Auteur : Helios et Hito
E-Mail : helios14@free.fr & h_hito76@yahoo.fr
Catégorie : Action (60%) et Romance Sam/Jack (40%)
Saison : Saison 7 (pas de Pete ! pas de Pete ! pas de Pete !!!)
Résumé : Une lettre d’un autre temps arrive pour Daniel.
Archive : Ne pas publier sans notre autorisation
Disclamer : Stargate is a register trademark of MGM/UA and showtime-online.
I’m not intending to discredit the actors, writers or anyone involved
with Stargate. It is purely a fan fiction and nothing else. This story is not
making any profit, it is strictly for entertainment.
Un immense merci à Gjc597 pour son soutien et son aide !
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- Entrez.
Daniel Jackson avait répondu machinalement, sans même lever le
nez du manuscrit sur lequel il était penché depuis maintenant
plus de trois heures. Hammond sourit en l’observant puis, désespérant
que l’archéologue daigne lui adresser un regard, s’éclaircit
la gorge.
Le jeune homme releva aussitôt la tête et, découvrant le
général à côté de lui, se leva brusquement,
confus, renversant par la même une pile de papiers poussiéreux.
Il remonta ses lunettes sur son nez en balbutiant :
- Pardon Monsieur… J’espère que vous n’attendez pas
depuis longtemps, j’étais concentré sur une possible traduction
des textes en rapport avec la découverte de…
- Ce n’est rien Docteur Jackson. Je vous apporte juste votre… courrier.
Daniel baissa le regard et découvrit une lettre sombre dans la main du général Hammond. Il écarquilla les yeux :
- Vous m’apportez… mon… courrier ? Les coupes dans le budget sont-elles si catastrophiques que ce soit vous qui jouiez les postiers ?
Hammond rit doucement et tendit la lettre à Daniel.
- Non, ce n’est pas à ce point. Je sais que c’est assez inhabituel… mais cette lettre l’est aussi. Jetez un coup d’œil.
Daniel se saisit de l’enveloppe et remarqua immédiatement l’état vieilli et détérioré de l’épais papier jauni. La lettre avait manifestement été déjà ouverte. Il fronça les sourcils.
- Mais… elle semble dater de… la fin du 19ème je dirais…
- Tout à fait. Vers 1880 d’après nos experts. C’est
le directeur de la Poste de Colorado Spring lui-même qui est venu l’apporter
solennellement à la base. Vu son caractère… exceptionnel
vous ne m’en voudrez pas de l’avoir fait examiner avant de vous
la remettre.
- Non non… bien sûr…
Daniel retourna l’enveloppe et regarda l’adresse :
« Docteur Daniel Jackson, aux bons soins du général Hammond
Complexe militaire de Cheyenne Mountain
Ville de Colorado Springs
A remettre le 14 juin 2004 de l’ère chrétienne. »
Daniel s’assit brutalement, ferma les yeux un instant, puis regarda à
nouveau l’enveloppe d’un air effaré. Hammond demanda :
- Qu’est-ce qui semble vous causer un tel choc Docteur ?
L’archéologue leva lentement ses yeux bleus vers le général et répondit :
- C’est mon écriture.
***
“SG1 est attendue en salle de briefing. SG1 est attendue en salle de briefing”
Quelques minutes plus tard, Teal’c et Sam avaient rejoint Daniel et le général dans l’imposante salle de réunion qui dominait la Porte des Etoiles. Le colonel O’Neill les rejoignit peu après et, ayant salué tout le monde à la cantonade, se laissa tomber dans le fauteuil qui jouxtait celui de son Major. Il soupira :
- Alors, c’est quoi ce coup-ci ? Les Goa’ulds, les Asgards, les réplicateurs ou pire, les Tok’ras ?
Sam ouvrit la bouche pour répliquer mais il se tourna vers elle et enchaîna :
- Sauf votre père, Major… lui c’est toujours un plaisir bien sûr !
Elle resta bouche bée alors que Jack lui faisait son plus magnifique sourire. Hammond jugea bon d’intervenir :
- Rien de tout cela Colonel. Le Docteur Jackson a reçu une lettre.
- Pardon ? demanda O’Neill. On fait un briefing parce que Daniel reçoit
du courrier ? Moi hier encore j’ai reçu une facture de…
- Cette lettre a plus de cent ans, coupa l’archéologue agacé.
Jack haussa les sourcils :
- Plus de… ? Ah bon… Ma facture non… quoique…
- Et c’est moi qui me la suis envoyée.
Un silence suivit sa déclaration. Daniel expliqua :
- C’est bien mon écriture, le graphologue vient de vérifier.
Et cette lettre date des années 1880, les examens sont formels.
- Ce qui signifie…. ? demanda O’Neill, manifestement dépassé.
Sam enchaîna :
- … que Daniel est allé dans le passé à un moment
ou à un autre pour s’envoyer ce courrier.
- Vous ne pouvez pas aller à la poste, comme tout le monde ? grommela
Jack.
L’archéologue leva les yeux au ciel et décida de l’ignorer une bonne fois pour toutes. Carter continua :
- Donc nous avons – ou vous seul Daniel - avez repassé la Porte
au moment d’une éruption solaire et vous vous êtes retrouvé
projeté, il y a plus de cent ans cette fois !
- Or cela ne s’est pas produit, ajouta l’archéologue. Je
ne suis allé nulle part.
- Tout ça me semble étrangement familier… intervint Jack,
semblant fouiller dans ses souvenirs. C’est dans Retour vers le futur
2 ou 3?
- A la fin du 2, O’Neill.
D’un même mouvement, tous se tournèrent vers Teal’c qui haussa un sourcil surpris devant ce soudain intérêt collectif. Sam fut cependant la première à reprendre ses esprits.
- … Et elle dit quoi, cette fameuse lettre ?
- Je ne sais pas. Je ne l’ai pas encore lue.
- C’est l’objet de ce briefing, Major, ajouta Hammond. Docteur Jackson,
je vous en prie…
Daniel sortit doucement une feuille de papier jauni de l’enveloppe et la déploya sur la table. Tous se levèrent légèrement pour voir ce qui était écrit.
10 Juin 1881 – Carson City
Présence Junior.
Départ 24064 – 10.22 AM
Pour retour, besoin communicateur petit gris.
Jack fut le premier à redresser la tête.
- Eh bien… Pour une fois, on peut dire que vous avez fait court. Vous voyez que vous en êtes capable, Daniel !
Il s’interrompit cependant, frottant machinalement sa nuque en grimaçant.
- Cela dit, pour une fois j’aurais préféré plus
long !
- Ça n’aurait pas été utile, Mon Colonel, répondit
pourtant Sam. Il y a tout dans cette lettre. Tout ce que nous avons besoin de
savoir.
- Oui ben… Moi tout ce que je vois c’est la date et l’heure
de départ, qu’un Serpent se trouve là-bas et qu’on
aura besoin de Thor pour rentrer…
Jack se rassit en soupirant, rapidement suivi du reste de l’équipe.
- A quoi ressemble ce Goa’uld ? Comment le trouver ? Un peu plus de données
aurait été utile.
- Cette lettre aurait très bien pu être ouverte par n’importe
qui, Jack, répondit Daniel en rajustant ses lunettes d’un geste
familier. C’est pour ça, à mon avis, qu’il n’y
a que le strict nécessaire.
Indifférente au reniflement contrarié de son supérieur,
Sam s’avança de nouveau afin de relire le contenu du message.
- Carson City, dit-elle à voix haute. A mon avis, c’est là
qu’il doit être, sinon pourquoi aller jusque là-bas.
- Mouais… grommela Jack. Il reste quand même à le dénicher…
- Les Goa’ulds sont assoiffés de pouvoir, O’Neill. Il sera
facile de découvrir qui il est, intervint posément le Jaffa.
Daniel acquiesça aussitôt.
- Teal’c a raison. Je vais faire des recherches sur Carson City en 1880.
Nous trouverons vite de qui il s’agit.
- Et nous pourrons nous en débarrasser, finit Jack avant de se tourner
vers Hammond. Le départ est dans dix jours. Ça veut dire qu’on
a seulement une semaine et demi pour mettre cette mission au point. Il va y
avoir pas mal de choses à régler.
- Si je peux me permettre, Mon Général, l’interrompit Carter,
je ne suis pas du tout d’accord pour que nous partions.
O’Neill s’adossa lourdement sur le dossier de son siège, levant les yeux au ciel.
- Laissez-moi deviner ! Le paradoxe du petit frère…
- Du grand-père, le reprit-elle sans se démonter.
- Carter…
Mais Sam fit mine de ne pas entendre et reporta vivement son attention sur Hammond.
- Mon Général ! Nous risquons de changer le présent en
interférant sur le passé. Nos actions auront forcément
des conséquences...
- Peut-être heureuses ! intervint Jack, attirant sur lui le regard noir
de la jeune femme.
- Peut-être dramatiques.
- La dernière fois, ça nous a porté chance !
- Nous avons surtout eu de la chance, Mon Colonel.
Les deux gradés se jaugèrent, tous deux inflexibles. Jack savait
qu’en théorie elle avait tout à fait raison mais il n’avait
aucune envie d’abandonner et passer à côté de la chance
de faire un petit saut dans le temps. On parlait du Far West, bon sang ! Les
saloons, les duels, les chevauchées sauvages… et les répliques
cultes !
Un sourire vint brusquement se dessiner sur ses lèvres et il regarda
d’un œil amusé la jeune femme se raidir sur son siège,
se préparant à la suite. Elle fronça les sourcils et il
articula lentement, savourant son effet :
- Apparemment, vos objections n’ont eu aucun effet, Carter.
- Comment ça ?
- Si Daniel a reçu cette lettre du passé, c’est qu’il
se l’est lui-même envoyée… Et s’il se l’est
envoyée… c’est que nous avons forcément fait le voyage.
Et si nous ne l’avons pas encore fait… C’est que, quels que
soient vos objections et paradoxes divers, nous allons quand même le faire.
Sam resta bouche bée. Jack se délectait de son silence, ainsi
que de tous les regards qui s’étaient tournés lentement
vers la jeune femme. Il avait raison, elle avait tort. C’était
si rare, si précieux, si délicieux ! Avec un sourire vainqueur,
et sans la quitter des yeux, il se laissa aller confortablement dans son fauteuil.
Passablement renfrognée, la jeune femme se tassa sur son siège,
écarlate, muette. Jack profita de ce court silence pour reprendre la
parole et enfoncer le clou avec gaîté et délectation :
- On est tous d’accord, donc ! Départ dans dix jours ! Pour le
retour, on a besoin d’une éruption solaire, c’est ça
? Thor pourra nous en fournir une, j’imagine.
- Encore faudrait-il qu’il soit bien dans notre Galaxie en 1881, sinon,
même avec un communicateur Asgard, on ne pourra jamais le contacter…
grommela Sam.
- Ne jouez pas les rabat-joie, Carter, répondit Jack aussitôt,
les yeux rieurs.
- Colonel.
La voix calme mais ferme du Général Hammond mit un terme à ce petit harcèlement amical.
- Pour revenir en 2004, il vous faudra aussi une Porte des Etoiles, or, en
1881, celle de la Terre se trouve toujours enterrée en Egypte, poursuivit-il.
- Oulà ! L’Egypte ? Ca fait une petite trotte.
- Espérons que Thor se manifeste avant, acquiesça Daniel, parce
qu’en partant de Carson City, il faudra bien plusieurs mois pour traverser
les Etats-Unis, l’océan Atlantique, la Méditerranée
et l’Egypte...
Jack resta figé quelques instants avant de passer une main lasse sur
son visage. Il n’avait pas vraiment prévu de s’éterniser.
- Ah oui… Plusieurs mois… maugréa-t-il avant de croiser le
regard mi-amusé, mi-satisfait de son second.
Il s’apprêtait à répondre quelque chose de bien senti à la jeune femme lorsque la voix stoïque de Teal’c l’interrompit.
- Quelque chose m’inquiète.
Tous les regards convergèrent aussitôt vers le Jaffa et lorsque celui-ci fut certain d’avoir l’attention de tous, il poursuivit :
- Si Thor nous est venu en aide en 1881, pourquoi ne nous l’a-t-il pas dit lors de notre rencontre sur Cimmeria ?
Au silence pesant qui se fit, Teal’c leva un sourcil circonspect. Et curieusement, ce fut Sam qui leur apporta une raison plausible et rassurante.
- Pour ne pas nous influencer, je pense.
- Le paradoxe du grand-père ? traduisit Jack, un nouveau sourire sur
les lèvres.
- Le paradoxe du grand-père, Mon Colonel.
Les deux officiers échangèrent un regard de défi mais finirent par reporter leur attention sur Hammond. En effet, celui-ci venait de se lever de son large fauteuil.
- Très bien, SG1 ! Vous avez dix jours pour mettre tout ça au point ! Rompez !
*****
Les premiers jours, Daniel s’enferma avec Sam et Teal’c dans son
bureau afin de commencer les recherches. Et curieusement, même Jack, de
façon épisodique, se joignit à eux afin de plonger le nez
dans l’Amérique du XIXème siècle. Trouver un Goa’uld
même dans une ville comme Carson City et ses environs n’était
pas si aisé. Il n’existait que peu de documents relatant les évènements
pendant la période qui les intéressait : à l’époque,
la ville n’était guère peuplée de gens lettrés
mais davantage d’aventuriers désireux de faire fortune rapidement.
Ne trouvant rien d’intéressant, Daniel finit par élargir
les recherches aux villes avoisinantes. C’était comme chercher
une aiguille dans une botte de foin…
*****
« SG1 est demandée en salle de Briefing immédiatement ! SG1 est demandée en salle de Briefing immédiatement !»
La voix du Sergent Harriman résonna dans les couloirs du SGC et quelques minutes plus tard, des pas précipités suivirent. Bien que venant de lieux différents, les quatre membres de SG1 apparurent au même instant et s’arrêtèrent dans un ensemble parfait devant la table de réunion.
- Ouah ! s’exclama Daniel, retrouvant en premier l’usage de la parole.
Un amoncellement de vêtements divers et colorés s’étalait devant eux et tous se rapprochèrent afin de tâter et observer de plus près les chemises, pantalons et même ceinturons déposés sur la table.
- La classe ! acquiesça Jack en attachant l’un de ces derniers
autour de ses hanches.
- Colonel ! Ce n’est pas pour jouer, répliqua Hammond, pénétrant
dans la pièce.
Le léger sourire qu’il arborait vint cependant adoucir la sècheresse
de ses propos.
- Je suis sûr que vous mourez d’envie de venir avec nous, Mon Général
!
- Il s’agit d’une mission comme une autre, Colonel.
Jack haussa les sourcils et écarta légèrement les jambes, la main posée à proximité du holster pourtant vide. Son visage se contracta et sa voix prit une intonation plus grave qu’à l’accoutumée.
- « Le monde se divise en deux catégories. Ceux qui ont un pistolet chargé et ceux qui creusent. Toi… tu creuses. »
Daniel leva aussitôt les yeux au ciel.
- Je sens qu’on va y avoir droit pendant toute la mission…
Mais peu enclin à perdre sa bonne humeur, Jack se contenta de se frotter les mains en souriant.
- Je vais me régaler !
- Je n’ai pas compris la subtilité, O’Neill.
- C’est pas grave ! Il nous reste encore une semaine ! Je vais me charger
de votre éducation, Teal’c ! Ce soir, on va se louer quelques DVD
!
Devant le regard de son supérieur, il rajouta cependant très vite :
- Enfin, si le Général nous permet de sortir ! Mais c’est
pour la bonne cause ! Une préparation intensive et complète est
nécessaire pour cette mission !
- Vous allez sortir, Colonel, mais pas pour vous cloîtrer chez vous. Le
gouvernement a loué un ranch afin que Teal’c apprenne à
monter à cheval et que vous puissiez vous entraîner au maniement
des armes du XIXème siècle. Vous partez dès demain.
- Génial ! s’exclama O’Neill avec enthousiasme. Et il y aura
de quoi se faire quelques séances de cinéma ?... Toujours pour
la bonne cause, bien sûr !
- Je vous trouve bien consciencieux pour une fois, Jack, grommela Daniel non
sans ironie.
O’Neill prit un air choqué. Il ouvrit la bouche pour répondre mais la voix de Carter le coupa dans son élan.
- Euh… Je peux savoir ce que c’est… ça ? demanda-t-elle, soulevant une robe de soie et de dentelle.
Jack sourit aussitôt, amusé.
- Une robe, Carter. C’est ce que portaient les femmes en 1880 avant qu’elles
n’attrapent la grosse tête et se mettent à porter des pantalons
comme les hommes !
Le regard noir qu’elle lui lança en retour ne fit qu’accentuer
le sourire de son supérieur.
- Il est hors de question que je porte ça ! s’exclama-t-elle en
se tournant vers Hammond. Mon Général ! Comment voulez-vous que
je fasse quoique ce soit, accoutrée ainsi ?
- Vous êtes une femme, Major. En vous habillant en homme vous risqueriez
d’attirer l’attention sur vous.
S’attendant à avoir le soutien du commandant du SGC, Sam resta silencieuse un instant, interloquée. Les joues écarlates, elle sentit la moutarde lui monter au nez en découvrant tourné vers elle le regard amusé de ses coéquipiers.
- Et Calamity Jane alors ? Je ne serai pas la première !
- Oui, enfin, ça reste extrêmement rare, Carter…
- Je n’en ai rien à faire ! Je ne porterai pas ces… fanfreluches
!
- Major, intervint calmement Hammond. Pour le moment, ce qu’il y a sur
la table est tout ce que nous avons.
Tandis que Sam ravalait courageusement sa colère, Daniel prit une chemise sur le bureau et observa le tissu étonnamment épais et rude au toucher.
- Où les avez-vous trouvés ?
- Dans un petit atelier artisanal qui fabrique des costumes d’époque
pour les films à gros budget. Si tout va bien, vous ne devriez pas vous
faire remarquer.
Et tandis que tous acquiesçaient, tous sauf Sam bien sûr, des
pas dans les escaliers leur apprirent l’arrivée imminente d’une
équipe SG.
- Maintenant, enchaîna donc Hammond, si vous voulez bien emmener tout
ça dans vos quartiers pour les essayer… J’ai un briefing
de prévu. Rompez.
Quelques secondes plus tard, munis de leur bric-à-brac, SG1 sortit sous
les yeux amusés et cependant envieux du Colonel Reynolds et de son équipe.
Leur départ prochain pour le 19ème siècle avait bien évidemment
fait le tour du SGC et ils étaient nombreux à regretter de ne
pas pouvoir partir avec eux.
Pourtant les risques étaient bien réels. Certes, la lettre prouvait
qu’ils avaient bien remonté le temps mais nul ne savait si oui
ou non, SG1 allait parvenir à rentrer. Et autant jouer aux cow-boy pendant
quelques jours pouvait amuser certains… autant demeurer à l’époque
du Far West toute la vie semblait beaucoup moins drôle.
Après une traversée de la base continuellement ralentie par des
curieux, les membres de SG1 rejoignirent enfin leurs quartiers et s’installèrent
dans ceux des deux militaires, situés à proximité. Les
essayages commencèrent dans la bonne humeur chez les garçons mais
un peu moins chez la jeune femme. Malgré la porte de sa chambre fermée,
elle entendait parfaitement les voix enthousiastes des trois hommes et reconnut
aisément les intonations graves du Colonel qui dominaient cette joyeuse
cacophonie.
Levant à hauteur des yeux la robe pourpre qu’elle tenait dans les
mains, Sam observa d’un œil mauvais le profond décolleté
et soupira bruyamment en la reposant sur le lit. Trop de satin, trop de dentelle…
Elle n’allait pas dans un bordel !
Fouillant impatiemment dans le tas de vêtements éparpillés
devant elle à la recherche d’une tenue plus en adéquation
avec les longues chevauchées qu’ils allaient certainement devoir
faire, un sourire vint soudain étirer ses lèvres. Ils voulaient
la voir en robe ? Eh bien ils allaient être servis…
Quelques minutes plus tard, la jeune femme finissait de lisser sa jupe lorsque quelques coups furent frappés à sa porte.
- Carter ? Vous n’allez pas rester enfermée toute la journée ! Montrez-nous ce que ça donne !
Sam jeta un œil sur son reflet et se retint de rire. Elle était
ridicule !
La robe était beaucoup trop grande et malgré la large ceinture
enserrant sa taille fine, le tissu grossier à petit carreau ne mettait
guère ses formes en valeur. Le col strict se fermait sur le devant jusqu’au
cou, cachant la moindre parcelle de peau et sous sa jupe, Sam avait rajouté
quatre jupons afin de rendre plus bouffante encore l’imposante tenue.
Enfin, pour parfaire cet ensemble, ses cheveux étaient cachés
par un bonnet du même tissu que la robe, tout droit sorti de La petite
maison dans la prairie.
Satisfaite par l’image que lui renvoyait son miroir, Sam redressa la tête,
s’avança tranquillement vers la porte et ouvrit celle-ci. La phrase
que son supérieur s’apprêtait à prononcer mourut aussitôt
sur ses lèvres.
- Oulà… parvint-il seulement à articuler.
- Qu’est-ce qu’il y a ? intervint Daniel en poussant Jack sans ménagement
afin de voir la jeune femme : Ouhoo !
Malgré la « stupeur » évidente du jeune archéologue, Sam se contraignit à garder son sérieux.
- Eh bien ? demanda-t-elle avant de tourner sur elle-même dans un nuage de… tissu à carreaux. Ça vous plait ?
Jack gonfla les joues et leva une main molle dans sa direction.
- Eh bien… Je préférais la rouge en satin, dit-il avant de passer la tête à l’intérieur de sa chambre. Elle est où d’ailleurs ?
D’une main douce mais ferme, elle le repoussa et se planta devant lui, les poings sur les hanches. Elle savait parfaitement l’image grotesque et surréaliste qu’elle devait donner, habillée ainsi, en plein milieu du couloir.
- Mon Colonel ! Si je portais la rouge, je ferais une cible parfaite, vous ne croyez pas ?
Il grimaça aussitôt tandis qu’en lui l’officier raisonnable et l’homme bataillaient ferme. Finalement, après quelques secondes de lutte, il finit par acquiescer à contre cœur.
- C’est vrai… Cela dit, vous pourriez quand même l’essayer,
juste pour voir si elle vous va aussi bien que…
- Mon Colonel !
- Raaaaaaaaah ! grogna-t-il, mi-agacé, mi-déçu.
Et tandis qu’il se détournait, frappant sa cuisse du chapeau qu’il tenait fermement, le regard de la jeune femme glissa sur son large dos. La chemise crème qu’il portait tombait parfaitement sur ses épaules et le pantalon noir mettait son postérieur… merveilleusement en valeur.
- Et vous, Monsieur ? Je peux voir ?
Elle le regarda se figer et lui jeter un coup d’œil en biais. Il finit cependant par se retourner complètement, un sourire sur les lèvres et d’un geste théâtral, il enfonça son chapeau sur la tête, abaissant le bord afin que son regard soit tout juste visible. Puis, glissant un pouce sous son ceinturon, il s’amusa à prendre la pose du parfait cow-boy.
- Alors, ma p’tite dame ? Une balade à cheval, ça vous dit ?
Sam éclata de rire, dissimulant derrière son hilarité le trouble qu’il avait fait naître en elle. N’était-elle pas ridicule de s’émouvoir d’un tel cliché ?
- Il ne manque plus que la barbe de quelques jours et le cigarillo dans la
bouche ! répliqua-t-elle, les yeux pétillants.
- Je prends note, Carter !
Au regard qu’il lui lança, Sam préféra se tourner vers ses autres compagnons.
- Daniel ?
A l’appel de son nom, le jeune homme s’empressa de mettre son chapeau sur la tête et écarta les bras. La chemise à carreaux, le pantalon et les bottes semblaient être faits pour lui !
- Alors ?
- Vous êtes parfait !... Par contre… il faudrait faire quelque chose
pour vos lunettes.
Daniel haussa les sourcils puis ôta celles-ci en plissant les yeux. Elles étaient sans conteste beaucoup trop modernes…
- Je n’y avais pas pensé ! Je vais faire une demande.
Sam acquiesça et se tourna vers le troisième homme. Teal’c
était resté en retrait depuis tout à l’heure et observait
silencieusement la scène. Un sourire amusé apparut sur les lèvres
de la jeune femme lorsqu’elle remarqua que la chemise qu’il portait
semblait sur le point de se déchirer. Sa musculature plus qu’imposante
était littéralement compressée dans le vêtement définitivement
trop étroit.
- Je crois qu’on va devoir faire une nouvelle commande en précisant
vos mensurations, Teal’c.
- En effet, répondit-il avant de s’arrêter un instant pour
la dévisager. Je ne saisis pas bien l’avantage de votre tenue,
Major Carter. Vous allez mourir de chaud, sans parler de l’inconfort d’un
tel vêtement.
Sam jeta un coup d’œil entendu vers son supérieur qui écarta les bras, en soupirant.
- Très bien ! On va vous trouver un beau pantalon, une chemise et une
paire de bottes !
- Merci !
- Par contre, reprit-il le doigt levé, vous prenez cette robe ! Qui sait,
elle nous sera peut-être utile pendant la mission !
Le sourire qu’il lui lança lui fit battre le cœur plus vite. Il était vraiment impressionnant, habillé comme ça… Beaucoup trop.
- Eh bien prenez-là, Monsieur ! répondit-elle, les joues roses. Je suis sûre qu’elle vous ira parfaitement.
Jack lui jeta un regard noir, adouci par un sourire taquin.
***************************
Sam se redressa, frottant énergiquement ses cheveux avec la serviette de toilette. Elle croisa son regard dans le miroir de sa salle de bain. C’était stupide. Aller dans le passé… Au Far West… la scientifique en elle hurlait que c’était on ne pouvait plus dangereux. Pourtant, le colonel O’Neill avait raison.
Elle sourit en y repensant. Il avait raison. Si Daniel avait reçu la lettre, alors ils devaient y aller. Ce qui ne leur laissait qu’un week-end et quelques jours pour se préparer à… à quoi d’ailleurs ? A jouer les pistoleros pour abattre un Goa’uld ? Et tout cela dans la plus grande discrétion ? Et en comptant sur des Asgards inconnus pour repartir ?
Elle se mordit la lèvre. Et si…
La sonnette retentit, deux fois. Sam fronça les sourcils, enfila rapidement le jean et le débardeur qu’elle avait sortis, et gagna la porte d’entrée, sa serviette sur les épaules. Qu’elle ne fut sa surprise de découvrir sur le pas de sa porte Jack, Teal’c et Daniel. Le colonel la gratifia d’un immense sourire. Elle remarqua immédiatement les boites de DVD qu’il portait, de même que l’imposante pile de cartons de pizzas dans les mains du jaffa. Elle balbutia :
- Mais… Que faites-vous ici ?
- Nous sommes venus parfaire notre culture Carter ! dit Jack en passant devant
elle pour gagner le salon. J’ai pu constater aujourd’hui que déjà,
question costume féminin, vous n’y connaissiez rien…
Daniel lança à la jeune femme ahurie un regard désolé.
- J’étais contre, hein ! Je trouve cela totalement ridicule, mais
il m’a…
- Oh ça va Daniel, arrêtez de jouer les rabat-joies ! s’exclama
Jack depuis la cuisine où il déposait un pack de bières.
Sam finit par réagir, referma la porte et les suivit rapidement au salon.
Jack était déjà tranquillement installé dans le
meilleur fauteuil, une bière à la main. Teal’c achevait
de mettre en route télé et lecteur dvd, un exercice qu’il
maîtrisait à merveille depuis sa découverte de Starwars.
Sam ouvrit la bouche… hésita… puis choisit de se taire et
se laissa tomber sur le canapé à côté de Daniel :
lutter ne servirait à rien.
Quand les premières notes de l’harmonica retentirent dans les enceintes,
la jeune femme et l’archéologue échangèrent un regard
blasé. Jack avala une gorgée de bière et sourit davantage.
***************************
Sam leva son visage vers le ciel et inspira lentement l’air tiède
et parfumé de la nature environnante. Une brise légère
vint ébouriffer ses cheveux et la jeune femme ferma les yeux, un sourire
paisible sur les lèvres. Quelle tranquillité… Seuls lui
parvenaient le bruissement léger des feuilles dans les arbres, le bourdonnement
de quelques abeilles travailleuses, et plus loin le claquement sourd et régulier
des sabots d’un cheval sur la terre séchée.
Ces quelques jours dans un ranch destinés à les familiariser avec
ce qui faisait le quotidien des hommes du XIXème siècle n’étaient
peut-être pas une si mauvaise idée, finalement. Certes, il leur
arrivait souvent de voyager sur des mondes à peu près similaires
à la Terre, mais la prudence et la légère appréhension
qu’ils gardaient constamment en eux ne leur permettaient guère
d’apprécier la tranquillité ou beauté des paysages.
Mais là… Aucune mauvaise surprise à redouter. Il n’y
avait qu’elle. Elle, la nature et…
PAN !
Le bruit sec et retentissant d’un coup de feu brisa le silence paisible
et Sam leva les yeux au ciel.
… et eux…
- A vous, Carter !
La voix enjouée du Colonel lui arracha malgré elle un sourire.
Durant ces sept dernières années, elle ne l’avait jamais
vu aussi enthousiasmé par une mission. Il était toujours le premier
levé, le premier à cheval, le premier tout court… Et elle
aimait ça. Le voir si souriant, si vivant.
Elle adorait, même.
- J’arrive, répondit-elle en s’avançant tranquillement vers le champ de tir improvisé.
Se saisissant de son pistolet tout droit sorti d’un musée, Sam se plaça aux côtés de son supérieur et visa l’une des bouteilles vides posées sur un petit muret à vingt mètres d’elle. Comme elle s’y attendait un peu, elle manqua sa cible, peu habituée au recul sec de cette arme ancienne.
- Ce n’est pas grave, lui répondit aussitôt Jack. Moi aussi, j’ai raté mon premier tir. Essayez encore en le tenant plus fermement.
Elle acquiesça et visa une seconde fois, le bras tendu, anticipant le
recul. La bouteille se brisa sous l’impact.
Ils échangèrent un sourire et d’un geste, il l’incita
à renouveler l’expérience.
Après un presque sans faute sur les trois bouteilles restantes, un «
clic » significatif remplaça le traditionnel coup de feu et Sam
leva les yeux vers un Jack au sourire amusé.
- Eh oui… Il n’y a que six balles là-dedans.
- Il est lourd, répondit-elle seulement en fouillant dans sa poche à
la recherche de munitions.
- C’est sûr que ça n’a rien à voir avec notre
Beretta.
Pour renforcer ses propos, il sortit ce dernier de sous sa chemise et d’un tir machinal et cependant précis brisa la dernière bouteille de verre.
- Franchement ! A quoi ça nous sert de nous embêter à apprendre
à tirer avec ces antiquités ? demanda-t-il en mettant sous le
nez de la jeune femme le vieux révolver qu’il sortit de son holster.
- Mon Colonel… tenta-t-elle d’intervenir, sentant déjà
quel tour allait prendre la conversation.
Mais il ne la laissa pas poursuivre.
- Sans rire ! J’ai hâte de voir la tête des gens devant les
dégâts causés par un simple Beretta !
- … Mais… Mon Co…
- Mieux encore ! Le P90 ! Avec ça, jamais ils ne…
- Mon Colonel ! s’exclama-t-elle de nouveau, parvenant cette fois-ci à
le faire taire. Il est hors de question que nous prenions avec nous des objets
ou même des armes de notre époque.
- Ah non ! répliqua-t-il de suite devant le regard buté qu’elle
lui lançait. Par pitié, Carter ! Vous n’allez pas encore
me sortir le truc du grand-père !
- Mais enfin, Monsieur ! Vous devez comprendre qu’on ne doit en aucun
cas perturber le cours des choses ! Qui sait les implications que cela pourrait
avoir sur l’avenir ! Imaginez qu’il nous arrive quelque chose et
que nos armes se retrouvent dans les mains de personnes mal attentionnées.
Imaginez les dégâts que cela pourrait occasionner. Sans parler
des retombées si jamais quelqu’un découvrait… notre…
identité et… et l’épo…
La jeune femme sentit ses joues rosirent à mesure que le regard de son supérieur se faisait à la fois plus doux et rieur. Sa voix finit par ne devenir qu’un murmure et Sam plissa les yeux, partagée entre le trouble et la perplexité.
Il se moquait d’elle ?
- Pour l’amour du ciel, Carter... grogna-t-il finalement d’un ton qui contrastait avec l’expression amusée de son visage. Vous êtes en train de gâcher cette mission ! Pas d’armes !... Pas de robes !
Il se moquait bien d’elle.
Elle se détourna, agacée, mais rajouta malgré tout :
- Nous devons absolument passer inaperçus !
Une exclamation sourde et le bruit d’un galop irrégulier les firent se retourner juste à temps pour voir Teal’c tomber lourdement au sol, désarçonné. Passé l’instant d’inquiétude face à cette chute impressionnante, Jack ne put s’empêcher d’intervenir, tandis que leur ami se remettait difficilement debout.
- Inaperçu, vraiment ? Avec un jaffa accompagné du Professeur Nimbus ? dit-il en indiquant du pouce Daniel, le nez plongé dans son ordinateur portable et confortablement installé sous la véranda du ranch à l’abri du soleil.
Indifférent au sourire amusé de son second, il se tourna vers le maladroit cavalier et haussa la voix afin d’être entendu de lui :
- Teal’c ! Avant le galop, il y a le pas et le trot ! Essayez de faire les choses dans l’ordre !
Le Jaffa se permit un regard noir avant de rejoindre son instructeur qui avait repris les rênes du cheval. Daniel, tiré de ses recherches par ce coup d’éclat, rajusta machinalement ses lunettes et sourit… ce qui attira sur lui l’attention de Jack.
- Et vous Danny Boy ! Quand est-ce qu’on vous voit sur un cheval ? Vous savez monter au moins ?
Le jeune homme haussa les épaules avant de boire une gorgée de son thé glacé.
- Bah ! J’ai souvent monté des chameaux… ça ne doit
pas être si différent !
- Des chameaux… je rêve… répéta Jack en jetant
un regard entendu vers son second qui contenait difficilement son hilarité.
Daniel ! Vous allez me faire le plaisir de lâcher votre ordinateur et
monter un de ces canassons !
- Mais enfin…
- Il n’y a pas de « mais » ! Vous devez être capable
de tenir sur un cheval avant notre départ ! Et je vous rappelle que c’est
dans moins de six jours !
- Et moi je vous rappelle que si nous partons sans connaître l’identité
du Goa’uld que nous devons trouver, savoir monter me fera une belle jambe
!
Passablement agacé, Jack observa le jeune homme puis après un « Raaaaaaah ! » contrarié, s’avança d’un pas décidé vers lui. Daniel se redressa aussitôt sur son siège, le regardant approcher avec inquiétude. Lorsque le militaire arriva à sa hauteur après avoir grimpé les marches du perron avec vivacité, il agrippa le bras de son ami et le força à se lever.
- Allez ! On va faire un tour de manège, Daniel !
Celui-ci tenta de se dégager mais la poigne était solide. Il lutta quelques secondes puis finit par capituler.
- Ça va ! Ça va ! J’y vais, lâchez-moi ! finit-il
par grogner avant que Jack ne s’exécute enfin, un sourire éblouissant
sur les lèvres.
- Carter ! Vous nous sortez Sha… Sham…
- Shaima, Monsieur ?
- Voilà ! Elle est déjà scellée.
Et tandis que Jack tentait de donner quelques conseils salvateurs à son ami, la jeune femme ressortit quelques minutes plus tard de la grange, tenant dans ses mains la bride d’une magnifique jument. Daniel regarda sa future monture s’approcher et jeta un œil sur Teal’c qui, malgré ses efforts, avait bien du mal à diriger la sienne. Lorsque Sam s’arrêta à leur hauteur, il leva les yeux vers le cheval, un tantinet effrayé par sa taille plus qu’imposante.
- C’est moins haut qu’un chameau, dit-il, essayant de se rassurer.
- C’est sûr… Mais c’est autrement plus rapide, répondit
Jack en prenant des mains de son second les rênes de l’animal. Allez
Daniel ! En selle !
Après quelques hésitations et maladresses, le jeune homme fut enfin hissé sur le cheval. Celui-ci, effrayé par les gestes chaotiques du cavalier, fit un léger écart et Daniel s’accrocha désespérément à la crinière, totalement paniqué.
- Pourquoi il bouge comme ça ? s’écria-t-il d’une
voix étrangement aigue.
- Parce que vous ne faites que gesticuler dans tous les sens ! Alors arrêtez
de jouer les pantins désarticulés et redressez-vous !
- Vous ne le lâchez pas, hein !
- Promis…
Mais le sourire carnassier qui apparut sur les lèvres de Jack démentait totalement ses propos. Plus qu’inquiet, Daniel se tourna vivement vers la jeune femme, cherchant son soutien. Hélas, son geste saccadé eut raison de la patience du cheval qui s’ébroua violemment. Malgré cela, O’Neill qui le tenait fermement ne lâcha pas prise mais, les jambes rendues molles par la peur, le jeune homme se sentit glisser sur le côté sans trouver la force de se raccrocher à quoi que ce soit. Les deux militaires le regardèrent tomber au ralenti et s’affaler par terre avec un ahurissement non feint. Jack fut le premier à retrouver l’usage de la parole.
- Mais enfin, Daniel… Qu’est-ce que vous fichez ?
Vexé par les piètres efforts de Sam pour ne pas éclater de rire et le sourire goguenard d’O’Neill, le jeune homme se remit prestement sur ses pieds, ôtant vivement la poussière de ses vêtements.
- D’après vous ? cracha-t-il avec hargne.
- Apprendre à tomber, c’est plus tard, Petit scarabée !
lui répondit Jack l’incitant d’un geste à se hisser
de nouveau sur l’animal. Faut d’abord savoir monter !
- Très drôle…
Faisant mine d’ignorer le rire de la jeune femme, Daniel agrippa le pommeau de la selle et grimpa le plus gracieusement possible sur sa monture, mais il ne leva pas assez sa jambe et retomba lourdement au sol. Jack leva les yeux au ciel, agacé.
- Vous voulez peut-être qu’on aille vous chercher une mule pour commencer ? lança-t-il avant de recevoir un regard courroucé pour toute réponse.
O’Neill soupira, jetant un coup d’œil entendu vers son second.
Heureusement qu’il avait insisté pour voir Daniel sur un cheval
avant leur départ…
*****
Le reste du séjour se déroula dans une ambiance détendue
et lorsqu’ils reprirent la route pour Colorado Springs, ils se sentaient
fin prêt à rejoindre l’Ouest sauvage.
Jack avait insisté pour que Teal’c et Daniel apprennent à
monter à crue afin de savoir diriger leurs montures par simple pression
des jambes. En cas de poursuite, ils devaient être capables de lâcher
les rênes et tirer tout en menant leurs chevaux à vive allure.
Mais ce genre d’exercices pour les non-initiés avait souvent des
conséquences embarrassantes...
- … J’arrive pas à y croire !... J’ai deux ampoules
aux fesses !
- Merci pour ces détails, Space Monkey ! Nous sommes ravis !
Et ravis, ils l’étaient ou tout du moins amusés car après
six jours d’équitation intensifs et de trot sans selle, Daniel
avait de sérieuses difficultés à marcher.
La veille de leur départ, SG1 réintégra donc la base. Le
docteur Jackson n’était pas parvenu à découvrir l’identité
du Goa’uld même si quelques indices et notamment sa disparition
soudaine en Juin 1881 désignaient un sénateur Ouest américain
du nom de John Coover.
Après un briefing récapitulatif et une bonne nuit de sommeil,
les quatre membres de l’équipe phare du SGC sortirent de leurs
quartiers et se rejoignirent près de l’ascenseur. En les voyant
approcher vêtus de pied en cap à la mode du Far West, le visage
d’ordinaire impassible du airman en faction se fendit d’un sourire
et Jack, de très bonne humeur, le lui rendit avec une fierté toute
enfantine. Ils traversèrent la base sous les rires et plaisanteries de
ceux qu’ils croisaient et parvinrent enfin en salle d’embarquement.
Hammond les y attendait déjà et celui-ci ne put contenir un léger
sourire amusé en les voyant arriver. Le Major Carter avait finalement
opté pour la tenue standard du parfait cow-boy et des sacs à dos
avaient été confectionnés avec du matériel d’époque
afin de leur permettre de voyager chargés mais sans attirer l’attention.
- Nous sommes parés, Mon Général ! s’exclama Jack en fouillant dans son dos pour en ressortir… sa casquette.
D’un geste familier, il vissa celle-ci sur sa tête, ce qui lui valut un soupir excédé de la part de Sam.
- Mon Colonel ! Vous ne pouvez pas l’emmener avec vous ! répliqua
la jeune femme en lui ôtant vivement son couvre-chef.
- Hey ! C’est mon gri-gri !
Interloqué, Daniel fut le premier à réagir :
- Vous avez un… gri-gri ?
- Ben oui… D’après vous, comment on a fait pour s’en
sortir, ces sept dernières années ? Vous avez mis ça sur
le dos de la chance, peut-être ?
Jackson leva les yeux au ciel tandis que Sam donnait la casquette au premier Airman venu.
- Prenez-en soin, hein, grommela O’Neill à celui-ci.
- Colonel, intervint Hammond en faisant signe à deux soldats derrière
lui. Vous emmenez ça avec vous.
Les hommes s’approchèrent et leur tendirent des Beretta et autres accessoires militaires. Carter se raidit aussitôt et Jack se retint de les saisir de suite.
- Mon Général ? demanda-t-il perplexe. Je n’ai pas le droit d’emmener une casquette mais une arme, si ? J’ai zappé quelque chose ?
Il avait dit ces derniers mots en regardant son second qui attrapa aussitôt la balle au bond.
- Monsieur ! Il est vivement déconseillé de…
- Je sais, Major. Mais il est hors de question que je vous laisse partir sans
un moyen efficace de vous défendre.
- Mais nous avons des pistolets, Mon Général. C’est amplement
suffisant.
Hammond leva les mains avec autorité afin de clore la discussion.
- Vous prenez ces armes sinon vous ne partez pas.
Il n’en fallut pas plus pour que Jack tende vivement les mains afin de se charger en conséquence. Daniel et Teal’c firent de même et Sam suivit, la mort dans l’âme. Lorsqu’ils furent tous prêts, ils se tournèrent d’un même mouvement vers le Sergent Harriman en salle de commande. Celui-ci répondit à leur question muette à travers les haut-parleurs :
- Plus que deux minutes.
- Activez la séquence ! ordonna le Général. Contactez le
site Alpha comme convenu.
Quelques secondes plus tard, la Porte des Etoiles se mit en branle et les chevrons
s’enclenchèrent un à un avec une régularité
de métronome.
Indifférent à ce ballet familier, Teal’c leva la vieille
lanterne dont il était responsable et Daniel se chargea de l’allumer
à l’aide d’un briquet qu’il donna aussitôt à
l’un des Airman. Ils allaient atterrir au beau milieu d’une mine,
du moins l’espéraient-ils, et il était probable que seul
le noir le plus complet les accueillerait.
- Vous êtes sûr qu’on ne va pas s’encastrer dans la
roche, Daniel ? demanda Jack pour la troisième fois au moins.
- Oui ! répondit le jeune homme, un brin agacé. Selon les archives
minières, ils auront déjà creusé des cavités
au niveau de la salle de la Porte.
O’Neill grogna pour la forme. L’image « cartoonesque »
de SG1, le haut du corps emboîté dans la grotte et les jambes brassant
de l’air lui vint à l’esprit mais il la chassa rapidement.
Si tout se passait comme la dernière fois, ils auraient environ une ou
deux secondes avant que l’environnement de 2004 soit remplacé par
celui de 1881. Ça leur laissait, certes, une marge de manœuvre restreinte
mais cependant suffisante.
Le bruit sourd du vortex le sortit de ses pensées et Jack retrouva sa
bonne humeur en examinant l’allure singulière de son équipe.
Les voir habillés à la mode du Far West en salle d’embarquement
lui semblait surréaliste.
- SG1, vous êtes prêts ?
- Plus que jamais, Mon Général ! répondit gaiement Jack
en ajustant son chapeau.
- Vous avez bien pris le communicateur Asgard, Major ?
- Affirmatif, Monsieur.
- Parfait ! acquiesça Hammond, la mine cependant soucieuse. Alors allez-y
!
Les quatre membres de l’équipe s’avancèrent d’un même mouvement sur la passerelle et marquèrent un temps d’arrêt juste devant la Porte.
- Vous voulez qu’on vous ramène un souvenir, Mon Général ? demanda Jack en se retournant. Un poncho, des cigarillos… un autographe de Clint Eastwood ?
Hammond ne put contenir un sourire amusé malgré son inquiétude grandissante.
- Revenez tous les quatre entiers, Colonel ! Ce sera parfait !
- Ça va sans dire !
- … C’est l’heure, Mon Général ! intervint la
voix du Sergent Harriman.
Le commandant de la base Cheyenne Moutain acquiesça et, après un instant d’hésitation, ordonna le départ.
- Bonne chance, SG1 !
- Merci, Mon Général ! répondit Jack avec entrain. Allons-y,
les enfants !
Et d’un même pas, les quatre membres de l’équipe s’engouffrèrent dans le vortex.
***
Comme prévu, une fois de l’autre côté du vortex, ils retrouvèrent une salle d’embarquement vide de tout être humain, mais très vite la réalité s’altéra et l’obscurité vint peu à peu les encercler.
- Baissez-vous ! cria brusquement Jack, voyant les murs de roches se rapprocher dangereusement.
Ils resserrèrent leur cercle et s’accroupirent vivement, regardant avec angoisse leur espace se restreindre graduellement. Collés les uns aux autres, ils cessèrent instinctivement de respirer… jusqu’à ce qu’enfin, la grotte se stabilise. Ils restèrent en position quelques secondes supplémentaires puis la voix du leader de SG1 s’éleva de nouveau :
- C’est bon ? Tout le monde a encore tous ses orteils ?
Les réponses positives fusèrent avec plus ou moins d’inquiétude et Jack se redressa tant bien que mal compte tenu de l’étroitesse des lieux. La faible lueur de la lanterne projetait de grandes ombres sur les parois noires et humides de la mine et le silence qui y régnait avait quelque chose de terrifiant.
- Bon, je sais pas vous, mais j’ai pas très envie de m’attarder ici… grommela Jack avant de se tourner vers Daniel. Sortez-nous de là.
Celui-ci acquiesça avant de lever le bras dans sa direction.
- Pour ça, il me faut la carte.
O’Neill marqua un temps d’arrêt et observa avec incrédulité la main tendue sous son nez.
- Que… Quoi ?
- La carte, répéta Daniel en secouant ses doigts avec impatience.
- Mais c’est vous qui l’avez !
- … Pas du tout…
- Comment ça, « pas du tout » !
- Ben oui, c’est vous !
- Mais non ! Ce n’était pas à moi de m’occuper de
ça !
- Et pourquoi ce serait à moi ?
- Mon Colonel… tenta d’intervenir Sam.
Mais sa voix fut aussitôt couverte par celle de Jack :
- Vous vous fichez de moi ? C’est vous qui étiez responsable de
cette foutue carte ! Comment on va faire pour se sortir de ce labyrinthe ?
- Eh Oh ! Arrêtez de râler ! Si j’ai reçu la lettre
du passé c’est que je l’ai forcément envoyée
! On va bien sortir de cette grotte !
Sam fit un nouvel essai en posant une main sur l’épaule de son supérieur.
- Mon Colonel…
- Deux secondes ! la coupa-t-il sans daigner tourner la tête dans sa direction.
Tout ce que signifie cette fichue lettre c’est que « Vous »
êtes sorti de cette grotte ! Pas nous ! Et je n’ai aucune envie
de finir dans votre estomac pour que vous parveniez à survivre dans ce
trou à rat !
- Mais qu’est-ce qu’il ne faut pas entendre ! grogna Daniel en levant
les yeux au ciel. Il suffit de prendre un briquet et de voir dans quelle direction
circule l’air.
- Et où allez-vous le trouver, votre briquet, gros malin ?
- Ah…
Jack regarda le jeune homme avec une envie irrésistible de l’étrangler et Sam profita de ce court silence pour intervenir et aller droit au but.
- J’ai la carte !
Trois têtes se tournèrent dans sa direction tandis qu’elle
levait devant leurs yeux le dit « document » usé et jauni
par le temps.
Jack soupira avant de la lui prendre vivement des mains.
- Vous ne pouviez pas le dire plus tôt ?
Ce coup d’éclat lui valut un regard noir qu’il tenta d’adoucir d’une grimace d’excuse. Puis, refroidi par la mine agacée de la jeune femme, il se tourna vers Daniel.
- Tenez, Petit scarabée ! Maintenant, sortez-nous de là !
Au bout d’un temps relativement long… et de deux ou trois culs
de sac… SG1 aperçut enfin la lumière du jour au bout du
tunnel. Des bruits répétitifs et toujours plus forts leur apprirent
la présence de mineurs à proximité.
Ils progressaient à la queue leu leu et Teal’c, en tête et
muni de sa lanterne, fut le premier à stopper.
- Nous ne pouvons plus avancer, O’Neill.
Le Colonel qui fermait la marche vint le rejoindre et observa les lourdes planches qui fermaient le passage. Des raies de lumière filtraient des interstices entre le bois et Jack s’avança un peu plus afin de jeter un œil de l’autre côté. Une cavité plus grande menant à l’extérieur se déployait devant lui et plusieurs hommes étaient affairés à tirer de lourds chariots. Leurs voix graves couvraient le bruit des coups de pioche et autres instruments d’extraction.
- Ils sont en train de creuser la nouvelle mine à l’Est, intervint
Daniel qui s’était lui aussi approché pour regarder.
- Oui, ben… J’aurais préféré les savoir en
vacances, grommela Jack en s’écartant. Tant pis pour la discrétion…
Agrippant les planches, il en testa la solidité puis d’un geste
incita Daniel et Sam à s’éloigner.
- Teal’c, avec moi.
Celui-ci posa la lanterne au sol et d’un mouvement synchronisé et puissant, les deux hommes levèrent leur jambe et frappèrent le bois qui émit aussitôt un craquement protestataire.
- Encore ! s’exclama Jack.
Ils renouvelèrent l’expérience deux autres fois et les
planches se brisèrent dans un bruit assourdissant. Tous les mineurs s’étaient
immobilisés, l'incrédulité peinte
sur leurs traits fatigués, et SG1 profita de ce calme pour sortir tranquillement
du souterrain. Jack sentait parfaitement leurs regards stupéfaits et
imaginait aisément la question que tous se posaient : comment quatre
personnes pouvaient sortir d’une mine à l’accès fermé
depuis plusieurs mois ?
Après un raclement de gorge gêné, O’Neill tenta de
prendre un air dégagé :
- Ne vous arrêtez pas pour nous ! Continuez ! Vous faites de l’excellent travail !
SG1 sortit rapidement de la mine, souhaitant éviter toute question éventuelle.
Une fois à distance respectable, ils demandèrent leur chemin à
la première personne croisée et partirent d’un pas décidé
vers Colorado Springs.
Lors du trajet, Jack demanda à Carter d’envoyer un message aux
Asgards et prit le commutateur afin de le garder sur lui. Nul doute qu’il
leur faudrait attendre plusieurs jours voir semaines pour obtenir une réponse ;
s’ils en obtenaient une, bien sûr…
Malgré un rythme soutenu, il leur fallut plus d’une heure à
pieds pour parvenir à l’orée de la ville… si toutefois
une ville pouvait se résumer à une seule et unique rue, aussi
grande fut-elle.
- On se croirait dans un film ! s’exclama Jack, un sourire éblouissant sur les lèvres.
Et en effet, à l’instar de tous les westerns qu’ils avaient pu regarder, Colorado Springs était composée d’une large rue en terre longée tout du long de bâtiments de bois. Saloon, magasins, bureau du shérif local et hôtel se présentaient à leurs yeux. Bien qu’ayant vu et parcouru un nombre incalculable de mondes ressemblant à s’y méprendre à la Terre du 19ème siècle, Jack, Sam et Daniel posaient un regard curieux et enthousiaste sur tout ce qu’ils voyaient. C’était leur planète, leur histoire. Ils n’étaient pas des étrangers, ici.
- Bonjour, étrangers ! Que puis-je pour vous ?
Oui, enfin… Cela dépendait d’où on se situait…
- Bonjour, répondit Daniel. Nous aimerions savoir quand partira la prochaine
caravane en direction de l’Ouest.
- Euh… intervint Jack, un brin blasé, je crois que vous rêvez
debout… Il faudrait un miracle pour que…
Mais l’homme qui tenait la seule épicerie du coin sourit largement à cette question et O’Neill se tut, incrédule.
- Vous avez de la chance ! Ils ont envoyé un éclaireur il y a
quelques jours pour nous prévenir que la caravane allait arriver dans
la semaine. Ils vont se poser ici pour le ravitaillement et repartir tout de
suite après.
Jack se tourna vers Daniel qui arborait un air supérieur plus qu’horripilant.
- Comment avez-vous deviné ?
Celui-ci remercia le commerçant avant de s’éloigner suffisamment pour parler.
- C’était prévisible. Je me suis longtemps demandé pourquoi avoir choisi l’éruption solaire du 24 mai 2004. Après tout, il y en a des centaines par an alors pourquoi celle-ci en particulier ?
Sam acquiesça aussitôt, un sourire sur les lèvres.
- Tout simplement parce qu’elle nous fait arriver en 1881 juste avant
le départ de la caravane !
- Exactement, renchérit Daniel.
- Mais on n’a rien choisi ! s’exclama Jack. On nous l’a imposée
!
- Pas exactement. C’est le « moi » du passé qui nous
a envoyé cette date. Vous voyez, nous sommes dans une sorte de boucle
temporelle qui vous embrouille certainement un peu l’esprit mais à
un moment donné de cette boucle, au départ tout du moins, cette
date…
- Hep ! l’interrompit aussitôt son ami, les mains levées.
Déjà en pleine effervescence, Daniel se contraignit à se taire, ravalant courageusement ses explications.
- Je ne comprends rien, et je vous avoue que je n’en ai rien à faire ! Tout ce qui compte c’est que la caravane passe bientôt !
Exaspéré, le jeune archéologue croisa le regard compréhensif de Sam et haussa finalement les épaules. Après sept années, il avait presque fini par s’y habituer.
- L’homme à qui nous venons de parler semblait particulièrement
heureux de l’arrivée de cette caravane, intervint Teal’c.
- Il a des raisons de l’être, répondit Carter. En une journée
il va faire le chiffre d’affaire d’un mois.
Devant l’expression perplexe du Jaffa, Daniel prit le relais :
- A l’époque, les caravanes envoyaient généralement
un éclaireur afin de permettre aux commerçants de commander assez
de nourriture et matériel pour que les voyageurs puissent se ravitailler.
La demande était énorme.
- Mais en quoi cela nous concerne-t-il ? Pourquoi attendre l’arrivée
de la caravane pour partir ?
- Teal’c ! s’exclama Jack, faussement outré. On a vu des
dizaines de films et vous n’avez toujours pas compris ça ?
O’Neill regarda le Jaffa avec satisfaction avant de s’empresser de rajouter devant sa mine fermée :
- C’est moins dangereux de traverser l’Ouest sauvage en groupe.
Entre les indiens, les pilleurs, voleurs de chevaux, etc. il vaut mieux être
une bonne centaine pour affronter tout cela.
- Je comprends.
Après quelques secondes de flottement où les quatre membres de SG1 tournèrent un regard à la fois curieux et perdu autour d’eux, Jack finit par se secouer.
- Bon ! Vu qu’on a une semaine environ à tuer, autant s’occuper tout de suite de réserver les chambres, dit-il en désignant l’enseigne de l’hôtel à quelques mètres d’eux.
Tous acquiescèrent aussitôt, Daniel avec plus de vivacité
que les autres. Cette marche d’une heure, qu’il faisait d’ordinaire
aisément, l’avait épuisé. Les courbatures et la fatigue
accumulées de ces derniers jours avaient eu raison de lui et il n’était
pas contre une petite semaine bien tranquille à dormir confortablement
à l’hôtel.
Quelques secondes plus tard, SG1 entra dans le hall. Très loin d’être
luxueux, l’intérieur n’en était pas moins assez propre
et Daniel bâilla d’avance à l’idée de faire
un petit somme dans un lit douillet. Certes, ils n’étaient pas
levés depuis bien longtemps mais ses recherches et l’excitation
due à leur départ imminent ne l’avaient fait dormir que
trois petites heures la nuit précédente. Levant un regard ensommeillé
sur les lieux, il suivit docilement l’avancée de Jack jusqu’au
propriétaire de l’hôtel. Derrière son comptoir, le
petit homme à l’aspect bourgeois les regardait s’approcher,
la mine fermée.
- Salut, commença Jack en s’appuyant nonchalamment sur le meuble
en bois grossièrement sculpté. Nous voudrions réserver
quatre chambres pour quelques jours.
- Je ne pense pas que cela soit possible, Monsieur.
- Ah… grogna O’Neill contrarié. Vous êtes complet ?
- Pas du tout, Monsieur, mais les nègres ne sont pas acceptés
ici, répondit l’homme imperturbable en jetant un œil au Jaffa.
Un silence total suivit cette remarque. Passée la surprise de propos
si ouvertement racistes, le regard de Jack se fit meurtrier, celui de Sam choqué
et les joues de Daniel s’enflammèrent de colère. Etrangement,
seul Teal’c resta de marbre. Pour lui, le terme « nègre »
n’avait, après tout, aucune signification particulière.
Tentant de réfréner l’envie violente de faire ravaler à
cet homme ses paroles insultantes, Jack appuya ses avant-bras sur le comptoir,
les mains sagement croisées devant lui.
- Je vais répéter doucement, histoire que vous compreniez bien…
Nous voulons quatre chambres.
- Et vous pouvez en avoir trois, répondit le propriétaire avant
de tendre le bras vers le Jaffa. Mais ce négro ne dormira pas ici.
Tous grincèrent de nouveau des dents et Teal’c haussa un sourcil, enfin conscient d’être le sujet de discorde. La mâchoire crispée de Jack incita Daniel à intervenir à son tour.
- Je crois que vous avez oublié le 15ème amendement de la constitution
américaine, dit-il, le visage écarlate.
- Il n’a pas lieu ici, répondit l’homme imperturbable. Et
vous ne trouverez personne dans cette ville pour le suivre.
- Très bien ! s’exclama Jack, perdant patience.
Il tendit vivement le bras par-dessus le comptoir et attrapa le tenancier par le col. L’homme sortit de suite un fusil de derrière le meuble mais O’Neill ne mit qu’une seconde pour le désarmer, plantant son regard dangereusement glacial dans celui soudain terrifié du propriétaire de l’hôtel.
- On va avoir une petite discussion, tous les deux...
Mais avant qu’il ne puisse poursuivre, Sam avait posé une main douce mais ferme sur son épaule.
- Monsieur… Nous ne devons pas intervenir. Vous vous souvenez ?
Les yeux rivés à sa victime, Jack grogna, sans pour autant lâcher prise.
- Monsieur, nous savions que cela arriverait.
- O’Neill… intervint Teal’c. Ce n’est pas grave. Je
trouverai bien un endroit pour dormir.
- Vous plaisantez ! s’exclama Jack en repoussant violemment le tenancier
qui se cacha vivement derrière son comptoir. On va camper !
Sur ces mots, Jack se détourna pour rejoindre la sortie et tous le suivirent sans rien ajouter. Ce court interlude avait jeté un froid sur le groupe et leur bel enthousiasme resta en berne pendant plusieurs minutes.
- J’ai bien peur qu’on ait le même accueil au saloon, dit Daniel.
Personne ne répondit mais tous partageaient ses craintes.
Après avoir fait le tour des environs à pieds et trouvé
l’emplacement idéal pour établir leur campement, ils partirent
acheter quatre chevaux et l’harnachement adéquat. Jack avait été
briefé par un professionnel afin de voir en quelques coup d’œil
quelle monture était une affaire ou pas. La vente se fit rapidement.
SG1 avait en leur possession une somme assez rondelette et il n’avait
pas été nécessaire de discuter le prix.
Quelques heures plus tard, lorsqu’ils pénétrèrent
de nouveau à Colorado Springs ce fut sur le dos de leurs nouvelles acquisitions.
- Jack… Je vais mourir si je ne mange pas un morceau… grommela Daniel, gigotant sur sa selle afin de chercher une position plus confortable pour ses courbatures… et ses ampoules.
Machinalement, l’interpellé leva son poignet gauche mais soupira en constatant l’absence de montre. Il jeta alors un œil au soleil et finit par acquiescer.
- Très bien. Il doit être deux ou trois heures de l’après-midi. On va aller faire un tour au saloon.
Ils mirent pieds à terre avec plus ou moins de souplesse puis pénétrèrent
dans la bâtisse. Jack sourit joyeusement en poussant les deux battants
faisant office de porte d’entrée.
Mais à peine venaient-ils de faire un pas que le patron des lieux se
figeait, le regard rivé sur Teal’c.
- Pas de nègre ici !
O’Neill perdit aussitôt sa bonne humeur. La mâchoire crispée, il jeta un œil derrière lui et après un court échange, le jaffa ressortit. Daniel, conscient de la colère de son ami, se chargea de demander le menu du jour.
- « Le menu du jour » ? répéta le patron, son visage
luisant de sueur. C’est du steak ici ! Et tous les jours !
- Eh bien donnez-nous quatre steaks alors.
- Deux sur places et deux à emporter, renchérit Jack en s’appuyant
sur le bar.
- … A emporter ?
Devant la mine ahurie du tenancier, Sam ne put retenir un sourire. Les gaffes successives de son supérieur auraient dû l’inquiéter mais le voir répéter avec une innocence presque suspecte des propos que des hommes du 19ème siècle ne pouvaient comprendre l’amusait malgré elle. A peine étaient-ils sortis de la mine qu’il s’était déjà tourné vers elle, un petit paquet vert dans la main.
- Un chewing-gum, Carter ?
Le regard sincère qu’il lui avait lancé alors avait faire taire ses protestations et elle s’était contentée de secouer la tête avant de faire disparaître le paquet dans sa poche.
- Mon Colonel… Vous êtes…
- Charmant ?
- Non, était-elle parvenue à répondre malgré le
sourire ravageur qu’il avait esquissé.
- Hilarant ?
- … Irrécupérable.
En fait, pour être honnête, c’était « Irrésistible » qui avait failli jaillir de sa bouche.
- Qu’est-ce que vous mijotez, Carter ? demanda Jack tandis que le patron
beuglait à sa femme de faire cuire quatre steaks.
- … Moi ? bredouilla-t-elle aussitôt, ses pensées ayant pris
une direction plus qu’incorrecte. Comment ça ?
- Vous avez l’œil plus brillant que d’habitude… C’est
louche…
- Mais rien du tout, Monsieur.
- Mmmm… grogna-t-il, sceptique, avant de reporter son attention sur le
bar.
La jeune femme le regarda se détourner avec soulagement et, quelques minutes plus tard, une assiette dans chaque main, Jack se dirigea vers la sortie. Les protestations du propriétaire du saloon le firent cependant se retourner.
- Je vous laisse ces deux-là en otage ! dit-il en désignant du menton Daniel et Sam déjà attablés. Ça vous va ?
Les deux jeunes gens firent un sourire au tenancier mais Jack dut prendre son visage des mauvais jours pour parvenir à faire taire celui-ci. Enfin dans un soupir, O’Neill sortit du saloon et s’assit tranquillement à côté de Teal’c sur les marches du perron.
- Désolé… grommela-t-il, se sentant malgré lui coupable
du comportement de ses aïeux.
- Il n’y a pas de mal, O’Neill. Daniel Jackson m’avait prévenu
et je m’y étais préparé.
- Ouais ben… Quand même… Je déteste ça.
Le jaffa inclina sobrement la tête, un sourire rassurant sur ses lèvres
charnues.
Certes, il n’aimait pas cette situation mais souffrait davantage de voir
ses amis malheureux et embarrassés que d’être rejeté
et insulté par des ignorants.
Après cet incident, le propriétaire du saloon prit l’habitude
de voir l’un ou l’autre membre du groupe partir manger son assiette
à l’extérieur, en compagnie de « l’indésirable
» et il cessa ses remarques désobligeantes. Malgré ces deux
« coups d’éclat », à l’hôtel et
au saloon, SG1 faisait son possible pour passer inaperçue. Daniel, escorté
tour à tour d’un de ses amis, passait ses journées à
prendre des notes dans un cahier qu’il avait acheté sur place.
A l’instar de Jack, cette aventure le fascinait et il tenait à
rapporter le plus d’informations possible.
Ce fut lors d’une de ces fameuses « explorations », nocturne
cette fois-ci, que Daniel tomba sur un… imprévu. Un fort joli imprévu
pour tout dire.
- Hop là ! s’exclama-t-il en recevant directement dans ses bras une jeune femme… légèrement vêtue.
Elle était sortie en trombe du saloon et l’avait percuté de plein fouet dans un nuage de dentelle et de jupons. Parvenant à garder son équilibre, il remit la demoiselle sur ses pieds mais se figea en croisant son regard éploré. S’apprêtant à interroger la jeune femme, il ravala ses questions lorsque les portes du saloon s’ouvrirent pour laisser place à un homme de haute stature, le visage convulsé par la colère.
- Qu’est-ce que tu fous, Lizzie ? s’écria celui-ci.
L’homme était roux, le teint rendu mâte par des heures passées
au soleil et la mollesse de son visage laissait sous-entendre un goût
particulier pour l’alcool et la bonne chère.
Lorgnant sur le couple enlacé, le rouquin posa un regard meurtrier sur
Daniel qui déglutit péniblement. Jetant un œil derrière
lui, Jackson reprit cependant des couleurs en voyant Jack le rejoindre prestement.
- Espèce de garce ! poursuivit l’homme en tendant le bras vers
la femme qui se déroba et se blottit derrière l'archéologue.
J’ai payé alors tu viens maintenant !
- Apparemment, elle n’a pas très envie de vous suivre… répliqua
Daniel.
- De quoi je me mêle, blanc-bec ?
- … Oui « blanc-bec », répéta O’Neill,
un sourire en coin. On ferait peut-être mieux de ne pas intervenir. Vous
avez oublié le paradoxe du p’tit père ?
- Jack… Etant donnée l’absence de Sam, vous pourriez faire
un effort…
Un haussement d’épaule lui répondit et Daniel reporta son attention sur l’agresseur dont la patience ne semblait pas être la plus grande des vertus.
- Allez ! Tu viens, maintenant !
Il tenta d’attraper le bras de la jeune femme mais celle-ci parvint à éviter son attaque et Jackson fit un pas de côté pour la protéger.
- Tu m’cherches, binoclard ?
- Ouah… on ne m’avait pas appelé comme ça depuis la
maternelle, dit Daniel, la mine songeuse.
Une grimace d’incompréhension apparut sur le visage écarlate du cow-boy qui ne mit pas longtemps à réaliser qu’on se fichait de lui. Posant déjà la main sur la crosse de son arme, il se figea cependant, incitant Jack et Daniel à se retourner. Un homme au visage bourru et lourdement armé s’approchait tranquillement d’eux. Ce ne fut ni son regard sévère, ni son assurance qui calma les esprits mais la belle étoile qui ornait sa poitrine.
- Qu’est-ce qui se passe, ici ? demanda-t-il, son fusil nonchalamment posé sur l’épaule.
Daniel prit Lizzie par le bras et la poussa doucement devant lui.
- Cette demoiselle n’a apparemment aucune envie de suivre ce… cet
homme, répondit-il en désignant le rouquin.
- J’l ai payée ! J’ai tous les droits ! s’écria
celui-ci, avec hargne.
- Pas celui d’être brutal, grommela l’archéologue en
désignant la joue de la jeune prostituée.
En effet, à la lumière vacillante des lanternes, on pouvait parfaitement percevoir une rougeur révélatrice sur la pommette de Lizzie.
- Dogue… gronda le shérif aussitôt.
- J’ai rien fait ! Dis-le qu’j’ai rien fait ! s’exclama
le dénommé « Dogue » en se tournant vers la demoiselle.
Celle-ci redressa la tête, hésitante puis finit par baisser les yeux.
- Non… Il n’a rien fait…
- Mais… réagit aussitôt Daniel avant d’être interrompu
par la main de Jack posée sur son bras.
Le regard fermé de son ami lui fit ravaler ses protestations et malgré
ses hésitations, il se tut docilement. Après tout, elle risquait
bien plus en avouant les mauvais traitements qu’en les taisant.
Mais, perspicace, le shérif renifla en se tournant vers Dogue.
- Tu l’as payée, elle doit donc aller avec toi mais je viendrai
vérifier tout de suite après qu’aucun nouveau bleu n’est
miraculeusement apparu. Est-ce que c’est clair ?
- Ouais… grommela l’homme, le regard mauvais.
- Allez, dit le shérif en poussant la jeune femme vers Dogue.
Daniel regarda Lizzie s’avancer à contre cœur vers son client et serra les dents, la poigne toujours plus ferme de Jack l’exhortant à ne pas bouger. Satisfait, le Shérif se détourna tranquillement et repartit en direction de son bureau. Les trois hommes le regardèrent s’éloigner puis, lorsqu’il fut à bonne distance, Dogue reporta son attention sur Daniel.
- Demain, ici, à 8 heures ! cracha-t-il, furieux.
Un brin perplexe, le jeune homme mit quelques secondes à réagir.
- … Hein ?
- A 8 heures ! Ne sois pas en retard !
- … En retard ? répéta-t-il, sans comprendre.
- Raaah ! grogna Jack, agacé. 8 heures ! Il y sera !
- … Quoi ça ?
- Bien… répondit Dogue avant de prendre Lizzie par le bras. On
y va maintenant !
Totalement perdu et un brin inquiet, Daniel observa le couple disparaître dans le saloon afin de monter à l’étage, avant de se tourner vers Jack.
- … Qu’est-ce qu’il y a demain ? De quoi parlait-il ?
Jack leva les yeux au ciel.
- Demain, 8 heures… Pour l’amour du ciel Daniel ! Je dois vous faire un dessin ?
Sentant ses craintes se vérifier, le jeune homme sentit une sueur glacée glisser le long de son dos.
- Vous… vous plaisantez ? Je ne vais quand même pas… devoir
me battre en duel contre ce type ?
- Bien sûr que non, Danny boy, s’exclama Jack, rassurant un instant
seulement ce dernier. Il vous invitait seulement à venir prendre le petit
déjeuner avec lui...
Devant la perplexité évidente de son ami, O’Neill perdit quelque peu patience :
- Evidemment un duel ! Vous avez failli envoyer ce type en prison ! Il veut
forcément vous faire la peau !
- Et vous avez accepté ça ?! se récria Daniel, totalement
paniqué.
Jack haussa les épaules.
- Ben un duel, c’est toujours mieux qu’une balle entre les omoplates,
non ? Au moins vous avez une petite chance de vous en sortir !
- … Je rêve…
*****
Les pâles lueurs de l’aube s’étiraient sur Colorado
Springs, donnant à la cité d’ordinaire si vivante des allures
de ville fantôme. Le silence était total. Seul le bruissement du
vent frôlant le tissu souple des robes, s’engouffrant dans les
maisons et faisant craquer le bois, s’élevait au-dessus de ce calme
funeste.
Malgré l’heure matinale, les fronts étaient moites, les
visages écarlates et la tension s’intensifiait à chaque
minute. Soudain, une violente rafale s’engouffra dans la rue immobile,
souleva la terre séchée et l’air se chargea de poussière,
faisant plisser les yeux des spectateurs silencieux.
- AAAAAAA…TCHOUM !
Un éternuement tonitruant vint rompre l’aura de mystère entourant les deux duellistes et tous sursautèrent d’un même mouvement.
- … Désolé… la poussière… expliqua Daniel en se frottant vivement le nez.
Le jeune homme reporta son attention sur son adversaire à plusieurs
mètres de lui. Très concentré, celui-ci gardait la main
à proximité de son ceinturon et Jackson sentit sa terreur s’intensifier.
Il avait beau se dire que jamais Jack ne le laisserait en plan dans une telle
situation, cela faisait plusieurs heures déjà qu’il espérait
une quelconque réponse à ses prières. Or… rien de
rien… Son adversaire était bien là. Devant lui. En parfaite
santé… Sa seule consolation était l’absence de ses
coéquipiers. Cela laissait présager une intervention imminente.
Très imminente, l’espérait-il…
Un sifflement retentit alors, faisant sursauter de nouveau l’assemblée.
Un sifflement que Daniel reconnut aisément. Il se tourna vers le groupe
des spectateurs et découvrit avec effarement Sam et Jack tranquillement
adossés au mur du saloon. Celui-ci, une lueur amusée dans les
yeux sifflotait la musique d’ « il était une fois dans l’Ouest
», les bras sagement croisés sur son torse.
- Je rêve… bredouilla Daniel si faiblement que nul ne put l’entendre.
Ils n’allaient pas le laisser faire ce duel sans réagir !
- Jack… ? appela-t-il d’une voix éteinte.
- Courage Danny boy ! encouragea celui-ci avant de rajouter plus sérieusement.
Vous ne le raterez pas, j’en suis sûr.
L’assurance contenue dans ces propos et le sourire rassurant de Sam eurent
raison en partie de ses craintes. Inspirant lentement afin de faire taire son
appréhension, Daniel se tourna de nouveau vers son adversaire. Jack avait
repris son léger sifflement et curieusement, loin de l’agacer,
cela le détendait, donnant à toute cette scène un aspect
irréel. Il avait la sensation de se trouver au beau milieu d’un film. Quelques
bottes de foin desséché roulaient sur l’allée de
terre. La poussière s’élevait doucement sous les pâles
rayons du soleil et l’homme immobile devant Daniel accentuait un peu plus
encore cette impression.
Il ne manquait donc plus que la musique d’ambiance que Jack se mit un
point d’honneur à rajouter.
- Nom de Dieu ! rugit brusquement Dogue à l’intention de ce dernier. Tu vas la fermer ?
Imperturbable, O’Neill poursuivit encore quelques secondes puis cessa
de siffler, un sourire amusé sur les lèvres.
Le duel allait commencer.
Le calme enfin revenu, Daniel inspira de nouveau et se mit finalement en position,
la main désespérément tremblante à proximité
du holster. Le regard rivé à son adversaire, tous ses sens accrus,
il avait la sensation étrange que la réalité disparaissait
peu à peu pour ne laisser que l’homme debout à quelques
mètres de lui. La foule silencieuse, le vent, la poussière…
Tout cela n’existait plus.
Le regard de Daniel glissa sur la main immobile de Dogue, focalisant toute son
attention sur elle.
Au premier tressaillement, il sentit tout son corps se tendre et empoigna la
crosse de son arme.
PAN !
Un seul coup.
Un seul et unique coup résonna dans la ville avant que, peu à
peu, le calme ne revienne.
Le silence persista cependant, puis, les yeux encore exorbités par la
peur, Daniel observa avec incrédulité son adversaire lâcher
son révolver et s’effondrer lentement sur le dos.
Il l’avait eu ! Il avait été le plus rapide ! Daniel Jackson
avait dégainé plus rapidement que Dogue Brown ! …Certes,
ce type était un parfait inconnu mais quand même ! C’était
un vrai cow-boy !
Le jeune homme songea avec satisfaction que ces sept années à
combattre les Goa’ulds lui avaient été finalement profitables
! Il était devenu un homme d’action ! Un tireur aguerri !
Ses lèvres esquissant déjà un sourire vainqueur, son regard
se posa brusquement sur la forme allongée devant lui et les conséquences
éventuelles d’un tel acte lui revinrent soudainement à l’esprit.
Il venait de tuer un homme. Non ! Pire encore ! Il venait peut-être de
tuer… l’arrière arrière grand-père de Jack
!
Soudain paniqué, Daniel fit un pas vers le « mort » avant
de soupirer bruyamment lorsque Dogue redressa la tête en pestant royalement
contre ses compagnons qui tentaient de l’aider à se relever. Une
tâche de sang ornait le bras droit de l’homme, ce qui tendait à
prouver que la blessure n’avait rien de grave.
Se tournant vers Jack et Sam qui s’approchaient de lui en souriant, Daniel
se redressa finalement, fier comme Artaban.
- Vous avez vu ça ? J’ai été le plus rapide et en
plus je ne l’ai touché qu’au bras ! Sans bavure !
- Du boulot de pro, c’est sûr, renchérit Jack avant de se
pencher à son oreille. Pas de quoi vous pavaner, Daniel ! C’est
Teal’c qui l’a eu avec un silencieux. Vous, votre balle est partie
se ficher dans le tonneau, là-bas.
Le jeune homme suivit discrètement le regard de son ami et observa le dit « tonneau » à près de cinq mètres de la cible d’origine. Un liquide indéterminé s’échappait du trou laissé par la balle et Daniel rougit violemment devant le sourire amusé de ses deux coéquipiers.
- Oh ça va, hein… Vous auriez pu me prévenir quand même
!... au lieu de me faire croire que j’étais tout seul…
- Mais vous vous êtes mis tout seul dans cette histoire, Space Monkey
! Remerciez le Général de nous avoir obligés à prendre
des armes de notre époque, sans cela…
Jack laissa en suspend la suite mais Sam se permit de rajouter, un sourire amusé sur les lèvres :
- Vous seriez mort… encore.
Ces propos lui valurent un clin d’œil de Jack qui surenchérit aussitôt :
- Et c’est lassant à la longue, Daniel ! Vraiment !
- Très drôle… grommela celui-ci avant de sourire au Jaffa
qui s’avançait tranquillement vers eux. Merci, Teal’c.
Celui-ci s’arrêta à ses côtés et se contenta d’incliner doucement la tête avant de se tourner vers Sam.
- Je n’ai fait que frôler son bras, comme vous me l’avez
conseillé, Major Carter, expliqua-t-il. Ainsi, il n’y aura aucun
risque de gangrène. Dans deux ou trois jours tout au plus, il pourra
de nouveau utiliser son bras.
- C’est parfait, Teal’c. J’espère que tout cela n’aura
que peu de répercutions dans l’avenir.
A peine venait-elle de dire cela que des éclats les firent se retourner.
Dogue semblait de très mauvaise humeur. Les coups d’œil haineux
qu’il lançait à leur encontre ne présageaient rien
de bon. Les deux compagnons du rouquin tentaient apparemment de le convaincre
de partir mais il se dégagea violemment et s’avança vers
Daniel.
Du coin de l’œil, Sam vit son supérieur se raidir et sentit
son appréhension s’accroître. Il fallait absolument en finir
avec cette histoire. Elle connaissait suffisamment le Colonel pour savoir qu’à
ses yeux, seule la réussite de la mission importait.
- Sale petit morveux, tu m’as… commença l’outragé avant d’être interrompu par Jack qui s’interposait entre Daniel et lui.
Debout, l’un en face de l’autre, les deux hommes s’affrontèrent du regard. Le Colonel dépassait Dogue d’une bonne quinzaine de centimètres et celui-ci sentit sa colère faiblir devant la froide détermination de son adversaire.
- Ça suffit, maintenant, lança Jack d’une voix sèche et autoritaire. Vous avez perdu.
Peu habitué à se voir parler ainsi, la mâchoire de l’homme se crispa mais il finit par ravaler les injures qui menaçaient de s’échapper de ses lèvres serrées. Il avait passé assez de temps avec des tueurs et assassins en tout genre pour savoir qu’il devait éviter de se frotter à celui-ci. Dans un grognement, il baissa la tête et s’apprêtait à s’écarter lorsque son regard croisa celui de Sam.
- Qu’est-ce que tu regardes ?
Consciente que le Colonel venait de remporter la victoire, elle se contenta de sourire doucement, mais prenant cela pour de la moquerie, la colère de Dogue se dirigea brusquement vers elle.
- T’es en train de te payer ma tête, c’est ça ?
- Eh ! s’exclama Jack, perdant patience cette fois-ci.
Grommelant dans sa barbe et conscient d’être allé trop loin
en présence du dénommé « Jack », le rouquin
lança un coup d’œil assassin à la jeune femme avant
de s’éloigner enfin.
Un silence pesant s’en suivit.
- Il va falloir le surveiller, déclara froidement le Colonel.
- En effet.
*****
Malgré leurs craintes, la semaine s’écoula sans autres incidents. Seul souci, la caravane se faisait attendre. Sam, afin d’éviter tout problème, gardait toujours le regard baissé et, grâce au chapeau qu’elle portait constamment, nul n’avait jusqu’ici soupçonné sa nature féminine. Pas même le fameux Dogue qui pourtant ne semblait pas vouloir la lâcher des yeux.
- Franchement, ils ont de sérieux problèmes de vue, dit un jour Jack, attablé avec la jeune femme au saloon.
Daniel déjeunait avec Teal’c à l’extérieur et Sam sourit doucement devant ce compliment à peine déguisé.
- … Cela dit, avec une robe, je suis sûre que vous seriez…
- Monsieur ! le coupa-t-elle aussitôt pour la forme, voyant le sourire
de son supérieur s’accentuer.
- Raaaah ! Vous savez, j’ai pris la rouge avec moi… alors si jamais
vous changez d’avis…
- MONSIEUR ! se récria-t-elle de nouveau, cherchant vainement à
taire son amusement et son trouble.
Elle devait reconnaître qu’une partie d’elle-même avait
très envie de lui faire plaisir et d’essayer cette fichue robe.
Pour lui et uniquement pour lui, bien sûr. Mais même si Jack le
lui demandait, ils savaient tous deux que sa réponse serait inévitablement
négative et il ne s’agissait finalement que d’un jeu, entre
eux. Elle était même certaine qu’il n’avait pas pris
la robe avec lui. Quoiqu’il en soit, elle imaginait déjà
son ahurissement s’il lui prenait soudain l’envie d’aller
jusqu’au bout et de se présenter devant lui habillée de
ces vêtements aux allures de dessous affriolants.
Elle rit intérieurement à cette idée avant de se rembrunir.
Si seulement elle avait eu un caractère un peu plus audacieux…
Hélas, cela faisait partie des trop nombreuses choses qu’elle ne
ferait jamais.
Lorsqu’elle releva la tête, elle croisa le regard doux et quelque
peu mélancolique de son supérieur. A croire que leurs pensées
avaient pris la même direction.
Les yeux rivés l’un à l’autre, ils sursautèrent
violemment lorsque des éclats de voix s’élevèrent
au-dessus du brouhaha habituel du saloon et Sam eut juste le temps de s’écarter
avant qu’un homme ne s’effondre sur leur table. Pour les occupants
des lieux, ce fut le coup d’envoi d’un violent corps à corps
! Sans raison particulière, tous entrèrent dans la bagarre et
les deux officiers se levèrent, interloqués.
- Derrière vous ! s’exclama-t-elle brusquement tandis qu’un homme armait déjà son bras afin de frapper Jack à l’aide d’une bouteille.
Celui-ci ne mit qu’une seconde pour se débarrasser de son agresseur puis se rapprocha de la jeune femme et se mit instinctivement dos à elle. Ils n’eurent qu’un court instant de répit et furent bientôt pris à parti. Ils jouèrent des poings pendant quelques minutes avant de voir apparaître Teal’c et Daniel à l’entrée, attirés par le vacarme… et accessoirement l’homme qui avait atterri au beau milieu de la rue dans un impressionnant vol plané.
- N’entrez pas ! s’exclama Jack avant d’envoyer au tapis
un homme beaucoup trop collant. Carter ! On rejoint la sortie !
- A vos… très bien ! se reprit-elle, désireuse d’éviter
les appellations militaires devant de tierces personnes.
Mais tandis qu’elle s’élançait vers l’entrée, elle sentit une main se poser lourdement sur son épaule et la retourner violemment. Sous la brusquerie du geste, le chapeau de Sam glissa en arrière et Dogue, son poing déjà dressé, se figea, abasourdi. Il observa avec incrédulité le visage fin de la jeune femme et les boucles blondes que la sueur collait sur son joli front.
- Mais… T’es qu’une fille ! dit-il d’un ton si dédaigneux
que Sam sentit la moutarde lui monter au nez.
- Non, répondit-elle aussitôt, un dangereux sourire sur les lèvres.
Je suis une dame !
Et PAF !
D’un puissant crochet, elle envoya le rouquin valdinguer un peu plus loin
et le vit avec satisfaction s’effondrer au sol, sonné.
Une dame… oui enfin…
Lorsqu’elle se retourna pour repartir, elle croisa le regard ironique
de Jack.
- C’est bien ce que je disais ! Ils ont vraiment des problèmes de vue…
Elle lui lança un regard noir et sortit finalement du saloon, son supérieur… et une bouteille volante… sur ses talons.
La double nouvelle fit le tour de la petit ville en quelques heures : Dogue avait été blessé en duel par le jeune homme timide arrivé en ville peu avant, et l’un des quatre étrangers n’était autre… qu’une femme déguisée !
Les regards qui pesaient maintenant sur SG1 étaient pour le moins méfiants. Des hommes, un noir et une femme habillée en homme…. Sam sentait le mépris des femmes qu’elle croisait, qui détaillaient avec une moue pincée son « accoutrement ». La jeune femme se doutait que les commérages allaient bon train sur sa présence aux côtés de trois hommes.
Ils restaient la plupart du temps à l’extérieur, un peu à l’écart de la ville, attendant l’arrivée de la caravane.
Celle-ci fut enfin annoncée, deux jours plus tard, par un cavalier entrant
en éclaireur dans Colorado Springs. En quelques minutes la plus grande
effervescence régnait dans les rues. Les dizaines de chariots poussiéreux
avaient besoin de ravitaillement, et les voyageurs prirent d’assaut les
rares échoppes. Ceux qui désiraient se joindre à la caravane,
dont SG1, prirent contact avec son leader, un dénommé Gordon.
C’était un homme d’une cinquantaine d’années,
de taille moyenne, trapu, au visage buriné par le soleil et aux traits
durs. Son regard était inquisiteur mais franc. Il imposait naturellement
le respect.
Jack s’approcha de lui et Gordon serra la main qu’il lui offrait
en fronçant les sourcils :
- Vous voulez vous joindre à nous ?
- Oui. Nous sommes quatre, nous n’avons pas de chariot mais des chevaux
robustes, et de quoi payer notre du.
Le regard de Gordon passa rapidement sur Daniel et Teal’c, s’attarda davantage sur Sam, mais il ne fit aucune remarque. Il ajouta simplement d’un ton sans appel :
- Ok. Bon, alors voilà comment ça se passe : on avance du lever au coucher du soleil. On s’arrête un jour tous les dix jours, et encore c’est moi qui décide, cela dépend de l’endroit. Chacun participe à la sécurité du convoi, on se relaye pour faire des rondes la nuit. Pas de question ?
Jack secoua la tête négativement et désigna ses coéquipiers de la main :
- Pas de problème pour les rondes et la surveillance, nous pourrons
je pense vous être assez utiles dans ce domaine. Voilà Murray...
Smith et Sam Carter qui sont de très bons tireurs et voilà Daniel
Jackson... qui crie très fort.
- Eh ! glapit l’intéressé.
Un très mince sourire passa sur le visage de Gordon qui acquiesça. Il tendit à nouveau la main à Jack et la serra plus chaleureusement.
- Bien, alors marché conclu, soyez les bienvenus parmi nous.
*****
Le lendemain, alors que la nuit était encore noire, SG1 rejoignit l’immense convoi. Les chariots étaient tous très pleins, de nombreux colons ayant emporté tout ce qu’ils possédaient dans l’espoir de s’enrichir sur les terres vierges de l’Ouest. Des enfants courraient entre les chariots, des pleurs de bébés retentissaient, les femmes s’affairaient pendant que les hommes chargeaient les marchandises acquises à Colorado Springs.
Soudain, Daniel poussa Sam du coude :
- Regardez !
Elle se retourna, imitée par Jack et Teal’c. Un peu plus loin, Dogue et ses acolytes venaient de rejoindre la caravane et chargeaient manifestement leurs montures pour le voyage. Jack grinça des dents :
- Il ne manquait plus qu’eux…
Le rouquin leva les yeux et croisa ceux de O’Neill. Il détourna
immédiatement son regard et le posa sur Sam à qui il fit un mauvais
sourire. Indifférente, celle-ci se remit à attacher ses sacs sur
les flancs de son propre cheval.
Les trois amis de la jeune femme échangèrent un coup d’œil
inquiet.
Aux premières lueurs de l’aube, les habitants de Colorado Springs
s’étaient rassemblés pour regarder partir le convoi. Sur
un geste du leader, les premières caravanes s’ébranlèrent,
soulevant un nuage de poussière dans l’air encore frais du matin.
Derrière eux les premiers rayons du soleil baignaient de rose les flancs
de Cheyenne Mountain.
Les quatre compagnons firent partir leurs montures. Jack se mit à hauteur
de Daniel qui fixait toujours, par-dessus son épaule, la silhouette bien
connue de la montagne. L’archéologue soupira :
- Ca y est, cette fois c’est parti…
- Daniel, on est à plus de 200 ans de chez nous, cela fait une semaine
que c’est parti.
- Oui… Je sais… Mais d’être ici, je me sentais encore…
un peu chez nous.
Les deux hommes échangèrent un sourire.
*****
Le voyage était éprouvant, surtout pour SG1 qui, sans chariot, devait passer leurs journées à cheval. Daniel s’endormait épuisé dès que le campement s’arrêtait pour la nuit, et ses trois amis ne faisaient pas les fiers. Jack ne semblait plus très enclin à faire l’apologie de la vie du Far West. Le soleil était brûlant dans la journée, et les nuits glaciales. Ils dormaient à même le sol souvent rocailleux, autour d’un feu de bois quand Gordon l’autorisait – quand ils passaient sur des territoires indiens hostiles toute fumée était interdite.
Les autres voyageurs gardaient globalement leurs distances, même si la solidarité obligeait chacun à une politesse minimale. Les quatre coéquipiers avaient pourtant fait quelques efforts pour se mêler un peu aux colons, ayant trouvé dans le poker un moyen de passer agréablement les longues veillées. Hélas, Teal’c avait ruiné en un soir tous leurs efforts. Le jaffa avait patiemment appris les règles que lui avait enseignées O’Neill, et disputait alors une de ses premières parties. Il avait fallu toute la persuasion de Daniel pour qu’un joueur de couleur puisse participer. Mais l’appât du gain avait été le plus fort et les autres voyageurs l’avaient enfin accepté parmi eux, surtout parce qu’il débutait et qu’ils voyaient là une occasion de gagner plus facilement. Ils jouaient maintenant depuis de longues heures et les hommes s’étaient assemblés pour suivre les dernières enchères. Jack, le regard sombre, mâchonnait un brin d’herbe en observant son jeu avec gravité. Il jeta un œil aux billets étalés sur le sol entre les joueurs, soupira, et posa ses cartes avec une évidente mauvaise humeur :
- Fini pour moi, je me couche.
Teal’c haussa un sourcil. Son voisin monta encore les enchères, et les regards anxieux se posèrent sur la haute stature du jaffa. Pas un muscle de son visage ne tressaillait. Au bout d’un long moment, il leva les yeux vers Jack, et demanda de sa voix calme :
- O’Neill, vous m’avez bien expliqué qu’une suite de cinq cartes de même couleur vaut davantage qu’un carré ?
Le colonel O’Neill regarda le jaffa avec stupéfaction, bouche
bée. Celui-ci, ne semblant pas comprendre, gardait les yeux posés
sur son ami, attendant manifestement une réponse. Tous les hommes présents
échangèrent des regards mêlés d’ahurissement
et d’envie. Jack allait répondre au jaffa, quand les deux derniers
joueurs, dans un soupir, posèrent leurs jeux, avouant leur défaite.
Le sourcil du jaffa s’éleva un peu plus, et Jack ne put retenir
un rire nerveux :
- Eh bien, en fait… Cela n’a plus d’importance, vous avez
gagné.
- Ah, répondit Teal’c placidement.
Et posant ses cartes face contre terre, il ramassa les billets dans ses larges mains, se leva et dit :
- Ce fut un honneur de jouer avec vous, messieurs.
Il inclina la tête, se détourna lentement et regagna son campement. Sortant de sa torpeur, Jack s’élança à sa suite :
- Attendez ! Non mais… Alors là… Un jeu pareil… Quand on parle de la chance du débutant…. Vous aviez quoi ? Une quinte ou un carré en fait ? Dame par les as ?
Un sourire passa sur les lèvres charnues du jaffa :
- Je croyais que je n’étais pas censé vous dire mes cartes
après coup.
- Oui… enfin, les dire à eux… Mais bon, c’est moi,
Teal’c… Alors ?
- Deux de trèfle, quatre de trèfle, sept de carreau, huit de pique
et dame de cœur.
Jack se figea.
- Pardon ?
- Deux de …
- Oui j’ai entendu mais c’est quoi ça ?
- Mon jeu, O’Neill.
- Mais… mais vous n’aviez rien !
- Non, je n’ai pas eu un très bon jeu ce soir.
- Vous….. Vous avez bluffé ?
- En effet.
Et le jaffa, les poches débordant de billets, alla tranquillement s’asseoir
près du feu, prenant son tour de garde. Jack resta une minute totalement
immobile, ahuri. Puis un sourire se dessina lentement sur ses lèvres
fines.
Bref, le poker ne fut pas en fait un très bon moyen pour SG1 de lier
connaissance avec leurs compagnons de voyage, à cause de la chance un
peu trop insolente du jaffa… Les colons restèrent globalement assez
distants malgré les tentatives de discussion de Daniel. Teal’c
dut même s’interposer un soir où il découvrit l’archéologue
aux prises avec trois hommes à l’air moqueur. Il entraîna
Daniel vers leur petit campement à l’écart. Sam et Jack
les regardèrent arriver, surpris, et le colonel demanda :
- Eh bien Daniel, vous en faites une tête !
- Ces types sont des abrutis ! Franchement ! Quand je pense que ces demeurés
sont nos ancêtres !
- Que s’est-il passé ? demanda Sam.
Daniel la regarda, rougit, et baissa les yeux. La jeune femme fronça les sourcils et reprit d’une voix douce :
- C’est à propos de moi, n’est-ce pas ?
- Oui…
Le regard de Jack se fit plus sombre. Sam continua :
- Et qu’ont-ils dit ?
- Ils ont…. demandé si vous étiez…et bien… enfin….
Si on pouvait vous partagez… Comme si…
- C’est bon j’ai compris, soupira-t-elle.
Les trois hommes gardèrent le silence un moment, puis Jack murmura :
- Désolé Carter. Si vous voulez qu’on aille…
- Non non, c’est bon. C’était évident de toutes façons.
Et puis, quand bien même cela m’ennuierait, avec tout le respect
que je vous dois, je vous rappelle que je sais me défendre !
Leurs regards se croisèrent et ils se sourirent brièvement.
*****
Gordon, lui, était fort satisfait des nouveaux venus, même si comme tout le monde il les trouvait fort étranges. Il devait bien reconnaître qu’ils assuraient à eux quatre une grande partie de la sécurité du convoi, et qu’ils faisaient preuve d’une grande résistance aux conditions de vie, pour des gens qui n’étaient manifestement pas habitués à voyager à cheval. Celui qui était le chef et la blonde s’en sortaient assez bien, mais il suffisait de regarder le grand noir et surtout le jeune homme à lunettes pour étouffer un éclat de rire.
Gordon n’avait pas d’animosité particulière envers le dénommé Murray. Qu’il soit noir, il s’en moquait totalement, du moment qu’il tenait bien sa place dans le convoi. Et sur ce chapitre il aurait été impossible de lui faire le moindre reproche. Les trois compagnons de Murray le traitaient avec une égalité parfaite. Plus que cela, la moindre allusion à sa différence de race les mettait à chaque fois dans une colère froide.
La blonde, en fait, était la plus mystérieuse. La majorité des femmes de la caravane la toisaient avec le mépris réservé aux filles de mauvaise vie. Mais Gordon décelait là plus de la jalousie qu’autre chose, car il était évident qu’elle était tout sauf une prostituée.
Elle avait des aptitudes étranges. Elle tirait parfaitement au revolver, montait convenablement, et ne semblait pas plus indisposée par les conditions de vie que n’importe quel homme du convoi. Elle avait sidéré tout le monde quand l’essieu du chariot des Mickaels avait cédé pour la troisième fois et qu’elle l’avait fait renforcer par des attaches métalliques, ajoutant des outres gonflées d’air pour amenuiser le frottement avec le corps de la voiture. O’Neill avait soufflé quelque chose à propos d’amortissement ou autre…. Bref, depuis, les Mickaels se pavanaient en tête de convoi et portaient régulièrement de la nourriture chaude aux quatre compagnons.
Justement, à propos de nourriture, on la voyait rarement cuisiner ! songea Gordon en souriant. C’était même plutôt le jeune homme qui semblait le plus disposé à assurer la pitance du petit groupe.
Elle avait réagi étrangement aux remerciements des Mickaels. Elle avait tenté de minimiser son intervention, assurant qu’elle n’avait rien inventé, et, son chapeau enfoncé sur les yeux, était retournée le plus rapidement possible se fondre dans la foule du convoi. Suivie par O’Neill.
Toujours suivie par O’Neill, en fait, réalisa soudain Gordon. Ou par un des deux autres.
Mais ils ne la surveillaient pas. Ils étaient amicaux, prévenants, chaleureux sans la moindre trace de supériorité. Présents, juste présents. Gordon avait vite compris pourquoi : Dogue.
Cette brute épaisse suivait sans vergogne la jeune femme du regard. Manifestement ces deux là avaient un compte à régler. Cela ne disait rien de bon au leader de la caravane, mais c’était monnaie courante avec le genre d’individu qu’était Dogue.
Les regards du voyou étaient un mélange de haine et de concupiscence. Gordon soupçonnait qu’il se soit fait éconduire de façon un peu violente. Il ne pouvait pas en vouloir à Dogue d’avoir essayé, car il fallait bien l’avouer, elle était ravissante. Des yeux bleus magnifiques, des cheveux blonds (coupés courts !) qui voletaient autour de son visage fin dans la poussière du convoi. Et ses vêtements d’homme ne parvenaient pas à cacher un corps que toute femme aurait préféré mettre en valeur par des bustiers cintrés ou des décolletés plongeants. Quoique… d’un autre côté, il fallait bien avouer que le port du pantalon par une femme semblait soudain plus… attrayant, et permettait de souligner des courbes que l’épais tissu d’une jupe aurait malheureusement dissimulées.
Jack, Daniel et Murray semblaient parfaitement conscients des regards de Dogue et de son désir manifeste, et quittaient rarement la jeune femme des yeux.
La caravane avait déjà stoppé à quelques reprises près d’une rivière et, bizarrement là encore, alors que tous en profitaient spontanément pour se reposer, les quatre compagnons se précipitaient pour se laver. Quelle drôle d’idée. Gordon, là encore, avait pu observer leur manège : la jeune femme s’éloignait avec ses affaires, accompagnée de l’un des hommes. Mais le leader du convoi, surveillant de loin, avait constaté que ceux-ci restaient à une distance des plus respectables pendant que la jeune femme se plongeait dans l’eau.
Spectacle auquel il n’avait pu assister, s’avoua tristement Gordon : le regard glacial du dénommé Murray l’avait découragé d’avancer vers ce coin de la rivière. Et, à une autre reprise, le regard si bleu et si avenant de ce Daniel avait soudain semblé étrangement dissuasif.
Et aucun de ces hommes n’avaient même eu l’air d’éprouver le moindre désir d’observer le corps manifestement splendide de cette fameuse Sam. Ou Carter, selon O’Neill.
A bien y penser, en fait, réalisa Gordon en fronçant les sourcils, O’Neill n’était jamais allé, lui, surveiller la baignade de la jeune femme. Jamais.
Alors que c’était son regard qui la suivait le plus souvent. Et que c’était à lui qu’elle réservait ce sourire dont Gordon avait entendu parler deux colons un soir, autour d’un feu. Quand leurs épouses dormaient dans les chariots.
Décidemment, ces quatre là étaient bien étranges, songea une fois de plus Gordon alors qu’il s’apprêtait une nouvelle fois à arrêter le convoi au bord d’une rivière pour la pause hebdomadaire.
*****
Daniel sauta… enfin, Daniel se laissa plutôt vaguement tomber de
cheval et s’allongea à même le sol dans un soupir de bien-être,
paupières closes.
Jack, Sam et Teal’c sourirent et descendirent à leur tour assez
péniblement de leurs montures. Comme à l’accoutumée,
ils s’éloignèrent légèrement des chariots
et entreprirent de desseller les chevaux, les menant au bord de l’eau
fraîche. Ils rassemblèrent leurs affaires, préparant leur
campement pour les trente six heures à venir. L’endroit où Gordon
avait stoppé la caravane était assez accueillant pour une fois,
et le désert avait momentanément fait place à une étendue
presque verdoyante. La large rivière disparaissait ça et là
derrière un rideau d’arbres.
Quelques hommes étaient partis chercher du bois pour les feux, alors que les femmes sortaient le matériel de cuisine. Voyant Sam fouiller dans son paquetage et en retirer ce qui leur servait de savon, Jack se détourna et demanda à Teal’c d’une voix détachée :
- Murray, on fait la corvée de petit bois ?
- Bien O’Neill, répondit le jaffa.
Un mince sourire passa sur les lèvres de Daniel, et il anticipa sur ce que Jack allait lui demander :
- Oui, oui, ne vous inquiétez pas, je vais l’accompagner. Mais vous avez raté votre tour, Jack…
Un éclair passa dans les yeux bruns de O’Neill, qui soutint un instant le regard ironique de l’archéologue. Mais, renonçant finalement à répondre, le colonel tourna les talons et s’éloigna, suivi de Teal’c. Daniel les regarda un instant, puis rejoignit Sam qui avait préparé ses affaires. Il lui annonça en souriant :
- C’est moi qui vous chaperonne, ce soir !
Un voile de déception passa un court instant dans le regard de Sam, mais elle sourit à son meilleur ami :
- Bien, je suis prête, on peut y aller, je n’en ai pas pour longtemps.
- A vot’ service ma p’tite dame, répondit l’archéologue
d’une voix qui se voulait bourrue et virile, et qui les fit tous deux rire.
Ils gagnèrent la rivière, plus loin en amont, sous le regard de Dogue qui les observait en souriant, dissimulé derrière la toile d’un chariot.
Daniel s’assit tranquillement sur un rocher, dos à l’eau fraîche, le regard perdu dans le lointain. Le soleil couchant nimbait l’horizon d’une chaude couleur pourpre. Il se laverait le lendemain, là ils savaient que la nuit, et avec elle le froid, ne tarderaient pas à venir envelopper la lande. Derrière lui, Sam s’étira avec délectation et, après avoir jeté un regard autour d’elle, ôta enfin ses vêtements de la semaine. Sans hésiter, elle s’avança dans l’eau pourtant très froide, goûtant au contraire avec un rare plaisir le frisson qui lui parcourait l’échine, après avoir passé tant de jours sous un soleil de plomb.
Elle s’aspergea la nuque, et plongea dans le courant. Elle fit à peine quelques brasses, écoutant d’une oreille distraite les propos animés de Daniel qui s’extasiait une fois de plus depuis la rive sur les conditions de leur extraordinaire voyage. Après quelques minutes, consciente du temps qui lui était imparti, Sam revint à contre cœur vers les rochers pour se laver. Quelques instants plus tard, enfin propre, les cheveux mouillés, elle renfila un pantalon et une brassière. Elle empoignait sa chemise quand elle réalisa soudain que Daniel s’était tu. Etrangement tu.
Elle allait l’appeler quand une main d’homme se plaqua sur sa bouche,
empêchant le moindre son de sortir de sa gorge.
Immédiatement elle lança violemment son coude vers l’arrière,
dans l’estomac de son agresseur. Celui-ci poussa un cri étouffé
et, le souffle coupé, se pliant en deux, lâcha la jeune femme qui
se retourna, prête à se défendre. Elle ne fut pas surprise
de découvrir Dogue et deux de ses acolytes, alors que le troisième
gisait maintenant à ses pieds. Passé un instant de surprise devant
la résistance de la jeune femme, ils se jetèrent sur elle. Elle
parvint à en frapper deux au visage, à décocher un bon
coup de tibia dans le genou du dernier, mais à trois ils eurent rapidement
raison de sa pugnacité. Elle se retrouva debout, ses poignets maintenus
derrière son dos par les mains grasses de deux des sous-fifres de Dogue,
pendant que celui-ci la regardait avec fierté.
- Décidemment ma belle, t’es pleine de surprise… J’espère que t’as d’autres talents…
Le pied nu de Sam le frappa violemment au ventre, et il accusa le choc un instant. Quand il se redressa, un éclair de haine passa dans ses yeux. Sans un mot il s’avança vers Sam et la gifla avec force. Tachant de récupérer ses esprits, elle sentit le goût métallique du sang dans sa bouche. Il devait lui avoir fendu la lèvre. Le regard mauvais, elle releva la tête vers lui :
- Quatre hommes contre une femme… Quel courage…
- Pas n’importe quelle femme à priori... Et je fais toujours en
sorte d’obtenir ce que je veux.
Sam réprima un haut le cœur en entendant le rire gras des hommes qui la tenaient toujours. Elle jeta un coup d’œil inquiet vers l’endroit où se tenait auparavant Daniel. Dogue fut secoué par un mauvais rire :
- Si t’attends ton ami, c’est raté, on s’est occupés de lui… J’ai pas envie d’être dérangé. D’ailleurs, toi, va faire le gué, lança-t-il au premier homme que Sam avait frappé et qui s’était enfin relevé.
Celui-ci disparut derrière les arbres.
Sam sentait malgré elle la peur la gagner. Peur de ce qui allait survenir,
et peur surtout de ce qui était arrivé à Daniel.
Dogue attrapa le visage de la jeune femme dans ses doigts sales et laissa son
regard torve glisser sur sa poitrine qui se soulevait rapidement sous le coton
de la brassière. Il fronça les sourcils, fixant le tissu :
- Etranges tes habits… mais bon… on trouvera bien un moyen de les enlever, hein…
Donnant un violent coup d’épaule, elle parvint à se dégager d’un de ses agresseurs et envoya son poing dans le visage poupin de Dogue. Elle l’atteignit en plein sur l’œil et il faillit basculer sous la force de l’attaque. Sam, entraînée par son élan, tomba au sol. Elle fut immédiatement relevée par Dogue qui, tenant la jeune femme par les cheveux, se pencha vers elle, les traits déformés par la colère :
- Tu vas le payer espèce de garce… Ca aurait pu être agréable, mais là tu vas le payer…
Il la relâcha alors que ses deux acolytes lui bloquaient à nouveau,
et plus durement, les bras en arrière. Elle eut le temps d’apercevoir
Dogue enlever son lourd ceinturon de cuir avant qu’on lui penche avec
brutalité la tête en avant, la faisant presque mordre la poussière.
Elle ne put retenir un cri de douleur quand la lanière s’abattit
sur son dos nu. La brûlure du cuir sur sa peau lui tira des larmes, et
elle eut juste le temps de serrer les dents pour retenir un gémissement
quand il la frappa pour une seconde fois. Elle reprit rapidement son souffle,
prête à encaisser un troisième assaut.
Mais il ne vint pas.
Ce furent des cris de surprise qui retentirent à ses oreilles, lui faisant
redresser la tête. Tout alla alors très vite. Elle distingua la
silhouette massive de Teal’c qui sortit du rideau d’arbres et la
rejoignit en deux enjambées ; de deux coups de poing il envoya au sol
les hommes qui maintenaient Sam à genoux.
Pendant ce temps, Jack avait bondi sur Dogue et lui avait arraché la
ceinture des mains. Et à présent penché sur le bandit
pelotonné au sol, il le frappait sans discontinuer, mécaniquement,
une rage froide se lisant sur ses traits.
Sam, bouche bée, le regardait s’acharner sur le rouquin, sentant
à peine la main de Teal’c qui aidait doucement la jeune femme à
se relever. Puis le jaffa s’approcha de Jack et bloqua son poing :
- Cela suffit. Vous risqueriez de le tuer.
Jack sembla soudain retrouver ses esprits, leva les yeux vers le jaffa, puis vers Sam. Elle crut déceler dans son regard un éclair de honte, mais un instant plus tard il était debout, s’adressant avec colère à Dogue :
- Toi et les autres, vous allez payer très cher ce que vous venez de faire.
L’homme à ses pieds ne put répondre que par un gémissement
indistinct.
Sam murmura :
- Daniel, ils ont…
- Daniel Jackson va bien, coupa calmement Teal’c. Nous l’avons trouvé
assommé et nous sommes occupés de l’homme qui le surveillait.
La jeune femme se contenta d’acquiescer, soulagée. Quand elle releva les yeux, elle rencontra ceux de Jack, pleins d’une inquiétude qui lui serra le cœur. Alors que le jaffa poussait sans ménagement les deux hommes valides vers le campement, O’Neill fit un pas vers elle, mais s’arrêta et soudain chercha quelque chose du regard. Elle le regarda prendre la chemise qui était tombée alors qu’elle s’apprêtait à la passer et il la lui tendit, les yeux respectueusement baissés.
- Tenez, passez cela, murmura-t-il d’une voix douce.
Elle réalisa alors qu’elle était toujours en brassière, rougit et mit rapidement le vêtement. Mais les brûlures dans son dos lui firent étouffer un cri et Jack tourna vers elle des yeux inquiets. Il sembla hésiter un instant, puis ordonna avec douceur :
- Montrez-moi ça.
Elle fit glisser la chemise, dévoilant ses épaules à O’Neill qui se tenait à présent derrière elle. Elle perçut un grognement étouffé de colère et le vit serrer le poing. Le cœur de la jeune femme faillit manquer un battement quand, très doucement, il passa le bout des doigts sur la peau meurtrie.
- Je… Il faudra soigner cela plus tard… Enfin, si ce n’est
pas trop…
- Non non, ça va.
- Je suis désolé Carter. Je n’aurais jamais du vous laisser…
- Ne vous inquiétez pas, mon colonel, ça va aller je vous dis.
Elle se retourna et lui sourit avec autant de conviction qu’elle le pouvait. Ils restèrent quelques secondes immobiles, face à face. Elle pouvait lire dans le pli de sa mâchoire serrée sa colère, sa douleur. Elle voyait dans ses yeux son désir de la prendre dans ses bras, de la réconforter. Il entrouvrit les lèvres, les referma, et murmura dans un souffle :
- Bien, retournons au campement alors.
Elle acquiesça et ils ramassèrent rapidement le reste des affaires de Sam. Soudain Jack lui fit signe de l’attendre et, prenant un des vêtements, alla le tremper dans l’eau fraîche. Il revint alors vers elle et, délicatement, passa le tissu humide sur la lèvre tuméfiée de la jeune femme, ôtant le filet de sang qui lui coulait sur la peau. Il sourit :
- C’est mieux comme ça… ça aussi il faudra s’en occuper… murmura-t-il en laissant glisser son regard sur la bouche de Sam.
Elle rougit, et il réalisa l’ambiguïté de ses propos. Se détournant, il se passa une main nerveuse dans les cheveux :
- Oui, bon, enfin… Allons-y.
Quand ils rejoignirent la caravane, tous étaient déjà en effervescence, la nouvelle ayant fait le tour du convoi. Sam posa sa main sur le bras de Jack lorsqu’ils approchèrent des premiers chariots :
- Attendez….. Il ne faut pas qu’ils soient emprisonnés,
ou pire, condamnés à la pendaison ou je ne sais quoi.
- Pardon ? s’étrangla Jack.
- Oui… Ecoutez, on a déjà trop modifié tout cela…
Il ne faut pas qu’il y ait plus de conséquences à nos actes
que ce qui était prévu… Et là, cela pourrait changer
le cours de leur vie, et donc…
- Mais j’espère bien, que ça va changer le cours de la vie
de ces…
- Mon colonel ! Vraiment, il ne faut pas.
- Mais…. Je ne comprends pas là ! Si tout cela s’est déjà
produit, si Daniel a reçu la lettre et tout, c’est que ce qui se
passe ici fait déjà partie de notre futur ! Donc le fait qu’ils
soient arrêtés aussi !
Elle le regarda, surprise, et ne put retenir un sourire. Il se rengorgea, fier de lui. Fier d’avoir réussi à tenir un raisonnement à peu près logique avec toutes ces histoires d’espace temps, et fier surtout de l’avoir détendue un peu. Mais elle secoua la tête :
- Oui, peut-être bien sûr… Mais je préfère ne pas prendre le risque...
Il l’observa, devinant son regard implorant malgré la nuit qui était déjà presque tombée. Son estomac se noua encore de rage au souvenir de la jeune femme prostrée sous les coups de ce malade. Heureusement que Teal’c l’avait arrêté, car là, il n’aurait pas « modifié » le passé de Dogue, mais purement effacé. Il soupira cependant. C’était Carter. Et Carter avait toujours raison. Il murmura entre ses dents :
- Bien. On fait comme vous voulez.
Ils arrivaient au campement. Jack distingua immédiatement la silhouette
de Daniel devant le feu, et la colère le gagna à nouveau. Il lui
avait confié Carter nom de Dieu ! Et s’il n’était
pas arrivé avec Teal’c, qui sait…
Il serra le poing, prêt à incendier son meilleur ami. Mais à
cet instant celui-ci se retourna et distingua Sam et Jack à la lumière
des feux de camps. Les traits décomposés, il se précipita
vers eux. S’arrêtant devant la jeune femme, il se mordit la lèvre
et murmura :
- Sam… Je suis tellement désolé… Je n’ai aucune excuse, je me suis laissé surprendre…
Jack, glacial, sentit malgré lui sa colère décroître. Carter sourit à l’archéologue, et doucement posa sa main sur son bras pour l’apaiser :
- Ca va Daniel, tout va bien. Vous ne pouviez rien faire, ils étaient quatre.
Il la serra contre lui, manifestement bouleversé. Quand il se redressa, il croisa le regard sévère de Jack.
- Jack, je sais que…
- Ça va, ça va, Carter a raison, vous n’auriez rien pu faire.
N’en parlons plus.
Et le leader de SG1 partit à la rencontre de Gordon qui se dirigeait vers eux.
- Jack, je suis désolé de ce qui est arrivé à votre
amie. Elle va bien ?
- Oui, tout va bien, plus de peur que de mal, grommela-t-il.
- Bien, vous m’en voyez rassuré. Il va sans dire qu’une fois
à Carson City on remettra ces…
- Non.
Jack l’avait coupé d’un ton sans réplique, la mine fermée, le regard autoritaire et Gordon s’interrompit, sidéré.
- Pardon ?
- Non, répéta Jack. Relâchez-les, et qu’ils aillent
au diable.
Le chef de convoi resta silencieux, scrutant le visage sévère de son interlocuteur. Jack avait parfaitement conscience du tour que prenaient les pensées de l’homme et partageait la colère qui durcissait peu à peu ses traits déjà rudes.
- Qu’est-ce que ça veut dire ? demanda celui-ci sèchement. Elle s’est faite agresser, frapper, par ces brutes épaisses qui ne cherchent même pas à nier, et vous voudriez les relâcher ? C’est tout le cas que vous faites de la vie de vos soi-disant compagnons, O’Neill ?
Jack serra les poings, furieux contre lui-même, honteux sous le regard de Gordon. Mais il vit Sam par-dessus l’épaule de celui-ci, qui l’encouragea d’un signe de tête, un sourire triste sur les lèvres. Alors il avala difficilement sa salive et répéta d’une voix posée :
- Relâchez-les. On ne portera pas plainte. Ni elle, ni aucun de nous trois.
La suspicion prit alors le pas sur la colère et le leader plissa les
yeux. Jack soupira intérieurement. S’il prenait à Gordon
l’envie de les chasser du convoi, ils seraient contraints de faire le
reste du trajet seuls. Or, ils allaient bientôt pénétrer
dans un territoire où, selon certains colons, de nombreuses attaques
indiennes avaient eu lieu. Mais Gordon n’était pas fou, songea
O’Neill, cherchant à se rassurer. Il n’allait pas ordonner
à quatre « hommes » armés et entraînés
de partir au moment où la caravane avait le plus besoin de soutien.
Lorsque Jack leva de nouveau les yeux vers Gordon, celui-ci continuait d’observer
son visage avec méfiance.
- Quel compte avez-vous donc avec la Justice pour prendre une décision
pareille ?
- Relâchez-les, c’est tout.
Le chef du convoi sembla hésiter quelques instants. Il pesait certainement le pour et le contre d’un renvoi éventuel. Jack le regarda se retourner légèrement et jeter un bref coup d’œil vers Sam avant de reporter son attention sur lui. Alors, sans rajouter un mot, il se détourna. Passant près de la jeune femme, l’homme secoua la tête d’un air navré et s’éloigna à grandes enjambées. Jack, parfaitement conscient que seule la présence de Carter était parvenue à apaiser la colère de Gordon, se détourna à son tour et partit s’isoler dans la nuit à présent d’un noir d’encre.
Dogue et ses hommes furent donc relâchés mais Gordon garda leurs armes et les menaça de représailles définitives si jamais ils venaient à recroiser sa route. Stupéfait mais néanmoins soulagé, le rouquin ne se fit pas prier et ils quittèrent la caravane sans un regard en arrière.
Lorsque le leader de SG1 revint, tous ou presque s’étaient endormis.
Les hommes chargés de veiller ce soir-là le dévisagèrent
d’un œil méfiant et désapprobateur et Jack baissa docilement
la tête. Il était celui qui ne voulait pas d’histoire, surtout
avec la Justice. Celui qui préférait laisser en liberté
les agresseurs d’une amie pour ne pas prendre de risques.
Une être méprisable.
Quand il arriva enfin près du feu, la jeune femme montait la garde, assise,
enroulée dans une couverture. Il fronça les sourcils : elle avait
été frappée par ces bandits, et pourtant Teal’c et
Daniel ne prenaient pas son tour de garde ?
Elle lut immédiatement la colère et l’incompréhension
de son supérieur qui vint s’asseoir à côté
d’elle, et anticipa ses paroles :
- C’est moi qui leur ai dit de dormir, je récupèrerai demain.
- Carter, ne me dites pas que vous n’êtes pas épuisée.
Elle sourit. Elle se savait pâle, les traits tirés. Elle acquiesça :
- Si, mais je ne trouvais pas le sommeil.
- Votre dos vous fait souffrir, c’est ça ?
Elle se détourna et murmura :
- Un peu oui…. Disons que allongée je le sens encore beaucoup.
Mais ça va passer.
- Pourquoi ne pas avoir demandé à Daniel de vous soigner ?
- Il n’a pas vu la blessure, je ne voulais pas l’inquiéter
inutilement, surtout qu’on n’a rien pour apaiser ça. Et puis
il a reçu un bon coup derrière la nuque lui aussi, et avait une
sacrée migraine, j’ai préféré le laisser dormir.
Jack sourit :
- Rien pour apaiser cela ? Vous pensez vraiment que Hammond nous aurait laissé partir sans armes… et Janet sans trousse d’urgence ?
Sam se retourna complètement vers lui, ses yeux bleus agrandis par la surprise.
- Quoi ? Vous voulez dire…. ?
- Ne bougez pas, je reviens, dit-il en se levant alors qu’elle secouait
la tête en souriant.
Après avoir fouillé dans son paquetage, il revint avec une petite sacoche de cuir vieilli et la posa près du feu. Il s’assit à côté de la jeune femme et avala sa salive. Un coup d’œil lui confirma que Teal’c et Daniel étaient bien tous deux endormis. Le colonel ordonna d’une voix soudain moins assurée :
- Bon... et bien… Si vous voulez que je jette un coup d’œil…
La respiration de la jeune femme s’était tout à coup accélérée,
et elle espérait que la soudaine rougeur de ses joues serait cachée
par la lumière changeante du feu de camp. Elle se contenta d’acquiescer,
se détourna afin d’offrir son dos au regard de son supérieur
et, baissant la couverture, déboutonna son épaisse chemise. Doucement,
il prit entre ses doigts le tissu et le fit glisser sur les épaules de
la jeune femme qui tressaillit. Au contact de la fraîcheur de la nuit
sur sa peau, s’obligea-t-il à songer. Un instant, il ne put s’empêcher
de parcourir du regard la peau pâle qui s’offrait à lui,
la courbe des épaules. Les cicatrices, qu’il connaissait toutes.
La nuque gracile.
Il ferma les yeux une seconde, s’efforçant de s’arracher
à sa contemplation, puis ouvrit la trousse. Janet avait fait les choses
bien, comme d’habitude : tous les médicaments se présentaient
dans de vieux conditionnements, mais il ne doutait pas un instant de leur plus
parfaite efficacité. Il sourit en se souvenant que le médecin
avait fait répéter trois fois à Daniel et lui ce que contenaient
les pots pour ne pas avoir à marquer de noms dessus. Jack sortit de quoi
nettoyer les brûlures faites par le cuir et, prenant une grande inspiration,
commença à désinfecter la peau de Sam. Elle sursauta et
il arrêta son geste :
- Je vous ai fait mal ?
- Non, non ! répondit-elle… un peu trop rapidement.
Elle rougit davantage. Elle aurait pu jurer « entendre » le sourire
de Jack. Celui-ci continua à nettoyer très délicatement
la plaie de la jeune femme. Aucun des deux ne parlait, trop occupés à
tenter d’apaiser leur respiration anarchique. Jack s’efforçait
de ne pas entrer en contact avec la peau pourtant si tentante de son second
et gardait les yeux fixés sur le tissu enduit de désinfectant.
Avec un léger soupir de regret, il le jeta au feu et saisit deux larges
pansements. Il fut alors obligé de poser ses mains sur la peau de Sam
pour bien faire adhérer les compresses aux plaies.
La jeune femme avait fermé les yeux et se mordit la lèvre. Elle
sentait les larges mains de Jack sur son dos, si chaudes dans la fraîcheur
de l’air. Elle sentait son souffle sur sa nuque. Elle pouvait même
percevoir le léger tremblement de ses doigts fins contre sa peau.
Très lentement, Jack reprit le tissu de la chemise, et en recouvrit le
dos de Sam, laissant ses yeux glisser une dernière fois sur la blancheur
laiteuse de sa peau. Il posa un instant ses mains sur les épaules de
sa coéquipière, puis brisa le précieux contact et s’éclaircit
la voix :
- Bon, et bien voilà.
- Merci mon colonel, balbutia-t-elle à voix basse.
Se blottissant à nouveau dans la couverture, elle se tourna vers Jack et resta un instant figée devant les yeux soudain si sombres de son supérieur. Il détourna la tête et désigna ce qui servait de couche à la jeune femme :
- Ça devrait aller mieux. Allez vous allonger sur le ventre et tachez de vous reposer, je prends le tour de garde.
Elle acquiesça, et alla s’étendre près du feu. Avant de sombrer dans le sommeil, elle jeta un dernier coup d’œil au profil fin de O’Neill. Parfaitement immobile, il avait son regard brun perdu dans la contemplation des flammes.
*****
Les jours suivants furent difficiles pour Jack. Il devait faire face à
l’animosité générale tandis que tous se montraient
d’une grande amabilité envers la jeune femme. Celle-ci n’en
était que plus mortifiée. Daniel, plus bavard que jamais, tentait de faire oublier au militaire les remarques
inévitablement désobligeantes que Jack déclenchait sur
son passage. Et Teal’c menaçait l’intégrité
physique de toute personne se permettant le moindre commentaire en sa présence.
Et pourtant, rien ne semblait pouvoir perturber O’Neill.
Sam ignorait comment il parvenait à gérer toute cette hostilité
sans en éprouver de l’agacement ou autre sentiment violent. Les
insultes, les gestes semblaient glisser sur lui sans laisser la moindre trace.
Mais malgré cela, la jeune femme se sentait coupable. Elle était
responsable de la libération de Dogue. Aussi, une nuit, après
une journée particulièrement difficile, elle profita de son tour
de garde pour rejoindre Gordon qui faisait le guet non loin du campement de
SG1. Elle avait d’ailleurs remarqué depuis quelques soirs sa présence
plus régulière à proximité.
Selon Teal’c, il les surveillait.
Selon Daniel, il avait un faible pour elle.
Le Colonel, quant à lui, semblait croire qu’il mêlait l’utile
à l’agréable.
Sceptique, la jeune femme choisit d’ignorer ces trois avis et s’avança
tranquillement vers l’homme. La voyant s’approcher, celui-ci se
redressa imperceptiblement.
- Bonsoir, salua Sam en souriant.
Gordon se contenta d’un signe de tête en retour et elle n’en
fut pas surprise. Ce n’était pas un homme très bavard.
S’appuyant contre l’arbre le plus proche, la jeune femme laissa
quelques longues secondes s’écouler, profitant de la douceur de
la nuit, du silence apaisant après une journée de marche éreintante
sous un soleil de plomb. Les chevaux étant épuisés par
leur longue route, on leur avait conseillé de les ménager le plus
possible et SG1 avait du suivre la caravane à pied.
- Dans combien de temps pensez-vous que nous arriverons à Carson City ?
Gordon prit le temps de réfléchir avant de répondre.
- Pas avant trois bonnes semaines, je pense, si nous ne sommes pas ralentis,
ni attaqués.
- Parfait, acquiesça Sam.
Un nouveau silence se fit, la jeune femme cherchant un moyen d’aborder la question du Colonel le plus naturellement possible, mais contrairement à toute attente, c’est Gordon qui aborda le sujet :
- Que faites-vous dans ce groupe ?
- Dans ce groupe ? demanda-t-elle, hésitante. Vous voulez parler d’O’Neill,
Daniel et Murray ?
- Oui.
- … Eh bien, je travaille avec eux.
- Quel genre de travail ?
Sam observa les traits rudes et sévères de son interlocuteur
malgré l’obscurité environnante. Elle ne s’était
pas du tout attendue à cet interrogatoire.
Apparemment, Teal’c avait raison. Il se méfiait d’eux.
- Vous vous trompez sur O’Neill, dit-elle, profitant de cette occasion pour clarifier les choses. En relâchant Dogue et sa bande, il n’a fait que suivre ma requête.
Gordon hésita quelque secondes avant de répondre :
- Ce n’est pas ce que je vous ai demandé.
- Mais c’est ce que vous vouliez savoir, non ? Vous n’avez pas à
vous méfier de lui.
Sam se laissa détailler sans faiblir, mettant le plus de sincérité possible dans son regard.
- Pourquoi restez-vous avec eux ? demanda-t-il brusquement en se détournant.
- … Pourquoi je… ? balbutia-t-elle, prise de court avant d’être
coupée :
- Vous pourriez vous poser, vous marier, vivre une vie plus tranquille.
Abasourdie, la jeune femme observa le profil dur de l’homme qui refusait
à présent de la regarder en face.
Où voulait-il donc en venir ?
- Vous auriez l’embarras du choix. Plus d’un homme serait heureux de vous avoir pour épouse, poursuivit-il, sans tenir compte de l’incrédulité de Sam. Et je fais partie de ces hommes.
Il avait dit ces quelques mots d’une voix plus grave, presque à
contrecœur, comme s’il lui pesait de faire une telle révélation.
Sam resta muette de stupéfaction.
Elle s’était attendue à tout sauf à cela !
- Je mets de l’argent de côté depuis plusieurs années maintenant et j’ai de quoi acheter un lopin de terre assez conséquent. Vous ne manqueriez de rien. Je ne suis pas un homme violent. Je suis travailleur et honnête.
Lorsque Sam retrouva ses esprits, il venait de finir sa tirade et s’était tourné vers elle.
- Vous semblez surprise, fit-il remarquer, laissant la jeune femme plus perplexe
encore.
- Eh bien oui… Nous nous connaissons à peine et… bafouilla-t-elle
avant de demander : Pourquoi moi ? Je ne comprends pas.
Ce fut au tour de Gordon de paraître étonné.
- Eh bien, vous êtes travailleuse, intelligente… et puis, vous êtes très belle. Je peux vous offrir une vie plus sûre que celle que vous avez maintenant. Plus sûre et plus stable.
Ces propos eurent un étrange effet sur Sam. Sans même en connaître les raisons, ses yeux se voilèrent et son cœur se serra douloureusement. Le visage décomposé, elle se détourna afin de rassembler ses idées.
Apparemment, les hommes du 19ème siècle ne perdaient pas de temps. C’était sûrement courant, à cette époque, de se lier pour la vie à une personne qu’on connaissait à peine, sur une simple impression favorable. Et « être travailleur » semblait la plus grande des qualités.
Quel dommage que les hommes du 21ème siècle aient tant changé, se prit à songer Sam en jetant un œil vers ses amis endormis quelques mètres plus loin.
- Gordon… commença-t-elle avant d’être interrompue.
- Réfléchissez-y. Prenez votre temps.
Et sur ces mots, l’homme s’éloigna.
Encore en partie bouleversée pour une raison qu’elle se refusait
à identifier, Sam rejoignit ses compagnons. Elle s’assit lourdement
sur sa couverture et raviva machinalement les braises mourantes du feu de camps.
- Que voulait-il ?
La voix douce de son supérieur la ramena à la réalité. Elle se tourna dans sa direction, ne percevant de lui que sa forme allongée.
- M’épouser, répondit-elle avec une pointe de défi.
Un léger sursaut secoua les épaules du Colonel qui se redressa lentement. Bien que faible, la lune presque pleine permit à la jeune femme de voir le visage stupéfait de Jack et elle en ressentit un certain plaisir.
- Vous épouser ? Il vient de vous faire une demande en mariage ?
Elle se contenta d’acquiescer, rembrunie par l’amusement évident du Colonel.
- Cela vous surprend ? lâcha-t-elle un peu sèchement.
Jack fronça les sourcils, étonné par la note d’agacement dans sa voix.
- Non, bien sûr que non, s’empressa-t-il de répondre. C’est
juste qu’il ne perd pas de temps !
- Certaines personnes n’ont pas besoin de plus de temps pour savoir ce
qu’elles veulent vraiment, répondit-elle faiblement.
Et avant qu’il n’ait pu ajouter un mot, elle ôta son holster et s’allongea sur sa couverture, dans l’intention évidente de dormir.
- … Ok… Je prends le prochain tour de garde…
*****
Les jours suivants, malgré l’intervention de Sam concernant la
libération de Dogue, rien dans le comportement des colons ne sembla changer.
Pour une raison qu’elle ignorait, ou faisait mine d’ignorer, Gordon
n’avait pas estimé nécessaire de reporter la « faute
» sur la jeune femme plutôt que sur le Colonel. Celui-ci continuait
donc de supporter l’hostilité de tous. Elle était cependant
soulagée de le voir prendre tout cela avec légèreté.
Quoiqu’il en soit, rien dans le comportement de Gordon ne laissait penser
qu’une semaine auparavant il avait fait sa demande. Il parlait toujours
aussi peu, restait à distance de SG1 et continuait de saluer la jeune
femme du bout des lèvres. S’il n’avait pas été
dans la confidence, même Jack n’aurait rien deviné.
Le voyage se poursuivit. A mesure de leur avancée périlleuse sur des territoires encore sauvages, l’épuisement, l’inquiétude et la nervosité gagnaient les colons. Jack n’était pas épargné, même si la lassitude rendait les attaques moins nombreuses. Préférant éviter les rixes et sachant qu’au moindre faux pas, Gordon les exclurait de la caravane, O’Neill était contraint de supporter tout cela sans broncher. Il cachait sa frustration du mieux qu’il le pouvait afin de ne pas inquiéter son équipe et jouait les indifférents. Mais cela commençait à lui peser. Il n’avait plus qu’une hâte : arriver à Carson City. D’autant que la froideur de Gordon ne s’arrangeait pas. Jack ne pouvait faire un pas sans l’avoir sur le dos, et plus encore lors de ses rondes nocturnes.
Ce soir là, O’Neill venait de passer sa première heure
de garde sous le regard pesant et scrutateur du leader. Il n’arrivait
pas à comprendre pourquoi il était sujet à un tel harcèlement
de la part de cet homme. Ce fut donc avec une pointe de soulagement qu’il
le vit s’éloigner, appelé par l’un des colons assigné
à la surveillance du campement. Mais à peine se détendait-il
enfin en étirant son dos douloureux qu’une lumière aveuglante
le fit se raidir, en alerte.
Les arbres se transformèrent brusquement en arcs de métal, l’horizon
de terre séchée en vide spatial et Jack sentit son cœur battre
plus vite devant le spectacle toujours plus irréel de la Terre vue de
l’espace. Elle ressemblait à s’y méprendre à
celle de 2004.
Avec un sourire amusé, Jack se détourna de la baie vitrée
et observa la salle à la technologie si reconnaissable. Aucun doute possible,
il se trouvait sur un vaisseau Asgard en orbite autour de la Terre.
- Thor ? lança-t-il d’un ton jovial. Y a quelqu’un ?
Un léger crépitement se fit entendre et une voix que Jack reconnut immédiatement s’éleva à travers les hauts parleurs présents dans la pièce.
- Qui êtes-vous ?
- Thor ! répéta le Colonel avec entrain. Content de vous…
- Qui êtes-vous ? le coupa l’Asgard de sa voix monocorde.
- … entendre… Ok… murmura Jack en soupirant. Alors c’est
un peu compliqué ! Enfin, pour moi, en tout cas ! Vous et moi, on se
connaît. Enfin, pas exactement. Du moins pas encore. Je m’appelle
Jack O’Neill et je viens en fait du futur.
Un silence accueillit ces propos et Jack passa une main poussiéreuse sur son visage afin de rassembler ses idées.
- Mon équipe et moi venons de la Terre de 2004. On a passé la
Porte des étoiles lors d’une éruption solaire et ça
nous a permis de faire un bond dans le temps. On est là pour arrêter
un Goa’uld qui serait sur Terre en ce moment même.
- Il n’est pas recommandé de voyager dans le temps. Les conséquences
peuvent être catastrophiques.
Jack acquiesça, soulagé de voir Thor croire ses propos.
- C’est vrai et nous en sommes conscients mais apparemment, ce petit bond dans le temps fait partie de notre passé… Enfin, disons qu’on a eu la preuve en 2004 qu’on avait fait ce voyage alors… nous voilà…
Il hésita quelques secondes.
- Je ne sais pas si je suis clair, là…
Pour seule réponse, la porte de la salle s'ouvrit et Thor apparut dans l’embrasure.
- Salut ! lança Jack en observant l’Asgard s’approcher. Décidément… vous ne changez pas ! Vous n’avez pas pris une ride !
L’extraterrestre s’arrêta devant lui et l’observa consciencieusement avant de répondre :
- S’agit-il d’humour terrien ?
- Oui ! s’exclama Jack, un immense sourire sur les lèvres. Ah
Thor ! Vous savez que vous êtes mon Asgard préféré
?
Celui-ci se contenta de lever la main afin de l’interrompre.
- Moins j’en saurai sur l’avenir et mieux cela vaudra. Comment avez-vous pu nous envoyer cet appel ?
Jack fouilla aussitôt dans l’une de ses poches et en ressortit le petit commutateur Asgard.
- Avec ça, répondit-il en le secouant devant Thor. Vous nous l’avez donné afin de pouvoir vous contacter en cas de problème.
L’extraterrestre observa longuement l’appareil de ses grands yeux noirs avant de redresser la tête.
- En quoi puis-je vous aider ? finit-il par demander.
Jack sourit aussitôt.
- On a besoin de vous pour nous ramener après notre mission. Il nous
faudrait une éruption solaire et une Porte des Etoiles.
- Je comprends. J’aurais besoin de la date et de l’heure exacte
à laquelle vous êtes partis.
Sans se faire prier, O’Neill répondit à toutes les questions
de Thor. L’espace d’un instant, Jack hésita à aborder
la question des Réplicateurs. Peut-être que les Asgards n’avaient
pas encore découvert l’existence de ces créatures de métal
et qu’en les mettant en garde maintenant, il pouvait espérer annihiler
la menace avant qu’elle ne devienne trop importante. Mais il se souvint
des recommandations de Carter et surtout de celles de Thor lui-même. Après
tout, les Asgards savaient comment remonter le temps. S’ils ne l’avaient
jamais fait, c’était certainement dû aux risques qu’ils estimaient
trop grands.
Partagé, il préféra cependant se taire et se focaliser
sur sa mission.
- Il m’est impossible de prévoir une éruption solaire si
tôt. Vous n’aurez qu’à m’appeler une fois votre
mission accomplie.
- Oui, parfait ! Je pensais à un truc, en fait, commença Jack
avant d’être coupé par Thor :
- Inutile de vous préciser qu’il vous faut être le plus discret
possible.
- Bien sûr, bien sûr… répondit O’Neill avant
de lever le doigt. Mais en fait, pour gagner du temps, je voulais vous demander
de nous télépor…
Une lumière aveuglante interrompit sa tirade et ce fut non sans agacement que Jack retrouva la terre ferme.
- Raaaah ! Thor ! grogna-t-il en levant son poing vers le ciel. On pourrait déjà être à Carson City !
Puis, dans un soupir, il regarda autour de lui et remarqua que l’Asgard l’avait téléporté à l’extérieur du campement. D’un pas vif, il rejoignit la caravane mais avant qu’il n’ait pu atteindre son poste laissé vacant, Gordon sortit de l’ombre et se posta juste sous son nez.
- Où étiez-vous ?
- Une envie pressante, répondit Jack, un sourire contrit sur les lèvres.
- Pendant plus d’un quart d’heure ?
- En fait… La viande salée ne me réussit pas…
Il mit le plus de sincérité possible dans son sourire mais Gordon ne parut pas convaincu. Bien au contraire.
- Il y a des hommes à vous là-bas ? demanda-t-il en désignant
le petit bois où Jack était réapparu.
- … Des hommes ? Je ne comprends pas…
- Vous vous apprêtez à attaquer la caravane ?
- Quoi ? Mais pas du tout ! rétorqua Jack avec incrédulité,
avant de rajouter devant le regard sceptique de Gordon : Si vous voulez, on
peut y allez, vous verrez qu’il n’y a personne !
Gordon resta silencieux quelques longues secondes et Jack comprit que l’avenir de SG1 au sein de la caravane était en train de se jouer. Finalement, au bout d’un temps interminable, l’homme redressa la tête et lança d’une voix sèche :
- Demain matin, avant le départ du convoi, vous plierez vos affaires et vous nous quitterez.
Jack serra les dents et lui répondit tout aussi froidement :
- Vous réalisez que vous nous ôtez votre protection au beau milieu
d’un territoire occupé par les indiens ?
- Mon souci premier est la sécurité du convoi. Ces gens sont
sous ma responsabilité et je n’ai aucune envie de prendre le moindre
risque.
- … Mais est-il vraiment question de cela ? demanda alors Jack, perspicace.
Gordon se raidit aussitôt, confirmant ses soupçons.
- Je ne nie pas que l’idée de savoir Samantha Carter avec un homme
comme vous m’est déplaisante.
- Comme moi… répéta O’Neill, le visage sombre.
- Vous êtes imprévisible. J’aime savoir à qui j’ai
affaire mais avec vous je n’en ai pas la moindre idée.
Jack soupira.
Il ne manquait plus que ça. Voilà qu’il mettait son équipe
en danger parce que ce type interprétait mal son apparente réserve.
- En nous excluant de la caravane vous la mettez en danger, tenta-t-il, en
désespoir de cause.
- Je n’ai jamais dit que je l’excluais du convoi. Je vous ai demandé
à vous de partir. Je ne parlais pas de vos trois compagnons. C’est
en vous seul que je n’ai pas confiance.
Jack en resta sans voix, puis lança :
- Très bien.
Il contourna Gordon et rejoignit son équipe d’un pas vif.
Un mug rempli de café dans les mains, Teal’c était déjà
éveillé, prêt à prendre son tour de garde. Levant
les yeux vers son ami, le Jaffa fronça les sourcils en découvrant
sa mine soucieuse.
- Un problème, O’Neill ? demanda-t-il à voix basse afin de ne pas déranger les dormeurs.
Jack fit la grimace, ôta son holster et s’assit sur sa couverture.
- Oui. Et pas un petit.
*****
- Quoi ? s’exclamèrent à l’unisson Sam et Daniel.
- C’est une plaisanterie ? ajouta la jeune femme, le visage fermé.
Jack haussa les épaules tout en attachant sa couverture à la selle de son cheval.
- Qu’est-ce que vous faites, Monsieur ? demanda-t-elle en se levant, son mug de café dans les mains.
O’Neill se tourna vers Sam en soupirant.
- Je préfère vous savoir tous les trois en sécurité
ici, Carter.
- Il est hors de question qu’on vous laisse partir seul ! s’insurgea
aussitôt la jeune femme.
- Qui a dit que vous aviez le choix ? lança Jack avec cette pointe d’autorité
dans la voix qui ne laissait d’autre option que de se plier à ses
exigences.
Mais Daniel se leva, haussant les épaules :
- Oui et bien, ne faisant pas partie de l’armée, je n’ai
aucune raison d’obéir à vos ordres ! dit-il avant de commencer
à rouler sa propre couverture.
- Daniel… grogna Jack avec exaspération.
- Moi non plus, renchérit Teal’c en se levant à son tour.
Carter observa ses deux compagnons s’affairer, partagée entre
l’envie et une profonde frustration. Parfois, et même plus souvent
qu’elle ne l’aurait dû, Sam maudissait se trouver sous les ordres
de cet homme. Lorsqu’elle se tourna vers lui, Jack était toujours
à côté de son cheval et regardait avec agacement Teal’c
et Daniel ranger promptement leurs affaires. Finalement, un sourire résigné
vint se dessiner sur ses lèvres et il leva les yeux vers elle.
Silencieuse, les nerfs à vif, Sam attendait qu’il confirme
d’un mot ses soupçons.
- Très bien… préparez-vous, bougonna-t-il, amusé malgré lui.
La jeune femme bondit aussitôt sur ses affaires et, cinq minutes plus tard, SG1 était fin prête. Les colons commençaient à peine à se lever qu’ils mettaient déjà le pied à l’étrier. Lorsque Gordon le remarqua, il s’avança vivement vers eux, les sourcils froncés.
- Que se passe-t-il ?
Jack haussa les épaules tout en flattant l’encolure de sa monture.
- Vous m’avez dit de partir, je pars.
- Je n’ai jamais dit qu’ils devaient partir avec vous, lança
le leader en désignant Sam, Daniel et Teal’c.
- Alors, ça… A vous de les en dissuader. Moi, j’ai laissé
tomber, grommela-t-il avant de talonner son cheval.
Gordon regarda Jack s’éloigner puis se tourna vers le reste de l’équipe. Imperturbables, Teal’c et Daniel le saluèrent d’un rapide signe de tête et partirent à leur tour, laissant Sam seule avec lui.
- Restez, dit simplement l’homme, le visage inquiet.
- Vous auriez dû y réfléchir avant de renvoyer mon patron, rétorqua-t-elle
d’une voix glaciale.
D’un léger mouvement de hanches, elle incita son cheval à se mettre au pas mais Gordon saisit les rênes de l’animal afin de l’arrêter.
- Je vous propose une situation des plus respectables. Il vous suffit juste de rester… Vous le dites vous-même, O’Neill n’est finalement que votre patron.
Sam sourit malgré elle et d’un geste ferme récupéra la bride de sa monture.
- Non. Il est bien plus que cela.
Et sans un mot de plus, elle talonna son cheval et s’élança
à la suite de SG1.
Les colons observèrent leur départ avec un mélange de surprise
et d’inquiétude, leur escorte étant dorénavant plus
que réduite.
Ayant pris de bonnes habitudes en compagnie de Gordon, Jack choisit de respecter
le rythme de voyage établi par leur ancien guide. Malgré cela,
à quatre, ils avançaient beaucoup plus vite et parcourraient de
plus longues distances. Au bout de plusieurs jours, cependant, O’Neill
força l’allure. Le décor verdoyant des derniers jours s’était
peu à peu transformé en longues étendues de terre séchée
cernées de hautes falaises rougeoyantes. Le paysage était à
la fois désertique, sublime…. et terrifiant.
Daniel, Sam et Teal’c observaient paisiblement le coucher du soleil, harassés par une énième journée de voyage. L’archéologue, après avoir avalé la fin de son morceau de viande séchée, soupira :
- Quand même… c’est magnifique… et penser que nous ne sommes pas à notre époque…. Non mais franchement, c’est fabuleux !...
Sam et Teal’c échangèrent un coup d’œil amusé par l’éternel discours de leur ami, et la jeune femme demanda :
- Vous pensez que le Colonel devrait en avoir encore pour longtemps ? La nuit
tombe.
- Non, répondit le jaffa. Comme il voulait seulement repérer la
piste, il devrait revenir d’ici une heure au plus je pense.
Daniel, toujours absorbé par sa contemplation du paysage, ne sembla pas les entendre et continua sa médiation à voix haute :
- … Colorado Springs, la caravane, le duel…. Mine de rien c’est d’un intérêt majeur…tout un pan de notre courte histoire… Il ne manque plus que les indiens !
Ce fut à cet instant précis qu’une flèche vint
lui arracher son couvre-chef, frôlant dangereusement le haut de son crâne.
En une seconde, les trois compagnons furent debout, pistolets en main... et entourés
par une bonne vingtaine de guerriers à cheval, pointant sur eux tout
autant de flèches. Les deux hommes jetèrent un coup d’œil
à Sam, qui leur fit signe de baisser leurs armes. Ils obtempérèrent.
Depuis un plateau rocheux, à quelques centaines de mètres de là, Jack O’Neill observa en silence ses coéquipiers se faire emmener de force et disparaître dans les ombres du soir. Il donna un coup de talon à sa monture.
Alors que les trois infortunés membres de SG1 étaient conduits sans ménagement, attachés derrière les montures de leurs agresseurs, Daniel eut la bonne fortune d’identifier quelques mots échangés par les indiens. S’arrêtant et levant les mains bien haut vers le ciel, il prit la parole sous le regard médusé de ses coéquipiers. Tous s’étaient arrêtés, et leurs ravisseurs semblèrent prêter attention à ses paroles.
- … Depuis quand vous parlez indien ? chuchota Sam profitant d’un
court moment de silence.
- Je ne parle pas indien, répondit Daniel. Je parle Navajo.
Hélas, ses efforts de persuasion restèrent vains et se heurtèrent
au silence buté des indiens, qui reprirent leur route. Au bout d’à
peine quelques heures, ceux-ci décidèrent une halte et les trois
amis se retrouvèrent attachés solidement et peu confortablement
chacun à un arbre, alors que leurs ravisseurs se rassasiaient autour
d’un minuscule feu de camp. Sam, Teal’c et Daniel ne reçurent
qu’un peu d’eau.
L’archéologue tâchait de tirer légèrement sur
ses liens, pour relâcher un tant soit peu la pression sur son torse ankylosé.
Il soupira :
- J’espère que Jack ne va pas trop tarder.
- Non, il est déjà là, répondit placidement le jaffa.
Sam et Daniel écarquillèrent les yeux et la jeune femme s’enquit à voix basse :
- Quoi ? Comment le savez-vous ?
- Il nous a suivis depuis notre enlèvement. Il se trouve actuellement
dans les taillis qui nous surplombent à l’Ouest … mais je
doute qu’il soit judicieux de regarder dans cette direction.
Daniel réprima le mouvement qu’il venait d’esquisser et, vexé, rétorqua :
- Mouais… et Teal’c, vous n’auriez pas pu entendre venir
les indiens tout à l’heure ? Cela nous aurait été
utile, là !
- Je regrette, mais ce peuple de guerriers n’a en rien attiré mon
attention quand ils se sont approchés. J’admire beaucoup leur technique.
- Ben faites-nous penser à les féliciter, grogna l’archéologue.
La nuit était à présent noire et les trois coéquipiers
épuisés. Les indiens avaient fait mourir le feu dont seules quelques
braises éclairaient d’une lueur incertaine les agresseurs endormis.
Deux d’entre eux, immobiles, montaient la garde un peu plus loin.
Sam soupira et tâcha de remuer un peu, pour empêcher ses membres de s’engourdir plus qu’ils ne l’étaient déjà et se tenir prête à réagir. Elle ne put cependant réprimer un bâillement, qui finit dans un léger cri de surprise étouffé par la large paume qui venait de se poser sur sa bouche. Une voix chaude souffla à son oreille :
- Et Zorro est arrivé…
La main de Jack se détacha doucement du visage de sa coéquipière, qui ne put s’empêcher de sourire et de murmurer à son tour :
- … sans se presser.
Jack sourit à son tour. Il ne put empêcher son regard de glisser sur le cou de la jeune femme, si proche. Elle murmura :
- Mon colonel…. Mes liens…
- J’ai une meilleure idée.
Elle fronça les sourcils :
- Mais… Vous n’allez pas me laisser…
- Chut… Carter…, répondit-il, un sourire dans la voix.
Alors, à la totale stupéfaction de ses trois coéquipiers, Jack O’Neill sortit de l’ombre et s’avança d’un pas assuré vers les indiens en faction :
- Messieurs, bonsoir !
Immédiatement, les deux hommes furent sur leurs pieds et se jetèrent
sur lui. Une fraction de seconde et deux éclairs plus tard, ils gisaient
à terre, inertes. Les autres indiens étaient déjà
debout, leurs armes à la main, mais semblaient hésiter face à
l’homme si calme qui se tenait devant eux, une arme étrange à
la main.
Sam resta bouche bée en reconnaissant, à la lueur des braises,
un zat. Jack appela calmement.
- Daniel, si vous pouviez tâcher de leur raconter quelque chose, ça m’aiderait.
Retrouvant ses esprits, l’archéologue se lança dans une explication que les indiens parurent cette fois écouter avec le plus grand intérêt, leurs regards allant constamment de Jack à leurs deux compagnons toujours étendus à terre. Après son discours, Daniel dit à O’Neill :
- Je leur ai dit que vous étiez en quelque sorte… un puissant sorcier.
Jack haussa un sourcil alors que la voix du jaffa s’élevait :
- Daniel Jackson, il n’est pas correct de se faire passer pour des sorciers
ou des dieux face à des peuples technologiquement inférieurs…
- Oui, oui, ça va, je sais, mais bon, on est attaché là
! répondit Daniel avec agacement.
Jack sourit, puis leva son arme vers le ciel et tira. L’éclair
bleuté jaillit du zat dans un bruit strident, déclenchant la panique
dans les rangs ennemis. Les chevaux attachés dans le campement se cabrèrent,
les yeux exorbités, et les indiens, eux-mêmes terrorisés,
eurent toutes les peines du monde à les calmer.
Sans perdre un instant, Daniel reprit la parole d’une voix forte et déterminée.
Les visages peints de leurs agresseurs se contractèrent, partagés
entre la peur et la rage, et Jack, fronçant les sourcils, tira de nouveau,
provoquant aussitôt cris aigus et piétinements. Une fois calmés,
les indiens se concertèrent du regard puis l’un d’eux, leur
chef certainement, s’inclina respectueusement. Ses hommes en firent de
même et Jack, hésitant un instant, hocha brièvement la tête.
Puis il saisit par la bride leurs quatre chevaux qui portaient toujours leurs
sacoches et, menaçant les indiens avec le zat, leur intima de partir.
En quelques instants, ils avaient disparu dans la nuit noire.
Jack se tourna enfin vers ses coéquipiers, un sourire amusé aux lèvres :
- Vous êtes marrants, attachés comme ça. Je vais peut-être piquer un petit somme, moi, en attendant l’aube…
*****
Sur le chemin du retour, un silence pesant s’installa, les trois hommes attendant et redoutant tout à la fois la réaction de la jeune femme à leurs cachotteries. Celle-ci ne tarda pas, et soudain Sam, croisant le regard étrangement fuyant de Jack, demanda avec une pointe évidente de sarcasme :
- Un zat. Dans l’Ouest américain. Merveilleux. Et pendant que vous y êtes, vous n’auriez pas des grenades ?
Jack et Teal’c enfoncèrent aussitôt les mains dans leurs sacs et les ressortirent chargées des précieux explosifs.
- Non mais je rêve ! gémit la jeune femme en levant les yeux au ciel, catastrophée.
Les trois hommes échangèrent un regard complice et accélérèrent l’allure de leurs montures, désirant échapper aux foudres de leur amie.
*****
Beaucoup plus grande que Colorado Springs, Carson City n’en était pas moins l’archétype des villes de l’Ouest sauvage : rues de terre séchée, bâtiments de bois, saloons au décorum classique. Cependant, la première chose qui frappa Jack, en plus des banderoles et cocardes tricolores accrochées un peu partout dans les rues, fut l’absence totale de vie. Hormis chevaux et chiens errants, il n’y avait pas âme qui vive.
- Je m’attendais à trouver plus de monde… marmonna Jack, un brin inquiet.
Mais à peine venait-il de finir sa phrase qu’un rugissement lointain se faisait entendre. Talonnant leurs montures, ils se laissèrent guider par le brouhaha et pénétrèrent bientôt sur la place publique. Une foule impressionnante y était regroupée, criant, applaudissant sans discontinuer. A près d’une centaine de mètres d’eux, une estrade décorée de cocardes tricolores dominait l’assemblée et un homme levait glorieusement les bras. Sur la banderole la plus haute, un nom était inscrit en lettres épaisses : John Coover.
SG1 se concerta du regard puis mit pied à terre sous la directive de Jack.
- Vous sentez quelque chose ? demanda-t-il en se tournant vers Teal’c
et Sam.
- Rien, répondit la jeune femme.
- Nous sommes trop loin, O’Neill.
Le Colonel acquiesça, laissa son regard glisser sur la foule compacte puis, après avoir rapidement évalué la situation, attacha les rênes de sa monture à l’un des poteaux prévus à cet effet.
- Ok. Carter, avec moi, lança-t-il avant de désigner Teal’c et Daniel. Vous deux, attendez ici avec les chevaux.
Son second sur ses talons, Jack s’enfonça dans la masse grouillante, jouant des coudes afin de se rapprocher de l’estrade. La voix forte et décidée de John Coover s’élevait par-dessus le silence de l’assemblée attentive, promettant le changement et la prospérité pour tous, s’il venait à être élu Président des Etats-Unis. Jack continuait de gagner du terrain malgré le regard réprobateur des spectateurs qu’il bousculait sur sa route. A environ vingt mètres du Sénateur Coover, une main fraîche vint se poser sur la sienne et il se retourna. Le visage de son second était levé vers lui, les pommettes empourprées, et dans un geste empressé, elle le relâcha.
- … Désolée, balbutia-t-elle avant de retrouver un peu d’assurance devant le sourire de Jack. C’est lui, Monsieur.
O’Neill acquiesça et reporta son attention sur l’homme qui discourait avec passion et éloquence, à quelques mètres de lui. Un visage aux traits aristocratiques. Une aisance, une assurance presque princière. Un charisme remarquable et singulier… Le parfait Goa’uld.
***
- Je suis vanné ! Je ne rêve plus que d’un bon bain et d’un lit douillet ! soupira Daniel en s’affalant sur les marches du bâtiment à côté duquel ils attendaient.
Les paupières lourdes, il ouvrit malgré tout la bouche pour poursuivre mais ses paroles finirent en un long et bruyant bâillement. Même s’il avait fait l’effort d’écouter le début du discours du Sénateur Coover, la fatigue avait finalement eu raison de son attention et de sa curiosité.
- J’espère que ma présence ne va pas vous empêcher de prendre une chambre à l’hôtel, répondit Teal’c, scrutant la foule de son regard stoïque.
Daniel se tourna vers lui et répliqua aussitôt d’une voix qu’il voulut indifférente, désireux de minimiser son besoin de confort :
- Bah ! Je me reposerai lorsqu’on sera rentrés chez nous ! Ce n’est pas bien grave ! Je me contenterai juste d’enlever la tonne de poussière dont je suis recouvert !
Perspicace, le Jaffa croisa le regard sincère de son ami et lui sourit
avec douceur.
Son sourire s’évapora cependant lorsque cinq hommes à la
mine patibulaire se dirigèrent vers eux. Le plus grand vint se poster
sous le nez de Teal’c et fronça les sourcils en constatant que,
malgré sa haute stature, il était contraint de lever la tête
pour observer le Jaffa. L’homme avait les traits lourds, les vêtements
tâchés de gras et son haleine dégageait une forte odeur
d’alcool bon marché.
- Toi ! lança-t-il avec un dégoût évident. Tu n’as pas l’impression que ta place n’est pas ici ?
Insensible à sa mine intimidante et au tutoiement grossier, le Jaffa
se contenta de le dévisager, froid, immobile…. impressionnant.
L’homme tiqua mais garda sa position, fort du soutien de ses quatre compagnons.
Rouge de colère, Daniel se leva, sa fatigue oubliée, et vint se
poster à côté de Teal’c.
- En quoi sa présence vous gêne-t-elle ? demanda-t-il avec hargne.
- Toi, le binoclard, ferme-la ! se contenta de répondre l’agresseur,
les yeux toujours rivés à ceux du Jaffa.
Une exclamation moqueuse lui répondit et l’homme tourna enfin la tête vers Daniel.
- Décidément… Ils sont très limités, niveau
insulte ! Vous ne trouvez pas, Murray ?
- En effet.
Leur agresseur fit mine de vouloir s’en prendre à Daniel mais
cette fois-ci, Teal’c ne resta pas immobile. Il fit un pas de côté
et s’interposa, dominant l’homme de sa haute taille. Il n’en
fallut pas davantage pour inciter les quatre autres à se rapprocher,
le visage menaçant, la main sur la crosse de leur arme. Daniel sentit
son ventre se nouer et tenta de se calmer. Ces hommes ne pouvaient tout de même
pas tuer deux personnes comme ça, au beau milieu de la foule, en plein
discours électoral. D’un autre côté, avec tout ce
monde, il leur serait facile de disparaître, le méfait accompli.
Conscient du danger, Daniel jeta des œillades inquiètes autour de
lui, à la recherche de Jack, et se retint de soupirer bruyamment en le
voyant venir vers eux, Sam sur ses talons. Retrouvant un peu d’assurance,
le jeune homme s’apprêtait à surenchérir lorsque son
attention fut attirée par les signes que s’évertuait à
lui faire O’Neill.
- Très bien ! s’exclama brusquement Daniel, un sourire contrit sur les lèvres. On vous laisse ! Désolé pour le dérangement !
Surpris par ce revirement, Teal’c se détourna cependant et, sous l’initiative du jeune homme, détacha silencieusement les rênes de leurs chevaux. Tout aussi déconcertés, les cinq hommes restèrent les bras ballants à les observer puis leur chef finit par retrouver l’usage de la parole.
- Et qu’on ne vous recroise plus ! lança-t-il pour la forme, tandis que le jaffa et Daniel s’éloignaient déjà.
Les deux hommes tournèrent au bout de la rue et se retrouvèrent nez à nez avec leurs coéquipiers.
- Vous ne pouvez pas rester tranquilles cinq minutes, tous les deux ? plaisanta
Jack, certain qu’ils n’étaient en aucun cas responsables
de la rixe.
- C’est toujours un plaisir de se faire agresser par des primates munis
de revolvers… grommela Daniel, agacé.
O’Neill grimaça devant le regard coupable du jeune homme.
- Désolé de ne pas être intervenu mais j’ai préféré rester discret. Nous ne savons pas qui sont ces hommes. Inutile de nous faire remarquer.
Daniel acquiesça et indiqua du menton l’une des banderoles à l’effigie de Coover.
- Alors ? C’est bien lui ?
- Oui, vous aviez vu juste à son sujet, répondit Jack. Et sa disparition
mystérieuse des archives semble prouver la réussite de notre mission.
- Pas forcément, Monsieur, intervint Sam, prudente. A cette époque,
il était très aisé de changer de nom et de vie.
Jack leva les yeux au ciel, son bel optimisme enfui.
- Moi qui pensais que pour une fois, tout était joué d’avance…
bougonna-t-il avant de rajouter vivement en voyant Carter ouvrir la bouche :
Et épargnez-moi vos trucs avec « Le futur n’est pas écrit…
Il change continuellement, blablabla… »
- Désolée, Monsieur, mais c’est le cas.
Ils attendirent tous la longue et inévitable explication qui allait suivre mais contre toute attente Sam s’arrêta là et sourit devant le regard reconnaissant de son supérieur.
- Vous pensez qu’il a un vaisseau caché quelque part ?
- C’est peu probable, Daniel Jackson. Il aurait préféré
partir et tenter de dominer un peuple moins hostile. Il a du rester bloqué
sur Terre après le soulèvement.
- Et donc c’est à nous de nous en charger, soupira O’Neill.
Bon, il va falloir songer à s’installer, je ne sais pas vous mais
moi je crois qu’on en a pour un moment.
- Je suggère qu’on cherche quelque chose hors de la ville, pour
rester un peu discrets, répondit Daniel.
- Oui, et où on puisse être tous les quatre cette fois ! ajouta
sèchement Jack.
Un mince sourire reconnaissant passa sur les lèvres du jaffa et ils
remontèrent tous en selle.
Après avoir poliment interrogé quelques personnes, on leur indiqua
un petit groupe de fermes à l’extérieur de la ville où
ils pourraient peut-être trouver un endroit où dormir. Les quatre
membres de SG1 arrivèrent donc quasiment à la tombée de
la nuit dans un hameau isolé, où quelques masures de diverses
tailles étaient regroupées au milieu des champs et pâturages.
Mais, encore une fois, les premières portes auxquelles ils frappèrent
leur furent vite refermées au nez : une femme seule avec trois hommes,
dont un noir… dans un état dirigé par Coover… Personne
ne semblait enclin à leur accorder le gîte, ne fût-ce que
dans une grange.
- Ce n’est pas grave, merci, au revoir, répondit Sam avec un sourire fatigué alors qu’une énième porte claquait devant eux.
Au moins cette fois-ci le propriétaire n’avait pas sorti le fusil…
Daniel indiqua en soupirant la dernière ferme du hameau, la plus éloignée,
la plus pitoyable aussi. Jack acquiesça d’un air las et ils gagnèrent
l’entrée de la masure.
Sam descendit une dernière fois de cheval et alla frapper au panneau
de bois. Celui-ci s’ouvrit à peine, laissant deviner le visage
creusé par les rides d’un vieil homme. Il balbutia :
- Qui … Qui êtes-vous ? Que voulez-vous ?
- Bonsoir, répondit la jeune femme avec un sourire avenant en ôtant
son chapeau.
L’homme, surpris de découvrir un visage féminin souriant,
écarquilla les yeux et ouvrit un peu plus le battant, s’arrêtant
toutefois dès qu’il découvrit les trois hommes en retrait
sur leurs montures. Sam enchaîna :
- Nous sommes des voyageurs de passage, nous voulons savoir si vous accepteriez
de nous héberger pour quelques temps, même une grange ou un entrepôt
feraient l’affaire… Nous ne vous causerons aucun soucis, nous sommes
honnêtes, et avons de quoi payer quel que soit votre prix.
Le propriétaire dévisagea en silence les quatre compagnons, puis referma presque la porte. Un long murmure se fit entendre à l’intérieur. Après quelques instants, la porte s’ouvrit largement et l’homme réapparut, une vieille femme à ses côtés, qui tenait une lampe à pétrole d’une main tremblante. Il redemanda :
- Vous voulez juste ça ?
- Oui, répondit Sam. Nous cherchons désespérément
un endroit où loger, mais personne ne veut nous héberger.
- Pourquoi ? demanda la femme d’un air suspicieux.
Sam prit un air désolé et avoua avec franchise :
- Parce que je suis une femme seule qui voyage avec trois hommes, et parce que l’un de nous est un noir.
Le couple regarda Teal’c qui inclina doucement la tête pour les saluer. Puis Jack et Daniel. Puis Sam. L’homme tourna enfin les yeux vers son épouse, qui acquiesça doucement et sourit :
- Mon mari et moi voulons bien vous héberger. Nous on trouve que ce
sont les blancs de Coover qui posent des soucis ici, pas les noirs. Et puis,
dans ma lointaine jeunesse, j’étais entraîneuse de saloon,
alors, ravissante jeune fille, vous faites ce que voulez de votre vie.
- Merci mille fois ! Vous ne le regretterez pas. Votre prix sera le nôtre.
- Cinq dollars par jour, annonça l’homme. Mais on vous prévient…
on n’a que deux chambres hein !
Au mot « chambre », un immense sourire se dessina sur les lèvres de l’archéologue. Sam s’empressa de répondre :
- Deux chambres, ce sera parfait ! Nous n’espérions même pas loger ailleurs que dans une grange !
La voix de O’Neill s’éleva :
- Et si on monte à 10 dollars par jour, pouvons-nous espérer partager parfois vos repas ?
Les deux vieux se concertèrent du regard, les yeux brillants, et acquiescèrent fébrilement. Jack conclut en souriant :
- Parfait alors, marché conclu ! Nous avons quelques affaires à
régler en ville, mais vous pourrez compter quand même sur notre
aide ici, nous nous engageons à ne pas être un poids pour vous.
Je suis Jack, voici Sam, Daniel et Murray.
- Bien. Je suis Alfred Brighton, et voici mon épouse Nelly.
Les présentations faites et les chevaux installés et nourris, Nelly et Alfred montrèrent aux quatre compagnons leur logement, dans la maison principale : deux chambres, avec deux mauvais lits chacune. Sam s'établit dans la plus petite, et Teal’c prit le matelas pour s’installer avec ses deux compagnons. De toutes façons, il était fort à parier que les montants de bois vermoulu du lit auraient cédé dès que le jaffa aurait tenté de s’y asseoir…
En effet, Nelly et Alfred n’eurent pas à se plaindre de leurs
hôtes. Les quatre compagnons, trop heureux d’avoir enfin trouvé
un endroit calme et accueillant, se firent un devoir de simplifier au maximum
la vie du couple. Ils passaient une grande partie de leur temps à la
ferme à aider à l’entretien, à couper le bois pour
l’hiver suivant, à s’occuper du maigre troupeau. Ils réparèrent
la grange endommagée par le temps et les intempéries, redonnèrent
au chariot des Brighton une seconde jeunesse. Le vieux couple était enchanté,
et aux petits soins pour ces aides si inattendus et si précieux : les
repas étaient copieux, excellents.
Cette vie paisible dura près de deux semaines, au cours desquelles ils
essayèrent d’en apprendre un peu plus sur Coover. En vain, hélas.
Le gouverneur, lui, en apprit malheureusement davantage de son côté.
Teal’c allait assez rarement en ville, ne s’y sentant évidemment
pas le bienvenu ; il accompagnait cependant parfois Daniel. Or, un midi, le
jaffa et l’archéologue avaient fait un saut à Carson City
afin d’acheter quelques fournitures pour les travaux de la grange. Daniel
était depuis un moment dans le magasin, essayant de marchander avec un
vendeur peu enclin à facturer un prix décent à un étranger.
Teal’c attendait stoïquement sous un soleil de plomb, les rênes
de leurs montures à la main. L’attente s’éternisant,
il décida de mener boire les chevaux, et les conduisit dans la ruelle
à l’ombre qui jouxtait le saloon. Alors que les bêtes se
désaltéraient, et après avoir constaté qu’à
cette heure étouffante les rues étaient désertes, le jaffa
ôta quelques secondes son chapeau et s’épongea d’un
revers de manche la sueur qui coulait abondamment de son front.
Puis apercevant Daniel qui sortait du magasin, les bras chargés, il remit
son chapeau et se redirigea vers l’archéologue.
Il ne vit jamais Coover qui, ayant passé la nuit en galante compagnie dans une des chambres du saloon, l’avait observé depuis une fenêtre sale du premier étage. D’abord agacé de découvrir un nègre dans la ruelle, son énervement s’était mué en stupéfaction quand le symbole d’or pur avait lui au soleil lorsque Teal’c s’était découvert le crâne.
Un jaffa. Un jaffa d’Apophis.
A Carson City. Dans SA ville, dans SON état. Pourquoi ? Comment ? Combien étaient-ils ?
Appelant d’une voix forte l’un de ses hommes de main, il lui désigna Teal’c à travers le carreau. Le jaffa, après avoir aidé Daniel à charger les achats, était en train de remonter sur son cheval, et les deux amis s’éloignèrent au trot.
- Lui, le nègre, il a un tatouage sur le front. Amenez-le moi, mais discrètement. Et vivant. Ce soir.
*****
- C’est votre tour Daniel, annonça Jack quelques heures plus tard.
- Encore ?
- Eh bien oui, si on ne veut pas se faire repérer trop rapidement, il
faut se relayer souvent !
- Bon… et comme tous les soirs…
- … Coover est au Richmond Saloon, oui, c’est un grand habitué.
Sam prit la parole, d’un air hésitant :
- D’ailleurs, mon colonel, j’ai une idée.
- Ah ! Cela me manquait presque dites donc ! répondit Jack avec un sourire,
qu’elle lui rendit avant de continuer :
- J’ai entendu dire qu’ils recherchaient une serveuse. Je pensais
que je pourrais… postuler.
Un silence accueillit ses paroles. La voix de Jack, très calme, s’éleva à nouveau :
- Carter… Ce n’est pas que je trouve vos idées mauvaises hein… Mais je crains qu’ici le terme de « serveuse » n’englobe… d’autres services.
Sam rosit légèrement mais répondit d’une voix assurée :
- A vrai dire, j’ai un peu discuté avec une des filles du saloon en ville, en faisant mine justement de me renseigner pour le travail proposé. Et les « services » en question ne vont pas très loin en fait… Certaines filles sont en effet des prostituées, et ont été engagées en tant que telles, elles sont à l’étage. Mais la plupart des filles en salle sont seulement des serveuses. Bon, d’accord, elles doivent se montrer disons… prévenantes et attentives… mais rien de….
Elle hésita un instant, puis acheva dans un souffle :
- … rien que je ne puisse faire, je crois.
L’ambiance était maintenant tendue dans la pièce. Quand Sam releva enfin la tête, ses trois coéquipiers l’observaient avec gravité. Elle continua :
- Ce serait un excellent moyen de se rapprocher de Coover, d’essayer d’en savoir un peu plus sur ce qu’il prépare. Comme tous les soirs il s’enferme dans le salon particulier qui lui est réservé, c’est un peu le seul moyen de l’approcher !
Elle finit avec un engouement forcé :
- Et puis je compte sur vous pour être mes meilleurs clients !
La remarque ne les fit pas sourire. Teal’c dit :
- Mais si Cooper vous approche, il remarquera que vous avez été
un hôte Tok’ra, Major Carter.
- Pas si je reste à une certaine distance : Seth n’avait senti
les particules de Jolinar que lorsqu’il m’a presque touchée,
il ne l’avait pas détecté avant.
- Il faudrait savoir Carter : vous voulez jouer à la serveuse, ou rester
distante ?
Le ton de O’Neill avait été sec, presque froid. Elle plongea les yeux dans les siens, soudain très sombres. Ce fut lui qui détourna lentement le regard et haussa les épaules :
- Faites comme bon vous semble. Il est vrai que cela nous permettrait peut-être d’en apprendre un peu plus sur ce que trame ce bon gouverneur.
Sam acquiesça et répondit :
- Je vais me présenter, d’ailleurs il est fort possible que le
patron ne m’engage pas, je…
- Ça, j’en doute fort, coupa Jack avec un regard indéchiffrable.
Teal’c et Daniel échangèrent un coup d’œil et Sam, les joues en feu, se mordit la lèvre. O’Neill enchaîna avec un sourire franc :
- Mais à mon avis il vaudrait quand même mieux que vous vous présentiez là-bas dans une autre tenue… Sans vouloir vous offenser, Major !
La jeune femme soupira : en effet, un pantalon et une ample chemise gris de poussière n’étaient pas la tenue d’embauche idéale dans le saloon le plus « select » de la ville… Elle acquiesça :
- C’est vrai… Je crois que quelques emplettes s’imposent…
- Taratata ! l’interrompit son supérieur. Inutile, on a tout ce
qu’il vous faut !
Et, d’un geste qu’il voulait théâtral, il plongea la main dans une de ses sacoches et en sortit, dans un froufrou de tissu pourpre, la fameuse robe. Sam, les yeux écarquillés, balbutia :
- Quoi ? Vous… Vous l’aviez prise ?
- Je savais bien que vous ne résisteriez pas au plaisir de la porter,
répondit Jack avec un sourire amusé.
Daniel s’éclaircit la voix et Sam se tourna lentement vers lui. Avec un air faussement penaud, l’archéologue tenait dans chaque main un petit soulier de femme à talon. Vaincue, Carter soupira, arracha la robe et les chaussures des mains de ses amis et partit se changer dans sa chambre. Au moment de claquer bruyamment la porte, elle les toisa, et lança non sans un sourire :
- Sholva !
*****
Quelques heures plus tard, Daniel sortit du saloon et se dirigea tranquillement vers une rue sombre où il retrouva O’Neill. Il annonça d’emblée :
- Rien à signaler de mon côté. Cooper s’est enfermé
dans son salon, comme d’habitude.
- Bien… Et Carter ? Elle a bien été engagée je suppose
?
Jack put, malgré la pénombre, discerner le mince sourire de son jeune ami :
- Bien sûr qu’elle a été engagée… Elle est même déjà au travail depuis le début de la soirée et s’en sort rudement bien, évidemment. Allez-y, ça devrait vous plaire…
Accompagnant sa dernière remarque d’une tape sur l’épaule
de Jack, l’archéologue partit récupérer son cheval
pour rentrer. O’Neill fronça les sourcils et sembla hésiter
un instant. Puis, remettant machinalement son chapeau en place, il se dirigea
vers le saloon.
L’endroit était assez plein, de monde, de fumée, de ricanements
et de discussions plus ou moins enflammées. Mais l’ensemble des
personnes présentes restait au demeurant assez calme, le côté
un peu huppé du lieu freinant les débordements. Jack, tout en
se dirigeant vers le bar, laissa son regard balayer une fois de plus l’endroit
: la salle aux tentures rouge sombre, le piano noir, le large comptoir de bois,
les tables de joueurs, les épais fauteuils où les notables sirotaient
leur whisky, la large porte enfin, désespérément close,
qui menait à l’étage et aux salons privés.
Soudain, l’ample foulée de O’Neill reste comme suspendue
un instant. Là, dans son champ de vision, glissant habilement entre deux
tables, se tenait son second, le Major Samantha Carter.
L’ample jupon écarlate accompagnait chacun de ses mouvements d’un
froissement délicat de tissu. Sa taille fine et son buste étaient
savamment serrés dans le bustier, et Jack se demanda comment la jeune
femme pouvait encore respirer… question qui le quitta subitement quand
son regard fut attiré par la blancheur pâle de la poitrine de Sam,
qui se soulevait avec peine sous la dentelle du décolleté. Décolleté
bien plus plongeant qu’il ne lui avait semblé quand il avait pris
la robe au SGC. Sam avait entouré son cou d’un ruban de velours
noir, et ses cheveux pourtant assez courts étaient retenus en chignon.
Quelques mèches éparses volaient au gré des mouvements
de la jeune femme autour de son visage. Lèvres rouges serrées,
concentrée sur ses gestes, elle tenait précieusement devant elle
un large plateau chargé de consommations diverses.
Jack déglutit difficilement, se contraignit à détourner le regard… et remarqua immédiatement, non sans colère, qu’un bon nombre des hommes attablés jetaient également des regards intéressés vers cette charmante nouvelle serveuse.
***
Teal’c, qui finissait de fermer le verrou de l’étable, suspendit son geste et écouta. Des chevaux au galop, qui se rapprochaient. Ils étaient à priori nombreux. Le guerrier évalua la situation : il n’était plus temps d’aller chercher un zat : ceux-ci étaient dissimulés légèrement à l’écart de la propriété, et les cavaliers s’arrêtaient déjà à l’entrée. Des coups puissants retentirent sur la porte de la maison. Quand il perçut des voix d’hommes et le cri de Nelly, il se saisit d’une masse et courut vers l’entrée, sans bruit, dissimulé dans les ombres des bâtiments.
Dix hommes se trouvaient là, que Teal’c reconnut immédiatement comme des sbires de Coover. Celui qui semblait le chef tenait Alfred à genoux, par les cheveux. Nelly, prostrée dans un coin, pleurait et suppliait. L’homme tira le visage du vieil homme vers lui :
- Alors ? On sait que le négro est chez toi, on l’a suivi !
- Non, je vous jure, je ne vois pas…
La voix calme du jaffa résonna dans l’obscurité alors qu’il sortait de l’ombre :
- Je suis ici.
Les dix hommes, se désintéressant immédiatement des deux vieillards, se tournèrent vers le nouveau venu et l’observèrent avec des sourires satisfaits.
***
O’Neill gagna une table vide le long du mur du fond et s’y installa, attendant qu’on vienne le servir. Ce fut Sam qui, passant près de lui, remarqua soudain sa présence. Seule la subite et quasi imperceptible rougeur de ses joues dévoilèrent sa gêne. Parfaitement professionnelle, après avoir ramassé quelques verres vides, elle vint se tenir bien droite devant son supérieur :
- Bonsoir. Que désirez-vous boire ?
- Une bière, s’il vous plaît.
Puis Jack continua, baissant la voix :
- Tout se passe bien ?
- Je n’ai encore rien cassé, c’est plutôt un exploit.
- Daniel vous a trouvée parfaite.
- J’espère en tous cas être plus discrète que lui.
- Comment ça ?
- Il ne boit que du café.
Ils échangèrent un sourire entendu. Jack jeta un coup d’œil vers le patron de l’établissement et nota qu’il les observait depuis sa table près du bar. Le sourire de O’Neill se fit plus sensuel, et il ajouta :
- Le patron nous observe.
Sam soupira, baissant les yeux :
- Je sais. Je ne suis pas assez… gentille avec les clients je crois.
- Je peux difficilement vous en vouloir, répondit-il du tac au tac.
Un silence se fit. Sam avait froncé les sourcils : que voulait-il dire ? Mais aussitôt Jack détourna le regard à son tour, et se rejeta dans son fauteuil, l’air nonchalant, feignant de congédier la jeune femme d’un revers de main distrait. L’image même de la décontraction, n’eût été cette légère tension de la mâchoire que la jeune femme connaissait parfaitement. Décontenancée, elle tourna cependant les talons.
Jack la suivit des yeux et son poing se serra quand l’un des consommateurs voisins tendit la main sur le passage de la jeune femme, espérant manifestement caresser la croupe appétissante de la nouvelle serveuse. Sa main fut cependant stoppée net, retenue par la poigne de fer de Sam, qui jeta à l’homme un regard noir avant de reprendre sa progression entre les tables. L’indélicat fut trop saisi d’étonnement pour réagir, et se contenta de la suivre du regard avec un visage stupéfait.
Elle arriva au bar et déposa son plateau, annonçant les consommations
à servir. Elle sourit légèrement à la pensée
qu’elle n’aurait pas imaginé qu’un jour son excellente
mémoire lui servirait à retenir les consommations des clients
d’un saloon de l’Ouest au 19ème siècle…
Le patron la retint cependant par le bras quand elle voulut repartir avec le
plateau. Hélant une des autres filles, il la chargea des boissons et
demanda à Sam :
- Qu’est-ce qu’il te voulait, le grand au fond ?
Elle haussa les épaules :
- Comme les autres, me dire que j’étais nouvelle, qu’il
me trouve mignonne.
- Ouais… et toi, encore une fois, je t’ai trouvée bien froide.
Sam baissa les yeux et ne répondit rien, muette de rage contenue. Il continua :
- Ecoute ma petite, va falloir que t’arrêtes ton numéro si tu veux bosser ici. Je ne te demande pas grand-chose, juste d’être gentille avec les clients, flirter un peu, et ne pas manquer de leur briser le poignet quand ils veulent juste tâter la marchandise.
Elle serra les dents, s’empêchant de trembler de colère, les articulations des doigts blanchissant à mesure que ses poings se crispaient le long de son corps.
- … Tiens, le grand au fond, justement. Ça ne fait pas longtemps qu’il est en ville, mais il vient régulièrement et… je ne sais pas moi, mais il en impose ce type. Alors puisqu’il veut discuter, tu vas aller lui causer. Et gentiment. Très gentiment. Allez, hop.
La colère fit soudain place à la panique dans l’esprit
de la jeune femme. Elle devait… flirter avec son officier supérieur
? Pire, bien pire, flirter avec Jack O’Neill ? Là, dans ce saloon
enfumé ? Devant tout ce monde ?
Une sueur glacée lui glissa soudain entre les omoplates alors que, acquiesçant
machinalement, elle quittait le bar et se dirigeait en automate vers la table.
Vers lui.
Elle sentait son cœur battre à tout rompre dans sa poitrine qui se soulevait rapidement sous le tissu exigu du bustier. Elle jeta un coup d’œil affolé vers l’arrière : le patron, appuyé sur sa table, ne la quittait pas des yeux. Avalant sa salive avec difficulté, elle franchit les derniers mètres qui la séparaient de la table de Jack. Ce dernier la regardait avec étonnement et demanda d’un ton détaché :
- Vous avez oublié ma commande ?
Sans répondre, elle leva ses grands yeux bleus vers lui et, instantanément, il fronça les sourcils. Et s’efforça de rester parfaitement calme quand soudain la jeune femme repoussa d’une main ferme la table de bois qui se trouvait devant Jack et se coula sur ses genoux. Avec un sourire éblouissant, elle murmura :
- Souriez. Je dois flirter avec vous, ou je suis virée.
***
L’un des hommes pointa son arme vers le jaffa, mais le chef grommela :
- Arrête, Coover a dit vivant.
L’information n’échappa pas à Teal’c, qui se
mit en garde. Deux des hommes s’avancèrent vers lui, souriant de
leur facile victoire à venir. Quelques instants plus tard, ils gisaient
à terre. Teal’c, calmement, se remit en garde. La satisfaction
fit place à la colère sur le visage du leader. Il fit signe à
ses hommes, et quatre se jetèrent sur le jaffa. Quand celui-ci se redressa
enfin, haletant, ses quatre agresseurs avaient également mordu la poussière.
Hélas, il découvrit le chef qui l’observait en souriant,
un pistolet sur la tempe d’Alfred :
- Joli petit numéro. A toi de choisir, soit tu nous suis sans plus poser de problème, soit le vieux y passe.
Impassible, Teal’c jeta sa masse loin de lui et s’agenouilla, mains derrière le crâne.
- Voilà qui est mieux, grinça l’homme. Si tu bouges, il est mort.
L’un de ses comparses fit le tour du jaffa à une distance respectable, et se saisit d’une planche de bois. Teal’c, trop conscient que l’homme n’hésiterait pas à abattre froidement le vieillard, ne fit pas un mouvement pour éviter le coup terrible qui lui fut asséné. Assommé, il s’effondra dans la poussière.
Alors que les hommes retrouvaient peu à peu leurs esprits et chargeaient le corps de Teal’c sur l’un des chevaux, le chef satisfait annonça :
- Emmenez-le à l’endroit convenu, moi je vais prévenir le patron.
Il enfourcha sa propre monture et toisa méchamment le couple qui pleurait en silence, prostré devant la maison. Il se tourna alors à nouveau vers ses hommes et ajouta :
- Et brûlez-moi tout ça avant de partir. On ne doit pas avoir de maison, si c’est pour y héberger des négros.
***
O’Neill écarquilla les yeux une fraction de seconde… et,
prenant une grande inspiration, plongea dans les yeux bleus de son second et
lui décocha son plus beau sourire.
Un instant, le temps sembla suspendu. Chacun savait que ce qui allait arriver
entre eux, si superficiel et insignifiant que cela pourrait paraître aux
yeux des autres clients, risquait de prendre une toute autre dimension, risquait
de les atteindre tous deux à l’endroit même qu’ils
désiraient si jalousement protéger.
Sans quitter un instant du regard les yeux bruns de Jack, Sam leva lentement la main et, du bout des doigts, caressa timidement sa joue, redessinant la courbe de sa mâchoire qui se serra à ce contact. Puis elle glissa ses doigts dans les cheveux courts de son supérieur, derrière sa nuque.
Sans qu’un muscle de son visage ne bouge, sans la quitter du regard, Jack enserra d’une main la taille de Sam et plaça l’autre sur la cheville fine de la jeune femme. Celle-ci cessa de sourire quand, avec une infinie lenteur, cette main brûlante commença à remonter le long de son mollet. Elle ferma un instant les yeux, submergée par le simple effleurement de cette main sur sa peau nue. Instinctivement, les doigts de Sam se crispèrent dans les cheveux de son supérieur. Quand elle rouvrit les paupières, il ne souriait plus non plus. Son visage semblait dévoré par un feu intérieur dont les flammes dansaient dans ses pupilles soudain noires. Elle crut perdre pied, une émotion dévastatrice la traversant de part en part. Elle balbutia à mi-voix :
- Mon colonel… Je…
Elle crut percevoir un léger tremblement dans la voix de Jack quand il répondit :
- Continuez. Il nous regarde.
Elle se mordit la lèvre, consciente du fragile équilibre dans lequel ils se trouvaient, au bord d’un gouffre sans fond, un vide qui l’appelait désespéramment. Elle plongea.
Un sourire doux, presque triste, vint étirer les lèvres de la
jeune femme. Elle posa lentement son autre main sur le torse de Jack, manquant
de tressaillir quand elle sentit, au travers du tissu de la chemise, le coeur
battre vite, terriblement vite. La main de O’Neill serra un peu plus la
taille de la jeune femme, l’autre s’appesantit sur sa jambe fine
sous l’épais tissu. Lentement, il détacha son regard de
celui de Sam, pour le glisser sur le visage de la jeune femme, sur ses joues
roses, ses petits cheveux bouclant sous son oreille délicate et descendant
le long de son cou gracile. Alors les lèvres de Jack s’entrouvrirent
doucement et, mu par un désir impérieux, il pencha la tête
vers le peau blanche qui palpitait, hypnotisante. Sam se retint de respirer,
puis exhala un soupir en sentant le souffle chaud sur son cou. Quand les lèvres
de O’Neill se posèrent sur sa peau, elle ferma les yeux, sa main
tremblant sur la nuque de son supérieur.
Sam ne bougea plus. Son univers se résuma soudain à cette sensation
à la fois infime et dévastatrice des lèvres de Jack parcourant
sa peau avec révérence, avec hésitation. Avec ferveur.
Fines, douces, brûlantes.
***
Daniel n’eut absolument pas le temps d’identifier le cavalier qui
venait de le croiser, lancé à toute allure dans la nuit vers Carson
City.
Il n’eut pas non plus le loisir de se poser longtemps la question de son
identité car une sourde inquiétude lui enserra soudain la poitrine
: au loin, derrière la colline où se trouvait la ferme des Brighton,
il lui semblait distinguer les premières lueurs de l’aube. Le ciel
semblait baigné d’une clarté rougeoyante, vibrante dans
le ciel d’encre. Une sueur froide coula le long du dos de l’archéologue
quand une bouffée d’air chaud chargé de cendres lui caressa
le visage.
Horrifié, il reste un instant immobile. Puis il lança sa monture
au galop vers l’horizon cramoisi.
***
Une minute, une heure s’étaient peut-être écoulées quand, soudain, le précieux contact fut rompu et que la voix de Jack, si rauque, presque un râle, retentit à son oreille :
- Carter... Je… Je pense que ça suffit.
Joignant le geste à la parole, il se redressa, ses mains se détachèrent de la jeune femme et vinrent se poser sur le verre de bière qui avait été déposé là sans même qu’ils s’en rendissent compte. Fuyant le regard éperdu de sa coéquipière, il la repoussa d’un geste à la fois doux et impérieux. Comme brûlée au fer rouge, Sam bondit sur ses pieds et se détourna, tremblante, bouleversée, et partit vers le couloir qui menait entre autres au réduis qui servait aux filles pour se changer.
Elle claqua la porte et s’adossa au panneau de bois, haletante. Sans
y réfléchir, elle laissa ses doigts glisser à l’endroit
même où, quelques instants plus tôt, Jack avait posé
ses lèvres. Ce n’était pas feint… Cette émotion,
cet enivrement… ce n’était pas feint. Lui aussi avait perdu
pieds. C’était pour se protéger qu’il l’avait
repoussée, pour les protéger tous deux.
La jeune femme manqua d’air un instant : il n’avait pas réussi.
Il n’avait pas pu les protéger, pas cette fois. Ils avaient été
trop loin, il était trop tard.
Chancelante, elle gagna la misérable table sur laquelle était posée une cuvette emplie d’eau. Elle s’aspergea le visage, espérant sans trop y croire diminuer la rougeur de ses joues et se rafraîchir un peu les idées. Au moment où elle s’épongeait avec un tissu douteux, elle entendit la porte s’ouvrir et se retourna brusquement. Betty, une des serveuses, venait de faire son entrée, un sourire aux lèvres :
- Eh bien ma belle, tu mets du cœur à l’ouvrage ! Vous ne m’avez même pas vue déposer sa bière, toi et le grand type. Remarque, je te comprends, ça nous change des brutes épaisses un gars comme lui !
Elle fronça soudain les sourcils :
- Eh, ça va ? T’es toute pâle dis donc !
- Oui, oui, bredouilla Sam avec un sourire forcé. Juste un coup de chaud,
j’y retourne.
Et elle planta là une Betty stupéfaite. Sam s’apprêtait, non sans appréhension, à repasser dans la salle… quand son attention fut attirée par une porte entrebâillée : celle du salon particulier de Coover. Rassemblant ses esprits en un instant, elle se glissa sans un bruit jusqu’au battant. Impossible de distinguer quoi que ce soit dans la pièce, mais des voix lui parvenaient. Trois voix d’hommes, dont celle de Coover. Mais c’est un autre qui parlait à cet instant :
- … pas été facile, il était vraiment coriace, j’ai
jamais vu ça !
- L’important c’est que ce soit fait, répondit le gouverneur.
- Patron… je sais que cela ne me regarde pas… Mais pourquoi lui
? Après tout, c’est qu’un négro, et…
- En effet, cela ne te regarde pas, trancha Coover d’un ton sans appel.
Un silence se fit quelques instants, puis le premier homme demanda :
- On l’a mis à Grass Valley, mais…
- Tais toi imbécile ! gronda Coover.
Sam perçut un mouvement de fauteuil et eut juste le temps de se rejeter en arrière derrière une des larges poutres soutenant l’édifice. La porte s’ouvrit à la volée, éclairant le couloir. Sam retint son souffle, parfaitement immobile, serrant contre elle les pans de sa jupe. Après quelques instants, la porte se referma sur les paroles de Coover :
- C’est bon. De toutes façons, on se charge de lui demain soir, et…
Le silence se fit, le battant était clos.
Une pensée traversa l’esprit de Sam. Une inquiétude sourde.
Elle regagna la salle ; au total son absence n’avait duré que quelques
minutes, et le patron l’accueillit même avec un sourire satisfait
: sa prestation avec O’Neill avait du lui plaire. A cette pensée,
un frisson parcourut la jeune femme qui, d’instinct, chercha son supérieur
du regard : il avait disparu.
Sam leva les yeux vers l’horloge : son service se terminait environ une heure plus tard. Elle soupira et se remit au travail, l’esprit définitivement ailleurs.
A la fermeture de l’établissement, elle salua les autres serveuses et partit récupérer son cheval qui l’attendait dans une écurie un peu plus loin. Entrant dans l’édifice, elle distingua sans mal un second cheval et un homme debout près de la monture de la jeune femme. S’arrêtant, elle demanda d’une voix forte :
- Qui est là ? Que voulez-vous ?
Le teint grave de son supérieur lui répondit :
- C’est moi. Je vous attendais.
Le cœur de la jeune femme se remit à battre rapidement dans sa poitrine. Elle s’approcha jusqu’à distinguer le visage de Jack qui l’observait avec gravité. Sans un mot, il attrapa la bride du cheval de Sam et tendit la main à la jeune femme. Après un instant d’hésitation, elle y posa la sienne et il l’aida à se mettre en selle. S’installant en amazone, elle arrangea comme elle put ses épais jupons alors que Jack montait lestement sur sa propre monture. Puis ils se glissèrent, côte à côte, dans la nuit.
Leurs chevaux avançaient au trot léger, à la même allure. Les cavaliers, pareillement mal à l’aise, gardaient le silence. N’y tenant plus, Sam finit par demander :
- Puis-je savoir, mon colonel, pourquoi vous m’avez attendue ?
Après un instant, Jack répondit d’un ton étrangement calme :
- Il faut que nous parlions.
Le cœur de la jeune femme se mit à battre encore plus rapidement. Elle ramena contre elle le châle qu’elle avait glissé sur ses épaules pour se protéger de la fraîcheur de la nuit. Pourtant, elle avait l’impression de brûler de l’intérieur. Elle déglutit, et enchaîna :
- Bien. Et de quoi souhaitez-vous parler ?
- De ce qui est arrivé tout à l’heure.
- Ah, parvint-elle juste à articuler.
- Ecoutez, il faut que vous gardiez à l’esprit que nos actes sont
exclusivement guidés par la nécessité de mener à
bien cette mission, et uniquement par cela.
La voix était affreusement calme, affreusement glacée. Elle transperça
le cœur de Sam : mais, étrangement, celle-ci sentit soudain en elle
sourdre un autre sentiment, d’une violence inouïe. La colère
pure.
Elle arrêta d’un geste sa monture et demanda d’un ton glacial
:
- Pardon, mon colonel ?
Jack stoppa également son cheval et revint se mettre à la hauteur de la jeune femme, face à elle. Il distingua malgré l’obscurité l’éclat de ses yeux bleus pleins de rage.
- Carter, je…
- Vous êtes en train de me dire que nous devons continuer de tout ignorer,
de tout nier, même ça ? Même ce qui est arrivé ce
soir ?
- Carter, vous…
Son ton était soudain menaçant. Jack O’Neill se retranchait une énième fois derrière le mur infranchissable qu’il avait patiemment érigé autour de lui. Mais, cette fois, elle ne renoncerait pas. D’ailleurs, elle ne le pouvait plus, réalisa soudain Sam. Elle enchaîna :
- Nous devons prétendre une fois de plus que rien n’est arrivé
? Que nous sommes restés deux parfaits professionnels agissant pour le
bien de l’Humanité ? Deux soldats qui n’ont rien ressenti
de plus que la satisfaction du travail bien fait ? Et pourquoi ? Pour le bien
de la mission, ou pour votre confort, à vous ?
- Carter, vous frôlez l’insubordination là !
- Ah bon ? Et caresser ma jambe en m’embrassant dans le cou, c’est
dans le règlement peut-être ?
Les yeux de Jack semblaient lancer des éclairs. Ils étaient seuls, se dévisageant avec défi, face à face dans la quasi obscurité. Jack détourna le regard, se passa la main dans les cheveux, mal à l’aise, et murmura :
- Non. C’est pour votre bien, à vous.
- A moi ? demanda-t-elle, surprise.
- Ecoutez, vous ne réalisez pas, vous ne devez pas…
- Avec tout le respect que je vous dois, coupa Sam, qu’est-ce qui vous
permet de me dire ce que je dois ou ne dois pas faire de ma vie ?
La remarque figea Jack. De sa vie… C’était de sa vie qu’ils
parlaient. La vérité vint le frapper tout à coup : il faisait
partie de la vie de Samantha Carter. Une part importante, assez importante pour
être considérée face à tout le reste. Une part peut-être
aussi importante, en fait, que celle qu’elle occupait, elle, dans sa vie
à lui.
Sam continua, ses yeux brillants à la lueur des étoiles :
- Je suis désolée, non seulement je ne peux pas oublier ce qui
est arrivé ce soir, mais surtout… Je crois que je ne veux pas l’oublier.
- Votre carrière… parvint-il à murmurer.
- … n’est pas plus importante que la vôtre. Et n’est
peut-être pas aussi importante que je le croyais en fait. En tous cas…
Elle ne me suffit plus.
Jack ne répondit pas. Une immense lassitude venait de l’étreindre. Lui non plus ne voulait plus se battre contre elle, contre lui-même surtout. Le combat était vain, perdu d’avance. Pour la première fois, le colonel O’Neill s’avoua vaincu. Vaincu par le regard à la fois implorant et décidé de la jeune femme blonde droite, fière, et en même temps si fragile, qui se trouvait face à lui. Presque machinalement, il donna un très léger coup de talon à sa monture, qui franchit le mince espace qui les séparait encore. Levant alors une main presque tremblante, il effleura la joue de Sam, qui se mordit la lèvre mais ne le quitta pas des yeux.
Ce fut à cet instant que le galop d’un cheval retentit dans l’obscurité. Immédiatement, Jack et Sam tournèrent leur attention vers le bruit qui se rapprochait, éloignant leurs montures l’une de l’autre. Un instant plus tard, une ombre surgit sur la piste, et le cavalier, découvrant les deux chevaux, tira sèchement sur la bride de son cheval qui s’arrêta en hennissant. O’Neill et Carter furent stupéfaits de reconnaître Daniel, les cheveux en bataille, de la suie sur le visage. Ses yeux bleus écarquillés par la surprise, il s’écria :
- Dieu merci je vous trouve ici ! Venez vite, la ferme est en flammes, et Teal’c a été enlevé !
Sans attendre de réponse, il fit faire demi-tour à son cheval et repartit au galop en sens inverse, suivi par ses deux coéquipiers.
***
Sam porta la main à sa bouche en découvrant le spectacle qui s’offrait à eux. Le feu achevait de consumer la maison et tous les bâtiments de la ferme. Les voisins, alertés par les flammes et par Daniel, s’étaient relayés pour lutter maladroitement contre les foyers. Heureusement, le vent ne soufflait pas cette nuit-là et l’incendie ne s’était pas propagé. Daniel, Sam et Jack descendirent de leurs montures et, sans échanger une parole, se dirigèrent vers les Brighton. Les deux vieillards, blottis l’un contre l’autre, étaient assis dans la poussière, observant tétanisés tout leur bien en cendres voleter dans l’air de la nuit. Jack s’accroupit devant eux, sembla hésiter un moment, puis murmura dans un souffle:
- Je suis désolé.
Un éclair de colère traversa les yeux pâles d’Alfred, mais ce fut la voix douce et fatiguée de Nelly qui répondit :
- Ce n’est pas votre faute… je crois. C’est celle des hommes qui sont venus ici. Ils ont pris votre ami, c’est pour lui qu’ils sont venus, ils le voulaient vivant, pour Coover. Il s’est sacrifié pour nous sauver, sinon ils nous auraient tués, Alfred et moi.
Jack se contenta de hocher la tête. Après un silence, il se redressa et se tourna vers Daniel et Sam :
- On récupère nos affaires, et on retrouve Teal’c.
Les deux vieillards levèrent des yeux surpris :
- Teal’c ? répéta Alfred. Votre ami ne s’appelle
pas Murray ?
- Non, en fait, il s’appelle Teal’c. C’est en partie pour
cela qu’ils ont brûlé votre ferme.
Jack fouilla un instant dans une de ses poches et en tira une mince liasse de billets. Il les déposa en douceur dans la main de Nelly :
- Croyez-moi, nous vous dédommagerons au mieux de ce que vous venez de subir. En attendant, faites vous héberger par un voisin, ou mieux, allez en ville vous installer dans le meilleur hôtel. Nous, on retrouve notre ami, et on revient vous aider.
Le couple, rendu muet par la sincérité du regard de O’Neill, acquiesça en silence. Puis les trois coéquipiers s’éloignèrent vers l’endroit où ils avaient dissimulé, ou plutôt enterré leurs armes.
Sam raconta ce qu’elle avait entendu au saloon. Le lien avec l’enlèvement de Teal’c était évident. Ils en conclurent que, d’une façon ou d’une autre, le Goa’uld avait appris la véritable identité du jaffa. Et que, sous couvert de ses activités xénophobes, Coover allait le faire disparaître. Daniel, sourcils froncés, réfléchissait à haute voix alors qu’ils retournaient vers la ville :
- Grass Valley… Cela doit être une des nombreuses propriétés
de Coover dans le coin. Mais je ne sais pas où elle se trouve.
- De toutes façons, on ne trouvera pas ce soir, trancha Jack froidement.
On va camper à l’écart de la ville, Coover doit avoir fait
le rapprochement entre Teal’c et nous, impossible de rester discrets à
Carson City.
- Et Coover a dit qu’il n’agirait que demain. Mais cela nous laisse
peu de temps, murmura Sam.
- Cela nous laisse suffisamment de temps, Carter. Suffisamment.
Les trois compagnons s’installèrent à la belle étoile. Daniel parvint à trouver le sommeil, enroulé dans un poncho. Sam restait étendue, incapable de dormir, songeant à Teal’c, à l’endroit où il pouvait se trouver, et à ce qu’il risquait entre les mains de ces fanatiques xénophobes… et du Goa’uld. Un coup de vent glacial lui parcourut le dos, et en frissonnant elle tâcha de remonter contre elle le mince tissu de la robe qui lui servait de couverture. Toutes leurs affaires avaient brûlé dans la ferme des Brighton, ils pouvaient déjà s’estimer heureux d’avoir eu la bonne idée de laisser quelques habits de côté avec les armes, cela avait permis à la jeune femme de se changer.
- Vous avez froid Carter ?
Elle se retourna vers son officier supérieur, devinant son profil à la lumière pâle des étoiles.
- Oui. Et surtout je m’inquiète pour Teal’c.
- Je sais. Mais on le récupère demain. Et on va en profiter pour
régler son compte à ce Coover, tout cela n’a que trop duré.
- Oui mon Colonel, murmura la jeune femme sans pouvoir réprimer un claquement
de dents frigorifié.
- Pour Teal’c, je ne peux rien faire ce soir. Mais pour le froid…
Venez-là.
Le bras de Jack s’étendit vers la jeune femme dans l’obscurité et, se posant sur son épaule, l’attira doucement à lui. Naturellement, sans même une seule hésitation, elle accompagna son geste et se décala vers O’Neill. Elle se lova contre lui, posant sa tête au creux de son épaule, alors que deux bras puissants et rassurants entouraient la jeune femme de leur chaleur.
Sam ferma les yeux, un sourire flottant sur les lèvres. Les battements de cœur de Jack, rapides, faisaient écho aux siens. Ils se sentaient mutuellement à la fois tendus et calmes. La voix de O’Neill s’éleva à nouveau :
- Il fait froid, mais on a quand même gagné pas mal de degrés par rapport à l’Antarctique.
Sam rit doucement contre sa peau.
- Et vous me semblez en meilleure forme mon Colonel, heureusement.
- C’est vrai. Je peux enfin profiter des avantages de la situation…
ajouta-t-il d’un ton amusé, en resserrant un tout petit peu ses
bras autour d’elle.
La voix agacée de l’archéologue s’éleva à son tour :
- Dites, vous ne pourriez pas vous blottir en silence ? Parce que moi, j’avais
enfin réussi à m’endormir avec ce froid, et si vous me réveillez
toutes les cinq minutes, je vais être obligé de venir me réchauffer
avec vous !
- Non ! C’est bon Danny Boy, on se tait !
Sam étouffa un éclat de rire contre l’épaule de Jack, alors que Daniel se retournait en murmurant, amusé :
- Ben tiens, ça m’aurait étonné…
O’Neill se cala confortablement, Sam dans ses bras. Celle-ci se blottit davantage contre lui, enfouissant son visage dans son cou, respirant son parfum. Ils s’endormirent tous sans plus ajouter un mot.
***
Dès les premières lueurs de l’aube, les trois compagnons
furent debout. Ils croisèrent plusieurs paysans terrifiés qui
refusèrent de parler, avant d’apprendre enfin où se trouvait
Grass Valley. La propriété de Coover était très
à l’écart de la ville, à plusieurs heures de marche.
Ils se mirent en route immédiatement, s’arrêtant à
peine pour manger ce qu’ils avaient acheté dans une ferme en bord
de route.
Quand ils approchèrent de l’endroit indiqué, Jack décida de quitter la route principale et de couper par les collines, afin de ne pas se faire remarquer. Ils chevauchèrent encore un moment, leurs montures avançant avec difficulté dans la steppe couverte de ronces et de taillis desséchés. Enfin apparut devant eux, en contrebas, Grass Valley. L’endroit portait bien son nom : une petite rivière providentielle coulait entre les collines, irriguant les arpents de terre qui s’étendaient de part et d’autre. Des nombreux bâtiments étaient éparpillés dans les champs fertiles, le tout ne formant qu’une seule et même propriété, insolemment riche dans cette contrée aride : l’empire agricole de Coover. Une haute clôture entourait l’ensemble, et malgré la distance on distinguait ça et là des hommes à cheval qui, armés, évoluaient au milieu des ouvriers affairés.
- Et maintenant, que fait-on ? demanda Daniel, allongé sur le sol à
côté des deux militaires alors qu’ils observaient l’endroit.
- Rien, murmura Jack. L’endroit est totalement découvert, on se
ferait repérer immédiatement. Je vais réfléchir,
mais j’ai peur qu’il faille attendre.
- Attendre ? s’exclama l’archéologue, mais Teal’c,
on ne peut pas…
- Il ne servirait à rien pour Teal’c qu’on se fasse tuer
ou capturer aussi ! interrompit Jack.
Daniel acquiesça malgré lui, et ils reprirent leur observation, notant le nombre des gardes, tentant de repérer les possibles accès. Sans, hélas, beaucoup de succès.
***
Luttant contre la douleur, le jaffa releva une énième fois la
tête, faisant face à ses agresseurs. Les hommes, en bras de chemise,
se relayaient pour lui asséner des coups redoublés. A intervalle
régulier, sur un ordre de Coover, ils se retiraient et laissaient le
Goa’uld interroger le prisonnier. Celui-ci ne désirait manifestement
pas que ses questions fussent entendues par ses hommes, et pour cause :
- Pourquoi es-tu ici ? D’où viens-tu ?
Le jaffa se contenta de le toiser d’un air mauvais. Une fois de plus, le coup partit avec une extrême violence. Teal’c, attaché au mur par des anneaux qui lui retenaient les bras au-dessus de la tête, sentit son crâne frapper à nouveau la paroi de bois. Il ferma les yeux un instant, puis redressa encore fièrement la tête.
Le Goa’uld était hors de lui. Teal’c avait constaté qu’il n’avait pas en sa possession de bracelet de torture, il l’aurait utilisé depuis longtemps. Par contre le jaffa avait parfaitement reconnu à son bras le bouclier d’énergie. Coover s’approcha, tremblant de colère :
- Vas-tu me dire où est Apophis ?
- Il est mort.
- Tu mens ! Que préparez-vous, toi et ton maître ?
- Je n’ai plus aucun maître depuis longtemps. Je suis l’allié
des Tauris. Et je suis venu ici pour te tuer.
- Ton histoire est vraiment ridicule, railla le Goa’uld avec un sourire
méchant, en s’épongeant doucement le front.
- Et pourtant elle est vraie.
- Avec qui es-tu ? Qui sont ces deux hommes et cette femme qui traînaient
avec toi en ville ? Et où sont-ils maintenant ?
Teal’c détourna dignement la tête, refusant d’en dire davantage et de compromettre ses coéquipiers. Les yeux du Goa’uld étincelèrent de rage :
- Alors, meurs, jaffa !!
***
- Regardez, du monde arrive.
Sam et Daniel suivirent du regard le doigt tendu du Colonel. Sur la seule et unique route qui menait à la propriété, des cavaliers avançaient à pas lent. La nuit était à présent en train de tomber, et on ne discernait que des formes blanches, fantomatiques sur les montures. Les trois coéquipiers sentirent leur estomac se serrer quand ils réalisèrent que les revenants en question n’étaient autres que des hommes, sinistrement revêtus de la robe et de la cagoule pointue du Ku Klux Klan. Jack murmura :
- Je hais ces types-là…
- En tous cas, s’ils ont une réunion de prévue ce soir,
ce qui semble être le cas, c’est très mauvais pour Teal’c,
souffla Daniel.
Ils s’entre-regardèrent, et O’Neill annonça :
- Bon, fini le repérage, on passe à l’action dès la nuit tombée.
Ses deux coéquipiers acquiescèrent en silence.
***
Le jaffa ne put retenir un sourire devant la mine défaite du Goa-uld qui se tenait immobile et, ayant relevé la chemise de Teal’c à la main, observait horrifié le ventre vide de l’ancien prima.
- Mais… Mais comment… Mais c’est impossible ! balbutia-t-il.
- Si. Là d’où je viens, le règne des Goa’ulds
touche à sa fin. Mais ta fin à toi viendra encore plus rapidement.
Leurs yeux se croisèrent, pleins d’une haine mutuelle. La rage de Coover était totale. Il gronda :
- Oh non… Mon règne ici ne fait que commencer…. Bientôt
je dirigerai ce pays tout entier… Puis le monde… et le jour où
je récupèrerai ma véritable puissance, cette misérable
planète sera à moi….
- Ce ne sera jamais le cas. Je le sais déjà, répondit calmement
le jaffa.
- Tu ne sais rien du tout ! Et bientôt, tu ne seras plus en état
de me contredire…J’ai ici d’autres moyens de te tuer. Venez
vous autres !
Les deux hommes de main qui attendaient hors de la pièce entrèrent immédiatement. Coover, en s’essuyant tranquillement les mains, ordonna :
- Préparez-le pour ce soir, mais en le laissant habillé. Et bâillonnez-le, je ne veux pas qu’il nous gâche le spectacle par ses histoires ridicules.
Teal’c l’observa : le Goa’uld avait peur qu’on découvre sa vraie nature de jaffa. Mais lui non plus ne pouvait rien dire, au risque de dévoiler un futur encore hypothétique. Il regarda Coover passer l’ample robe blanche qu’on lui avait apportée, et se saisir de la longue cagoule pointue. Il sourit à Teal’c avant de sortir :
- À tout de suite.
***
- Daniel, comment se déroulent ces macabres réunions ?
- De nuit, comme ici. Les notables du coin se rassemblent anonymement grâce
aux cagoules…
- Les lâches, grinça Jack.
- … et sous la direction de leur chef, ici certainement Coover, font différents
discours et rites soi-disant religieux. Ils ont érigé une croix
de bois, je pense…
- … Ils vont brûler Teal’c ? demanda Sam horrifiée.
- Non, non. Ils… ils vont sûrement le pendre. La croix brûlée,
c’est pour le décor, le symbole du feu purificateur.
- Ils veulent du feu purificateur ? Et bien on va leur en donner… murmura
Jack. Vous attendez qu’ils soient concentrés sur leur réunion,
et vous incendiez les granges. Ça devrait les occuper un moment.
- Et vous mon Colonel ?
- Moi, je m’occupe de Teal’c… avec un pistolet, Carter, ne
vous inquiétez pas.
La jeune femme haussa les épaules avec un demi sourire :
- Si c’est pour sauver Teal’c, vous pouvez même y aller au bazooka, ça ne me pose aucun problème…
Puis, fronçant les sourcils :
- Mais rassurez-moi, vous n’avez quand même pas pris de bazooka ?
Jack lui rendit son sourire :
- Ah ben non ! J’ai oublié !
L’instant d’après, ils se glissèrent sans bruit vers l’enclos de la propriété, enfin dissimulés par l’obscurité de la nuit tombée.
***
Teal’c s’était laissé faire sans rien tenter. Il
savait que c’était inutile, étant toujours entouré
de plusieurs hommes armés qui le tenaient constamment en joue. Mais,
surtout, il savait que ses coéquipiers étaient là, tous
proches.
Quand il fut traîné hors du bâtiment où il avait passé
la journée, il découvrit une bonne quarantaine d’hommes
vêtus de blanc, leurs yeux seuls visibles sous les hautes cagoules immaculées.
Rangés en cercle, ils psalmodiaient des chants religieux. Une immense
croix de bois brûlait au centre, jetant sur la scène une lueur
rougeoyante et sinistre. Teal’c fut traîné sans ménagement
vers un grand arbre qui se trouvait non loin de la croix. En approchant, il
distingua à la lumière des flammes une épaisse corde qui
pendait à l’une des branches, le nœud coulant se balançant
dans l’air du soir.
On le força à monter sur un tonneau vide qui menaça de s’effondrer sous son poids. Une main passa autour de son cou l’épaisse corde, et la resserra d’un geste sec. Le jaffa ne cilla pas, et releva dignement la tête, passant son regard froid sur les hommes cagoulés qui l’observaient en chantant toujours. Plusieurs, transpercés par le regard si calme et pénétrant de cet homme, reculèrent d’un pas. Teal’c vérifia discrètement les cordes qui retenaient ses poignets, mais il ne parvint pas du tout à faire jouer le matériau serré. Il jeta un regard sur l’obscurité qui entourait le cercle macabre, mais ne perçut rien. Pas un mouvement, pas un signe.
Pourtant ils devaient être là. Il fallait qu’ils soient là.
Un homme cagoulé se détacha du cercle et s’avança vers lui. Son sourire se lisait dans son regard. Coover.
Teal’c le fixait, aucun muscle de son visage ne bougeant. Le cercle des officiants s’était un peu resserré, mu par une impatience malsaine. Le regard de Coover se détourna vers un des hommes de main, manifestement pour lui faire signe de procéder à l’exécution.
A cet instant, des cris retentirent derrière les bâtiments :
- Au feu ! Au feu !
Tous levèrent les yeux au ciel : les premières lueurs d’un
incendie brillaient derrière les édifices, faisant un sinistre
écho à la croix qui se consumait toujours au milieu du cercle.
Une panique s’en suivit : les membres du Klan courraient vers leurs chevaux
pour fuir, certains, gênés par leurs amples robes, tombant dans
la poussière. Les hommes de Coover s’étaient précipités
vers le brasier, allant chercher des récipients pour tenter de l’éteindre.
Coover, les poings serrés de colère, observait la scène,
toujours immobile au pied de la croix en flamme. Il croisa le regard de Teal’c,
toujours debout sur le tonneau, la corde autour du cou. Son bâillon avait
glissé et le jaffa souriait calmement. Le Goa’uld, d’un geste
plein de rage, arracha la cagoule qui lui couvrait le visage et s’avança
d’un pas décidé vers l’insolente victime.
Sortant alors de l’ombre, un des hommes encagoulés vint s’interposer entre le jaffa et le sénateur. Ce dernier s’arrêta :
- Quoi ? Que faites-vous ?
L’homme pointa un revolver sur Coover, alors que de l’autre main il ôta la cagoule blanche. Teal’c sourit à nouveau :
- O’Neill.
- Vous n’avez pas eu peur qu’on soit en retard, j’espère
?
- Du tout, répondit calmement le jaffa.
Le visage de Coover se crispa de colère. Il sembla un instant hésiter à agir, mais finalement recula et, arrachant la robe qu’il portait, s’enfuit à son tour vers l’écurie. Jack avait levé son arme, mais la voix de son coéquipier l’arrêta :
- Inutile O’Neill, il a un bouclier.
Jack jura et vint au pas de course trancher enfin la corde qui retenait son ami. Teal’c sauta à terre puis se passa une main sur son cou encore douloureux. O’Neill en profita pour arracher son propre costume en grommelant :
- Vous vous rendez compte des horreurs que vous me faites mettre… Je ne le ferais pas pour n’importe qui hein !
Le jaffa sourit doucement et hocha la tête avec gratitude. Jack lui jeta un revolver, et ils partirent en courant rejoindre Daniel et Sam.
Les deux coéquipiers n’avaient pas perdu de temps : étant parvenus à se faufiler, ils avaient choisi une grange entièrement emplie de bottes de foin pour lancer leur attaque. Quelques allumettes avaient suffit à enflammer l’ensemble. Ils avaient profité de la panique créée pour éviter les premiers gardes, mais se trouvaient à présent en mauvaise posture. Repérés à la lueur de l’incendie, ils s’étaient retranchés derrière un bâtiment, d’où ils essuyaient les coups de feu ininterrompus de trois hommes de main de Coover.
Sam et Daniel s’étaient interdit d’utiliser les zats, et
ripostaient comme ils pouvaient avec leurs propres revolvers, se rejetant fréquemment
derrière le mur de bois quand les balles sifflaient autour d’eux.
La lumière changeante du brasier, l’épaisse fumée
et la nuit noire n’aidaient pas à la précision des tirs,
et pour l’instant la jeune femme n’avait réussi à
blesser que l’un de leurs agresseurs. Sam voyaient avec une certaine inquiétude
leurs munitions s’épuiser, et Daniel tousser de plus en plus à
ses côtés.
Elle fronça soudain les sourcils et posa sa main sur l’épaule de l’archéologue, lui intimant d’arrêter de tirer. Une voix lui parvint, qu’elle reconnut immédiatement malgré le grondement des flammes et les cris de ceux qui tentaient de lutter contre l’incendie :
- Carter ? Daniel ?
- Nous sommes ici mon Colonel ! hurla-t-elle pour couvrir le bruit.
Quelques instants plus tard, des cris lui parvinrent, et Daniel et elle comprirent que leurs agresseurs avaient également maille à partir avec les deux autres membres de SG1. Deux hautes silhouettes se détachèrent bientôt sur la lumière de l’incendie, et Daniel et Sam rejoignirent immédiatement leurs coéquipiers. O’Neill les accueillit d’un sourire, puis déclara :
- Bon, notre priorité est Coover, il ne faut pas qu’il s’en
sorte. On ne tire sur ses hommes que pour se défendre ou les faire déguerpir,
mais beaucoup me semblent avoir déjà quitté les lieux.
Et on évite les zats, pour faire plaisir à Carter.
- O’Neill, je suggère de nous rendre aux écuries, c’est
de là qu’il peut fuir.
Ses trois amis acquiescèrent et tous prirent la direction de l’écurie. La plupart des bêtes avaient disparu avec leurs propriétaires quand ceux-ci avaient fui la propriété. Celles qui restaient hennissaient et bondissaient dans les box, terrifiées par l’incendie. Sur un signe de Jack, Daniel courut ouvrir les portes, libérant les animaux affolés. La voix de Sam s’éleva soudain au milieu du bruit assourdissant des sabots :
- Là ! Coover !
Les trois hommes se retournèrent alors que la jeune femme tirait, hélas sans atteindre sa cible, la balle ricochant sur le champ de force du bouclier. Le Goaul’d renonça à attraper l’une des montures et disparut à nouveau. SG1 s’élança à sa poursuite. Les cendres volaient dans l’air de la nuit, leur fouettant le visage, mais Daniel parvint à distinguer la silhouette du sénateur. Immobile un instant, il sembla désorienté : la panique de l’incendie, l’obscurité du soir, les hommes et les animaux courant… Il était acculé, à l’opposé de l’entrée de la propriété, seul, avec SG1 à ses trousses.
Finalement Coover ne put que s’élancer dans le bâtiment juste derrière lui, encore épargné par les flammes, celui-là même où il avait torturé le jaffa à peine une heure avant. Les quatre coéquipiers s’élancèrent à sa suite, Jack en tête. Grimpant les escaliers à toute allure, ils se retrouvèrent finalement dans une pièce immense sous les combles, à peine éclairée par la lueur vacillante d’une lampe à pétrole posée sur un tonneau. Ils furent accueillis par l’éclair bleu d’un zat, et se rejetèrent derrière les caisses et autres matériels entassés en vrac. La voix grave du Goa’uld retentit à l’autre bout du grenier :
- Stupides Tauris, vous venez de ruiner toute mon œuvre ! Mais ne vous
réjouissez pas, je suis toujours sénateur, et je vais tout rebâtir,
après m’être moi-même occupé de votre exécution
!
- C’est ça, railla Jack, le couplet habituel quoi !
- Silence !
- Et vous comptez vous en sortir comment cette fois ?
Le Goa’uld regarda autour de lui, inquiet : il était seul, ses
hommes avaient tous fui, il se trouvait acculé au second étage,
ses ennemis lui coupant toute retraite vers l’unique issue. Les quatre
coéquipiers ne pouvaient cependant avancer, craignant le zat que Coover
brandissait toujours.
Une bouffée d’air tiède caressa la nuque du Goa’uld,
qui tourna légèrement la tête : il se trouvait près
de l’immense ouverture qui permettait de vider le grenier. Il jeta un
coup d’œil en bas, et un rire mauvais s’échappa de sa
gorge.
Il abaissa son zat et, d’un pas digne, marcha à reculons vers
l’ouverture. Les quatre Tauris se redressèrent en fronçant
les sourcils et, stupéfaits, virent Coover se jeter dans le vide.
Ils se précipitèrent vers l’ouverture : le sénateur
venait d’atterrir confortablement dans un énorme tas de foin. Quelques
coups de zats obligèrent les membres de SG1 à se rejeter en arrière.
En un instant, Sam avait évalué la situation, et grinça
des dents :
- On va perdre bien trop de temps à redescendre, il va pouvoir…
Mais elle s’interrompit en découvrant le visage de son supérieur. Jack s’était à nouveau penché par l’ouverture, observant Coover avec une froide détermination. La lumière de l’incendie glissait sur ses traits, passant en une brûlante caresse sur sa peau ambrée, dansant dans ses yeux bruns. Alors elle comprit. Baissant les yeux vers le Goa’uld, elle le vit tenter vainement de se mettre debout : la masse de foin entravait ses mouvements, l’empêchant de se redresser. Quand Sam releva le regard vers son supérieur, celui-ci tenait la lampe à pétrole à la main. Il jeta un coup d’œil à ses coéquipiers, mais aucun ne fit un geste pour l’arrêter. Il jeta l’objet dans le tas de foin, qui s’embrasa immédiatement.
Au hurlement de rage du Goa’uld, Sam et Daniel détournèrent le regard. Jack et Teal’c ne firent pas un geste, alors qu’en bas Coover se débattait inutilement dans les flammes. Pris au piège dans la masse énorme qui se consumait, il tentait de se redresser, s’agitant comme un insecte, son bouclier ne lui étant d’aucune utilité contre le brasier. Bientôt les cris de colère se changèrent en de déchirants hurlements de douleur couvrant le crépitement du feu. Un murmure fit pourtant se retourner O’Neill :
- Jack…
Il croisa le regard triste, presque implorant, de Daniel. Se tournant alors à nouveau vers le brasier, O’Neill sortit son arme et acheva d’une seule balle le Goa’uld dont le bouclier avait cédé. Les hurlements se turent. Jack annonça :
- On peut y aller.
Ils s’éloignèrent en silence, quittant rapidement la propriété dévastée, sans même se retourner pour observer l’immense incendie qui s’élevait vers le ciel.
*****************************
Jack sourit en voyant arriver Nelly et posa son marteau. Il prit le grand verre d’eau fraîche qu’elle lui tendait et la remercia d’un sourire avant de boire avidement. Elle l’observa calmement, puis déclara :
- Vous aviez raison : il n’y aura pas de poursuites.
Jack lui rendit le verre et demanda :
- Pas de poursuites ?
- Pour Grass Valley. Pour l’incendie, la mort de Coover. Le shérif
a classé l’affaire, avec la bénédiction du nouveau
gouverneur.
- Coover a causé beaucoup de tort à beaucoup de monde. Tous veulent
tourner la page.
La vieille femme sourit :
- Oui, sûrement. Et puis, après tout, vous et moi n’avons absolument rien à voir là-dedans.
O’Neill se contenta de sourire à Nelly, qui ajouta :
- Vous allez repartir, n’est-ce pas ?
- Après avoir fini les réparations de votre ferme, oui.
Elle hocha doucement la tête et murmura :
- Vous n’êtes pas d’ici. Vous n’êtes pas du tout
d’ici.
- En effet, pas du tout. Et nous ne pouvons rester. Mais tout ira bien, il n’est
pas mal ce nouveau gouverneur, il paraît.
- Vous le connaissez ?
- Daniel en a entendu parler.
Le Colonel et l’humble fermière se sourirent à nouveau,
et Nelly s’éloigna. Jack soupira et regarda autour de lui : la
ferme reprenait enfin forme, après déjà une dizaine de
jours de travail acharné. Ils avaient engagé, à leurs frais
bien sûr, une dizaine de solides gaillards pour les aider. De nombreux
voisins avaient donné un coup de main, poussés certainement un
peu par la honte de n’avoir pas secouru plus tôt le couple Brighton.
Quand à SG1, il faudrait qu’ils rentrent, bientôt.
Le regard de Jack s’arrêta sur la jeune femme blonde qui, en bras de chemise, appuyée plus loin sur une table, jetait un coup d’œil averti aux plans de la nouvelle grange.
Il faudrait qu’ils rentrent, bientôt. Mais pas tout de suite. Après
tout, là où ils étaient, le temps n’avait aucune
importance.
***
Il faisait chaud, très chaud. Elle le regardait depuis l’entrée
de la maison, lui, le Colonel Jack O’Neill. Le soleil, presque encore
à son zénith, faisait luire sur sa peau mâte les gouttes
de sueur qui glissaient lentement le long de ses muscles saillants.
La cour était déserte en ce début d’après-midi,
et le seul son qui résonnait dans l’espace saturé de chaleur
était le cri d’effort de Jack quand il abattait la hache sur les
rondins de bois brut. Chaque fois qu’il levait la lourde lame acérée,
tous ses muscles, ses nerfs, roulaient sous sa peau ruisselante. Il avait depuis
longtemps ôté sa chemise, et la jeune femme pouvait tout à
loisir laisser son regard suivre le dessin des pâles cicatrices sur le
corps taillé par l’armée. Sam se
mordit la lèvre quand Jack, avec une lenteur insupportable, s’épongea
le front avec le tissu de la chemise posée à ses côtés.
Jetant le morceau de tissu, il releva la tête, et leurs regards se rencontrèrent.
Elle frissonna sous l’intensité de ses yeux bruns qui ne la quittaient plus, comme ceux du prédateur hypnotisant sa proie. Elle ne pouvait se détacher de ce regard, irrémédiablement attirée par cet homme, soudain si faible devant la détermination qu’elle lisait sur son visage. Presque tremblante, obéissant à un ordre muet, elle avança vers lui, quittant l’ombre protectrice du porche.
Il se délectait de son trouble évident. Elle approchait de lui, lentement, sa main tremblant sur le pichet d’eau qu’elle lui apportait, ses immenses yeux bleus pleins d’une crainte délicieuse. Sans même tenter de le dissimuler, il laissa son regard parcourir le corps de la jeune femme : ses longues jambes musclées, ses hanches fines sous le tissu du pantalon de toile qui collait à sa peau à chaque pas, sa taille délicate. Sa poitrine généreuse, qu’il devinait aisément dans l’encolure entrouverte de la chemise moite épousant ses formes féminines.
Quand il leva enfin le regard vers son visage, il ne put retenir un sourire
en voyant trembler les lèvres humides de sa proie.
Incapable de prononcer une parole, elle lui tendit le broc, qu’il saisit
doucement non sans laisser sa main puissante glisser sur la peau frémissante
de Sam. Levant le pichet, il le porta à ses lèvres minces et
but quelques grandes gorgées du liquide frais. Elle observa, muette,
quelques gouttes de liquide glisser aux commissures de ses lèvres, les
suivit du regard alors qu’elles coulaient dans son cou, roulant ensuite
sur son torse viril. Jack avait fait couler un peu d’eau dans sa main,
et s’en aspergea le visage, ébouriffant ensuite ses cheveux poivre
et sel, massant d’une main fraîche sa nuque chauffée par
le soleil de plomb.
Alors, sans même y réfléchir, elle leva lentement sa main
frêle vers le visage de Jack, essuyant du bout des doigts quelques gouttes
d’eau qui s’attardaient le long de sa joue, et les portant à
ses lèvres. Le parfum salé de sa peau, cette saveur qui n’appartenait
qu’à lui, manqua d’arracher un gémissement à
la jeune femme. Relevant les yeux, elle rencontra le regard dévorant
de son supérieur. Le feu qui brûlait dans le brun de ses pupilles
la fit vaciller.
Entourant d’une main ferme la taille de la jeune femme, il se pencha vers
elle. Elle ferma les yeux quand son souffle glissa le long de sa tempe, frôla
sa joue. Un murmure impérieux raisonna à ses oreilles :
- Venez.
Elle se sentit presque défaillir, mais le bras qui l’entraînait
puissamment vers la grange ouverte la maintenait debout. Soudain, ils se retrouvèrent
à l’ombre, dans l’immense bâtiment vide, plein de l’odeur
du foin fraîchement coupé. Jack la lâcha. Elle se retourna, interloquée
: sans la quitter des yeux, un mince sourire conquérant sur ses lèvres
sensuelles, il referma d’un geste le lourd battant de bois. Ils étaient
seuls, dans la chaleur et la semi obscurité.
Alors elle lui rendit son sourire. La crainte laissa soudain place à
un appel de tout son être pour cet homme qui, à quelques pas, la
dévorait du regard. D’un geste mesuré et gracieux, sans
quitter des yeux celui à qui elle allait bientôt appartenir, elle
se coucha sur le foin frais. A demi allongée, légèrement
relevée sur les coudes, sa poitrine tendue sous le tissu de la chemise,
elle murmura à son tour :
- Vous, venez.
Obéissant à son propre désir autant qu’à l’ordre sensuel de la superbe jeune femme lascivement étendue dans le foin, il s’avança vers elle, arrachant d’un geste sec le ceinturon de cuir qui lui entourait la taille. Dans un mouvement plein de force et de retenue, il se laissa glisser sur elle, s’appesantissant sur son corps mince et frémissant, leurs visages à quelques millimètres l’un de l’autre.
- Carter…
- Jack….
- CARTER ?
Désorientée, la jeune femme se redressa en sursaut, et découvrit son supérieur, debout dans l’entrebâillement de la porte de la grange.
- Alors, vous faites une petite sieste ?
Elle tenta de balbutier quelque chose en se relevant, mais ne trouvant pas
d’appui sur son matelas de fortune, elle retomba lourdement, les fesses
dans le foin.
Jack écarquilla les yeux, totalement pris de court par la maladresse
soudaine de sa brillante coéquipière. Il allait lui proposer son
aide quand il s’arrêta, bouche bée.
Samantha Carter, major de l’US Air Force, était tout simplement
écarlate. Les joues en feu, elle semblait incapable de croiser le regard
de son supérieur, et fixait ses pieds tout en essayant lamentablement
de se redresser.
La rejoignant en quelques pas, il attendit qu’elle se fut enfin redressée,
encore en équilibre… et la repoussa d’une chiquenaude au
milieu du foin.
- Mon Colonel ! s’écria-t-elle dans un mélange de surprise et d’agacement, retombant à nouveau.
Avec un naturel parfait, Jack s’assit à côté de la jeune femme et lui déclara en souriant :
- Prenez votre temps, je sens que vous avez eu un mauvais réveil. Et puis après tout, on a bien droit à une petite pause quand même.
Son sourire s’élargit quand il vit le visage de la jeune femme s’empourprer à nouveau. Il hésita un instant, mais la tentation était trop grande :
- Vous, vous avez la tête de quelqu’un qui vient de faire un rêve coquin…
Sam resta immobile, assise à ses côtés, les cheveux ébouriffés et pleins de paille, bouche bée et... rouge de honte. Elle balbutia :
- Mais non mais mon Colonel enfin !
- Tss tss on ne me la fait pas à moi ! Non pas que je vous en veuille,
hein ! Après tout, à être là, allongée dans
le foin, avec cette chaleur infernale dehors, que faire sinon une petite sieste,
hein ?
Il sut à l’instant même où il finissait de prononcer
ces mots qu’il n’aurait jamais du les dire. Ils restèrent
un instant parfaitement immobiles, les yeux également écarquillés,
n’osant plus faire un geste ou dire une parole.
Ce fut Sam qui retrouva ses esprits la première, et un sourire inquiétant
vint étirer ses lèvres. Ah il s’était moqué
d’elle… Il voulait rester dans le foin… Plongeant dans les
yeux bruns soudain peu assurés de Jack, elle déclara d’un
ton badin :
- J’ai bien des idées, mais c’est sûrement dû au fait que je ne suis pas bien réveillée, j’ai du mal à distinguer rêve et réalité…
Le Colonel O’Neill articula lentement :
- Ah… et votre rêve…
- … n’était pas très éloigné de la réalité,
justement. En fait, il manque peu de choses…
Un éclair amusé passa dans les yeux de Jack, qui sourit à son tour :
- Par exemple ?
Sam n’aurait jamais cru qu’elle serait si calme, à cet instant qu’elle avait attendu, espéré, redouté si longtemps. En souriant toujours, elle se rapprocha légèrement, jusqu’à n’être plus qu’à quelques centimètres du visage de son supérieur. Elle pouvait sentir son souffle saccadé sur son visage, malgré son apparente immobilité. Elle murmura :
- En fait, j’en étais juste là quand vous m’avez réveillée. Avouez que c’est dommage.
Laissant son regard parcourir le visage offert de la jeune femme, Jack répondit d’une voix douce :
- En effet, comme dirait quelqu’un. Pour me faire pardonner, peut-être pourrais-je essayer de reprendre là où vous en étiez.
Elle se passa la langue sur les lèvres, et Jack respira profondément pour tenter de garder son calme.
- Vous pourriez, oui… Mais bon, il y a déjà des détails
qui ne collent pas…
- Comme ?
- Vous avez encore votre chemise.
Il haussa les sourcils :
- Oh ?
- Eh oui.
- On peut y remédier rapidement.
- Faites donc… et…
Elle n’acheva jamais sa phrase, qui s’éteignit en un rire étouffé par les lèvres de Jack.
***
Daniel soupira et regarda à nouveau par-dessus son épaule. Nelly et Alfred, toujours à l’entrée de leur nouvelle et rutilante propriété, continuaient de les saluer de la main. L’archéologue répondit une fois de plus fébrilement à leur « au revoir ». Sam et Jack échangèrent un sourire entendu et la jeune femme dit :
- Désolée Daniel, mais vraiment nous n’avons plus le choix,
le rendez-vous donné par Thor il y a quatre jours était très
précis sur l’horaire.
- Je sais… Mais bon… Etre ici, c’est tellement passionnant,
et…
- Oui oui, on a compris ! coupa O’Neill. Mais bon, vous êtes gentil,
un endroit où les Simpsons n’existent pas, ça va un temps
!
- Ah bon ? Il me semblait pourtant que vous aviez trouvé certaines compensations…
acheva perfidement Daniel, en glissant un regard amusé vers Sam qui rougit
immédiatement.
L’archéologue lança néanmoins sa monture au galop pour éviter toute répartie. Jack haussa les épaules et murmura :
- Il peut se plaindre… Mais au moins, il a fait des progrès en équitation !
Quelques heures plus tard, avec le coucher du soleil, ils parvinrent au point
de rendez-vous donné par le Asgard, et s’installèrent pour
la nuit : ils devaient être téléportés à l’aube.
Allongés tous les quatre autour du feu que le jaffa entretenait à
intervalle régulier, ils observaient à présent le ciel
d’un noir d’encre. La voix de Daniel s’éleva :
- Et voilà. Demain matin, tout rentrera dans l’ordre, et nous
au SGC. C’est étrange tout de même… Ce ne sera qu’une
mission de plus, un rapport rangé avec les autres, mais pour moi, ce
fut vraiment très différent. Ce qui est assez paradoxal, vu que
pour une fois au contraire nous sommes restés sur Terre !
- Je vous comprends Daniel, souffla Sam. Je ne sais pas… savoir où
nous sommes vraiment, ou plutôt « quand » nous sommes, rend
tout cela… étrange. Et puis cette mission a duré des mois,
sans aucun contact avec le SGC, ce qui n’était jamais arrivé.
- En effet, acquiesça le jaffa. Mais, personnellement, je préfère
nettement votre monde à notre époque, plutôt qu’à
celle-ci, même si elle est… « pittoresque ».
- Et on comprend parfaitement pourquoi, Teal’c, soupira Jack. On a un
peu évolué depuis, et heureusement. D’un autre côté,
on aurait pu faire beaucoup mieux !
- J’ai foi en votre race, O’Neill, sinon je n’aurais pas rejoint
vos rangs.
- Mouais, et bien je me demande souvent si vous ne nous surestimez pas…
Ils restèrent immobiles à nouveau, souriants, leurs regards tournés vers l’immensité de l’univers. Daniel demanda :
- Sam, les étoiles sont-elles les mêmes qu’à notre
époque ?
- Quasiment, oui. En deux siècles, leur position a un tout petit peu
changé, mais rien de notable.
- Ah.
Après un silence, la jeune femme se redressa soudain :
- Daniel, vous n’avez pas oublié…
- … d’envoyer la lettre ? Je suis passé hier à Carson
City. Cela nous a quasiment coûté toutes nos dernières économies,
d’arriver à acheter le silence de l’employé pour qu’il
accepte qu’une lettre pareille soit portée à Colorado Springs.
- Et la date ? demanda Jack.
- Comme prévu. Il m’a pris pour un fou, mais un fou généreux,
donc c’est passé.
Sam s’était à nouveau allongée, à demi soulagée. Répondant à sa muette appréhension, la voix de son supérieur s’éleva :
- Pas d’inquiétude, je suis certain qu’on n’a rien changé de plus que ce qu’on devait. On n’a rien changé dans le passé, en tous cas…
La voix de Jack se tut alors que, doucement, sa main se refermait dans le noir sur celle de la jeune femme, qui s’endormit sur cette promesse.
***
Le lendemain, alors que le soleil paraissait à peine, les quatre compagnons furent comme prévu téléportés sur le vaisseau Asgard. Thor les accueillit succinctement :
- Nous devons échanger le moins d’informations possible. Je me contenterai juste de vous fournir une Porte des Etoiles afin que vous arriviez à l’endroit que vous désirez.
Sam réfléchit un instant :
- Il nous faut un endroit désert du Colorado, pour ne pas risquer de
blesser ou tuer quelqu’un en ouvrant le vortex… et aussi pour ne
pas être repérés.
- On n’arrive pas forcément au SGC ? demanda Daniel.
- Je ne sais pas. Peut-être, oui, comme en 2050, ou peut-être pas,
si la Porte est activée à ce moment-là… Je ne maîtrise
pas tout, alors dans le doute, partons d’un endroit tranquille !
Jack sauta sur l’occasion :
- Non ? Vous ne maîtrisez pas TOUT ? Je suis déçu, là, je me verrai dans l’obligation de le notifier dans mon rapport, Major…
Elle feignit d’ignorer la remarque, mais ne put réprimer un sourire. Son supérieur poursuivit :
- Bryce Canyon ? C’est dans le Colorado, et moins fréquenté
que le Grand Canyon, surtout étant donné qu’il fera encore
nuit avec le décalage horaire.
- Pas de problème pour moi, cela me semble une bonne idée, acquiesça
Carter.
Après avoir fourni les coordonnées à l’Asgard, celui-ci leur annonça qu’il était en mesure de les téléporter avec une Porte des Etoiles. Jack sourit à l’alien :
- Content de vous avoir croisé à l’époque de votre jeunesse, Thor !
L’Asgard se contenta de cligner des yeux.
- Bon, et donc, n’oubliez pas, hein, quand on se reverra, vous ferez
comme si vous ne nous avez jamais vus.
- J’ai toujours du mal à saisir en quoi je pourrais avoir besoin
de vous revoir.
- Et pourtant, Thor, et pourtant, murmura O’Neill. Bon, l’heure
tourne, il ne faudrait pas qu’on rate cette éruption ! Allez, à
dans cent ans et quelques !
Les quatre membres de SG1 disparurent dans un éclair blanc, laissant l’alien seul à ses interrogations.
Ils se retrouvèrent sur un immense plateau de grès et de calcaire, encore plongé dans les dernières heures de la nuit. Devant eux, comme promis, se dressait une Porte des Etoiles et un DHD. Sam s’avança immédiatement et, quelques instants plus tard, la vague bleutée jaillit du cercle de naquadah. Ils échangèrent un sourire et s’engagèrent dans le vortex… pour ressortir au même endroit. Se retournant, ils virent comme prévu la Porte se dématérialiser et disparaître. Autour d’eux, la nature immobile n’avait pas changé.
Daniel demanda :
- Euh… Je suppose que jusque là c’est normal ?
- C’était même le but, répondit Sam : arriver dans
un endroit désert pour ne pas se faire remarquer. Il suffit maintenant
de contacter le SGC pour être fixés, ajouta-t-elle en se retournant,
confiante, vers ses coéquipiers.
Ceux-ci s’entre regardèrent et restèrent soudain muets, leurs regards se tournant vers le leader de l’équipe. O’Neill, étrangement, sembla soudain mal à l’aise. La jeune femme, inquiète, demanda :
- Mon Colonel ? Vous ne les contactez pas ?
- Mais… avec quoi ? répondit-il d’une voix soudain moins
assurée.
Sam resta immobile quelques instants, les yeux écarquillés :
- Une… Non… Ne me dites pas…
O’Neill, sentant parfaitement monter l’énervement de la jeune femme, tenta vaguement de se justifier :
- Ah mais c’est vous-même qui ne vouliez pas qu’on emporte
des objets de notre époque, hein ! Alors non, pas de radio !
- QUOI ? Nous n’avons aucun moyen de communiquer avec le SGC ? Vous avez
emporté des médicaments, des zats, des grenades, que sais-je encore
et nous n’avons aucun moyen de contacter le SGC ?
Daniel et Teal’c regardèrent en souriant Jack s'écarter lentement d’une Sam furieuse et consternée. Le Colonel O’Neill annonça avec un sourire contrit :
- Bon, on devrait peut-être y aller là, je crois qu’une bonne marche nous attend…
Et tournant les talons, il s’éloigna d’un pas rapide.
- Mon Colonel !
Une petite review ? On ne s'en lasse pas! Enfin moi, en tout cas ^^