement.
Jack faillit s’étrangler.
- C’est une blague ?!
...
Et l’instant d’après, ils se retrouvaient de nouveau tous
les deux dans le salon du Colonel. Profondément agacé par la manie
de Thor de les téléporter sans leur demander leur avis, sans parler
du ridicule de cette fameuse « peine capitale », Jack laissa échapper
un grognement contrarié.
- Non mais... Six mois ! Je vous jure ! Je vous parie que dans sept, il reviendra
nous faire une petite visite ! s’exclama-t-il avec exaspération...
La prochaine fois, je le zat !
L’image d’un Asgard zaté amena un sourire amusé sur
le visage de la jeune femme et Jack se détendit.
Bon... Tout était réglé, finalement.
***
La première chose qu’ils virent en sortant dans le jardin à
la recherche de leurs amis fut le mot qu’ils y avaient laissé leur
disant de rejoindre la base dès leur retour. Jack constata avec soulagement
qu’ils avaient eu la gentillesse de ranger et nettoyer les lieux avant
de partir.
Sam, obligée de se faire conduire par son supérieur depuis le
départ de Pete, demanda un léger crochet chez elle afin de changer
de vêtements et près d’une demi-heure plus tard, ils pénétrèrent
dans l’enceinte de la base. La jeune femme se crispa aussitôt devant
le coup d’oeil entendu qu’échangèrent les soldats
à l’entrée, mais le regard noir de Jack suffit à
les faire se détourner.
- Courage, Carter... Ils finiront bien par se lasser.
Sam ne répondit pas.
Compte tenu de la situation, Jack n’avait pas osé jusqu’ici
dire ou faire quoique ce soit pour tenter sa chance. Il devrait certainement
attendre encore un peu et profiter de leur prochaine permission... Mais étant
donnée leur longue absence sur le terrain, il lui faudrait sûrement
patienter plusieurs semaines.
A cette simple idée, il laissa échapper un soupir de lassitude.
Il devrait peut-être lui faire des avances dès maintenant. Un mot
ou un geste... Plutôt un geste. Il n’avait jamais été
très doué avec les mots. A coup sûr, ça se retournerait
contre lui.
Jack était toujours plongé dans ses réflexions lorsqu’ils
parvinrent jusqu’à l’ascenseur. Une fois à l’intérieur,
la lente descente commença.
C’était peut-être le moment, songea-t-il alors en jetant
un oeil sur Sam appuyée contre la paroi, perdue dans ses pensées.
Ce monte-charge mettait au moins quatre à cinq minutes pour arriver en
bas... Pas de caméra... Seuls tous les deux. Il serait stupide de ne
pas en profiter. Mais au moment où il allait se rapprocher de la jeune
femme, l’ascenseur s’immobilisa et les portes s’ouvrirent
devant eux.
"- 3 ? Il n’y a jamais personne au niveau – 3 normalement !" grogna
intérieurement Jack avant de découvrir plusieurs soldats avec,
dans leur bras, une large paroi en métal.
- Ah, Colonel, Major... Bonjour.
- Bonjour Sergent.
- On doit emmener ça au niveau – 21 ... Mais on prendra le prochain.
Jack observa les trois hommes qui maintenaient tant bien que mal leur lourd
fardeau à l’horizontal.
- Pas la peine. Il y a toujours du monde dans cet ascenseur de toute façon,
on va se serrer...
Les soldats lui sourirent avec reconnaissance et Jack d’un geste incita
Carter à se rapprocher de lui avant d’aider les hommes à
positionner la paroi à la verticale afin de la faire tenir dans le monte-charge.
Lorsque celle-ci fut pratiquement en place, un sourire étira brusquement
les lèvres d’O’Neill. Sam et lui se trouvaient à présent
complètement isolés dans un espace plus que restreint. Et comme
si ce n’était pas suffisant, une voix de l’autre côté
de la paroi qui les séparait des trois soldats, leur parvint :
- Il faudrait vous pousser encore un peu, Mon Colonel. On va la mettre en diagonal.
Sans hésiter davantage, Jack posa une main sur la taille de la jeune
femme qui lui tournait le dos et la fit reculer vers lui dans l’un des coins de l’ascenseur.
- C’est bon !
La paroi se rapprocha légèrement d’eux puis quelques secondes
plus tard, les portes du monte-charge se refermèrent.
Jack avait du mal à croire à sa chance ! Bien que suffisamment
éloignée de lui pour ne pas le toucher, elle était bien
plus proche qu’il n’aurait pu l’espérer. Machinalement,
il s’apprêta à retirer sa main toujours posée sur
la hanche de la jeune femme mais finit par y renoncer. Il n’aurait pu
trouver meilleure place pour elle...
Enfin presque, songea-t-il, son pouls s’accélérant brusquement.
L’instant d’après, Sam tournait la tête vers lui, surprise
qu’il ne la libère pas et inévitablement, les battements
de son coeur s’amplifièrent à son tour.
Elle n’avait que trop conscience de l’intimité étrange
qui venait soudainement de se créer. Jusqu’ici, elle était
restée soigneusement éloignée de lui, si bien qu’elle
était complètement accolée à la paroi au milieu de l'ascenseur mais sa présence
dans son dos lui semblait presque insupportable. Insupportable car décidément
trop troublante.
Et cette main qui ne semblait pas vouloir la lâcher. Mais c’est
lorsqu’elle sentit son pouce se mouvoir doucement sur elle qu’elle
en comprit les raisons. Un violent frisson la traversa de part en part et Sam
ferma les yeux, s’appuyant un peu plus à la paroi avec l’étrange
sensation de se liquéfier sur place.
Ce n’était pourtant presque rien... un frôlement si léger
qu’elle devait concentrer toutes ses pensées vers lui pour le sentir.
Mais la chose qu’il fallait retenir et qui avait son importance était
la nature même de cet attouchement.
C’était une caresse.
Jack O’Neill était en train de la caresser et ça... ça,
c’était absolument... inattendu.
Sam n’osa même pas songer aux implications d’une telle chose.
Elle restait simplement figée, incapable de se soustraire à ce
délicieux frôlement.
Non. A cette délicieuse caresse...
La sentant particulièrement réceptive, encouragée par son
immobilité, Jack accentua la pression sur sa hanche et doucement l’attira
à lui. Cette fois-ci, Sam ouvrit grand les yeux, la respiration courte.
La seconde main de Jack glissa sur son ventre et le dos de la jeune femme vint
bientôt s’affaler sur son torse ferme et puissant. Dans un état
second, elle sentit son souffle chaud caresser ses cheveux et ses reins se presser
lascivement contre ses fesses.
Et elle ne bougeait toujours pas, hypnotisée par les doigts nerveux qui
se frayaient un passage sous son tee-shirt et frôlaient la peau souple
de son ventre. Elle dut se mordre la lèvre pour ne pas gémir sous
les sensations envoûtantes qu’il faisait naître en elle. Tout
se mettait à tourner autour d’elle et si la jeune femme n’avait
pas eu les bras puissants de Jack pour la soutenir, elle se serait effondrée.
- Carter... chuchota-t-il alors à son oreille, provoquant un véritable
chaos en elle.
Et tandis que Sam fermait les yeux pour savourer pleinement ses caresses, O’Neill
sentit ses bonnes résolutions s’évaporer. Il tentait pourtant
par tous les moyens de se maîtriser, mais en vain. Il aurait voulu faire
cela plus lentement, ne pas l’effrayer par un désir trop impérieux
mais la docilité de la jeune femme lui avait fait perdre tout contrôle.
Il avait tellement envie de la sentir contre lui. Tellement besoin de son contact.
Ses reins le brûlaient.
Etouffant un gémissement, il plongea son visage dans les boucles blondes
de Sam et respira leur parfum familier avec avidité. Ses doigts se crispèrent
brusquement sur ses hanches et d’un mouvement impatient et dénué
d’ambiguïté, Jack frotta son sexe douloureux contre les courbes
rebondies de la jeune femme.
C’est cet instant que choisit l’ascenseur pour interrompre sa descente.
Surpris, il redressa la tête et entendit les portes s’ouvrir.
- On est arrivés, Mon Colonel ! Vous pouvez nous aider à sortir
« la bête » d’ici ?
Un peu perdu, ayant l’impression étrange qu’il ne s’était
écoulé que trente petites secondes au lieu de plusieurs minutes,
O’Neill finit par s’écarter à contre coeur de la jeune
femme qui s’était aussitôt immobilisée.
D’un geste agacé, il prit l’un des côtés de
la lourde plaque et commença à soulever. Il lui suffisait de se
débarrasser de cette corvée et après, il lui resterait
encore quatre étages. Quatre étages pour lui faire comprendre
ce qu’il voulait. Ce qu’il avait toujours voulu, en fait.
Avec un empressement évident, il aida les trois soldats à sortir
la paroi métallique de l’ascenseur, veillant cependant à
ce qu’aucun d’eux ne voit dans quel état cet isolement forcé
avec Carter l’avait mis puis reprit finalement sa place à l’intérieur
du monte-charge. Il se tourna aussitôt vers elle, à la recherche
de son regard mais elle gardait la tête baissée, les mains nerveusement
serrées devant elle.
Les portes de l’ascenseur entamèrent enfin leur fermeture mais
sans crier gare, Jack la vit se ruer dehors, le prenant totalement de court.
Incrédule, il eut à peine le temps de faire un pas dans sa direction
que les deux battants se refermaient derrière elle... le laissant seul.
***
Lorsque Jack parvint au niveau désiré, il était parfaitement
dégrisé. Rien de mieux pour ça que se prendre un râteau,
songea-t-il cyniquement, la mâchoire crispée.
Il était furieux ! Hors de lui, même !... Mais pas contre elle,
évidemment. Mais contre l’idiot qu’il était. D’un
autre côté, il n’avait fait que tenter sa chance, comme n’importe
quel homme un minimum censé le ferait en rencontrant Samantha Carter
! Le problème, c’est qu’il n’était pas «
n’importe quel homme ». Il était son supérieur et
il venait de lui faire des avances qu’elle ne désirait visiblement
pas...
Ça ne portait pas un nom, ça ?
« Du harcèlement! Espèce de crétin ! » s’exclama-t-il
intérieurement.
Il était dans de beaux draps, maintenant, parce que pour faire machine
arrière... il allait devoir s’accrocher ! Il ne lui restait plus
qu’à s’aplatir devant elle pour s’excuser, lui dire
de tout oublier, la supplier de ne pas changer d’équipe et lui
promettre de ne jamais recommencer...
Dans un soupir, Jack s’enfonça dans les couloirs afin de rejoindre
le bureau de son supérieur mais soudain, ses épaules s’affaissèrent.
Il avait la désagréable impression que son corps pesait une tonne.
Son ventre était noué, son coeur à hauteur de ses chaussettes...
Il était au trente sixième dessous.
Carter l’avait repoussé. Il lui avait fait des avances... et elle
l’avait repoussé. C’était terminé.
***
Après une courte attente, Jack pénétra dans le bureau du
Général Hammond. Il avait juste pris le temps de se recomposer
un visage neutre avant de frapper.
- Ah, Colonel, salua le commandant du SGC, visiblement soulagé.
- Mon Général. Thor est passé nous prendre, Carter et moi.
- Oui, c’est ce que je me suis laissé dire, répondit Hammond
en souriant. Alors ?
- C’est arrangé. On a été... déprogrammé.
Le Général acquiesça, s’adossant à son siège.
- Parfait. Où est le Major Carter ?
- ... En train de faire son rapport.
- Bien.
Sentant la discussion close, Jack attendit qu’on le congédie mais
Hammond en décida autrement.
- Asseyez-vous, Colonel.
O’Neill soupira intérieurement et s’exécuta à
contre coeur. Il n’était pas vraiment d’humeur à avoir
une discussion prolongée, quelque soit le sujet.
- Comment sont vos rapports avec le Major ?
Surtout ce sujet-là.
- Ça va, Mon Général. Ça va mieux.
- C’est ce que j’ai cru comprendre. Je suis soulagé de voir
que vous êtes parvenus à gérer cette situation.
O’Neill acquiesça simplement, la gorge douloureusement serrée.
La situation serait définitivement réglée dans quelques
jours de toute façon. Sentant la déprime prendre le dessus, il
tenta de chasser les derniers évènements de ses pensées.
- Colonel ?
- Oui ?... Désolée, Mon Général... Vous disiez ?
Hammond l’observa de son regard perçant et Jack se ferma, donnant
à son visage une indifférence étudiée.
- Je vous envoie sur P2X455. Je veux que le Docteur Jackson s’occupe de
négocier une alliance avec le peuple de cette planète. C’est
une mission tranquille de plusieurs jours. J’espère que vous en
profiterez pour aplanir définitivement les tensions qui pourraient subsister
entre vous et le Major Carter.
- Ça ne devrait pas poser de problème, Monsieur.
- Je compte sur vous pour faire tout ce qui est en votre pouvoir afin que votre
équipe soit de nouveau soudée. Vous connaissez les enjeux.
Jack acquiesça, se forçant à sourire.
- Ce sera fait, Mon Général.
- Bien. Briefing dans une heure et vous partez juste après.
***
Le Briefing fut rapide. Jack tenta de donner le change devant Hammond mais évita
malgré tout de se tourner vers Carter. Même s’il estimait
être le seul à blâmer, il n’était pas encore
parvenu à encaisser le coup et préférait autant que faire
se peut fuir la jeune femme.
Quelques minutes plus tard, ils étaient tous les quatre devant la Porte
des étoiles et d’un même pas, SG1 traversa le vortex. Une
longue marche les attendait et une pause pour la nuit serait certainement nécessaire
avant de parvenir au village de leurs nouveaux alliés.
L’ambiance n’était pas des plus légères. Daniel
et Teal’c avaient rapidement senti le froid soudain qui s’était
créé entre les deux officiers mais d’un commun accord implicite
et devant la mine particulièrement sombre du chef de groupe, ils préférèrent
ne pas relever. Du moins pour le moment.
Jack avançait en tête et marchait vite, presque au pas de course.
Le besoin de s’épuiser pour oublier s’était fait nécessaire
et il fut soulagé de voir Daniel accepter sa cadence soutenue sans ronchonner.
Il fallait qu’il se vide l’esprit. C’était nécessaire.
Même indispensable. Car dès qu’il se relâchait un peu
et que ses pensées se tournaient vers la jeune femme, la douleur était
insupportable.
Il aurait largement préféré ne jamais savoir et continuer
de vivre avec ses illusions.
***
- Jack ! s’exclama brusquement la voix de Daniel.
Celui-ci se retourna et découvrit le jeune homme appuyé contre
un rocher, le visage rouge et luisant de sueur. A bout de force.
O’Neill regarda sa montre. Il avait tenu quatre heures. Plus qu’il
n’aurait pu espérer.
- On installe le campement ici. La nuit ne devrait plus tarder à tomber.
Il vit Jackson glisser avec soulagement de son rocher et s’en voulut de
lui avoir imposer cette cadence. Jetant un rapide coup d’oeil vers son
second, celle-ci était également en sueur mais encore en forme.
- Daniel, vous vous occuperez du feu lorsque je vous aurai ramené de
quoi le faire. En attendant, reposez-vous. Carter, Teal’c, commencez à
monter les tentes.
- A vos ordres.
D’un pas nerveux, Jack s’enfonça dans les fourrés
afin de trouver les brindilles nécessaires et les paroles d’Hammond
lui revinrent en mémoire.
« Je compte sur vous pour faire tout ce qui est en votre pouvoir afin
que votre équipe soit de nouveau soudée. Vous connaissez les enjeux.
»
Oh que oui, il connaissait les enjeux. Et oui, il savait qu’il allait
devoir aplanir les choses avec Carter. Mais pas pour l’instant. Pas encore.
On leur avait donné une semaine sur cette planète. Ça pouvait
bien attendre quelques jours. Le temps de...
Le temps...
Trois jours, un mois, un an... qu’est-ce que ça changerait de toute
façon... ?
***
Le repas se fit dans un silence pesant et tous gardèrent le nez plongé
dans leurs écuelles. Pour une équipe soudée, on avait vu
mieux. Lorsque tout fut nettoyé et rangé, Jack finit par se lever.
La nuit était tombée depuis près d’une heure, maintenant.
- Distribution des tentes. Carter et Daniel dans la première et Teal’c
avec moi. Je prends le premier quart. Teal’c le second, ensuite, Carter
et pour finir Daniel.
Il s’arrêta en regardant sa montre.
- On se lève dans sept heures... ça vous fera un petit quart d’une
heure, indiqua Jack en se tournant vers l’archéologue.
- Merci, Jack.
Celui-ci acquiesça puis empoigna son arme avant de s’éloigner.
Lorsqu’il fut à distance raisonnable, Teal’c et Daniel se
tournèrent inévitablement vers Sam mais celle-ci baissa la tête
afin d’éviter leurs regards scrutateurs et disparut aussitôt
sous l’une des tentes.
- Je ne sais pas ce qui s’est passé après leur passage chez
Thor mais... ça ne me dit rien qui vaille.
- Moi non plus, Daniel Jackson.
***
Des pas feutrés se frayèrent un chemin dans son esprit semi-comateux.
Il était au seuil d’un profond sommeil mais son instinct en mission
lui laissait toujours la possibilité d’intervenir au moindre son
suspect.
Mais il ne mit pas longtemps à se détendre. Ces pas, il les connaissait.
Tout allait bien.
Oui… Tout allait bien…
Merveilleusement bien, même, songea-t-il le corps parcouru d’un
long frisson de plaisir.
Des mains, « ses » mains, glissaient sur ses chevilles, remontant
lentement le long de ses mollets, de ses jambes puissantes. Ses doigts le frôlaient,
redessinant la courbe de ses muscles nerveux à travers le tissu pourtant
lourd du treillis. Elle s’arrêta un instant à hauteur de
ses genoux, frottant doucement son joli nez contre lui puis elle reprit son
ascension avec une lenteur presque insoutenable. Il sentait la chaleur de son
souffle suivre la même trajectoire, effleurant ses muscles déjà
crispés par l’attente.
Il savait où elle allait et c’était
là qu’il voulait la sentir.
Un gémissement s’échappa
de sa gorge lorsqu’elle parvint à l’intérieur de ses
cuisses, mordillant la chair à travers le tissu avant de frôler
son membre déjà tendu par le désir…
Il plongea une main tremblante dans les boucles blondes de la jeune femme, crispant
ses doigts lorsque son souffle brûlant le caressa enfin.
- Carter… murmura-t-il, se tendant vers elle pour la sentir un peu plus.
… Mais elle le délaissa, poursuivant son ascension, traçant
de sa langue un sillon humide sur son ventre libre de tout entrave, lui arrachant
un soupir de frustration mêlé de plaisir. Il retint son souffle
un instant, savourant sa présence sur lui, son corps aux formes douces
et nues qui peu à peu se lovait contre le sien. Leurs jambes s’enlacèrent,
ses mains fines glissant toujours sur lui, redessinant les muscles de son torse,
de ses épaules pour se nouer derrière sa nuque. Le goût
de ses lèvres lui revint alors en mémoire avec une précision
étonnante et Jack tendit son visage vers celui de la jeune femme avec
avidité.
- Carter…
Mais soudain, tout lui revint.
C’était ce rêve, ce cauchemar abject.
Non, il ne voulait
pas l’entendre! Il devait se réveiller! Il devait absolument se
réveiller avant qu’elle ne dise le nom de « l’autre
»!
- Jack… soupira-t-elle cependant contre sa bouche.
Son coeur fit une embardée, son souffle en suspend... puis ses muscles
qui s’étaient violemment crispés se détendirent lentement,
un à un.
Non... Ce rêve-là, il ne voulait surtout pas l’interrompre.
Bien au contraire... Il n’aurait jamais rien d’autre que cela, de
toute façon.
Avec un plaisir évident, il sentit les lèvres de la jeune femme
baiser tendrement sa bouche, puis glisser doucement sur sa joue rappeuse avant
d’atteindre son oreille.
- Réveillez-vous... Mon Colonel... souffla-t-elle avant de mordiller
la chair de son lobe. S’il vous plait...
Il fronça aussitôt les sourcils et gémit de désapprobation.
Hors de question de se réveiller. Hors de question d’interrompre
« ça »...
Les mains de la jeune femme glissaient à présent sur ses pectoraux,
remontant jusqu’à la courbe douce de ses clavicules avant de venir
caresser de sa paume ses épaules larges et puissantes.
Un soupir de frustration lui parvint de nouveau.
- Réveillez-vous...
Mais comme il restait obstinément sur ses positions, déterminé
à ne pas tenir compte de la voix, les lèvres de la jeune femme
rejoignirent les siennes, cherchant à le sortir de sa torpeur d’une
autre façon.
Beaucoup plus agréable encore, songea-t-il intérieurement tandis
que la langue de Carter redessinait la courbe légère de sa bouche.
Mais alors qu’il soupirait d’aise, il sentit une violente douleur
irradier brusquement de sa lèvre inférieure et... Jack se réveilla.
***
Prenant conscience de la forme allongée sur lui, il se crispa aussitôt
et tendit la main vers son arme qu’il gardait toujours à portée.
- C’est moi, Mon Colonel ! répondit cependant une voix qu’il
reconnut sans peine.
- Carter ?
Il se détendit aussitôt avant de réaliser dans quelle position
ils se trouvaient. Il posa de suite ses mains sur les épaules de la jeune
femme afin de la repousser avant de les retirer prestement lorsqu’il sentit
la peau et non un tissu quelconque sous ses paumes.
Elle était...
nue ?
- Qu’est-ce que... Qu’est-ce que vous faites ? bredouilla-t-il,
la gorge nouée, sentant un torrent de lave se déverser brutalement
dans ses veines.
- Eh bien... répondit-elle, d’une voix soudain hésitante.
D’après vous ?
- Une crise d’hypnose ? proposa-t-il, n’osant espérer ce
qu’une partie de lui semblait hurler.
La présence – nue, avait-il besoin de le préciser –
de la jeune femme sur son corps rendait encore plus difficile l’utilisation
de son cerveau. Cela dit, il se refusait à imaginer ce qu’il tentait
depuis plusieurs heures à classer dans « l’inimaginable ».
A travers la pénombre, il parvint parfaitement à voir le visage
de son second se détendre d’un sourire.
- Non... Pas de crise d’hypnose, Mon Colonel...
C’était lui ou le « Mon Colonel » avait revêtu
brusquement un caractère... coquin ? Du moins dans l’intonation
de sa voix ?
Jack ferma un instant les yeux, trop troublé cependant pour parvenir
à contrôler sa respiration qui s’était faite anarchique.
- Carter... Si vous n’avez pas l’intention d’aller jusqu’au
bout, je vous conseille fortement de quitter cette tente... Dans quelques secondes,
il sera trop tard.
Il la sentit aussitôt bouger contre lui, et l’espace d’un
instant, la mort dans l’âme, il crut qu’elle allait partir...
mais au lieu de s’écarter, elle glissa légèrement
sur son corps afin de se nicher un peu plus douillettement sous le duvet et
posa doucement sa jolie tête contre son cou.
- Que faites-vous... ? demanda-t-il au bout d’un moment.
- J’attends qu’il soit trop tard... souffla-t-elle à son
oreille.
- Carter...
Il allait devenir dingue ! Elle le rendait complètement dingue ! Elle
le repoussait et maintenant lui sautait dessus... littéralement. Franchement,
il n’avait aucune envie de jouer au yoyo !
- Oubliez la scène de l’ascenseur... lança-t-elle alors,
sentant les réticences de Jack. Enfin... Mon départ. Tout le reste,
vous le gardez... Imaginez que je sois restée.
- Difficile, grogna-t-il alors même que sa gorge se dénouait enfin,
l’espoir au ventre.
L’idée de se faire plaindre et de la voir tenter d’obtenir
son pardon avaient quelques attraits... Mais elle ne fut pas dupe. Elle le connaissait
beaucoup trop pour cela.
C’était la peur qui l’avait fait fuir. La peur de ces émotions,
de ces sentiments trop forts qui avaient pris possession de son corps. L’idée
de perdre le contrôle, l’idée de ne plus être seule
maîtresse de sa vie l’avait effrayée à un point inimaginable.
Pete, c’était rassurant. Pete, c’était raisonnable.
Avec lui, elle savait où elle allait. Mais avec Jack... Sa raison était
balayée. Il suffisait de voir ce qu’il avait fait d’elle
en quelques minutes à peine, dans cet ascenseur. Une poupée désarticulée,
vide de toute volonté. Il aurait pu la prendre là, avec ces hommes
à proximité sans qu’elle ne parvienne à le repousser.
Avec lui, elle n’avait plus aucun contrôle sur elle-même,
ni sur sa vie. D’un mot, d’un geste, il pouvait la rendre certes
parfaitement heureuse, mais également la détruire, l’anéantir.
Alors il lui avait fallu un peu de temps pour accepter de prendre ce risque
même si au fond, elle savait déjà qu’elle ne pouvait
et ne voulait pas lutter. Sa distance, sa froideur avaient été
insupportables. Mais le savoir malheureux l’avait été plus
encore. Elle n’avait donc hésité qu’un instant à
profiter de l’absence de Teal’c au changement de quart pour se faufiler
sous la tente de son supérieur. Quant au reste... elle n’avait
plus rien contrôlé...
Tout comme elle ne contrôlait pas ses propres lèvres qui glissaient
sur la joue dure et âpre de Jack O’Neill. Sur ce beau visage qu’elle
ne pouvait se lasser d’embrasser, encore et encore. Sur cette bouche au
goût... métallique ?
Elle se redressa aussitôt, surprise.
- Mon Dieu, je suis désolée... J’ai mordu un peu trop fort...
- Aucune importance... grogna-t-il avant de poser sa large main sur la nuque
de la jeune femme pour l’attirer enfin à lui.
Le coeur de Sam bondit violemment dans sa poitrine et leurs lèvres se
joignirent fiévreusement. Elle gémit aussitôt sous la pression
ferme et tiède de sa bouche avant de sentir sa langue passer sans attendre
le barrage de ses dents. Elle avait rêvé longtemps de revivre ces
baisers, cette étreinte, ces sensations que lui seul avait jusqu’ici
réussi à faire naître en elle. Combien de nuits de torture
en songeant qu’après y avoir goûté une fois, jamais
plus elle ne revivrait cela ?
Dans un état second, elle sentit les mains de Jack glisser le long de
son dos, suivant de ses paumes la courbe douce de sa taille puis de ses hanches
avant de saisir ses fesses pour la presser contre ses reins. Prenant appui sur
ses coudes, Sam plia les jambes afin de se retrouver en position assise et se
redressa, jetant le duvet au loin. Ainsi au-dessus de lui, elle put admirer
son ventre plat, son torse massif et son visage qu’elle percevait parfaitement
malgré la pénombre. Les doigts de Jack se crispèrent sur
ses fesses tandis que la pression de son sexe contre son intimité se
faisait toujours plus grande. Son regard brillait, glissant sur son corps à
elle. Bientôt ses mains remplacèrent ses yeux et il redessina lentement
sa nuque fine, la douceur de sa gorge et les courbes pleines de sa poitrine
fièrement dressée. Il s’attarda sur ses seins et sous ses
doigts habiles, leurs pointes se dressèrent appelant la caresse plus
suave encore de ses lèvres. Devançant ses désirs, Jack
se redressa vivement et fondit sur eux avec appétit. Le souffle coupé,
Sam se cambra instinctivement et gémit lorsque la bouche brûlante
de son amant se referma sur l’un de ses tétons. Mordillant, aspirant
la pointe tendue de désir, sa langue prit bientôt le relais, redessinant
l’auréole par de petites caresses d’un érotisme envoûtant.
Il joua avec quelques longues secondes, puis, désireux de ne faire aucun
jaloux, Jack glissa jusqu’au second, frottant doucement au passage son
visage entre ses seins.
Les doigts de Sam avaient plongé depuis longtemps dans les cheveux courts
de son compagnon, pressant sa tête contre elle avec impatience, bouleversée
par la caresse humide de sa bouche sur ses seins nus. Elle sentit alors une
vague de plaisir gonfler dans ses reins. Du plaisir mêlé à
une bonne dose de frustration. Redressant la tête, elle glissa une main
entre leurs deux corps, se faufilant jusqu’à la ceinture du treillis.
Jack cessa aussitôt ses caresses et sous la pression de la jeune femme
sur son torse, se rallongea complètement. Il regarda avec amusement les
doigts nerveux de Sam chercher à défaire le petit crochet puis
déboutonner et faire glisser la fermeture éclair de son pantalon.
Là seulement, le sourire qui étirait ses lèvres se figea.
Elle venait de poser ses deux mains sur ses épaules et se penchait doucement
vers lui jusqu’à ce que sa poitrine frôle son torse.
- Ne te moque pas de moi... murmura-t-elle contre ses lèvres.
- Loin de moi cette idée, Major...
Elle hésita à le croire mais finit par se redresser, évitant
ainsi le baiser qu’il s’apprêtait à lui prendre.
- Carter... grogna-t-il, mi-frustré, mi-amusé. Revenez, c’est
ordre...
- C’est moi qui commande... répondit-elle en souriant avant de
s’écarter légèrement de lui pour faire glisser son
treillis et caleçon.
Le coeur de Jack manqua un battement lorsqu’elle frôla son sexe
de ses seins.
- Ca me va... parvint-il à articuler tandis qu’elle le libérait
de ses vêtements.
Elle remonta ensuite doucement vers lui, caressant ses chevilles de ses doigts
fins, déposant des baisers parfois légers, parfois fiévreux
sur sa chair. Comme dans son rêve... Mais ça n’en était
plus un. C’était ses lèvres qui caressaient ses genoux avec
une tendresse bouleversante, son joli nez, sa joue satinée qu’elle
pressait contre ses cuisses avec un amour de lui qui le prit à la gorge.
Et l’espace d’un instant, la serrer dans ses bras, c’était tout
ce qu’il voulait. Juste la serrer et la garder près de lui.
D’une main tremblante, il la saisit doucement par le bras et l’incita
à s’asseoir de nouveau sur lui avant de se redresser à son
tour. Elle le regarda, un peu surprise par cette rupture dans leurs préliminaires
sensuels et érotiques mais fut rassurée lorsqu’il fit glisser
ses longs doigts sur son visage, redessinant ses traits avec une tendresse touchante.
Ses yeux semblaient à la fois dévorants et emplis d’une
douceur qu’elle ne lui avait jamais vu jusqu’ici et qui lui fit
battre le coeur plus vite. Alors lentement, comme s’il s’agissait
de leur tout premier baiser, de leur toute première étreinte,
il se pencha vers elle et posa doucement ses lèvres sur les siennes.
Sam gémit contre lui, profondément bouleversée par les
sentiments qu’il faisait passer à travers cette caresse légère.
Plongeant ses doigts tremblants dans les cheveux de Jack, elle répondit
à son étreinte avec la même douceur et bientôt leurs
langues se cherchèrent dans un baiser plus profond, à la limite
du supportable. Leurs corps nus s’épousaient parfaitement et enlacés,
serrés l’un contre l’autre, plus rien n’avait d’importance.
Mais bientôt leurs lèvres se séparèrent et Jack nicha
son visage dans le cou de la jeune femme, la pressant contre lui avec fièvre.
- Tu ne me quitteras pas... ?
C’était presque un murmure contre son oreille, un soupir qu’elle
aurait très bien pu ne pas entendre, qu’elle crut un instant ne
pas avoir entendu... Mais il se serra un peu plus contre elle.
- Sam... ?
Le coeur de la jeune femme se gonfla d’un bonheur presque insoutenable.
Tremblante, elle répondit à son étreinte, une main dans
ses cheveux, une autre sur son dos tendu.
- Jamais... souffla-t-elle enfin, incapable d’articuler autre chose.
Non, jamais...
Mais à peine venait-elle de répondre qu’elle se sentit basculer
sur le côté. Instinctivement, elle s’accrocha à lui
et l’instant suivant, se retrouva allongée sur le dos, le corps
massif de Jack pesant délicieusement sur elle.
- T’as intérêt ! s’exclama-t-il alors en riant doucement.
Et elle rit à son tour, amusé de le voir tourner en dérision
ce qui pour lui avait été si sérieux, de le savoir gêné
de s’être montré soudain si sentimental. Jamais elle ne pourrait
oublier. Et à bien des égards, c’était maintenant,
leur première fois.
Désireux de lui faire oublier cet épanchement qu’il jugeait
lui-même larmoyant, Jack fondit sur elle et l’embrassa, frottant
son corps puissant contre elle, écartant de son genou les cuisses de
la jeune femme. Le désir reprit aussitôt le dessus et Sam gémit
du plaisir de le sentir sur elle, ses lèvres fines traçant un
sillon brûlant sur son cou et ses épaules, ses larges mains glissant
et éveillant une à une chaque parcelle de sa peau. Elle avait
l’étrange impression qu’il était partout à
la fois, faisant inlassablement déferler des vagues de lave dans ses
veines et la laissant totalement à sa merci, dépendante de ses
caresses, de ses baisers. De lui.
Sam renversa soudain la tête en arrière pour mieux le voir. Le
désir rendait son visage encore plus viril, durcissant ses traits et
lui donnant des allures de prédateur. Son regard, à présent
ancré au sien, semblait la dévorer, s’abreuvant de sa force,
la laissant plus molle qu’une poupée de chiffon. Et tandis qu’il
plongeait de nouveau sur elle, baisant ses lèvres, ses joues, son cou...
sa faiblesse lui éclata au visage, contrastant avec la maîtrise
totale qu’il semblait avoir. L’espace d’un instant, ses craintes
reprirent le dessus, lui tordant l’estomac d’appréhension.
- Tu me rends fou... gémit-il alors contre son oreille frottant son sexe
douloureux contre son ventre.
La respiration saccadée de Jack lui parvint, désamorçant
aussi soudainement qu’elle était venue, cette peur de ne rien contrôler.
Lui non plus. Il ne contrôlait plus rien du tout.
Elle se cambra alors vers lui, nouant ses jambes autour de ses reins, enfonçant
ses ongles dans sa chair. Puis d’un mouvement souple, elle fit glisser
l’une de ses mains entre leurs deux corps, à la recherche de cette
partie de lui que son corps réclamait. Et enfin, elle la trouva.
- Carter...
Elle allait le tuer... songea-t-il, son coeur manquant un battement.
Un gémissement rauque s’échappa de ses lèvres tandis
que les doigts de la jeune femme se refermaient sur son membre gonflé
de désir. Il ferma vivement les yeux, tentant de contrôler la vague
de plaisir qui déferlait dans ses reins mais elle ne lui laissa aucun
instant de répit et prit fiévreusement ses lèvres. De sa
langue, elle pénétra aussitôt sa bouche dans un baiser passionné
et ses doigts commencèrent un long va-et-vient d’une lenteur sensuelle
et peu équivoque.
Il avait comprit le message.
Jack s’arracha aussitôt à ses lèvres avides et éloigna
la main effrontée avant de saisir les hanches de la jeune femme et de
les soulever à sa rencontre. Il pressa alors son sexe contre sa chaleur
accueillante mais s’arrêta à la limite, émerveillé
de voir Samantha Carter cambrée vers lui, tendue dans l’attente
de le recevoir.
C’est cela qu’il n’avait pas eu la première fois. C’est
cet instant qu’il voulait savourer.
- Jack... !
Mais pas trop longtemps...
Rendu fou par cette supplique à peine voilée, il plongea enfin
en elle d’un long et puissant coup de rein. Fiévreux, il regarda
les yeux de la jeune femme se fermer sous l’intensité de cet assaut,
avant de croiser de nouveau son regard brûlant. D’un geste impatient,
il glissa ses mains sous les fesses de Sam et la rajusta afin de s’enfoncer
un peu plus loin encore, la faisant presque suffoquer.
Il adorait ça...
Il adorait voir son visage se crisper de plaisir, il adorait voir ses yeux se
troubler à chaque coup de rein. Il se nourrissait d’elle, de ses
gémissements, de ses soupirs, de ses sourires. Inlassablement, il plongeait
encore et encore dans sa chaleur moite et inlassablement, il la regardait se
cabrer, s’agripper à lui avec passion, labourer son dos de ses
ongles et mordre dans sa lèvre si délicieusement pleine pour ne
pas crier.
Il était envoûté.
Envoûté et affamé.
Dans un grognement rauque, il fondit sur la jeune femme, étouffant ses
soupirs de sa bouche dévorante. Il sentit les mains de Sam glisser sur
son dos et descendre sur ses reins pour les presser contre elle, lui imposant
un rythme de plus en plus soutenu auquel il s’accorda aussitôt.
Son souffle devint anarchique contre ses lèvres et Jack pénétra
la moiteur de sa bouche avant d’entamer un violent corps à corps
avec sa langue.
Ils allaient mourir. Tout était trop fort, trop puissant. Mais qu’importait,
il était trop tard.
Sentant la jeune femme au bord de la jouissance, il s’arrêta un
instant, juste une seconde pour se redresser afin que le poids de son corps
soit sur ses bras. Puis il recommença à se mouvoir en elle, donnant
plus de puissance encore à ses coups de reins. Il laissa son regard glisser
de nouveau sur le corps de la jeune femme, excité par le soubresaut de
ses seins à chaque pénétration, par les cris de volupté
qu’elle ne parvenait plus à étouffer et par le plaisir simple
et primitif de la posséder.
- Jack ! gémit-elle de nouveau alors que de lui-même, il accélérait
encore la cadence.
Des vagues de plus en plus fortes déferlaient en eux, balayant tout sur
leur passage et lorsqu’enfin il la vit se cambrer, le corps parcouru de
spasmes violents, Jack se laissa à son tour submerger par le plaisir.
Une longue plainte s’échappa alors de ses lèvres et, dans
quelques derniers coups de rein puissants et libérateurs, il se déversa
enfin en elle...
Vidé de ses forces, Jack roula sur le côté pour ne pas écraser
la jeune femme qui vint naturellement se lover contre lui, la tête sur
son épaule. Leurs respirations mirent quelques longues secondes à
retrouver un rythme plus serein mais tous deux savouraient cet instant apaisant.
- Il nous reste combien de temps ? demanda Jack au bout d’un moment.
Sam leva son bras gauche et retira le scratch anti-reflets.
- Environ vingt minutes... soupira-t-elle avant de passer un bras possessif
autour du torse de son amant.
Elle n’avait aucune envie de le quitter.
- Je pourrais demander à Daniel de prendre mon quart, proposa-t-elle
en souriant.
- Et à Teal’c de te céder la place. Ils seraient ravis tous
les deux, j’en suis sûr...
La jeune femme rit doucement avant de soupirer de nouveau lorsque les doigts
nerveux de son supérieur glissèrent dans ses boucles blondes.
Elle ferma aussitôt les yeux de bien-être.
Un long silence s’en suivit, finalement interrompu par le chuchotement
de Jack à son oreille.
- Attention de ne pas s’endormir...
- Aucun risque... murmura-t-elle d’une voix faible qui contredisait largement
ses propos.
******************************
- Je les réveille ?
- Non. Il reste encore deux heures.
- Il n’empêche, je devrais les réveiller ! Après tout,
à cause d’eux, je me tape le quart de Sam en plus du mien.
- J’en ai fait la moitié, Daniel Jackson... Et si on additionne
la moitié du quart du Major Carter et le vôtre...
- C’est bon, c’est bon...
...
- N’empêche ! J’aimerais vraiment voir leur tête au
réveil ! Allez Teal’c ! Soyez chic !
- Il faudra me passer sur le corps.
- Eh bien allons-y !
- ...
- Rooh, Teal’c ! Un peu d’humour !
- ...
- C’était une blague !... Et arrêtez de me regarder comme
ça ! Je ne suis pas gay ! C’est quoi cette rumeur, à la
fin !
FIN
Je n’ai qu’un mot à dire : Ouf...
Bon sans rire, suis vraiment pas super satisfaite mais bon. Fallait bien que
je la finisse. A vous de me dire si ça valait le coup.
Pour la fin, c’est un petit clin d’œil aux forumeurs de «
La Porte des Etoiles Imagine » ;-) Bisous à vous !