Auteur : Hito
E-mail : h_hito76@yahoo.fr
Résumé: Suite de « Sans Carter »
pour les shippeurs. Carter est retrouvée… Conséquences pour
Jack et Sam.
Genre: Romance S/J
Spoilers: Courant saison 7, après « la fin de
l’Union » et avant « Heroes »
Disclaimer : Les personnages et l’univers ne sont pas
à moi mais à la MGM…
NB/ Merci à Aurélia qui m’a soutenue tout
au long de l’écriture de cette fic !
Attention cette fic contient certaines scènes (érotiques et violentes)
pouvant choquer les plus jeunes… Déconseillé aux moins de
15 ans.
Résumé de « Sans Carter » :
Sam disparaît en mission. Plusieurs semaines plus tard, le Major Mike
Summers arrive au SGC et remplace Carter dans l’équipe. Pendant
cinq mois, les membres de SG1 vont la rechercher.
De son côté, Sam se trouve dans un camp Goa’uld et travaille
dans les mines, puis elle est remarquée et devient l’un des esclaves
personnelles du Seigneur Ammon.
N’ayant aucune piste, SG1 commence à désespérer jusqu’au
jour où Thor la trouve aux côtés d’Ammon. Celui-ci
finit par découvrir la véritable identité de Sam et la
torture afin d’obtenir des informations sur la Tau’ri.
Prévenus par Thor, les membres de SG1 partent à la recherche de
Carter et finissent, après s’être débarrassés
du Goa’uld, par la ramener sur Terre.
******************************************
- Noooonnnnnnnnnnn !
Jack fut réveillé en sursaut par son propre cri. Assis dans son
lit, la respiration haletante, trempé de sueur, il sentit son estomac
se nouer tandis qu’il revenait peu à peu à la réalité.
Carter…
La porte…
Disparue…
Le souffle coupé, sentant monter en lui une terreur qui lui était
dès lors si familière, il eut soudain un éclair de conscience…
Il se souvint… Le vaisseau qui explose, le cri derrière lui, son
regard si limpide croisant le sien…
Elle était là. Elle était revenue. Ils l’avaient
enfin retrouvée…
Prenant conscience de cela, il sentit son corps se mettre brusquement à
trembler de façon incontrôlable tandis qu’il levait une main
vacillante vers son visage comme pour en ôter les dernières images
de ce cauchemar... Il ne comprenait pas pourquoi il rêvait encore de ça.
Il s’était couché avec la sensation incroyablement libératrice
que tout allait bien. Pour la première fois en cinq mois, il n’avait
plus ce nœud à l’estomac, ce poignard dans le cœur, cette
sensation étrange de saigner de l’intérieur… Et voilà
qu’il refaisait encore cet horrible rêve… Une réminiscence
de ce qu’avait été sa vie sans elle. De ce que serait sa
vie sans elle… réalisa-t-il soudain tandis que son corps se détendait
enfin, peu à peu…
Et cependant, le nœud dans son ventre ne disparaissait pas… Il avait
compris, bien avant cela d’ailleurs, que la situation entre eux ne pouvait
plus rester telle qu’elle l’était avant sa disparition. Il
en était arrivé à un point où il ne le supporterait
plus. Même avant ces cinq mois d’enfer, déjà l’ambiguïté
de leurs rapports était devenue extrêmement difficile à
gérer pour lui mais maintenant… Maintenant qu’il avait eu
un aperçu de ce que son absence pouvait engendrer dans sa vie, ou plutôt
dans sa non-vie, cela devenait tout simplement impossible…
Et pourtant il se sentait bloqué. Impuissant. Il n’y avait pas
de solutions. Au-delà de cette loi, de ce règlement aberrant,
il y avait les sentiments de Carter. Qui pouvait dire ce qui se passait dans
la tête de son second ? Elle semblait, tout comme lui, souffrir de cette
situation et cependant, à plusieurs reprises, il l’avait vue prendre
de la distance à chaque fois qu’il y avait eu un semblant de rapprochement
entre eux. C’était à ne rien y comprendre.
Certes, il avait le cœur solide, et la frustration, il connaissait…
Mais là, Jack en était arrivé à un point où
son self contrôle, qu’il parvenait à garder dans n’importe
quelle situation, commençait à lui faire sérieusement défaut.
Il suffisait de voir son comportement de ces derniers mois…
Passant une main nerveuse dans ses cheveux, il finit par soulever sa couverture
et sortit du lit. Le réveil affichait 03h21… Encore une nuit sans
sommeil… Visiblement, une partie de lui estimait que tout n’était
pas réglé, sinon comment expliquer ce cauchemar et son incapacité
à dormir.
Il resta debout quelques instants, immobile au milieu de la pièce, ne
sachant trop quoi faire. Puis, pris d’une soudaine envie, il s’habilla
rapidement, sortit de ses quartiers et se dirigea d’un pas fébrile
vers l’infirmerie.
Il avait envie de la voir. De regarder son visage. De sentir sa présence.
Elle lui avait manqué à un point inimaginable… Ce n’était
même pas descriptible. Il aurait souhaité ne pas la quitter, rester
avec elle à l’infirmerie mais Janet le lui avait interdit, l’obligeant
à aller dormir. Il avait finalement acquiescé sagement, comprenant
que son corps avait besoin lui aussi de repos. Mais voilà… Son
esprit, lui, ne semblait pas de cet avis.
Soudain fiévreux à l’idée de la voir, Jack accéléra
le pas, le cœur battant la chamade. Ce fut donc presque en courant qu’il
fit les derniers mètres qui le séparaient de l’infirmerie.
Il ralentit cependant l’allure et entra dans la salle le plus silencieusement
possible. Deux membres de SG7 se trouvaient en ce moment même sur des
lits proches de celui de Carter. Ils étaient tous néanmoins séparés
par des rideaux afin de leur permettre d’avoir un minimum d’intimité.
Il n’y avait pas un bruit, si ce n’est le bip répétitif
et familier des moniteurs électroniques. S’avançant doucement
jusqu’au lit de son second, il tira un peu plus le rideau de séparation
afin de les isoler davantage et s’arrêta enfin devant elle. Les
mains dans les poches, il scruta le visage maigre et fatigué de la jeune
femme. Son cœur se serra aussitôt, n’osant songer à
ce qu’elle avait du traverser pendant ses cinq interminables mois. D’autant
que, son expérience aidant, il savait parfaitement que prisonnier, on
avait souvent tendance à percevoir le temps différemment…
Pour elle, ces cinq mois avaient du lui paraître une année au moins…
Jack soupira, le cœur lourd, espérant ainsi faire disparaître
le malaise qui ne semblait pourtant pas vouloir le quitter. Il prit la chaise
derrière lui, la rapprocha doucement du lit et s’assit. Que devait-il
faire ? Quel comportement adopter ? Arriverait-il à agir comme s’il
ne s’était rien passé ? …
Sam émergea lentement, attirée par la lumière blanche qu’elle
pouvait percevoir à travers ses paupières closes. Le sarcophage,
songea-t-elle, le ventre noué, refusant d’ouvrir les yeux et de
retrouver l’horrible réalité. Cependant, fronçant
les sourcils, elle perçut au loin un bruit bien particulier qui, sans
qu’elle arrive à en déterminer la raison, lui apparut comme
réconfortant. Un bip régulier qui lui était étrangement
familier…
Désireuse d’en avoir le cœur net, elle ouvrit péniblement
les yeux et tenta de concentrer toutes ses forces pour ne pas gémir lorsqu’elle
sentit son corps courbaturé s’éveiller à son tour…
Elle battit rapidement des paupières afin d’habituer sa vue à
la lumière agressive et pourtant tamisée de la pièce. Elle
scruta le plafond qu’elle avait sous les yeux et son cœur ne fit
qu’un tour. Ce plafond blanc, elle le connaissait. Retenant son souffle,
Sam tourna péniblement la tête vers sa droite et une chaleur intense
inonda son corps. Elle sentit aussitôt des larmes lui piquer les yeux
et glisser silencieusement sur ses joues pâles.
Depuis combien de temps n’avait-elle pas pleuré ?
Longtemps…
…
Depuis combien de temps ne l’avait-elle pas vu ?...
Une éternité…
Elle resta, là, incapable de réfléchir, trop bouleversée
par les diverses émotions qui affluaient en elle. Au-delà du fait
de se savoir enfin sauvée, découvrir son visage au réveil
était la plus belle chose qui lui avait été donnée
de voir depuis si longtemps. Il était assis sur une chaise à ses
côtés, les bras repliés sur son lit et sa tête posée
dessus était tournée vers elle. Il dormait, tout simplement. Ce
visage… ces traits virils et si beaux… Dieu qu’il lui avait
manqué. Comment avait-elle pu tenir aussi longtemps loin de lui, loin
de sa présence si rassurante… ? C’était un véritable
miracle. Mais elle savait qu’il la cherchait et c’est surtout ça
qui lui avait permis de tenir le coup.
Tandis que, peu à peu, elle commençait à s’accoutumer
aux émotions envahissantes qui avaient pris possession de son corps,
Sam revit comme un flash les dernières minutes avant son évanouissement.
Elle se souvint avoir pris les anneaux de transport qu’elle avait réussi
à trouver grâce au bruit de déflagration causé par
une grenade. C’est en arrivant sur la terre ferme qu’elle aperçut
au loin une équipe SG s’enfoncer dans la forêt. Cela n’avait
duré qu’une fraction de second mais cette vision lui avait redonné
toutes ses forces, ou tout du moins lui avait permis de puiser dans ses dernières
réserves. Elle s’était alors élancée à
leur suite, la peur au ventre d’être arrêtée, ou pire,
de les voir partir sans elle. Et puis il y eut l’explosion dans son dos.
Réalisant qu’elle était beaucoup trop proche du vaisseau,
elle avait redoublé d’effort, le cœur au bord des lèvres,
un voile devant les yeux, trébuchant et pourtant continuant de courir,
encore et encore. Et enfin, elle était parvenue à les rejoindre,
devant la Porte des Etoiles. Mais tandis qu’elle s’apprêtait
à hurler pour attirer leur attention, quelque chose vint la frapper par
derrière, étouffant son cri, lui ôtant le peu de force qu’il
lui restait. Alors, sentant ses jambes se dérober sous elle, comprenant
en une fraction de seconde que tout était perdu, elle jeta un dernier
regard vers l’équipe SG qui fuyait par la Porte. Son cœur
fit littéralement un bond dans sa poitrine lorsque, incrédule,
elle reconnut sa haute silhouette à quelques mètres seulement
d’elle. Sam le vit se retourner doucement, au ralenti, et croisa son regard…
Elle put lire tant de choses dans ces yeux, sur ce visage si habituellement
inexpressif… Comme s’il avait soudain perdu toutes ses défenses,
ses inhibitions Il semblait à la fois en état de choc et bouleversé
au plus profond de lui-même. Jamais elle ne lui avait vu ce regard à
la fois perdu, terrorisé, où pourtant elle put lire une lueur
d’espoir… Il l’avait enfin reconnu. Elle eut alors l’impression
étrange de se perdre totalement en lui, tandis qu’une myriade d’émotions
affluait et que ses forces l’abandonnaient. Elle se sentit partir mais
une phrase ne cessait de résonner en elle.
« Il m’a retrouvée… »
« Il m’a retrouvée… »
…
Et en effet, il l’avait retrouvée, soupira-t-elle, sans pour autant
cesser de pleurer. Elle eut l’impression qu’à travers ces
larmes si longtemps retenues, toutes ses peurs et ses souffrances quittaient
peu à peu son corps… Tout cela mélangé au bonheur
de le revoir, lui…
Elle le contempla un long moment, enregistrant ses traits tirés, fatigués
et le pli soucieux qui barrait son front. Lentement, du bout des doigts, elle
effleura sa tempe comme pour s’assurer qu’il était bien réel.
Comme il ne réagissait pas, elle caressa doucement sa joue brunie par
le soleil. Ils avaient du faire beaucoup de missions à l’extérieur
pour qu’il ait le teint aussi mât… songea-t-elle attendrie.
Voyant qu’il dormait toujours aussi profondément, elle se permit
de raffermir ses caresses, si heureuse de pouvoir le toucher… lui…
qu’elle n’avait même pas le droit d’effleurer…
Sam fit glisser ses doigts tremblants sur son front, souhaitant faire disparaître
ce pli qui, malgré le sommeil ne voulait pas le quitter. Alors, peu à
peu, sous sa main aimante, il se détendit complètement, un léger
sourire sur ses lèvres sensuelles. Elle sourit aussi. Ses larmes se tarirent
enfin et elle s’endormit.
Il était presque 7h et comme tous les matins, elle était la première
sur place. En sa qualité de responsable, il était normal qu’elle
soit toujours irréprochable, mais aujourd’hui, la certitude de
retrouver son amie l’avait faite sortir de son lit avant même que
son réveil ne sonne.
Son cœur battant plus vite qu’à l’ordinaire, Janet passa
rapidement devant les deux hommes de SG7, regardant cependant au passage si
leurs signes vitaux étaient normaux puis se glissa doucement derrière
le rideau qui la séparait de Sam.
Un sourire vint aussitôt éclairer son visage.
Evidement. Elle aurait dû s’en douter... Elle lui avait pourtant
ordonné d’aller se coucher dans ses quartiers mais lorsqu’il
s’agissait de son second, le Colonel O’Neill était plus têtu
qu’une mule ! Mais comment lui en vouloir... ? C’était justement
grâce à ce trait de caractère que Sam se trouvait à
présent dans ce lit, en sécurité. Alors non, elle ne pouvait
se résoudre à le réveiller. D’autant qu’il
manquait cruellement de sommeil, elle le savait. Sa tension était au
plus bas.
Mais peu importe... A présent, tout allait s’arranger maintenant
qu’elle était revenue… La vie allait enfin reprendre son
cours normal…
Un sourire constant sur le visage, Janet s’approcha silencieusement de
la jeune femme afin de voir si ses signes vitaux étaient normaux mais
fut attirée par l’étrange position de la main de son amie.
Celle-ci était posée sur la nuque du Colonel...
Elle s’est réveillée ! réalisa-t-elle soudain, son
coeur faisant un bond dans sa poitrine.
Et si elle s’était réveillée, cela signifiait qu’elle
ne courait absolument plus aucun danger... Ainsi pleinement rassurée
sur le sort de Sam, Janet s’apprêtait à les laisser tranquille
lorsqu’elle se figea, inquiète. Devait-elle ou non déplacer
la main de son amie ou la laisser à sa place ? Si jamais le Général
venait les voir et les découvrait ainsi, elle n’était pas
certaine qu’il approuverait l’ambiguïté de ce geste.
D’un autre côté, il était peu probable qu’il
fasse une visite si tôt puisqu’il n’était pas à
la base... Elle hésita encore un instant puis finalement décida
de ne rien faire. Elle espérait juste que le Colonel O’Neill se
réveillerait en premier...
Un bruit lui parvint au loin, le sortant peu à peu du brouillard dans
lequel il se trouvait. Et comme tous les matins depuis plusieurs mois, son cœur
s’affola aussitôt en plongeant de nouveau dans la réalité…
Il ouvrit brusquement les yeux, le corps tendu, indifférent à
la déchirure que lui infligeait la lumière vive mais se figea
aussitôt…
Elle était là, devant lui…
Son coeur fit de suite une embardée mais, peu à peu, se calma
tandis qu’un sentiment étrange de sécurité l’envahissait…
Il sentit alors tous ses muscles se détendre et s’appuya de nouveau
de tout son poids sur ses bras afin de se perdre dans la contemplation de la
femme allongée près de lui. Encore engourdi par le sommeil, il
sourit doucement, songeant qu’elle était toujours aussi belle.
Certes, elle avait maigri et son visage portait encore les traces d’une
fatigue, d’un épuisement profond mais elle restait « elle
»… La même bouche si sensuelle, le même joli nez, les
mêmes pommettes saillantes… Dieu ! Comme il avait envie de se noyer
dans ses yeux et de mourir sous son sourire… Que n’aurait-il donné
pour qu’elle se réveille enfin…
C’est à cet instant précis qu’il réalisa que
quelque chose de chaud était posé sur sa nuque… S’arrachant
à la contemplation de Sam, il baissa les yeux et tourna légèrement
la tête pour découvrir le bras de la jeune femme se perdre vers
l’arrière de son cou...
Son cœur s’affola aussitôt… Elle s’était
réveillée ! Elle s’était réveillée
et avait du le trouver endormi à son chevet.
Bénies soient ses insomnies ! Il n’y avait rien de pire que sortir
du coma et de se retrouver seul à l’infirmerie... S’il était
resté sagement dans ses quartiers, elle aurait émergé au
milieu du vide sans savoir combien elle avait manqué… sans visage
ami à ses côtés… Dieu merci, ça n’était
pas arrivé ! Il avait été là… endormi, certes,
mais là.
Reportant son attention sur le visage de Sam, il remarqua alors un détail
qui lui avait échappé auparavant… Elle souriait… Ce
n’était pas évident à voir au premier abord mais
il la connaissait suffisamment bien et il était certain qu’elle
souriait… Elle se savait en sécurité.
Fermant les yeux, il savoura la tranquillité de cet instant, la chaleur
de cette main sur lui, la certitude de sa présence… Mais les bruits
de plus en plus forts et persistants dans la pièce, les voix derrière
le rideau qui les séparait de la réalité rompirent finalement
le charme et Jack se décida à se lever.
Il se redressa doucement pour ne pas la réveiller, fit glisser la main
de la jeune femme contre sa joue… doucement… lentement… pour
la poser sur le lit, puis tourna légèrement la tête et s’arrêta
aussitôt. Une douleur fulgurante venait de traverser sa nuque.
Mmmm… Ce n’était décidément plus de son âge
de dormir sur une chaise…
Il tenta alors de déplier son dos et eut toutes les peines du monde à
ne pas hurler… Aussi, petit à petit, avec précaution, il
s’étira afin de détendre un maximum ses muscles endoloris
et put enfin se mettre debout. Il continua quelques exercices d’assouplissements
afin de lutter contre un torticolis éventuel, se massa doucement le bas
de son dos puis finalement se tourna vers la jeune femme.
Son cœur cessa aussitôt de battre tandis qu’il plongeait son
regard avec incrédulité dans un océan bleu azur…
Figé, il sentit un trouble profond prendre possession de son corps et
il eut toutes les peines du monde à garder un minimum de réserve
sur son visage.
Ils restèrent ainsi un long moment à se regarder en silence puis
peu à peu un sourire vint éclairer le visage de Jack.
Sam, elle, souriait déjà…
Elle le regardait depuis un moment, s’étirer, détendre son
corps après lui avoir fait subir une immobilité forcée
de plusieurs heures. Elle l’avait observé avec délectation
se cambrer vers l’arrière, bombant son torse puis se pencher vers
l’avant laissant apparaître sa nuque bronzée, celle-là
même qu’elle avait eu la chance de caresser … Son cœur
s’était réchauffé peu à peu à tel point
que, maintenant que son regard noisette était posé sur elle, elle
se sentait comme dans un cocon de douceur et de sécurité. Si seulement
il pouvait rester près d’elle… toujours.
- Bonjour Dorothée… Dit-il simplement, les yeux brillants.
A ce sobriquet, la jeune femme sourit de plus belle. Elle voulut lui répondre
mais ne put prononcer le moindre mot tant sa gorge était sèche.
Il le comprit rapidement car il se dirigea aussitôt vers la table de chevet
et lui versa un peu d’eau dans un verre. Elle leva la main pour le prendre
mais il secoua doucement la tête.
- Laissez…
Elle le regarda s’approcher d’elle, précipitant les battements
déjà désordonnés de son coeur… Il glissa l’une
de ses mains dans ses cheveux puis l’aida à se redresser lentement
avant de la faire boire. Elle leva instinctivement sa main vers le verre et
la posa sur celle de Jack, ne réalisant l’incongruité de
son geste que trop tard. Confuse, elle continua cependant de se désaltérer
sans pour autant rompre le contact. Après tout, quel mal y avait-il ?
Une fois le verre vide, Sam redressa doucement la tête attendant qu’il
s’éloigne… mais il ne s’écarta pourtant pas.
Il restait là, penché, à l’observer... L’intensité
de son regard la secoua au plus profond d’elle-même. Le cœur
au bord de l’explosion, elle eut la folle impression qu’il luttait
pour ne pas l’embrasser… Son trouble dut se lire sur son visage
car il reprit aussitôt ses esprits et se redressa, rompant le charme.
- Ca suffira pour le moment…
Pourquoi eut-elle le sentiment que cette phrase avait un double sens ? Chassant
cette pensée ridicule, Sam finit par retrouver un peu de son calme.
- Merci... murmura-t-elle, la voix enrouée.
Il reposa le verre sur sa table et se tourna de nouveau vers elle.
- Depuis combien de temps... ? commença-t-elle au bout d’un instant
sans parvenir pourtant à terminer sa phrase...
- ... Environ cinq mois.
Elle acquiesça simplement, enregistrant l’information... Elle avait
l’impression que cela faisait une éternité... Cinq mois
seulement...
Ils se regardèrent encore un long moment en silence puis Jack soupira.
- Vous nous avez fait peur...
- Je suis désolée... répondit-elle aussitôt inutilement.
Nouveau silence...
- Vous nous avez manqué... finit-il par murmurer.
« Vous nous avez manqué » ? Non pas « Vous m’avez
manqué » ? C’est étrange parce que son regard criait
l’inverse... Sam s’en rendit parfaitement compte et cette constatation
lui réchauffa le coeur.
- Vous aussi... répondit-elle donc, à son tour.
Il sembla comprendre le message car il sourit sans pour autant la quitter des
yeux.
La voix de Janet retentit alors derrière le rideau et ils se tournèrent
d’un même mouvement tandis que celle-ci passait juste sa tête
pour voir s’ils étaient réveillés. Lorsqu’elle
découvrit le Colonel debout et Sam les yeux fixés sur elle, elle
tira le rideau et s’approcha du lit, un sourire gigantesque sur les lèvres.
- Sam !! s’exclama-t-elle en s’avançant vers eux.
- Janet !
Celle-ci passa devant Jack et s’arrêta près de son amie.
- Comment te sens-tu ?
- Fatiguée, courbaturée mais ça va.
- Tant mieux... répondit-elle, scrutant son visage amaigri.
Quelque peu émue par ces retrouvailles, elle finit par se tourner vers
Jack.
- Colonel ! Décidément vous n’en faites qu’à
votre tête ! Il me semblait vous avoir ordonné de rester dans vos
quartiers ?!
Gêné, celui-ci sourit tout en se grattant la tête.
- J’arrivais pas à dormir...
- J’ai pourtant eu l’impression inverse ce matin... Une vraie marmotte.
Il ne sut quoi répondre à cela... Aussi Janet sourit de plus belle.
C’était plutôt rare de le voir manquer de répartie
!
- Quoiqu’il en soit, Colonel, interdiction de remettre les pieds à
l’infirmerie pendant les... Allez, je ne vais pas être trop méchante...
les six prochaines heures. Sam a besoin de se reposer. D’autant que Teal’c
et Daniel ne devraient plus tarder...
- Raaah ! Vous êtes un vrai tyran, Doc ! s’exclama Jack tout en
souriant pour démentir ses paroles.
Il se tourna alors vers Sam.
- Reposez-vous, Carter... Je repasserai plus tard !
Il hésita quelques secondes puis rajouta :
- Peut-être même plus tôt que prévu... Je suis assez
bon pour infiltrer les terrains hostiles !
- Colonel !!! gronda gentiment Janet.
- C’est bon, je m’en vais, fit-il avec un clin d’oeil de connivence
à Sam.
Il tira le rideau et s’apprêtait à sortir lorsqu’il
fut interpellé par celle-ci.
- Mon Colonel ?!
Jack revint sur ses pas et croisa son regard.
- Oui ?
- ... Merci.
Devant les yeux interrogateurs de son supérieur elle dut s’expliquer.
- Merci de m’avoir retrouvée...
Il sourit doucement.
- C’est vous qui nous avez retrouvés. Vous m’êtes littéralement
tombée dans les bras.
Mais Sam ne souriait pas. Elle secoua la tête et posa son regard fatigué
sur lui.
- Non... Merci de m’avoir cherchée si longtemps...
Jack retrouva aussitôt son sérieux. Il comprenait son besoin de
prouver sa reconnaissance et il l’accepta.
- De rien, Carter. Nous n’aurions jamais abandonné...
Sur ces mots, il lui sourit une dernière fois et sortit.
Les deux jeunes femmes le regardèrent s’en aller puis Janet soupira
en se tournant vers son amie.
- Eh bien ! Ca fait plaisir de le revoir aussi détendu...
Sam sourit.
- J’imagine qu’il a du vous en faire voir.
- Tu n’as pas idée ! ...
Elle accentua ces paroles en secouant la tête, pensive.
- Non, tu n’as vraiment pas idée... Enfin ! finit-elle par s’exclamer.
C’est du passé ! Tu nous es revenue !
Janet pressa la main de Sam tandis que ses yeux s’embuaient légèrement.
- Si tu savais combien tu nous as tous manqués... Ne pas savoir si tu
étais vivante ou... Un véritable cauchemar...
- J’aurais parfois préféré être morte... murmura
Sam, le regard sombre.
Son amie l’observa en silence. Que pouvait-elle dire à cela...
« Je sais » ? Non... Elle ne savait pas... Elle n’avait jamais
vécu ça.
- Tu veux en parler ? dit-elle au bout d’un moment.
- Non. Je ne préfère pas... Pas encore.
- Je comprends... Mais tu connais la procédure, Sam...
- Je sais. Je vais devoir suivre une thérapie afin de voir si je suis
encore apte... Mais pour le moment, je ne veux pas y penser.
- Je comprends.
Janet s’affaira en silence autour de la jeune femme, lui faisant les quelques
tests nécessaires puis Sam finit par sourire.
- Alors ? Comment vont les autres ? Quoi de neuf en cinq mois ?
- Eh bien... Pas grand chose en fait. A croire que le monde s’est arrêté
de tourner pendant ton absence... Tu sais, ça a été difficile
ici...
Puis réalisant que ses propos étaient vraiment déplacés,
elle se reprit aussitôt.
- Pardon… Je sais… je sais que ce n’était rien en comparaison
de ce que tu as du vivre...
- Janet, arrête, l’interrompit Sam en posant une main rassurante
sur son bras. Parle-moi. Toi. Comment as-tu vécu tout ça ?
Le Docteur Frasier eut un sourire un peu forcé.
- Pas très bien, pour être honnête. Je ne pensais pas que
le moral de SG1 était si déterminant pour l’ambiance générale
de la base... Les missions se succédaient à un rythme fou sur
ordre du Colonel O’Neill et ... nous avons eu de nombreux cas de dépression...
- Janet... l’interrompit de nouveau Sam. Je veux parler de toi.
- Moi ?... Eh bien... Ce fut difficile. Tu m’as manquée, le travail
était dur... Cassy est devenue insupportable. Bref...
- Je suis désolée...
- Je t’en prie, tu n’as pas à l’être...
Un silence se fit puis Sam le rompit de nouveau.
- Et les autres ? Daniel, Teal’c ?
Janet retrouva un peu de son entrain.
- Je crois que tu ne reconnaîtras pas Daniel ! Il a suivi un entraînement
intensif avec Teal’c et le Colonel ! Tu ne vas pas en revenir !
- Vraiment ? s’exclama Sam, incrédule. Mais... Pourquoi ?
- Eh bien, depuis ta disparition, SG1 a cessé les missions diplomatiques
et d’exploration pour se concentrer exclusivement sur les Goa’ulds...
Pour te retrouver, en fait. Je crois bien que Daniel ne voulait pas être
un poids pour le Colonel...
- Il ne l’a jamais considéré comme un poids !
- Je le sais. Mais Daniel a certainement estimé qu’il devait s’améliorer
pour être plus efficace...
Sam sentit son coeur s’attendrir face à une telle preuve d’amitié...
Lui qui détestait tellement se battre...
- Et Teal’c ?
- Plus morose que jamais... Je crois qu’il ne parlait plus qu’au
Colonel et à Daniel. Même à son arrivée à
la base, il y a sept ans, il était plus bavard... C’est te dire...
Tout cela aurait du la peiner mais Sam ne put s’empêcher de sourire
malgré elle. C’était si rassurant de voir que ses amis tenaient
si fort à elle.
- ... Et le Colonel ? finit-elle par demander timidement.
Janet ne fut pas dupe mais ne releva pas.
- Le Colonel... Que te dire sur lui. Il a fait pleurer la totalité des
infirmières de la base si bien qu’il n’y a plus que moi pour
l’examiner. Plus personne n’ose lui adresser la parole sous peine
de se faire casser, en deux minutes chrono... Et pas une blague n’a franchi
sa bouche depuis près de cinq mois... Bref...
A ces mots, Carter baissa simplement la tête. Son pouls venait de prendre
des allures de marteau piqueur...
- C’est la première fois que je le vois sourire depuis ta disparition
Sam... Je ne l’avais jamais vu comme ça. Je ne sais pas combien
de temps encore il aurait pu tenir à ce rythme-là.
La jeune femme acquiesça, sentant monter en elle des larmes qu’elle
se refusa de verser. Elle qui croyait en avoir fini cette nuit...
- Et mon père ? finit-elle par demander, voulant changer de sujet pour
son propre bien.
- Nous l’avons fait appeler dès que tu es arrivée. Il ne
devrait plus tarder. Inutile de te dire qu’il était mort d’inquiétude.
Ca n’a pas été évident entre le Colonel et lui...
Sam redressa aussitôt la tête.
- Pourquoi ?
- Eh bien, je pense que le Général Carter en a beaucoup voulu
à Jack de ne pas avoir su te protéger...
- Mais c’est ridicule ! Il ne pouvait absolument rien faire. Je...
Elle s’interrompit, trop furieuse qu’on puisse lui reprocher sa
propre incompétence. Si elle avait grimpé cette fichue corde plus
rapidement... Non, ce n’était vraiment pas sa faute !
- N’en veux pas à ton père, Sam. C’est le chagrin
qui lui a fait voir les choses de cette façon...
La jeune femme acquiesça, mais elle n’était cependant toujours
pas calmée... Elle ne voulait surtout pas qu’on en veuille à
Jack... Surtout pas Jacob...
- Je... J’irais m’excuser auprès du Colonel pour mon père...
Je ne veux pas qu’il se sente responsable...
Janet s’inquiéta de voir son amie s’agiter ainsi, aussi posa-t-elle
une main rassurante sur son bras.
- Ne t’inquiète pas... murmura-t-elle. Détend-toi. C’est
fini, maintenant.
Face au regard anxieux du Docteur Frasier, Sam se força à se calmer.
Il était inutile de songer à cela pour le moment. Elle se tourna
donc vers son amie et lui sourit.
- Je commence à avoir faim...
Janet lui sourit aussitôt.
- Ca, c’est très bon signe !
Jack venait de sortir de l’infirmerie et se dirigeait d’un pas enjoué
vers le mess. Le sourire constant qu’il affichait fit se retourner bon
nombre de personnes sur son passage et certains eurent même la surprise
de s’entendre saluer par lui. Le retour de Sam avait bien évidemment
fait le tour de la base et tout le monde était plus ou moins curieux
de voir les conséquences que cela auraient sur le comportement du Colonel
O’Neill...
Inconscient de ce qui pouvait se dire à son sujet, Jack fit son entrée
au mess :
- Salut tout le monde ! s’exclama-t-il tandis que le silence le plus total
se faisait dans la salle.
Passées les quelques secondes d’incrédulité que ce
signe de bonne humeur provoqua autour de lui, les réponses affluèrent
précipitamment, réflexe de non-contrariété qui risquait
de persister pendant encore quelques temps. Particulièrement indifférent
à tout cela, Jack se servit copieusement en céréales, se
permit de rajouter deux croissants et un café puis se dirigea vers la
table de SG1 où l’attendaient déjà Teal’c et
Daniel. Visiblement, les habitudes étaient difficiles à perdre...
Ils auraient très bien pu dormir jusqu’à midi pour récupérer
leur sommeil en retard mais ils avaient gardé le pli de se réveiller
aux aurores !
- Hello ! salua Jack en posant son plateau sur la table.
- Salut !
- Bonjour, O’Neill.
Une fois assis, celui-ci jeta un oeil amusé vers ses amis.
- J’ai l’impression que je ne suis pas le seul à mourir de
faim ce matin !
En effet, les plateaux des deux hommes étaient remplis à ras bord,
chose pour le moins inhabituel depuis quelques mois.
- J’avalerais un boeuf entier, s’exclama Daniel en commençant
son troisième croissant.
- Vous venez avec nous voir si le Major Carter est réveillé, O’Neill
?
- Je suis hélas interdit d’infirmerie !... Et pour info, Carter
est déjà réveillée.
Aussitôt les deux hommes relevèrent la tête.
- Vraiment ?? Comment va-t-elle ?
- Selon ces propres mots : fatiguée et courbaturée mais ça
va.
- Vous êtes passé la voir juste avant de venir ici ? demanda Daniel,
curieux.
Jack hésita quelques secondes et en profita pour avaler la fin de son
croissant.
- Plus ou moins...
A ces mots, le jeune archéologue sourit.
- Vous avez désobéi à Janet... J’en étais
sûr !
- Et j’ai eu raison ! Carter s’est réveillée cette
nuit. Si je n’avais pas été là, elle se serait trouvée
seule à l’infirmerie.
- Vous avez très bien fait, O’Neill, confirma Teal’c en enfournant
la totalité d’un pain aux raisins.
« Activation de la Porte non programmée »
L’alarme retentit et Jack se redressa aussitôt sur sa chaise, l’oreille tendue. C’était peut-être Jacob. Il avait demandé à être prévenu dès son arrivée... Il attendit quelques secondes puis une voix retentie à travers les hauts-parleurs.
« Le Colonel O’Neill est demandé en salle d’embarquement. »
Celui-ci se leva aussitôt.
- C’est Jacob.
Avant de partir, il attrapa quand même le deuxième croissant sur
son plateau qu’il enfourna de suite et sortit en courant du mess suivi
de près par ses deux amis.
Lorsqu’ils parvinrent en salle d’embarquement, Jacob les y attendait
déjà. Ayant un rendez-vous important avec des personnes de l’état
major, le Général n’était pas encore à la
base et le Colonel Reynolds était en charge de la Porte en son absence.
D’ordinaire, c’était à Jack de s’en occuper,
mais vu l’état d’épuisement des membres de SG1, Hammond
avait estimé plus judicieux de les laisser se reposer un peu. O’Neill
avait toutefois demandé expressément d’être appelé
si la Tok’ra se manifestait. Il voulait apprendre lui-même la bonne
nouvelle à Jacob. Celui-ci regarda donc les trois hommes arriver jusqu’à
lui et fut surpris de les voir sourire à pleines dents. Une bouffée
d’espoir vint aussitôt le prendre à la gorge et il se tourna
vers Jack, attendant des explications. Ce dernier enfonça simplement
les mains dans ses poches.
- Il y a quelqu’un qui vous attend à l’infirmerie, dit-il
simplement, ne voulant faire attendre plus longtemps le père de Sam.
Celui-ci sentit aussitôt son coeur se figer, immobile l’espace d’un
instant, puis sans un mot, il s’engouffra dans les couloirs.
Les trois amis se regardèrent en souriant de plus belle et se décidèrent
d’un commun accord silencieux de suivre Jacob.
Le Tok’ra fit le trajet au pas de course, bousculant au passage les quelques
personnes qu’il croisait sans pour autant en avoir vraiment conscience.
Il était dans un état second et n’avait plus qu’un
seul et unique but : arriver à l’infirmerie le plus vite possible.
Lorsqu’il pénétra dans celle-ci, il jeta un regard fiévreux
sur les lits puis, découvrant enfin sa fille dans l’un d’eux,
il resta immobile quelques instants, incapable de faire le moindre mouvement.
Il attendit que l’information parvienne jusqu’à son cerveau
embrumé puis, recouvrant l’usage de ses jambes, s’élança
vers Sam, renversant au passage un petit chariot qui en tombant fit un bruit
métallique assourdissant, attirant l’attention de tous sur lui.
Lorsque la jeune femme croisa son regard, son visage s’illumina aussitôt
et, levant les bras, elle accueillit son père avec tendresse.
- Papa…
Celui-ci se contenta de la serrer désespérément contre
lui, incapable de prononcer le moindre mot. Bien que très faible, celle-ci
supporta volontiers ces effusions et sentit de nouveau confusément des
larmes altérer sa vue. Elle se força à se contenir, ce
que son père, à sa grande surprise ne parvint à faire.
De toute sa vie, c’était la seconde fois qu’elle le voyait
pleurer. La première fois avait été juste après
la mort de sa mère. Elle l’avait surpris un jour assis par terre
dans leur chambre, la tête entre ses mains... Elle ne lui avait pas signalé
sa présence, trop abasourdie par ce qu’elle venait de découvrir...
Son père, l’homme le plus solide, le plus fort qu’elle connaissait...
pleurait comme un enfant. Cette vision l’avait alors profondément
choquée.
Aujourd’hui, elle ne fut pas choquée mais terriblement émue.
Aussi, ne pouvant se retenir davantage, elle laissa à son tour s’échapper
quelques larmes…
Janet, témoin silencieux de ces retrouvailles, tira doucement le rideau
afin de les isoler un peu. Connaissant la fierté du Tok’ra, elle
désirait lui éviter la gêne qu’un tel débordement
devant une tierce personne risquait de susciter en lui. Elle sut aussitôt
qu’elle avait bien fait lorsqu’en se retournant, elle découvrit
sur le pas de la porte de l’infirmerie les trois autres membres de SG1.
Elle les arrêta aussitôt en leur disant que Jacob et Sam avaient
besoin de se retrouver quelques instants. Ceux-ci acquiescèrent et partirent
attendre patiemment dans le couloir.
Quelques minutes plus tard, Janet jeta un coup d’œil discret derrière
le rideau puis, ayant constaté qu’elle ne dérangeait pas,
leur indiqua que SG1 désiraient voir Sam. Ni une, ni deux, le rideau
fut tiré et ses amis s’avancèrent vers elle, émus.
Jacob, assis sur le lit et tenant la main de sa fille dans les siennes, se leva
et recula quelque peu afin de laisser sa place.
- Nous sommes très heureux de vous revoir, Major Carter, déclara
solennellement le Jaffa avec un sourire qui dénotait pourtant le ton
neutre de sa voix.
- … Moi aussi, Teal’c… Je suis heureuse d’être
rentrée.
- … Sam, murmura alors simplement Daniel, trop bouleversé pour
parler davantage.
Il se pencha doucement vers elle et serra tendrement la jeune femme contre lui.
Ce faisant, celle-ci croisa par-dessus l’épaule de son ami le regard
de son supérieur et réalisa, un pincement au cœur, qu’elle
n’avait même pas eu droit à cela de sa part… Elle,
qui avait songé, lors de son emprisonnement, aux gestes qu’il aurait
pu avoir envers elle en la retrouvant… Mais elle chassa très vite
cette idée déplacée de son esprit et profita de l’étreinte
réconfortante de son ami en fermant les yeux.
Lorsqu’il se redressa, elle se força à ignorer le regard
scrutateur de son supérieur posé sur elle.
- Vous nous avez fait peur, Sam… finit par dire Daniel, un faux reproche
dans la voix.
Ces paroles firent sourire la jeune femme. C’était exactement ce
que lui avait dit Jack… Décidément, ces deux là…
- Je suis désolée, se sentit-elle donc obligée de répondre
tout en croisant le regard amusé et complice d’O’Neill…
Sam sourit mais ce faisant, ne put totalement réprimer le bâillement
qu’elle sentait monter en elle. Elle se sentait complètement vidée…
Bien sûr, sa grimace n’échappa pas à l’œil
expert de Janet qui aussitôt s’approcha de la jeune femme.
- Je vais vous demander de sortir… Sam a besoin de repos.
Celle-ci réagit aussitôt. Certes, elle était fatiguée
mais elle n’avait aucune envie de les voir partir.
- Ca va aller, je t’assure…
- Non, déclara Jacob, catégorique. Tu dois te reposer un peu…
s’il te plait, rajouta-t-il rapidement devant la mine butée de
sa fille.
- Je vous assure que…
- Major… C’est un ordre, intervint alors doucement Jack, un sourire
aux lèvres pour contrebalancer ces propos formels.
La jeune femme croisa de nouveau son regard puis devant l’assurance de
son supérieur finit par acquiescer. Elle n’avait pas la force de
lui tenir tête de toute façon… La force, ni l’envie
pour tout dire…
- Si c’est un ordre… fit-elle donc en bâillant encore une
fois et cependant, hésitant encore à les laisser partir.
Mais comme s’il avait lu en elle, Jack la rassura :
- Nous ne sommes pas loin de toute façon…
Luttant encore pour rester éveillée, la jeune femme reçut
ces mots avec le sourire… Elle se détendit alors complètement
et avant même qu’ils ne soient tous sortis de l’infirmerie,
Sam s’était endormie.
D’un commun accord, ils prirent tous la direction du mess. Certes, ils
avaient mangé mais pas suffisamment… Une fois sur place, ils y
trouvèrent Mike déjà attablé. Tous chargèrent
leurs plateaux comme il se doit, leur table ayant déjà été
nettoyée juste après leur départ, et le rejoignirent. Après
les salutations d’usage, Summers se tourna vers son supérieur.
- Vous avez vu le Major Carter ? Comment se porte-t-elle ?
- Plutôt bien.
- Elle est surtout très fatiguée, intervint Daniel tout en commençant
son deuxième petit déjeuner avec appétit.
Mike acquiesça en silence, quelque peu perdu dans ses pensées.
Qu’allait-il devenir maintenant que la jeune femme était revenue
? Car il lui semblait évident que tous étaient ravis de son retour.
Lui également, bien évidemment. Cependant, comment ne pas se faire
de soucis quant à son avenir au sein de cette base ? Le Colonel O’Neill
était toujours si dur, si froid… A la moindre erreur, il lui tombait
dessus et passait ses nerfs sur lui… Ok… Il faisait ça avec
tout le monde… C’est vrai… Mais il était bien difficile
pour lui de savoir s’il était, oui ou non, apprécié
par lui.
Des éclats de voix le sortirent soudain de sa torpeur. Surpris, il se
tourna et resta éberlué. Trop inquiet pour son avenir, il n’avait
pas prêté attention aux changements qui s’étaient
opérés dans le comportement de ses coéquipiers. A présent,
ils les regardaient avec effarement se taquiner sans pour autant quitter des
yeux le contenu de leurs plateaux…
- Non ! Je vous assure que non ! s’exclama alors Daniel.
- Et moi je vous dis que si ! répondit Jack aussitôt.
- Non !
- Si !
Incroyablement surpris par cet échange pour le moins… ridicule
et puérile si diamétralement opposé à la sécheresse
des propos froids et sérieux dont ils étaient coutumiers, Mike
se tourna vers Teal’c pour découvrir celui-ci en train de regarder
ses deux amis se chamailler, un immense sourire sur les lèvres ! Il ne
savait même pas que le Jaffa savait sourire !
Incrédule, il reporta son attention sur ses deux autres compagnons qui
continuaient de se chicaner comme si c’était la chose la plus naturelle
au monde.
- Vous semblez surpris, intervint alors Jacob en regardant Mike, amusé.
- Eh bien oui… un peu…
- Ils sont pourtant comme ça tout le temps…
- Pas depuis que je les connais !
Le Tok’ra le regarda, étonné, puis finit par acquiescer.
- Je vois. Vous êtes arrivé au SGC après la disparition
de Sam… Je pensais qu’on vous avait transféré d’une
autre équipe SG.
- Non. J’ai de suite été incorporé à SG1.
- Je comprends mieux alors… Et bien maintenant vous avez un aperçu
de leurs véritables … caractères… répondit
Jacob avec une grimace d’excuses, jetant un coup d’œil gêné
vers Jack et Daniel…
Mike, toujours un peu troublé, se tourna vers les deux hommes. On le
lui avait pourtant dit, à son arrivée : les altercations continuelles
entre le Docteur Jackson et le Colonel O’Neill et le mystérieux
sourire que Teal’c n’adressait qu’à ses coéquipiers…
Il en avait entendu parler mais n’en avait jamais été témoin.
Jusqu’ici, il n’avait vu que froideur et dureté chez eux,
si bien que Mike en avait complètement oublié ces rumeurs…
Quelle n’était donc pas sa surprise de voir son supérieur
et le docteur Jackson se chamailler comme s’ils étaient des gosses
de 10 ans… et tout ça sous le regard bienveillant du guerrier Jaffa…
- Daniel !
- Jack !
- Daniel !!!
- Jack !!!
- Raahh !! Fermez-là !
Ainsi se conclut l’étrange dialogue entre les deux hommes et cependant
aucun d’entre eux ne se montra particulièrement vexé ou
en colère par les propos de l’autre… Ils souriaient tous
deux lorsqu’ils se tournèrent vers Teal’c et Jacob qui discutaient
à présent d’une fête éventuelle pour le retour
de « l’enfant prodigue »…
Peu à peu, l’incorporation de Sam dans l’équipe fut
abordée. Mike, désireux de savoir un peu plus où il allait,
intervint :
- Mon Colonel ? Sauriez-vous me dire où je vais être affecté
?
A la surpris de tous, Jack se rembrunit aussitôt.
- Nous n’en sommes pas encore là… répondit-il simplement,
buvant tranquillement une gorgée de son café.
- Comment cela, O’Neill ? Le Major Carter va pouvoir reprendre sa place
dans quelques jours, réagit de suite Teal’c, le sourcil levé.
- Rien n’est moins sûr… Elle va tout d’abord devoir
passer des tests d’aptitude psychologiques…
Jack avait parlé avec tellement de froideur que tous le regardèrent
avec surprise.
- Sam en a vu d’autre. Il ne fait aucun doute qu’elle…
- Elle a été séquestrée, torturée et je ne
sais quoi encore pendant 5 mois, Daniel. Vous n’avez aucune idée
de l’impact que cela peut avoir sur le mental d’une personne. Pour
le moment, SG1 est au complet. Le sujet est clos.
Les dernières paroles de Jack tombèrent comme un couperet, jetant
un froid parmi les personnes autour de la table. Tout en disant ses mots, il
s’était tourné vers Jacob qui était resté
étrangement silencieux jusqu’ici, son regard perçant posé
sur lui. Gêné d’être ainsi sondé et n’ayant
visiblement pas l’esprit tranquille, O’Neill se ferma un peu plus
encore et reporta son attention sur la tasse de café qu’il tenait
dans la main.
Un long silence se fit alors mais désireux de ne pas le prolonger à
outre mesure, Jack finit par relancer la discussion sur un autre sujet et ils
acceptèrent de jouer le jeu sans rechigner.
Finalement, une fois leurs assiettes vides, O’Neill se leva ; suivi rapidement
de ses compagnons.
- Je vais aller me défouler en salle de sport. Teal’c, ça
vous dit ?
- Avec plaisir, O’Neill.
- Daniel ?
Celui-ci n’hésita qu’un instant et finit par décliner
l’invitation, un sourire aux lèvres.
- J’ai des traductions qui m’attendent ! SG12 a ramené un
artefact très intéressant et j’aimerais l’étudier.
A ces mots, Jack ne put réprimer un sourire. Il regarda son ami en silence,
pendant un court instant. Daniel s’était tellement donné
pendant ces derniers mois pour améliorer sa technique, niant sa propre
passion, faisant ce qu’il détestait le plus… se battre. Il
ne s’était jamais plaint et l’avait suivi dans chacune de
ses décisions, lui faisant une confiance aveugle… Il avait été
un soutien inestimable… Et à présent, il était là
devant lui, les yeux lumineux à l’idée de se plonger de
nouveau dans ses recherches. Attendri malgré lui, Jack sourit de plus
belle tout en tapotant la joue du jeune archéologue.
- Très bien, petit scarabée ! Amusez-vous bien avec vos cailloux
!
Daniel fit la grimace, faussement choqué par ces propos réducteurs,
mais dans le fond, profondément touché par la lueur de fierté
qu’il put lire dans les yeux de son ami…
- Summers ?
- Je vais aller voir le Major Carter.
- Elle doit être en train de dormir…
- J’attendrai.
Jack acquiesça.
- Jacob ?
- Je vais en salle de Briefing. George ne devrait plus tarder.
- Très bien… A toute à l’heure !
Sur ce, le groupe se divisa.
Cela faisait presqu’une heure que Mike était au chevet de Sam.
Perdu dans ses pensées, il finit par se tourner vers le visage de la
jeune femme.
Elle était belle.
Malgré ses traits tirés et sa maigreur, il sut apprécier
à sa juste valeur les courbes régulières de son visage,
son nez droit et sa bouche joliment dessinée… Mais ce qu’il
voulait voir nécessitait qu’elle soit éveillée. N’était-elle
pas reconnue par les hommes de la base pour son regard expressif et son sourire
éblouissant ? Entre autre chose, évidemment…
Il se sentait singulièrement proche de cette femme. Il ne l’avait
jamais vu jusqu’ici, ne la connaissait pas… et cependant il avait
si souvent entendu parler d’elle qu’elle lui était étrangement
familière. Il se faisait une idée assez précise de son
caractère et savait sans même l’avoir demandé quelles
étaient les choses qu’elle aimait et qu’elle n’aimait
pas…
Si elle avait un peu faim il savait que de la gelée bleue lui ferait
plaisir et si elle avait un peu soif un soda light, parce qu’elle adorait
le goût… En revanche, il était hors de question de lui parler
d’un certain McKay, scientifique qu’elle détestait au plus
haut point !… Tous ces petits détails, il les avait inconsciemment
enregistrés. Enfin… peut être pas aussi inconsciemment que
cela.
Mike devait bien avouer qu’il était depuis quelque temps déjà
fasciné par cette femme. Ne devait-elle pas être extraordinaire
pour susciter autour d’elle une telle adoration de la part de ses amis
et un tel respect de la part des autres… ?
Le bruit d’un plateau métallique tombant sur le sol le fit soudain
sursauter. Il entendit alors Janet gronder une infirmière, lui sommant
de faire plus attention afin de ne pas troubler le sommeil de ses patients.
Mike se tourna vers Sam et découvrit un regard d’un bleu limpide
accroché au sien. Son cœur s’affola aussitôt. Il se
reprit cependant très vite, se sermonnant de réagir comme un adolescent.
- Bonjour, parvint-il à dire au bout d’un instant.
La jeune femme le regarda quelque peu surprise, une lueur de curiosité
dans les yeux, puis finit par lui sourire.
- Bonjour.
- … Je suis le Major Summers. C’est moi qui vous ai remplacée
pendant votre absence.
Elle acquiesça, ayant visiblement compris cela d’elle-même
puisqu’elle ne montra aucune surprise à cette annonce.
- Je m’en doutais… Cela fait combien de temps que vous avez intégré
SG1 ?
- Quatre mois.
Elle sourit de nouveau.
- Alors vous devez être un excellent élément pour que le
Colonel O’Neill vous ait gardé aussi longtemps… J’imagine
qu’il n’a pas du être tendre avec vous.
Mike, quelque peu surpris, acquiesça à son tour. Visiblement,
elle connaissait bien son supérieur.
- Au début surtout oui. Mais je ne sais pas vraiment s’il estime
que je suis un bon élément.
- Il le pense, croyez-moi. Sinon vous ne seriez pas resté quatre mois
sous ses ordres.
Il lui rendit aussitôt son sourire, quelque peu soulagé par ces
propos pleins de logique. Il est vrai que si le Colonel avait été
mécontent, il n’aurait sans doute pas attendu plus d’une
semaine ou deux pour se débarrasser de lui.
- Quoiqu’il en soit, je suis content de vous rencontrer enfin ! reprit-il
avec entrain. Depuis le temps que j’entends parler de vous ! Vous êtes
une légende ici !
La jeune femme haussa les sourcils, surprise puis secoua la tête en signe
de dénégation.
- Non, je vous assure, insista Mike avec sincérité. Je n’ai
pas rencontré une personne dans cette base qui ne vous apprécie.
Ils n’ont jamais douté que SG1 vous retrouverait. D’ailleurs,
eux-même n’ont jamais abandonné.
Il s’arrêta quelques instants, cherchant ses mots puis finit par
redresser la tête.
- Je n’avais jamais vu une telle entente dans un groupe… une telle
dévotion pour l’un de ses membres…
Il vit les yeux de la jeune femme se voiler tout à coup et un sourire
tremblant apparaître sur ses lèvres. Ces mots la troublaient visiblement.
Elle avait toutes les peines du monde à se contenir et Mike s’en
voulut un peu. Elle était suffisamment épuisée pour qu’en
plus il en rajoute en la faisant pleurer… Aussi, avant de se lever pour
la laisser se reposer, il finit par conclure.
- Ils seraient allés jusqu’en enfer pour vous chercher, Major Carter…
Tous les trois. Sans hésiter un seul instant.
Sur ces mots, il la salua en souriant et sortit, la laissant seule…
Sam serra confusément ses poings, tentant une nouvelle fois de se contenir.
Décidément, elle était une véritable fontaine depuis
son retour. Ce devait être ses nerfs qui lui jouaient ce vilain tour…
Elle avait été surprise d’avoir réussi à faire
preuve d’autant de sang froid pendant sa détention et pensait s’être
endurcie. Elle en était presque arrivée à se dire qu’elle
ressemblait de plus en plus au Colonel. Ce qui en soit, ne lui aurait pas déplu,
bien au contraire. Elle enviait tellement ce calme, ce self contrôle qu’il
parvenait à garder même lors des pires situations… Et voilà
qu’à présent, à la moindre allusion envers ses amis,
elle se mettait pratiquement à fondre en larmes !… Pathétique…
Très en colère contre elle-même, elle parvint finalement
à refouler le torrent qui menaçait de la submerger… Elle
respira lentement, calmant les battements précipités de son cœur
tout en retrouvant peu à peu ses esprits.
Malgré sa fatigue, Sam re-songea à ce court entretien avec le
Major Summers. Il semblait gentil et ne pas lui en vouloir d’avoir été
retrouvée alors qu’il risquait, ce faisant, de perdre sa place
dans l’équipe. Elle avait été un peu surprise de
savoir que le Colonel avait gardé le jeune homme aussi longtemps. Elle
aurait pensé qu’il allait faire se succéder ses remplaçants
mais visiblement, ils avaient de suite trouvé la bonne personne…
Et en y repensant… ce n’était pas très rassurant…
Et s’il était meilleur qu’elle ?
Non… Ce n’était qu’un militaire, à première
vue… Elle, elle était experte dans la Porte des Etoiles en plus
d’être un bon soldat. Est-ce que ça ne la rendait pas irremplaçable
?… Non ?...
« Oh !! Arrête de te prendre la tête, Sam ! Bien sûr
qu’ils veulent que tu reviennes ! C’est évident ! »
Après s’être copieusement réprimandée, la jeune
femme finit par fermer les yeux et commença à se détendre…
Elle somnolait déjà depuis quelques minutes lorsqu’un bruit
retentissant et des voix fortes la firent de nouveau se réveiller. Difficile
de se reposer dans cette base…
Elle redressa aussitôt la tête tandis que Janet, suivie de plusieurs
aides soignants et d’un brancard, arrivait en trombe dans l’infirmerie.
Les rideaux étant légèrement ouverts au niveau de ses pieds,
la jeune femme découvrit avec horreur que l’homme allongé
et responsable de ce remue-ménage n’est autre que le Colonel O’Neill
!
Le ventre noué, elle tenta aussitôt de se redresser mais, trop
faible, finit par s’affaler piteusement sur son lit. Frustrée,
elle se pencha donc vers sa gauche pour attraper le rideau et le tirer afin
de lui permettre de voir ce qui se passait derrière mais en vain. Elle
était trop loin.
- Janet ? appela-t-elle la voix désespérément faible.
Sam entendit celle-ci s’affairer autour de son supérieur, donnant
des ordres d’un ton dramatiquement anxieux… Son regard fut alors
attiré par Teal’c qui entrait à son tour dans l’infirmerie.
A peine la porte passée, il empoigna le téléphone mural.
- Daniel Jackson ? Je me trouve à l’infirmerie. O’Neill a
eu un malaise… Très bien.
Une fois le combiné raccroché, le Jaffa croisa le regard affolé
de Sam et sans plus attendre, il s’avança vers elle et tira le
rideau de séparation afin qu’elle puisse, elle aussi, voir ce qui
se passait de l’autre côté. Reconnaissante, la jeune femme
attrapa la main de son ami, la serra tout en reposant sa tête sur l’oreiller
et se tourna vers son supérieur qu’on avait installé sur
le lit à sa gauche.
Janet s’affairait toujours autour de lui, fébrile, toute son attention
étant dirigé vers son nouveau patient. Quelques interminables
minutes plus tard, elle finit par se redresser, un pli agacé sur ses
lèvres. Elle contempla O’Neill quelques instants, en silence puis
finit par soupirer.
- Docteur Fraisier ? demanda Teal’c sous la pression des doigts de Sam,
lui demandant ainsi ce qui se passait.
Celle-ci se tourna vers eux et finit par sourire.
- Ca va. Rien de méchant… La fatigue, le stress… et une bonne
dose de comé…
Mais elle finit par s’arrêter au milieu de sa phrase. Elle secoua
la tête, un sourire amusé aux lèvres.
- Il a besoin de repos ! conclut-elle tandis que Daniel arrivait en trombe dans
l’infirmerie.
- Comment va-t-il ??
A peine avait-il dit ces mots qu’il sentit ses jambes se dérober
sous lui. Teal’c, toujours très réactif, le rattrapa avant
qu’il ne s’effondre totalement par terre. Ni une ni deux, Janet
s’avança vers eux, soudain furibonde.
- Bon sang ! Vous êtes infernales tous les deux ! Lorsque je vous dis
de vous reposer ce n’est pas pour aller en salle de sport ou courir comme
des fous dans les couloirs !! Vous allez me faire le plaisir de vous enfermer
dans vos quartiers et dormir au moins jusqu’à demain !
Sur ces mots, elle se retourna et partit chercher quelque chose dans un placard
puis revint vers Daniel et lui mit plusieurs cachets et un verre d’eau
dans les mains.
- Avalez ça immédiatement !
Aussitôt le jeune homme se rebella mais face au regard glacé de
Janet finit par obtempérer, penaud.
- Bien ! sourit-elle satisfaite, avant de se tourner vers le Jaffa. Emmenez
le jusque dans ses quartiers et veillez à ce qu’il y reste, Teal’c.
Merci.
Celui-ci s’inclina de suite et soutenant son ami, qui déjà
commençait à s’endormir sous l’effet du sédatif,
sortit de l’infirmerie.
Sam observa alors Janet, un sourire amusé aux lèvres. C’était
plutôt rare de la voir perdre son sang froid, et regarder ce petit bout
de femme donner des ordres à des géants comme Teal’c était
finalement assez cocasse…
Elle la vit ensuite se retourner vers le Colonel, les mains sur les hanches,
hésitant visiblement sur la marche à suivre… puis finalement
haussa les épaules et tira les rideaux autour de lui afin de l’isoler.
- Janet ? intervint alors Sam.
- Oui ?
- … Peux-tu le laisser ouvert ? demanda-t-elle tandis que le docteur Frasier
s’apprêtait à les séparer en tirant celui entre les
deux lits.
Janet sourit puis acquiesça. Elle fit le tour de son amie et les isola
tous les deux du reste de la pièce.
Une fois seuls, Sam tourna la tête vers Jack et observa un long moment
son visage, en silence. A sa grande surprise, elle vit soudain ses lèvres
s’étirer en un sourire amusé et croisa son regard.
- Vous voyez que je suis très bon pour les infiltrations… murmura-t-il
avec un clin d’œil.
Incrédule, la jeune femme le contempla un moment avant de rire le plus
silencieusement possible.
- Vous n’avez pas fait ça… ?
- Ben… J’ai quand même eu un malaise, je dois l’avouer…
m’enfin, pas au point de tomber dans les vapes !
Sam pouffa de plus belle.
- Je comprends mieux le comportement de Janet ! Elle a fini par comprendre !
- Ah bon ? demanda Jack inquiet. Vous croyez ?…Raaah ! Je sens qu’elle
va me faire payer ça d’une façon ou d’une autre…
Il fit une grimace désespérée sous le regard amusé
et attendri de la jeune femme.
- C’est gentil en tout cas de risquer la colère de Janet pour me
tenir compagnie, Mon Colonel.
Jack s’installa sur le côté avant de lui répondre.
Il était à présent complètement tourné vers
elle, un bras replier sous sa tête. Sam sentit son cœur s’affoler
devant cette soudaine intimité.
- Je dors mal en ce moment… en revanche j’ai dormi comme un bébé
à côté de vous tout à l’heure alors, je vais
pouvoir vérifier si vous avez réellement un pouvoir …
- Dites tout de suite que je suis soporifique ! réagit-elle aussitôt,
amusée, en se tournant à son tour sur le côté pour
lui faire face.
Ils se regardèrent en souriant.
Sam sentit son cœur se gonfler, chaud dans sa poitrine. Elle se sentait
tout à coup si bien. En paix, heureuse. Après un cauchemar de
cinq mois, la plus petite attention lui semblait si douce… Alors avoir
cet homme devant elle qui la regardait avec tendresse… C’était
presque trop pour elle. Ses yeux s’embuèrent de nouveau à
son grand désarroi mais cette fois-ci elle se refusa de se contenir.
Le sourire de Jack s’accentua un peu plus lorsqu’il vit glisser
quelques larmes sur les joues pâles de la jeune femme.
- Vous m’avez manquée, murmura-t-il alors.
Sam sourit de plus belle, un sanglot dans la voix.
- Vous aussi.
Cette fois-ci, les mots étaient vraiment dit. Sans ambiguïtés,
sans non dits…
Bien que profondément fatiguée, la jeune femme lutta pour rester
éveillée et profiter un maximum de sa présence, de cet
instant. Parler lui permettrait sûrement de ne pas s’endormir…
et partager des choses avec lui.
- J’ai beaucoup pensé à mon retour à la base…
lorsque j’étais prisonnière… Ca me permettait de ne
pas songer à…
Elle ne put finir sa phrase mais Jack n’en eut pas besoin. Il se rembrunit
aussitôt, un nœud à l’estomac.
Afin de chasser l’ombre qui venait voiler le visage de son supérieur,
Sam lui sourit tout en poursuivant :
- Je ne pensais pas que ces retrouvailles seraient si… intenses.
Il retrouva aussitôt le sourire.
- Intense ?
- Toute cette affection… Teal’c, Daniel, Janet…
- … Et moi ?
Sam baissa les yeux, troublé et finit par murmurer :
- Je me suis demandée comment vous alliez …
Elle s’arrêta cependant, incapable de poursuivre. Ça devenait
peut être un peu trop personnel… Et s’il le prenait mal…
?
- Comment j’allais quoi ? demanda-t-il doucement, l’incitant à
poursuivre.
Elle lui jeta un coup d’œil en biais puis, rassurée par son regard
encourageant, elle se décida.
- Je me suis demandée ce que vous feriez si vous me retrouviez…
Quel geste… Une poignée de main ? Une accolade ? … Je sais
c’est bête mais … je n’ai rien eu, finit-elle avec un
clin d’œil afin de tourner sa remarque en boutade pour éviter
la gêne d’une telle révélation.
Le cœur battant, elle eut l’impression que le regard de son supérieur
se faisait plus pénétrant encore. Il finit par répondre
faussement outré :
- Je vous ai prise dans mes bras en revenant sur Terre. Demandez à Daniel,
je n ’arrivais plus à vous lâcher…
A ces mots, elle eut l’impression qu’elle allait tout simplement
s’évanouir… Les joues brûlantes, bouleversée,
elle tenta de lui répondre sur le même ton :
- Je ne m’en souviens même pas. Ça ne compte pas...
Elle savait parfaitement qu’elle jouait avec le feu mais elle n’avait
pas pu s’en empêcher. Il y eut un court silence puis, son cœur
fit une embarder lorsqu’elle le vit se redresser. Il se leva, fit les
deux pas qui les séparaient et s’assit sur son lit.
Inconsciemment, la jeune femme s’était remise sur le dos, tournée
vers lui, dans l’attente de ce qui allait suivre. Retenant son souffle,
elle vit Jack se pencher, passer ses mains chaudes derrière elle et,
doucement, la redresser afin de l’appuyer contre lui. Instinctivement,
elle enroula ses bras faibles autour de son cou et posa la tête sur son
épaule.
Sentant Sam s’accrocher à lui, O’Neill resserra son étreinte
et fit glisser ses mains afin de la presser un peu plus encore contre lui. Il
tressaillit aussitôt. Ses doigts venaient d’entrer en contact avec
la peau de la jeune femme. En effet, les tuniques de l’infirmerie étant
retenues à l’arrière uniquement par quelques cordelettes,
elle était nue à certains endroits…
Terriblement troublé, l’esprit égaré, il pencha alors
la tête et enfouie son visage dans le cou de la jeune femme, s’enivrant
de son parfum, de sa douceur… Sans même réaliser la portée
de son geste, Jack colla doucement sa bouche contre sa peau et l’embrassa…
Il la sentit aussitôt se raidir.
Réalisant tout à coup que ses lèvres étaient en
contact direct avec le cou de Sam, il s’écarta brusquement, les
yeux exorbités.
- Je… Je suis désolé, Carter… bredouilla-t-il, ôtant
précipitamment ses mains, songeant qu’il avait cette fois-ci perdu
totalement l’esprit…
Gêné, il croisa le regard incroyablement troublé de la jeune
femme et se releva vivement. L’esprit embrumé, encore tout étourdi
par son geste, il ne sentit qu’au dernier moment une résistance
lorsqu’il tenta de s’écarter d’elle. Il baissa la tête,
sans comprendre puis découvrit la main de Sam accrochée à
son tee-shirt. Jack plongea alors de nouveau ses yeux dans ceux de la jeune
femme et retint son souffle.
- S’il vous plait… murmura-t-elle en tendant son autre main vers
lui, le regard suppliant.
Il hésita un court instant puis finalement se rassit. Elle n’avait
visiblement plus aucune force et s’affala contre lui sans avoir l’énergie
suffisante pour glisser ses bras autour de son cou… Il la reprit donc
contre lui, mais gardant cependant ses mains sagement contre le tissu de son
vêtement.
Peu à peu, il finit par se détendre et sentit le corps de Sam
s’amollir doucement dans ses bras.
Elle s’était endormie…
Il la garda serrée contre lui encore un instant puis finit par reposer
sa tête délicatement contre l’oreiller. Jack caressa alors
le visage de la jeune femme et une irrésistible envie vint le tirailler,
lui nouant sournoisement l’estomac… Il jeta un œil autour de
lui… Personne. Aucune caméra…
Lentement, centimètre par centimètre, il se rapprocha d’elle…
Sa raison aussitôt l’interpella :
« Tu es fou ! … Arrête ! Tu perds la tête ! »
Mais son corps ne lui répondait plus et il continua encore de se pencher
vers son visage… jusqu’à, enfin, se trouver si proche de
ses lèvres qu’il put sentir la chaleur de son souffle. Il frôla
alors sa bouche, délicatement, savourant la douceur de ce contact, jouant
avec, puis finalement accentua la pression, l’embrassant avec plus de
force, partagé entre l’envie et la peur qu’elle se réveille.
Mais elle resta immobile, les paupières closes.
Il finit cependant par se redresser et retrouva peu à peu la raison.
« Qu’est ce qui t’a pris !? Tu es devenu fou ?! … »
songea-t-il, abasourdi…
Dans un soupir, Jack se releva, perdu, réalisant avec effroi qu’il
n’arrivait même plus à se contrôler… Le cœur
serré, il retourna dans son lit dans l’espoir un peu vain de retrouver
ses esprits et son self contrôle légendaire qu’il avait visiblement
égaré sur P8X521…
***
Quelques jours s’écoulèrent tranquillement, permettant à
Carter de recouvrer ses forces. Une bonne alimentation et beaucoup de repos,
la présence constante de ses amis autour d’elle lui permirent de
retrouver la santé rapidement. Sam fut tout d’abord surprise de
constater une légère froideur de la part du Colonel mais elle
en comprit rapidement la raison. Le geste qu’il avait eu à l’infirmerie
devait le contrarier et l’incitait à prendre ses distances…
Elle le regrettait fortement, d’autant qu’elle n’y voyait
aucun mal. Ca n’avait été qu’un simple baiser après
tout. Un geste de réconfort… Non ?
Elle aurait tellement souhaité que cela soit plus mais elle connaissait
suffisamment Jack pour savoir qu’il ne se serait jamais permis un geste
déplacé. Et en aucun cas, elle ne pouvait l’imaginer perdre
le contrôle de lui-même…
Quoiqu’il en soit, Sam se sentait à présent prête
à rejoindre SG1. Elle avait réussi jusqu’ici à repousser
le test psychologique mais sachant parfaitement qu’elle devait en passer
par là pour reprendre sa place dans l’équipe, elle dut se
soumettre…
Le docteur Gibs était un homme un peu plus âgé qu’elle,
au visage avenant, et Sam se sentit de suite à l’aise avec lui.
Souriant, patient, il l’a mis rapidement en confiance, du moins suffisamment
pour que la sourde angoisse qui ne la quittait plus depuis quelques jours à
l’idée de cet entretien, finisse par s’atténuer enfin.
Sam lui parla donc de son arrivée sur Tin’ac. Cette façon
humiliante d’être traitée comme des choses sans valeurs,
sans conscience. Les travaux forcés sur cette planète inconnue
pendant près de quatre mois… Sa confrontation avec le Goa’uld
Ammon et enfin… les tortures…
Gibs écouta patiemment la jeune femme, notant certaines de ses paroles,
l’aidant à reprendre pied lorsque parfois Sam replongeait un peu
trop profondément dans des souvenirs traumatisants. Lorsqu’enfin
son récit fut terminé, Carter eut la surprise de voir son interlocuteur
les mains croisées devant lui, attendant qu’elle poursuive.
- C’est tout, précisa donc Sam au bout d’un moment de silence.
A ces mots, Gibs sourit.
- Certes, vous m’avez fait une description détaillée des
évènements mais ce que j’ai besoin, moi, c’est de
savoir ce qui se passait dans votre tête pendant tout ce temps.
Gênée, Carter sentit son appréhension revenir tout à
coup.
- Que dire… J’avais peur… J’ai eu peur sans discontinuer
pendant ces cinq mois. Peur qu’on ne me retrouve jamais, que jamais je
ne revienne sur Terre… Ca a été très dur.
- Mais vous avez tenu le coup…
- En effet.
- Vous n’avez jamais abandonné ?
Sam mit quelques instants avant de répondre.
- Je ne pouvais pas abandonner. Je savais qu’on me cherchait.
- Qui ?
- Mon équipe… Mon père. Je savais qu’ils ne m’abandonneraient
pas. On ne laisse jamais personne derrière nous… Et j’avais
raison. Il m’a retrouvée.
Gibs haussa les sourcils, son crayon en suspend.
- Il vous a retrouvée ?
Réalisant de suite sa bévue, Sam rougit violemment et se reprit
aussitôt.
- Ils m’ont retrouvée.
Un silence se fit dans la pièce et la jeune femme sentit son cœur
s’affoler…
- Vous avez utilisé le singulier…
- C’était une simple erreur.
- Je ne pense pas.
Nouveau silence.
- Parlez-moi des membres de votre équipe, poursuivit-il au bout d’un
moment.
- Ce n’était pas un lapsus.
- Votre insistance me prouve le contraire, pourtant.
Sam se ferma aussitôt. Le docteur Gibs comprit rapidement qu’il
n’obtiendrait plus rien d’elle dans ces conditions.
- Ecoutez, Major Carter. Je ne suis pas là pour faire votre procès
et encore moins pour juger l’affection particulière que vous avez
pour l’un de vos coéquipiers. Ces sentiments sont pour moi tout
à fait sains et normaux. Le contraire, d’ailleurs, serait de ne
rien ressentir. Je ne vous demanderai donc pas le nom de cette personne mais
simplement de me parler de ce que vous avez ressenti pendant ces cinq mois.
C’est tout ce qui m’intéresse… Et c’est tout
ce dont j’ai besoin pour vous permettre de rejoindre SG1, conclut-il avec
un sourire encourageant.
- L’armée nous interdit d’avoir…
Mais Sam s’interrompit avant de poursuivre aussi Gibs lui répondit
de suite.
- Je ne suis pas l’armée, Major. Je suis psychothérapeute
et cette conversation est confidentielle.
La jeune femme resta un moment, silencieuse puis finit par acquiescer. Ses deux
mains serrées l’une contre l’autre sur la table prouvaient
sa peur de dévoiler des choses dont elle ne se sentait pas le droit de
parler. Mais Gibs comprit qu’elle en mourrait d’envie, qu’il
lui suffisait simplement de l’aider pour qu’elle s’ouvre enfin.
- En quoi vous a-t-il aidée ?
Carter baissa la tête, ouvrit la bouche… la referma… puis
l’ouvrit de nouveau…
- Il… Il avait déjà vécu cela… Plus longtemps,
bien plus longtemps que moi… J’admirais… J’admire sa
force, sa volonté… C’est en voulant lui ressembler que j’ai
réussi à tenir le coup…
Elle se tut un instant puis finit par continuer.
- Il n’abandonne jamais. Il arrive à rester toujours si maître
de lui… Parfois cependant, ça me…
Elle s’arrêta, cherchant ses mots ou n’osant aller plus loin…
- Ca vous agace ? proposa-t-il alors, perspicace.
Sam redressa la tête et croisa son regard chaleureux. Elle sourit, embarrassée.
- C’est vrai… Parfois. Mais ce n’est pas le sujet…
- Le sujet, c’est vous. Et apparemment, il tient une grande place dans
votre vie alors au contraire je crois qu’il est utile d’en parler.
Elle le regarda un moment en silence, puis acquiesça de nouveau.
- Ca m’agace, parfois, oui.
- Pourquoi ?
- Parce que… Il m’est arrivé de le voir perdre le contrôle…
Très rarement, cependant mais…
- Mais ?
- Mais… A chaque fois, j’ai eu l’impression que ça
nous… rapprochait.
Sam rougit soudain violemment. Comment en était-elle arrivée à
parler de ça ? Il ne lui avait pourtant demandé qu’une chose
: en quoi, penser à « lui », l’avait-il aidé…
Et voilà qu’à présent, elle faisait allusion à
des choses qui n’avaient plus aucun rapport avec cette mission.
Gibs remarqua de suite son embarra mais décida de ne pas s’en préoccuper.
- Pensez-vous que vos sentiments sont réciproques ?
Elle jeta un œil vers lui puis croisa ses mains moites avec nervosité.
- Je pense, oui. Du moins… j’en ai l’impression.
- Alors pourquoi ne rien faire ?
Devant l’air à la fois choqué et surpris de la jeune femme,
il enchaîna de suite :
- Je connais la loi mais si vous souffrez tellement, il y a toujours des moyens
de la contourner. Il vous suffit juste de savoir ce que vous désirez
vraiment.
- Les choses ne sont pas si simples…
- Au contraire. Analysez la situation, Major Carter et vous verrez combien tout
cela est simple.
***
« Analysez la situation, Major Carter et vous verrez combien tout cela
est simple. »
Cette phrase résonnait encore en elle deux jours plus tard, tandis qu’elle
se dirigeait d’un pas nerveux vers le bureau du Général
Hammond.
Elle avait en effet analysé la situation le plus objectivement possible
:
[((X +Y) – Z)] = 0 … [(X)+((Y)-Z)]= X+Y ! Tout simplement !
Aussi… La première chose qui lui venait à l’esprit
après une telle évidence était d’en parler au premier
intéressé…
Cette seule idée la fit rire… jaune. S’il y avait bien une
personne avec qui ce genre de discussion était impossible, c’était
bien « lui ». Alors comment savoir s’il était prêt
à l’accepter en cas de démission… Elle risquait gros
de le mettre ainsi devant le fait accompli… si jamais il ne voulait pas
d’elle… D’un autre côté, qui ne tentait rien…
Arrivée à destination, Sam prit le temps de soupirer un peu afin
de détendre ses nerfs qui étaient inévitablement noués
par l’angoisse. Elle toqua à la porte, attendit quelques secondes
puis entra lorsqu’on le lui en donna l’autorisation.
Son cœur s’affola aussitôt et, tout en se mettant au garde
à vous, elle jeta un coup d’œil nerveux vers le moins gradé
de ses supérieurs présents dans la pièce.
- Repos, Major. Le Colonel et moi avons une bonne nouvelle.
Devinant parfaitement de quoi il s’agissait, Sam se tourna en souriant
vers Jack mais eut la surprise de découvrir un regard froid posé
sur elle.
« Curieux… » songea-t-elle avec un peu d’appréhension.
- Vous faites de nouveau partie de SG1, continua Hammond, un sourire satisfait
sur les lèvres.
La jeune femme acquiesça en soupirant. L’espace d’un instant
elle avait cru…
- Merci mon Général. J’en suis très heureuse, répondit-elle
joyeusement.
Elle jeta un nouveau coup d’œil vers O’Neill mais celui-ci,
le visage toujours fermé, regardait à présent un point
imaginaire au dessus de la tête d’Hammond. Son angoisse réapparut
aussitôt.
- Et le Major Summers ? demanda-t-elle alors.
- Il va rejoindre SG2 aux côtés du Colonel Parker. Il a déjà
été mis au courant et est très satisfait.
- Tant mieux…
Un silence se fit ensuite dans la pièce. Le Général était
à présent tourné vers Jack, attendant que celui-ci intervienne
pour féliciter son second, mais il restait immobile, plus grave que jamais.
- Colonel ?
Celui-ci, comprenant enfin ce qu’on attendait de lui, se tourna vers la
jeune femme.
- Bienvenue dans l’équipe, Carter.
Un nouveau silence accueillit ces mots dit sur un ton pour le moins… indifférent.
- Bien… finit par déclarer Hammond, quelque peu surpris. Vous pouvez
disposer tous les deux… Briefing dans vingt minutes.
- A vos ordres, dirent-ils en cœur avant de sortir.
Lorsque Sam referma la porte derrière elle, O’Neill s’était
déjà éloigné de quelques mètres. Elle dut
courir pour le rejoindre et finit par l’interpeller.
- Mon Colonel !
Sa voix s’était presque faite suppliante. Pourquoi se montrait-il
si distant tout à coup ?
Il se retourna, à contre cœur visiblement, et posa un regard neutre
sur elle.
- Carter ?
Elle s’arrêta devant lui, nerveuse.
- Mon Colonel… Vous ne semblez pas très heureux de mon retour dans
l’équipe…
Son hésitation lui déchira le cœur.
- … Pas du tout, Major, nia-t-il cependant au bout d’un instant.
Serrant les poings, Sam finit par baisser la tête, la respiration courte,
une atroce douleur à l’estomac.
- Vous auriez préféré garder le Major Summers… dit-elle,
incapable de le regarder en face.
Il attendit quelques secondes – une éternité ? – avant
de répondre.
- Non...
Incertaine quant à la véracité de sa réponse, la
jeune femme redressa la tête.
- Vous savez bien que non… Carter… continua-t-il, alors, un gentil
sourire sur les lèvres.
Sur ce, sans attendre sa réaction, il se détourna et disparut
au détour du couloir.
…
« Non… Vous savez bien que non… Carter… »
Alors pourquoi ce comportement lunatique ? Pourquoi cette hésitation
à lui répondre ?...
***
Jack s’engouffra dans ses quartiers et referma brutalement la porte derrière
lui. Dans un soupir rageur, il s’adossa contre cette dernière et
passa une main tremblante sur son visage.
Il n’arrivait plus à se maîtriser… C’était
complètement fou… C’était comme si, du jour au lendemain il
ne savait plus faire ses lacets, ou boutonner sa chemise… Pour lui, garder
son self contrôle était aussi simple et évident que ces
petits gestes de tous les jours… Alors pourquoi tout à coup, cela
lui devenait impossible ? Que s’était-il passé ? Pourquoi
réagissait-il comme ça ?
Certes, il n’était pas complètement fou. Il connaissait
les raisons de sa détresse et de sa colère… Mais ce qu’il
ne comprenait pas c’était pourquoi il n’arrivait plus à
les maîtriser…
Il aurait du être un minimum plus joyeux lorsque Hammond avait annoncé
à Carter son retour dans l’équipe… Mais il était
tellement concentré à ne pas montrer son désarroi, à
éviter d’exploser qu’il n’avait réussi qu’à
peiner la jeune femme…
Bien sûr qu’il préférait avoir Carter à ces
côtés plutôt que Summers. C’était une évidence
! Qu’elle ait pu en douter un seul instant lui semblait ridicule…
Et forcément, dès qu’il avait vu le doute et la tristesse
de Sam, il n’avait pu s’empêcher de fondre littéralement…
Il avait l’impression qu’elle pouvait faire n’importe quoi
de lui, à présent… Il avait beau tenter d’être
distant et froid, il s’amollissait complètement dès qu’il
la voyait triste… Mais il ne voulait pas qu’elle revienne. Il ne voulait pas qu’elle
réintègre une équipe SG… C’était égoïste
de sa part, il le savait bien, il en avait parfaitement conscience cependant...
Il ne voulait pas risquer de la perdre encore et cette fois-ci... peut-être
pour toujours...
***
Lorsque Jack pénétra en salle de Briefing, quelques minutes plus
tard, avec le faible espoir d’avoir retrouvé la raison, ses trois
coéquipiers se trouvaient déjà sur place, félicitant
chaudement la jeune femme pour son grand retour dans l’équipe.
O’Neill réussit à se montrer souriant mais cela sonnait
faux et il était persuadé qu’ils l’avaient tous remarqué.
Ils se connaissaient trop bien... L’arrivée d’Hammond avait
heureusement empêché les questions gênantes de Daniel et
tous se concentrèrent sur la prochaine mission à venir.
Rien de bien sorcier pour celle-ci. Le Général avait songé
commencer en douceur avec Sam et les envoyait sur une planète déjà
explorée pour faire des analyses. La tension de Jack se relâcha
quelque peu.
Après s’être rapidement préparés, tous se rejoignirent
en salle d’embarquement. La Porte fut alors ouverte et Jack observa le
visage, étrangement confus de la jeune femme, tourné vers le vortex
lumineux. Il y avait un mélange de joie intense et de crainte, lui sembla-t-il.
Une joie certaine de pouvoir de nouveau passer la Porte et une crainte sourde
au souvenir de sa dernière mission qui avait eu pour résultat,
un cauchemar de cinq mois...
Teal’c et Daniel s’avancèrent donc en premier, particulièrement
joyeux. Ils jetèrent tous deux un oeil vers la jeune femme avant de passer
le vortex et lui sourirent avec entrain. Sam, ainsi encouragée, s’avança
à son tour vers la flaque bleutée et luminescente, mais s’arrêta
à quelques centimètres d’elle seulement. Elle se tourna
vers Jack, tenta un sourire qu’il n’eut le courage de lui refuser
en retour et il la regarda passer la Porte avec une sourde appréhension...
*********************************
Jack se redressa en criant. Les yeux exorbités, trempé de sueur,
il tentait de retrouver son souffle et de ralentir les battements désordonnés
de son coeur. Encore un cauchemar. Toujours le même...
Il la revoyait passer le vortex et puis plus rien. Disparue...
Depuis le retour de Sam dans l’équipe, ces rêves devenaient
de plus en plus sombres et angoissants. Il dormait donc peu et restait continuellement
angoissé. Janet lui avait conseillé de lever le pied mais comment
aurait-il pu prendre quelques jours de repos en sachant Carter avec une autre
équipe risquant je ne sais quoi, je ne sais où?
Au moins, lorsqu’il était là, il pouvait un minimum gérer
la situation. Même si, il devait bien l’avouer... il ne gérait
plus grand chose... et encore moins son comportement vis à vis d’elle.
Leur relation s’était affreusement détériorée
depuis quelques semaines et il devait bien avouer qu’il en était
seul responsable... Mais il n’arrivait plus à se contrôler
en mission. Son seul souci étant de la ramener vivante au SGC il ne la
laissait plus rien faire seule, l’interdisant de prendre la moindre initiative
et lui criant dessus à la plus petite rebuffade.
Il savait parfaitement comment elle devait analyser un tel comportement. Elle
pensait qu’il n’avait plus confiance en elle, ce qui, évidement
était complètement faux mais... il ne fit rien pour la détromper,
préférant la voir le détester plutôt que souffrir.
Il était plus facile pour lui de supporter sa colère que sa peine.
Il se souvenait de leur première rencontre avec des Jaffas. Bien que
la logique aurait voulu que Daniel et Teal’ passent le vortex avant eux,
il avait fait tout un cirque pour que ce soit elle qui le traverse en premier.
De retour sur Terre, elle l’avait regardé avec un mélange
d’incompréhension et de colère qui n’était
que le prélude de nombreuses querelles à venir.
En y songeant, une douleur violente et sournoise lui lacéra soudain l’estomac.
Comment allait être la prochaine mission... ? Rien de bien méchant
à première vue... L’exploration d’une nouvelle planète.
Mais que leur réservait P8X667 ?
***
P8X667 était assez standard. Climat tempéré, peuple pacifique,
aucune présence de Naquada donc de Goa’ulds... Seul bémol,
l’esclavagisme des femmes et le regard de convoitise du chef de la tribu
pour Carter. Les nerfs de Jack, déjà mis à rude épreuve
par une jalousie on ne peut plus malvenue, finit par perdre toute patience lorsque
Sam ôta son casque et que l’homme ouvrit des yeux émerveillés
devant la blondeur de ses cheveux, chose inexistante chez eux, apparemment.
- Teal’c ! rugit-il, faisant alors sursauter toutes les personnes présentes
autour de lui.
- Oui, O’Neill ? répondit le Jaffa, s’approchant un peu plus
de son ami.
- Vous ramenez Carter à la base !
Celle-ci se tourna aussitôt vers lui, incrédule, tandis que le
Jaffa levait un sourcil d’incompréhension.
- Je vous demande pardon ? finit-elle par demander, sentant la colère
monter en elle.
Cela faisait pas mal de temps maintenant qu’elle n’avait plus aucune
patience avec Jack... Indifférent à la question de Sam, O’Neill
poursuivit sans quitter Teal’c des yeux.
- Vous m’avez entendu ? Exécution !
Tandis que le Jaffa inclinait déjà la tête en signe d’acceptation,
Sam s’avança vers son supérieur et lui agrippa le bras pour
le tourner violemment vers elle. Le regard glacé et furieux de Jack ne
l’arrêta pourtant pas.
- Il est hors de question que je rentre !!
D’un geste sec, il se dégagea et attrapa à son tour la jeune
femme pour l’éloigner brutalement du groupe afin de pourvoir «
parler » sans être entendu.
- Je ne vous demande pas votre avis, MAJOR ! Et je vous conseille d’éviter
ce ton avec moi !
- Je refuse de partir ! Je ne vois pas pourquoi je devrais retourner au SGC
!!
- Ces hommes, déclara-t-il en pointant un doigt vers les membres de la
tribu, sont des brutes qui pensent que les femmes sont des objets qu’on
s’approprie sans état d’âme ! Ils ne rêvent que
d’une chose, vous rajouter à leur collection !
Ces mots adoucirent quelque peu Sam qui comprit qu’il ne réagissait
comme cela que par peur pour elle.
- Ecoutez, Mon Colonel. Ce n’est pas la première fois que nous
nous trouvons dans ce genre de situation. Il ne m’arrivera rien. Il suffit
de leur faire comprendre que je suis avec vous...
Puis devant l’ambiguïté de ces propos, elle rajouta précipitamment
:
- Que... j’appartiens à la Terre, je veux dire... A mon peuple.
- J’avais compris, Major, répondit-il acerbe. Inutile de préciser...
Mais si vous vous souvenez bien, ça n’avait pas empêché
votre enlèvement il y a sept ans ! Alors non ! Vous rentrez, et c’est
un ordre !
Devant l’entêtement de son supérieur, Sam perdit de nouveau
son calme.
- Vous n’avez pas le droit de faire ça ! Vous mettez en danger
le reste de l’équipe !
Jack agrippa alors le col de la jeune femme et rapprocha son visage du sien.
Il était partagé en la fureur et une angoisse qui ne le quittait
plus.
- Vous allez m’obéir sans discuter, Major, persifla-t-il d’une
voix étrangement calme, avant de rajouter en hurlant... C’est un
ORDRE !!!
Il la relâcha alors si brutalement qu'elle trébucha et tomba
lourdement au sol. Il resta devant elle, la dominant de toute sa taille
puis retourna sans un mot vers le chef de la tribu, ayant parfaitement conscience
qu’à l’instant, il ne valait pas mieux que les brutes avec
lesquelles il allait s’entretenir... Mais seul la sécurité
de la jeune femme comptait. Uniquement ça, songea-t-il tout en croisant
les regards outrés de Daniel et de Teal’c qui accouraient vers
Sam pour l’aider à se relever.
Du coin de l’oeil, il observa ses amis s’entretenir avec elle pendant
quelques minutes. Le ton montait de temps en temps mais il était trop
loin pour comprendre leur propos. Enfin, il vit Teal’c et Carter s’éloigner
en direction de la Porte. Rassuré, Jack reporta son attention sur le
chef de la tribu...
Apparemment, il venait de faire une forte impression et avait gagné,
du coup, un nouvel « ami », songea-t-il avec écoeurement.
Sam était partagée entre la fureur et l’humiliation. Comment
avait-il osé se comporter de la sorte avec elle !!? Elle le détestait
! Oh oui, comme elle le détestait à cet instant !! Si seulement
il n’avait pas été son supérieur, elle lui aurait
flanqué son poing dans la figure ! Avec quelle délectation elle
aurait entendu les os de son nez craquer sous le choc !!!
Elle marchait aux côtés de Teal’c depuis quelques minutes
déjà lorsqu’elle finit par exploser :
- Je le hais, Teal’c ! Je ne le supporte plus ! Mais pourquoi fait-il
ça ?? S’il ne veut plus de moi, qu’il le dise et je changerais
d’équipe le jour même !
Le Jaffa resta silencieux quelques secondes puis se tourna vers elle.
- Ce n’est pas ce qu’il veut, Major Carter.
- Vraiment ? C’est pourtant l’impression que j’ai ! Il est
sans arrêt sur mon dos, à critiquer tout ce que je fais. J’ai
le sentiment d’être plus un boulet qu’autre chose ! Un caillou
dans sa chaussure ! Je suis sûre qu’il n’a qu’une envie:
se débarrasser de moi !
- Pas comme vous le pensez.
Sam le regarda de travers tout en continuant de marcher avec rage.
- Et selon vous ? Que cherche-t-il ? Pourquoi est-il comme ça ?!
- Il souffre, répondit simplement Teal’c, imperturbable.
A ces mots, la jeune femme cessa d’avancer tout en attrapant le tee-shirt
du Jaffa pour qu’il s’arrête à son tour. Toute colère
venait soudain de la déserter.
- Il souffre ? Mais... pourquoi ? demanda-t-elle, un noeud à l’estomac.
- Il a peur.
- Peur ? Peur pour quoi ? Pour l’amour du ciel, Teal’c ! Soyez un
peu plus explicite !
Le Jaffa sourcilla à peine en entendant l’expression préférée
de Jack dans la bouche de la jeune femme.
- Il a peur pour vous. Il ne veut pas qu’il vous arrive quelque chose.
Incrédule, Sam fixa son ami pendant quelques instants, enregistrant l’information,
l’analysant rapidement puis finit par secouer la tête en reprenant
la direction de la Porte.
- C’est ridicule, maugréa-t-elle pour elle-même, le doute
cependant dans son esprit.
Ils restèrent silencieux la durée du trajet restant et lorsqu’enfin
le vortex fut ouvert, Teal’c empoigna sa radio :
- O’Neill ?
- Oui.
- Nous sommes devant la Porte. Le Major s’apprête à rentrer.
Il y eut un moment de silence où Sam crut qu’il avait changé
d’avis mais bien au contraire :
- Passez la Porte avec elle et revenez ensuite.
Le sang de la jeune femme ne fit qu’un tour !
- Je n’ai pas besoin de baby-sitter !!! rugit-elle dans le talkie-walkie.
- Je ne vous demande pas votre avis, Major ! Vous frisez l’insubordination
!
Plus que « friser » en fait, songea-t-elle, mais Sam n’en
avait plus rien à faire.
- Vous rendez-vous compte du prix que cela coûte d’ouvrir un vortex
à partir de la Terre ? C’est complètement stupide ! Si Teal’c
restait ici...
- Carter, coupa Jack d’une voix autoritaire et glaciale, si vous ne passez
pas cette foutue Porte dans les dix prochaines secondes, je me ferais un plaisir
de vous vendre à nos hôtes !!!
A ces mots, un brouhaha joyeux se fit entendre derrière le Colonel O’Neill.
- Il vaudrait mieux y aller, intervint Teal’c en secouant la tête,
une main apaisante sur l’épaule de Sam qui se retenait d’exploser.
Comment osait-il plaisanter dans un moment pareil... S’il plaisantait
vraiment... Comprenant qu’elle avait finalement de la chance qu’il
ne la relève pas tout simplement de ses fonctions pour insubordination,
elle finit par acquiescer et pénétra d’un pas rageur dans
le vortex.
- Elle vient de passer, O’Neill, j’y vais à mon tour.
- Bien... répondit Jack, un soupir dans la voix. On vous attend. Terminé.
***
De retour de mission, après un tour à l’infirmerie, il
avait été appelé par Hammond dans son bureau afin d’expliquer
le choix d’avoir fait rentrer Carter. Jack lui exposa le danger inutile
qu’elle aurait couru en restant avec eux, en plus du fait que sa présence
aurait été une barrière pour le traité qu’ils
étaient censés passer avec cette tribu. Le Général
accepta ces explications, faisant confiance à son jugement mais lui dit
que de toute façon, ils ne traiteraient pas avec une tribu aux moeurs
si contraires à ceux de leur pays.
Jack s’attendait évidement à cela. Comme il n’y avait
pas la moindre trace de Naquada sur cette planète, il était inutile
de se lier davantage à eux.
Quelques minutes après être sorti du bureau du Général,
O’Neill avait croisé Sam dans un couloir mais elle ne l’avait
même pas salué. Il aurait évidement pu l’arrêter,
c’était une nouvelle fois de l’insubordination pure et simple
mais il n’en eut pas le courage. Il s’en voulait suffisamment comme
cela. Elle payait cher ses craintes à lui, inutile d’en rajouter.
Mais une chose, qu’il avait du mal à pardonner, était la
présence répétée de Summers aux côtés
de la jeune femme. Depuis le retour de Carter, il était littéralement
accroché à ses basques et Jack commençait à en être
prodigieusement agacé... Agacé... Le mot était peut être
un peu faible... furieux, était certainement plus proche de la réalité.
Bref, tout ceci n’arrangeait rien à son état mental déjà
on ne peut plus perturbé. Il avait sérieusement pensé tout
laisser tomber, songeant que tout ça ne rimait plus à rien mais
l’idée de laisser Carter seule dans une autre équipe, à
des années lumières sans savoir ce qui lui arrivait, lui était
tout simplement insupportable. Alors il serrait les dents et continuait, crevant
littéralement de peur à l’idée qu’il lui arrive
quelque chose, accablé à l’idée qu’elle tombe
sous le charme de ce type...
Il ne voyait pas d’issus...
***
Daniel, Teal’c et Sam se trouvaient au mess depuis quelques minutes déjà
et la discussion dévia inévitablement vers le Colonel O’Neill.
- Je ne veux pas en parler, Daniel ! s’exclama aussitôt Carter,
exaspérée...
Le seul nom de « Jack » lui était devenu insupportable. Dès
qu’elle l’entendait, une inévitable rage venait la submerger
aussitôt.
Ils furent interrompus par l’arrivée de Mike qui s’assit
en face de la jeune femme un plateau dans les mains.
- Laissez-moi deviner ! Vous parlez du Colonel O’Neill !
De suite, il eut droit à un regard furibond de la jeune femme et un sourire
amusé de Daniel.
- Exactement, acquiesça ce dernier.
- Je n’ai pas compris pourquoi Sam était rentrée avant vous.
Elle n’a rien voulu me dire.
- Jack l’a renvoyée !
- Daniel ! intervint la jeune femme, humiliée et furieuse. Il ne m’a
pas « renvoyée » !
Elle ne put cependant rien rajouter car, apparemment, elle n’était
pas certaine d’avoir raison...
- O’Neill a simplement choisi de mettre le Major Carter à l’abri,
expliqua Teal’c, sans lever la tête de son assiette.
Mike fixa attentivement le visage de Sam.
- Vraiment ?
- ... Il semblerait, selon Teal’c... murmura la jeune femme embarrassée.
Mais je n’en jurerais pas...
- Intéressant... murmura Mike tout en plongeant sa fourchette dans son
assiette.
- Qu’est ce qui est intéressant ? demanda Daniel.
- Rien...
Un silence se fit où tous se concentrèrent sur le contenu de leur
plateau jusqu’à ce que Sam sursaute. Mike la regarda passer d’écarlate
à livide, puis de nouveau écarlate ce qui lui apprit, sans même
se retourner, que le Colonel O’Neill venait de faire son entrée
au mess. Tandis que Summers prenait déjà son plateau
afin de laissait la place à ce dernier, Sam posa une main sur
son bras, ce qui eut pour effet de lui couper tous ces moyens.
- Non, ne bougez pas. Je n’ai plus faim, fit-elle en se levant avant de
quitter les lieux, ceci sans un regard vers son supérieur.
Ce dernier posa son plateau sur la table sans le moindre commentaire et lança
une oeillade meurtrière à Mike.
O’Neill avait apparemment vu le geste de Sam à son égard,
songea le jeune homme, sentant que sa théorie se confirmait...
Pendant
longtemps, il n’avait pas compris le comportement incohérent du
Colonel jusqu’à ce qu’il croise, il y a deux semaines, son
regard étrangement expressif posé sur le Major Carter... Pensant
certainement que, d’où il était personne, ne le voyait, il
l’avait fixée un long moment avec une intensité qui ne laissait
que peu de doute sur ses sentiments. Mike trouvait étrange qu’il
se soit permis un tel regard au risque d’être vu par une tierce
personne mais aux dires des membres de SG1, le Colonel O’Neill ne semblait
plus dans son état normal.
Ils s’étaient confiés à lui à ce sujet avec
la confiance de personnes ayant passés plusieurs mois ensemble à
risquer leurs vies, côte à côte, et Summers avait été
heureux de constater que ce lien qui les avait unis n’était pas
rompu…
Ses pensées furent brusquement interrompues par la voix sèche
de son supérieur.
- Vous connaissez la loi de non-fraternisation, je présume ? lui demanda
Jack à la surprise de tout le monde.
Mike rougit violemment, furieux contre lui-même qu’il ait si facilement
remarqué son attachement pour le Major Carter et qu’il y fasse
allusion, ainsi, comme si de rien n’était, devant Teal’c
et Daniel... Sentant le regard des trois hommes posés sur lui, il serra
confusément sa fourchette dans la main, le front brûlant.
- ... Euh... Bien sûr, Mon Colonel...
Son ventre se noua tout à coup devant l’expression glaciale et
peu amène de son supérieur. Il n’était pas bon d’être
l’ennemi de Jack O’Neill. Il le savait parfaitement...
- Bien... Je voulais juste en être sûr...
Sur ces mots, le Colonel s’attaqua à son assiette sans tenir compte
du regard interrogateur de Daniel et de Teal’c... Le reste du repas se
fit en silence.
***************************
Sam se tournait et retournait dans son lit, cherchant en vain le sommeil. Finalement,
en désespoir de cause, elle se redressa dans un soupir et s’assit
en serrant les poings.
Jamais elle n’avait été aussi confuse dans ses sentiments.
La plupart du temps les choses étaient simples : soit elle aimait, soit
elle détestait, soit elle était indifférente... Mais là,
Sam était désespérément partagée. Elle l’aimait
et elle le détestait comme jamais elle n’avait aimé et comme
jamais elle n’avait détesté de toute sa vie.
Elle avait éperdument envie de lui tout en devant se réfréner
à chaque fois qu’elle le croisait pour ne pas le rouer de coups.
Elle brûlait littéralement du besoin de caresser sa peau tout en
songeant avec quel plaisir elle la lui lacérerait...
Bref ! Ses sentiments à son égard étaient plus violents
que jamais. Certes, elle continuait de l’aimer mais, depuis quelques mois,
la tendresse avait fait place à un désir que sa colère
n’avait fait qu’exacerber. Désir et colère. Amour
et haine... Elle ne comprenait plus rien.
Lorsqu’elle parvenait à dormir, elle se réveillait en sueur
avec la dérangeante impression qu’elle venait de passer sa nuit
à se battre contre lui ou à lui faire l’amour... C’était
violent, c’était brutal mais Dieu ! que c’était bon
! Bon mais tellement frustrant !
Ce feu en elle, cette rage ne disparaissait pas hélas. Dès qu’elle
le voyait, à l’instant même où elle croisait son
regard, son corps se mettait littéralement à brûler. Ses
muscles se tendaient. Ses poils se hérissaient... Elle devait alors faire
un suprême effort sur elle-même pour ne pas lui sauter à
la gorge... ou lui sauter dessus...
Une poussée de désir monta tout à coup en elle ce qui la
rendit encore plus furieuse contre sa propre faiblesse. Jamais elle ne pourrait
continuer dans ces conditions... A la prochaine mission, si ça se passait
mal... elle demanderait à être mutée...
***
L’ambiance dans le groupe était on ne peut plus tendue... A peine
arrivés sur P4X103, ils s’étaient mis en marche dans un
silence pesant qu’aucun membre de l’équipe ne se sentait
le courage de briser. Lorsqu’ils parvinrent aux ruines que la sonde avait
détectées quelques centaines de mètres plus loin, pas un
mot n’avait été prononcé.
- Jack, déclara enfin Daniel. Je vais avoir besoin de Teal’c pour
traduire ça.
Aussitôt le Jaffa s’avança vers l’archéologue
mais O’Neill l’arrêta au passage.
- Après. Nous allons nous séparer et faire le tour des lieux pour
être sûr qu’il n’y a rien à craindre. Carter
et vous resterez près de la Porte.
- Sam peut très bien s’en occuper avec vous. Autant commencer tout
de suite la traduction, dit pourtant Daniel, indifférent au regard noir
que son ami posait sur lui.
- J’ai dit que j’y allais avec Teal’c !
Ces mots secs furent reçus par un silence pesant et Daniel ne put s’empêcher
de jeter un oeil navré vers la jeune femme. Celle-ci serrait les poings
avec rage et semblait avoir du mal à se contenir mais finalement, parvint
à garder le silence.
Teal’c et Jack se séparèrent donc chacun de leur côté
et Sam, d’un regard, convainquit Daniel de ne faire aucun commentaire.
Elle ne l’aurait pas supporté.
Il s’écoula une bonne quinzaine de minutes avant que leur radio
ne grésille.
- O’Neill ?
- Oui ?
- Je viens de découvrir un camp Jaffas. Ils sont à la solde de
Ba’al.
- Très bien. Ne bougez pas, on vous rejoint... Donnez nous votre position.
Ceci fait, la voix d’O’Neill retentit de nouveau :
- Carter !
- Oui ?
- Retrouvez Teal’c et restez cachés jusqu’à ce que
j’arrive... Est-ce que c’est clair, Major ? se sentit-il obligé
de rajouter.
La jeune femme ferma les yeux, tentant de refouler de nouveau la colère
qui montait en elle...
- Parfaitement clair, parvint-elle à répondre, les dents serrées.
Se tournant vers Daniel, elle l’incita à ranger ses affaires rapidement
puis ils partirent rejoindre leur ami Jaffa. Comme prévu, ils arrivèrent
avant Jack.
Couchés à même le sol, munis de jumelles, ils observaient
l’activité en bas de la colline.
- Que font-ils ? demanda Daniel.
- On dirait qu’ils attendent quelqu’un... déclara Teal’c.
En effet, des dizaines de Jaffas étaient alignés, en rang, à
quelques mètres d’un vaisseau Al’kesh. Mais curieusement,
la personne qui en sortit n’était pas Ba’al mais une femme
qui leur était inconnue. Intriguée, Sam tenta de voir son visage
mais ils étaient beaucoup trop loin pour ça.
- Je vais me rapprocher et essayer de prendre une photo...
Teal’c posa aussitôt une main sur son épaule.
- O’Neill nous a dit de ne pas bouger.
Carter rougit violemment et se dégagea d’un mouvement brusque.
- Le Colonel n’est pas là et en attendant, je suis la plus gradée.
Normal, le Jaffa et Daniel n’étaient pas militaire, songea-t-elle
un peu trop tard…
Sans plus attendre, elle recula et s’éloigna afin de contourner
le rocher qui les cachait. Jackson et Teal’c se regardèrent, songeant
qu’ils allaient avoir droit à une sacré scène dès
que Jack arriverait.
Quelques minutes plus tard, celui-ci les rejoignit au pas de course, passablement
essoufflé.
- Où est Carter ? demanda-t-il de suite, à peine arrivé
à leurs côtés.
Teal’c pointa un doigt vers une forme aplatie au sol à quelques
mètres seulement des troupes Jaffas. Le coeur de Jack s’emballa
aussitôt tandis qu’une sourde angoisse lui nouait l’estomac.
- Qu’est ce qu’elle fout la-bas !!! explosa-t-il de suite, empoignant
déjà sa radio.
Mais il arrêta aussitôt son geste. A cette distance, le moindre
bruit la ferait repérer... Jetant un regard noir sur ses deux coéquipiers,
il finit par rugir :
- Je vous avais dit de rester cachés !!!
Daniel fit un geste d’impuissance et Jack finit par grogner tout en commençant
à s’éloigner à son tour. Il se retourna cependant.
- Vous ne bougez pas !!
Rassuré par les acquiescements répétés de l’archéologue,
il finit par se fondre dans les bois afin de rejoindre son second.
Jack eut un mal fou à garder le peu de calme qu’il lui restait
encore. Il devait pourtant avancer avec prudence et lenteur afin de ne pas se
faire remarquer. Il était à mi-parcours, lorsqu’un léger
bruit le fit s’arrêter aussitôt, le doigt sur la gâchette
de son P90. Lorsqu’il redressa prudemment la tête, il se retrouva
nez à nez avec Carter.
Passés la surprise et le soulagement, une rage indescriptible due à
la peur atroce de la perdre le submergea tout à coup. Elle s’en
rendit certainement compte puisqu’elle eut un mouvement de recul en croisant
le regard sombre de son supérieur.
- Carter ! Je pourrais vous faire passer en cours martiale pour ça !
s’exclama-t-il à voix basse cependant.
Les yeux de la jeune femme se mirent aussitôt à lancer des éclairs.
- J’ai pris des photos de...
- Je ne veux rien savoir ! explosa-t-il en attrapant le poignet de Sam. Vous
avez désobéi à un ordre direct !
Elle grimaça sous la douleur tandis qu’il resserrait encore son
étreinte.
- Lâchez moi, grogna-t-elle furieuse.
- Oh non ! Vous seriez capable d’aller courir tout droit dans les pattes
de ces jaffas !
- Comment osez-vous ?! J’ai fait mon travail ! Celui-là même
que vous m’empêchez de faire depuis plusieurs mois, d’ailleurs
!
Jack allait répondre lorsque sa radio se mit à grésiller.
- O’Neill !
- Quoi ?!!
- Cinq Jaffas arrivent vers vous, à dix heures.
Aussitôt les deux militaires s’aplatirent au sol, le coeur cognant
dans leurs poitrines. Jack n’avait pourtant pas lâché le
poignet de Sam qui faisait toujours des gestes désespérés
pour se libérer.
- Arrêtez ça, persifla-t-il, rageusement.
- Vous me faites mal !
Réalisant qu’en effet, il la tenait peut être un peu trop
fort, il finit par desserrer son étreinte mais se refusa à la
lâcher.
- Vous êtes buté ! grogna-t-elle tentant cependant un dernier mouvement
mais hélas, ce faisant, son pied dérapa et quelques graviers roulèrent
en bas du léger dénivelé faisant un bruit qui leur sembla
assourdissant.
Ils entendirent alors des pas rapides se rapprocher dangereusement d’eux,
suivis aussitôt de tirs venant des hauteurs. Leurs amis avaient certainement
estimé qu’ils devaient faire diversion, les jaffas s’apprêtant
à les découvrir.
Ni une ni d’eux, Jack et Sam se levèrent d’un bond et tirèrent
à leur tour. Pris ainsi en sandwich, l’ennemi ne put rien faire.
Mais, en revanche, les dizaines d’autres qui, alertés par l’attaque
venaient de tourner la tête vers eux, constituaient un réel danger!
Aussi, sans demander leurs restes, les quatre membres de SG1 prirent leurs jambes
à leurs cous !
Une longue course poursuite commença. Grâce à l’épaisseur
de la forêt, ils purent rester à l’abri du vaisseau Al’kesh
qui avait décollé et tirait plus ou moins à l’aveuglette.
Quelques minutes plus tard, ils rejoignirent la Porte et Daniel entra les coordonnées.
Une fois le vortex créé, Jack empoigna brutalement le bras de
Sam et la poussa vers celui-ci.
- Allez-y ! s’exclama-t-il tandis que des tirs commençaient à
siffler autour d’eux.
Elle le regarda avec colère puis tendit la main vers le docteur Jackson
qui s’était à présent retourné pour les couvrir.
- Daniel ! On y va !
- Carter !!! Je vous ai donné un ordre ! s’écria alors O’Neill.
Celle-ci hésita quelques secondes, suffisamment pour qu’un tir
passe si près d’elle qu’il lui effleura le bras. Dans un
cri de surprise plus que de douleur, elle posa précipitamment la main
sur sa blessure ce qui fit aussitôt réagir Jack.
- Carter !!! s’exclama-t-il en se précipitant vers elle l’obligeant
à s’accroupir derrière le DHD.
Otant avec autorité la main de Sam afin de regarder la blessure, il ordonna
à Daniel de passer le vortex. Celui-ci ne se fit pas prier et bondit
dans la flaque luminescente. Réalisant que sa blessure n’était
en fait qu’une égratignure, son anxiété se mua de
nouveau en colère.
- Passez cette putain de Porte, Major !!
Sur ce, il la prit par le bras et s’engouffra avec elle dans le vortex.
Une fois sur Terre, il la lâcha brutalement et ouvrit la bouche pour demander
la fermeture de l’iris mais fut stoppé net avant même
d’avoir commencé.
- Non !! avait alors hurlé Sam, à ses côtés.
Incrédule, encore plein de rage, son coeur cessa de battre lorsqu’il
découvrit le visage horrifié de son second. Elle l’incita
alors à se tourner vers la Porte et quelques secondes plus tard, Teal’c
fit son apparition. Alors seulement, Sam le lâcha et de sa voix la plus
forte ordonna la fermeture de l’iris.
Dans un état second, Jack comprit que sans la présence d’esprit
de Carter, il aurait tué Teal’c. Il avait tellement été
obnubilé par son besoin de mettre Sam en sécurité qu’il
avait complètement oublié que le Jaffa n’avait pas encore
passé la Porte !
Horrifié, il croisa le regard interdit de la jeune femme qui se radoucit
soudain lorsqu’elle comprit combien il était bouleversé.
Elle s’approcha de lui, posant une main rassurante sur son bras mais,
furieux contre lui-même il se dégagea, la repoussa brusquement
et envoya d’un geste violent son casque contre le mur de la salle, faisant
sursauter les personnes présentes autour de lui.
Seule Sam savait pourquoi il était si bouleversé. Personne n’avait
vu l’erreur qu’il s’apprêtait à commettre car
elle l’avait arrêté juste avant, aussi, c’est avec
une incompréhension totale que le Général Hammond vit son
second passer devant lui sans un geste et disparaître dans les couloirs.
- Colonel !!! S’exclama-t-il alors afin de l’arrêter.
- Mon Général, intervint Sam arrivant près de son supérieur.
Il est parti à l’infirmerie... Nous vous ferons un rapport lors
du débriefing... Il faut juste qu’il... décompresse.
Hammond hésita quelques secondes puis finit par acquiescer, jetant un
oeil inquiet sur la tâche de sang qui maculait la chemise de la jeune
femme.
- Votre bras...
- Ce n’est presque rien...
- Très bien. Allez tous à l’infirmerie. Débriefing
dans vingt minutes.
***
Lorsqu’ils arrivèrent à l’infirmerie, Jack s’y
trouvait déjà. Le regard sombre, il restait immobile, se prêtant
aux examens avec une docilité qui surprit Janet. Elle tenta de le faire
parler à plusieurs reprises mais finit par abandonner devant l’air
accablé du Colonel.
En s’occupant de Sam, elle essaya de tirer quelques informations de son
amie mais en vain. Aussi, finit-elle par les laisser repartir pour le débriefing.
- Alors ? commença Hammond une fois SG1 installée. Colonel ?
Celui-ci resta cependant silencieux, perdu dans la contemplation de ses mains.
Sam intervint.
- Nous sommes arrivés sur P4X103, tout était calme. Daniel et
moi sommes alors restés près des ruines à quelques centaines
de mètres de la Porte, et le Colonel et Teal’c sont partis repérer
les lieux.
- J’ai découvert un groupe de Jaffas qui portait le symbole de
Ba’al, intervint alors Teal’c, mais le Goa’uld avec eux était
une femme qu’on ne connaissait pas.
- Daniel et moi l’avons rejoint en premier et je me suis rapprochée
pour prendre des photos... Le Colonel est ensuite arrivé et... nous avons
hélas été découverts. Nous avons fui puis sommes
rentrés sur Terre...
Sam jeta un oeil vers Jack qui avait gardé les yeux baissés tout
au long de son récit. Mais à présent, il la regardait avec
une expression indéchiffrable, attendant presque qu’elle le crucifie
sur place...
- C’est tout, conclut-elle alors.
Elle vit aussitôt le Colonel froncer les sourcils puis s’apprêter
à ouvrir la bouche mais la jeune femme le devança.
- C’est tout ! répéta-t-elle avec plus de force.
Tous se tournèrent vers elle, mais Sam baissa les yeux vers ses mains
serrées l’une contre l’autre, espérant qu’O’Neill
resterait silencieux.
Hammond, sentant qu’on lui cachait quelque chose finit par se tourner
vers son second.
- Colonel ? ... Est-ce tout ?
La jeune femme releva aussitôt les yeux vers ce dernier, le regard inflexible, lui
suppliant mentalement de garder sous silence l’histoire de l’iris.
Il fronça de nouveau les sourcils, serrant les dents... Il se sentait responsable d’avoir failli tuer son ami et passer cela sous
silence était à ses yeux l’une des pires choses qu’il
pouvait faire... Mais à présent, s’il disait la vérité,
c’était Carter qui aurait des ennuies. Elle avait menti pour lui...
- C’est tout... Mon Général... acquiesça finalement
Jack, un regard indéchiffrable posé sur Teal’c qui n’avait
aucune idée du pourquoi de son hésitation.
- Bien. Ces photos nous seront sûrement utiles. Bon travail SG1.
Sur ce, Hammond se leva et disparut dans son bureau. Sans un mot, Jack se redressa
à son tour et, après un dernier regard vers Carter, sortit de
la pièce. Celle-ci, hésitante, finit par le suivre. A sa vitesse
et à sa façon lourde de marcher, elle comprit rapidement qu’il
était furieux. Elle savait qu’elle aurait du l’éviter
mais il était temps qu’ils aient une petite discussion tous les
deux. Compte tenu du désastre de cette mission, il était à
présent hors de question qu’elle restât plus longtemps dans
cette équipe...
Elle le vit se retourner légèrement, conscient qu’il
était suivi. Lorsqu’il découvrait qu’il s’agissait
d’elle, il fit encore quelques pas et finit par s’arrêter
brusquement. Il ouvrit la porte à sa droite, passa la tête à
l’intérieur puis voyant la pièce vide, attrapa la jeune
femme par le bras au moment où elle parvenait à sa hauteur et
s’engouffra avec elle à l’intérieur. Il s’agissait
de la salle de surveillance de l’étage. Des dizaines d’écrans
les entouraient. Le capitaine Jennings qui était censé s’en
occuper devait être parti faire une pause...
- Je ne vous ai jamais demandée de me couvrir ! commença Jack
en lâchant son bras avec brusquerie.
Furieuse qu’il ne soit pas plus reconnaissant, Sam sentit le peu de bon
sentiment qui lui était revenu à son égard, s’évaporer
en un instant.
- Mais de rien, Mon Colonel ! C’était un plaisir de vous aider,
railla-t-elle exaspérée.
- J’ai commis une erreur qui a failli coûter la vie à un
de mes hommes ! Je n’avais pas le droit de le cacher !
Sam vit rouge :
- On ne fait que ça, se cacher depuis des semaines ! Moi je couvre votre
comportement totalement incohérent et vous mon insubordination ! Au point
où on en est...
Jack attrapa de nouveau le bras de la jeune femme.
Pourquoi faisait-il toujours ça, en ce moment ? A croire qu’il
avait besoin de la toucher toutes les deux minutes !
- Là il s’agit de la vie de Teal’c !
- Et les autres fois de la mienne ! hurla-t-elle sentant les doigts de son supérieur
marquer un peu plus sa chair tandis qu’il resserrait son étreinte.
- Vous n’obéissez plus à mes ordres, Carter !! Comment voulez
vous que je gère mon équipe correctement quand mes hommes me désobéissent
sans arrêt !
- Vos ordres sont totalement illogiques ! Est-ce que vous vous en rendez seulement
compte ??
- Les ordres sont les ordres!! Si je vous demandais de sauter par une fenêtre
du dixième étage, vous seriez censée le faire !
- Désolée d’avoir un cerveau et de m’en servir, Mon
Colonel ! Ce qui n’est visiblement pas le cas de tout le monde ici !
C’est à cet instant qu’elle comprit qu’elle était
allée trop loin... Elle vit le poing de son supérieur se refermer
et sentit dans ses yeux l’envie qu’il avait de le lui balancer dans
la figure. Mais elle-même se contrôlait difficilement et finalement
aurait préféré qu’il la frappe pour pouvoir à
son tour se défouler ! Peut-être que si elle insistait encore un
peu, il finirait par perdre le contrôle !
- Faites attention Carter... Je suis un cheveu de vous...
Mais il ne finit pas sa phrase tant sa fureur était grande...
- Allez-y, Mon Colonel ! Je n’attends que ça ! s’exclama-t-elle
se préparant déjà à esquiver les coups.
Mais la nature de l’attaque ne fut pas celle qu’elle escomptait...
Elle fut projetée brutalement contre le mur et son coeur s’arrêta
de battre lorsqu’elle sentit contre ses lèvres la bouche vorace
de Jack.
Il lâcha aussitôt son poignet et ses mains commencèrent à
la caresser avec fièvre tandis qu’il se collait à elle en
gémissant. Ainsi prise en sandwich, son premier réflexe fut de
tenter de se dégager. Elle détourna la tête mais ne fit
que déplacer le problème...
A présent, il faisait glisser ses lèvres sur la peau de son cou,
pressant ses reins contre les siens, lui ôtant soudain toute envie de
se débattre. Un gémissement s’échappa de ses lèvres
lorsqu’elle sentit son corps se tendre instinctivement vers lui, brûlant
sous ses mains, attendant avec désespoir qu’il parvienne à
sortir le tee-shirt de son pantalon pour que sa peau entre enfin en contact
avec la sienne...
C’était surréaliste… C’était lui, contre
elle. Lui, le Colonel O’Neill, Jack, qui l’embrassait avec passion,
qui la caressait, qui se pressait avidement contre elle. C’était
sa peau, ses mains, son odeur, son visage, son corps… Elle sentit ses
jambes faiblir sous elle, tant les émotions qui l’envahissaient
étaient puissantes…
Tentant de retrouver un semblant de raison, pour ne pas sombrer totalement,
elle ouvrit les yeux et regarda autour d’elle… C’est à
cet instant, dans son esprit fiévreux, qu’elle reconnut le capitaine
Jennings sur l’un des écrans. Son estomac se noua aussitôt.
Il venait vers eux !
La peur au ventre à l’idée qu’on les découvre,
Sam finit par recouvrer ses esprits et tenta de repousser Jack.
- Il arrive... dit-elle, aussitôt bâillonnée par la bouche
avide de son supérieur.
L’espace d’un instant, elle perdit totalement la notion de ce qui
l’entourait et son corps fut de nouveau parcouru d’un violent frisson
de désir. Elle écarta instinctivement les lèvres répondant
à son baiser avec ardeur et fièvre tandis que les mains du Colonel glissaient sur ses fesses pour la coller un peu plus encore
contre lui… puis la réalité lui revint à l’esprit.
Sam reporta son attention vers les écrans et découvrit avec horreur
que Jennings n’était plus qu’à quelques dizaines de
mètres d’eux !
Elle posa alors ses mains sur le torse de Jack et tenta de le repousser une
seconde fois mais il était aussi dur que l’acier, les muscles tendus,
la respiration haletante. Il avait perdu tout contrôle sur lui-même,
songea la jeune femme avec un dérangeant mélange de crainte et
d’excitation. Et s’il continuait comme ça, c’est elle
qui le prendrait de force...
Aussi, dans un geste désespéré, elle finit par lui mordre
brusquement la langue. Il recula aussitôt en grognant, mais curieusement,
cela ne l’arrêta pas pour autant. Tandis qu’il s’apprêtait
à fondre de nouveau sur elle, Sam leva la main et le gifla violemment.
Cette fois-ci, il stoppa net, une main contre sa bouche. La respiration saccadée,
le regard perdu, il finit par redresser la tête. Devant l’expression
bouleversée et troublée de la jeune femme, il recouvra ses esprits
et recula précipitamment. Il la regarda un long moment et Sam, encore
partagée entre un désir violent et le besoin de se trouver une
contenance, ne put que le fixer silencieusement…
Elle finit cependant par faire un pas vers lui afin de lui expliquer pourquoi
elle l’avait repoussé mais déjà il ouvrait la porte
et se précipitait à l’extérieur. Elle voulut en faire
de même mais ses jambes ne la portaient plus. Elle remit d’une main
tremblante son tee-shirt dans le pantalon, arrangea ses cheveux juste à
temps pour voir entrer Jennings dans la pièce.
Celui-ci s’arrêta aussitôt en la découvrant.
- Major ? Que...
Afin de cacher son trouble, Sam se tourna vers le jeune capitaine et fronça
les sourcils.
- Vous n’êtes pas censé laisser cette pièce sans surveillance,
Jennings !
Aussitôt, le pauvre soldat se mit au garde à vous, livide.
- Je... Je suis désolé, Major.
- Que cela ne se reproduise pas ! Est-ce clair, Capitaine ?
- Tout... tout à fait clair, balbutia l'homme.
Sans un mot de plus, Carter le contourna et s’apprêtait à
sortir de la pièce lorsque Jennings l’interpella.
- Major ?
- Quoi ?
- ... Le sergent Siler vous cherche... Il y a un problème avec l’iris...
Sam soupira...
- Très bien.
Et elle sortit. Une fois dans le couloir, elle songea à aller voir de
suite le Colonel O’Neill pour parler de ce qui venait de se passer...
Mais elle fut stoppée net dans son élan :
« Le Major Carter est demandé en salle de commande de toute urgence
»
Dans un soupir de frustration, Sam serra les poings, tenta de retrouver un rythme
cardiaque à peu près acceptable et chasser de ses pensées
les baisers fiévreux et le regard brûlant de son supérieur...
en vain...
***
Sam passa les heures suivantes dans un état second. La réparation
qui d’ordinaire lui aurait demandée une heure tout au plus se prolongeait
dramatiquement, au grand damne de la jeune femme. Difficile de se concentrer
lorsqu’à chaque instant votre esprit est inexorablement transporté
à quelques dizaines de mètres de là, dans une pièce
étroite, avec l’homme que vous désirez depuis plus de sept
ans... Cet homme qui vous observe comme s’il allait vous dévorer...
Son regard brûlant posé sur vous... Son regard...
- Major Carter ?
Sam revint aussitôt à elle en rougissant.
- Oui... ? Teal’c ?
- Vous vous sentez bien ? Vous fixez le mur depuis au moins cinq bonnes minutes
sans bouger...
La jeune femme sourit, passablement gênée, puis se remit de suite
au travail.
- Oui merci, Teal’c... J’ai juste du mal à me concentrer,
aujourd’hui.
Le Jaffa acquiesça seulement avant de s’éloigner.
Sam se fustigea alors mentalement, songeant que plus vite elle aurait fini cette
fichue réparation et plus vite elle pourrait aller voir le Colonel...
Le Colonel... Le visage du Colonel... Les mains du ...
- Bon sang ! s’exclama-t-elle en fronçant les sourcils, exaspérée.
Heureusement, Teal’c était déjà parti. Elle se remit
donc au travail et réussit enfin à terminer. Elle fit rapidement
les tests de vérification puis put rejoindre ses quartiers. Il fallait
juste qu’elle change de tee-shirt avant de se présenter chez lui.
Le coeur battant à se rompre, un noeud à l’estomac, la jeune
femme marcha fébrilement jusqu’à sa chambre. Une centaine
de questions tourbillonnait dans sa tête.
Pourquoi l’avait-il embrassée... ? Si on pouvait appeler ce qui
s’était passé, un simple baiser...
Que ressentait-il pour elle ?
Pourquoi se comportait-il avec elle de façon aussi... détestable
puis l’instant d’après... ?
Bref... Il fallait qu’elle lui parle.
Sam fit les derniers mètres qui la séparaient de ses quartiers
en courant, entra en coup de vent à l’intérieur, enfila
un tee-shirt propre, se lava les mains, jeta un oeil dans le miroir et fut quelque
peu effrayée par l’expression d’excitation et de fébrilité
qu’elle put lire sur son visage.
« Il faut que tu te calmes, ma fille ! Dis-toi bien qu’il ne va
pas te faciliter les choses ! Tu le connais ! Il est bien capable de tout nier
en bloc ! »
Après un ou deux coups de peigne, elle s’apprêta à
ressortir lorsqu’elle aperçut un papier au sol, près de
la porte. Elle ne l’avait pas remarqué en entrant...
Son coeur fit aussitôt un bond dans sa poitrine. Elle se précipita
jusqu’à lui, dut s’y prendre à trois fois pour réussir
à l’attraper tant ses mains tremblaient puis le déplia enfin.
C’était bien son écriture, songea-t-elle aussitôt.
« Pardonnez-moi »
Elle fut un peu déçue par ce message court mais qu’espérait-elle
de lui ? Un roman ? Une déclaration ? ... Ridicule.
Enfin... Au moins, il ne niait pas.
Enfonçant le papier dans sa poche, elle sortit précipitamment
de sa chambre et se dirigea d’un pas fébrile vers les quartiers
de son supérieur. Arrivée enfin devant, elle s’arrêta.
Elle avait les mains moites, le coeur sur le point d’exploser, la respiration
saccadée... Sans parler du tremblement de ses jambes. Comment pouvait-elle
être dans un état aussi lamentable à la simple idée
de voir un homme alors qu’elle réussissait à garder son
calme face à la mort elle-même?
Qu’allait-elle lui dire d’ailleurs ? ... Comment allait-il la recevoir
? Et s’il lui refermait la porte au nez ? On ne pouvait pas dire que c’était
la grande entente entre eux depuis quelques temps... Pourtant, il avait suffit
d’une étreinte pour que toute sa rancoeur à son égard
disparaisse. Il n’y avait plus de haine, de colère et de soif de
vengeance... Juste de l’amour, de la passion et du désir... Et
quel désir...
Sam sentit ses jambes se remettre à trembler mais cette fois-ci, l’appréhension
n’en était pas la cause.
- On se détend... murmura-t-elle alors en tentant de respirer le plus
profondément possible.
Passablement calmée, très passablement, Sam leva une main tremblante
et toqua à la porte. Elle attendit quelques secondes, les battements
de son coeur résonnant jusque dans ses oreilles... Rien... Elle réitéra
plusieurs fois son geste mais personne ne répondit. Elle tenta un «
Mon Colonel ? » tremblant... Toujours rien.
Terriblement déçue, une étrange envie de fondre en larmes,
Sam finit par se détourner. Il était peut être en salle
de sport avec Teal’c ?
Ni une ni deux, elle se remit en marche mais sans plus de succès... Elle
alla au mess, chez Daniel... Personne. En désespoir de cause, elle se
dirigea vers le bureau du Général et toqua à sa porte.
« Pas là non plus... » songea-t-elle en se mettant au garde
à vous devant son supérieur.
Trop déçue pour s’en rendre compte de suite, elle finit
par trouver l’expression d’Hammond des plus étranges. Il
ne l’avait toujours pas saluée alors que cela faisait bien trente
secondes qu’elle était en face de lui, à attendre, le bras
levé.
- Mon Général ? ça ne va pas ? demanda-t-elle, gardant
cependant la pose.
Hammond releva la tête, presque surpris de trouver quelqu’un dans
son bureau, puis réalisant qu’il s’agissait de Carter, il
s’éveilla quelque peu.
- Pourriez-vous m’expliquer... ça ? bredouilla-t-il en lui tendant
alors une enveloppe qu’il tenait dans ses mains depuis qu’elle était
entrée dans la pièce.
Hésitante, une sourde appréhension affluant en elle, Sam finit
par baisser le bras et prendre ce qu’on lui tendait. Elle reconnut de
suite l’écriture penchée et dynamique de son supérieur
direct.
« Lettre de démission »
Son coeur se serra aussitôt.
- Quand vous a-t-il donné ça ?
- ... Il y a deux heures... Je n’ai eu droit à aucune explication.
Sam regarda Hammond. Celui-ci semblait vraiment peiné...
- Je n’ai même pas eu le temps de lui dire... commença-t-il
avant de se taire dans un soupir.
Il passa une main lasse sur ses yeux avant de s’enfoncer un peu plus dans
son siège.
- Lui dire quoi... Mon Général ?
- ... L’état major a décidé de le nommer Brigadier
Général. Je pensais pouvoir enfin prendre ma retraite et lui laisser
les commandes de la base.
A ces mots, Sam sourit aussitôt.
- Waouh ! C’est fantastique, il ...
Mais elle se tut, songeant à l’enveloppe qu’elle tenait encore
dans sa main... Elle ne pouvait pas laisser faire cela. Elle comprenait aisément
les raisons de sa décision mais elle se refusait à les accepter.
Certes, il y avait quelques points sombres dans son comportement, mais elle
était certaine qu’une bonne discussion avec lui résoudrait
tous les problèmes !
Posant l’enveloppe sur le bureau d’Hammond, la jeune femme redressa
la tête :
- Le Colonel est rentré chez lui ?
- ... Oui, juste après être passé ici.
- Je vous demande l’autorisation de sortir de la base, Mon Général.
Celui-ci fixa quelques instants la jeune femme, puis devant son air décidé,
il se détendit quelque peu. S’il y avait une personne capable de
le faire changer d’avis c’était bien elle.
- Accordé, Major.
Sam lui sourit, encourageante, le salua, puis sortit de la pièce. Elle
ne prit même pas le temps de se changer, récupéra les clefs
de sa voiture, et se dirigea d’un pas vif jusqu’à l’ascenseur.
« Existe-il un engin plus lent que ce fichu monte-charge ? » se
demanda-t-elle au bout de dix bonnes minutes tandis qu’elle arrivait enfin
à la surface.
Elle salua à peine les quelques gardes en faction à l’extérieur,
monta dans sa voiture et démarra sur les chapeaux de roue ! Il lui fallut
au moins vingt bonnes minutes pour arriver jusque chez lui mais découvrit
avec désespoir les volets fermés et aucune voiture garer devant...
« Il n’est pas là... » songea-t-elle découragée,
en s’adossant lourdement sur son siège. Son corps ne supporterait
plus aucune hausse de tension... A ce rythme là, elle était bonne
pour la crise cardiaque...
- Son chalet !! s’exclama-t-elle alors, retrouvant aussitôt son
entrain.
Evidement, il était forcément là-bas !
Attrapant son téléphone, elle composa le numéro du Général
afin de lui en demander l’adresse. Une fois celle-ci en poche, elle redémarra
et s’élança sur la route.
************************************
Cela faisait maintenant dix bonnes minutes qu’il était assis
devant le lac, une bière à la main, sans que son corps ne parvienne
à se détendre... Ce paysage grandiose qui d’ordinaire arrivait
toujours à lui faire oublier ses soucis lui sembla tout à coup
sans attrait... Vide. Morne...
« Désespérément à
mon image » songea-t-il en finissant sa bière.
Aujourd’hui, il venait de tout perdre. Son travail et ses amis par son
incompétence et la femme de sa vie par sa brutalité. Que lui restait-il
? Un chalet, un lac sans poisson... et lui. Seul.
D’un geste rageur, il envoya sa bouteille vide contre un arbre, qui se
brisa sous le choc. S’il espérait se saouler comme il se doit,
il s’y prenait bien mal. A ce rythme là, il serait encore sobre
dans deux jours... Il lui fallait quelque chose de plus fort !
Il se leva donc et rentra dans son chalet afin d’y dénicher le
Whisky qu’il gardait pour les grandes occasions... La fin de sa vie !
Voilà quelque chose à fêter !
A peine dans sa main, il la déboucha et but quelques gorgées à
même la bouteille. Il sentit une chaleur brûlante inonder son corps
mais ne s’arrêta que lorsque la douleur devint suffocante. Inutile
d’aller trop vite, il n’en dé-saoulerait que trop rapidement...
songea-t-il avec aigreur...
S’apprêtant à ressortir, son regard croisa une photo posée
sur la cheminée de pierres. SG1 au grand complet. Il s’approcha
machinalement, la saisit et fixa son regard sur la jeune femme.
- Elle doit me détester... murmura-t-il tandis que son estomac se nouait
douloureusement.
Il revoyait son regard bouleversé, il se souvenait de la brûlure
sur sa joue... Il s’était comporté comme une bête...
un monstre. Il la traitait de la pire des façons en mission, l’humiliant
sans cesse et lui sautait littéralement dessus la seconde suivante, lui
imposant son désir, sa brutalité...
Le front brûlant de honte, Jack reposa brusquement la photo sur la cheminée
et but encore quelques gorgées. Il était impardonnable... Impardonnable...
Une bouffée de colère et de haine envers lui-même le submergea
soudain. Jamais il ne s’était autant détesté... Si...
Une fois... Là aussi, il avait tout foiré, il avait tué
l’être qu’il aimait le plus au monde...
Comment faisait-il ? Comment faisait-il pour tout détruire autour de
lui ? Songea-t-il en serrant les dents pour ne pas s’effondrer.
Soudain, il eut chaud. Il avait l’impression atroce de suffoquer. Aussi,
sa bouteille à la main, il sortit précipitamment du chalet et
se dirigea vers le lac... Si seulement il ne savait pas nager...
***
Sam parvint enfin à l’adresse indiquée. Le chalet de Jack
O’Neill. Combien de fois l’avait-il invité à le rejoindre
? Combien de fois avait-elle refusé ? Comment avait-elle pu refuser...
? A croire qu’il s’agissait d’une autre femme...
Elle s’avança lentement dans l’allée et, le coeur
battant, découvrit la voiture de Jack garée devant la maison.
L’endroit était de toute beauté mais dans son trouble, elle
n’en était même pas consciente.
- Cette fois-ci, on y est, murmura-t-elle tout en arrêtant son véhicule
à côté du sien.
Les mains de nouveau moites, elle serra le volant avec nervosité... Elle
ne savait pas du tout comment il allait la recevoir. Il était si lunatique
en ce moment...
Elle tourna alors la tête vers le chalet et son regard fut attiré
par la porte d’entrée qui était entrouverte. Curieux...
Une sourde angoisse monta en elle. A quel point s’en voulait-il pour Teal’c
et pour elle ? Il n’était quand même pas capable de faire
une bêtise ? Non... Pas lui.
Les mains tremblantes, elle ouvrit la portière de sa voiture et se dirigea
d’un pas précipité jusqu’à l’entrée
du chalet. Oubliant totalement les raisons de sa présence ici, elle toqua
à la porte sans plus attendre et finit par y entrer, n’obtenant
aucune réponse.
Personne...
C’est alors qu’au loin, elle crut entendre le cri d’un homme.
Son cœur fit un bond dans sa poitrine. Elle sortit rapidement, s’arrêta
sur le pas de la porte, l’oreille tendue, puis un nouveau grognement humain
la sortit de sa torpeur. Ni une ni deux, le coeur battant la chamade, elle prit
la direction d’où provenaient ces éclats de voix. C’était
lui... Et visiblement, il était bien vivant et de très mauvaise
humeur...
Jack tournait en rond depuis dix bonnes minutes, maintenant. Sa bouteille était
au trois quart vide mais loin d’être amorphe comme il l’avait
pensé et espéré, il se sentait curieusement éveillé,
l’esprit en ébullition. Il n’était même pas
foutu de se saouler correctement ! Ca faisait pourtant deux bonnes heures qu’il
s’y employait sans résultat vraiment probant… Il voulait
oublier ne serait-ce que quelques minutes… Il ne supportait plus cette
douleur à l’estomac, ce poignard dans le coeur.
Tout ça à cause d’elle ! A cause de cette femme ! Cette…
cette… Raaahh ! Il la haïssait ! Dieu, comme il la haïssait…
A en crever… Cette garce avec son regard si bleu et son sourire... Son
sourire...
- Qu’elle aille se faire foutre ! grogna-t-il en buvant encore quelques
gorgées sans pour autant cesser de faire les cent pas.
Elle était là à le regarder avec ses grands yeux et après
elle s’étonnait qu’il lui saute dessus !
- Je suis pas en pierre, moi !!!rugit-il en shootant dans un caillou, l’envoyant
à quelques mètres loin de lui.
Déséquilibré par ce geste, il faillit s’étaler
de tout son long.
- La garce ! balbutia-t-il, mettant ça aussi sur son dos, tandis que
les bras écartés, il tentait de retrouver son équilibre.
Son ivresse rendit la chose des plus difficiles mais il y parvint cependant,
plus furieux que jamais...
S’il la tenait... Peu importait qu’elle soit une femme. Elle savait
aussi bien se battre qu’un homme, même mieux que le trois quart
des militaires de la base. Aucune pitié à avoir ! C’est
d’ailleurs ce qu’il aurait du faire tout à l’heure,
au lieu de ... de...
L’image de Sam, alanguie contre le mur à sa merci, lui revint tout
à coup en mémoire, faisant bouillir de nouveau le sang dans ses
veines et monter le désir dans ses reins.
- Je la hais !! hurla-t-il, aussitôt, frustré.
Mais un craquement le fit tout à coup sursauter et il se retourna brusquement.
Son regard ne présage rien de bon, songea Sam, le coeur au bord de l’explosion.
Encore en treillis et tee-shirt noir, Jack n’avait pas pris
le temps de se changer avant de rentrer chez lui. Les cheveux en bataille, la
tête penchée vers l’avant, il la fixait avec intensité,
dans une immobilité inquiétante...
Dieu qu’il est sexy, réalisa-t-elle tandis que son sang circulait plus vite dans ses veines.
Les joues en feu, elle revécut tout à coup ses baisers brûlants,
ses caresses... Ses jambes se remirent de nouveau à trembler et sa bouche s’assécha brusquement. Elle tenta de refouler ces
émotions troublantes et se concentra sur l’homme qui lui faisait
face.
- Carter... murmura-t-il enfin, un léger sourire apparaissant sur ses
lèvres.
Sa voix rauque mais encore plus l’expression de son visage la firent frissonner.
Elle se racla la gorge, fit quelques pas vers lui mais finit par s’arrêter
à distance raisonnable, inquiète par la lueur étrange qui
brillait dans ses yeux.
- Mon Colonel, commença-t-elle avant de s’arrêter en découvrant
la bouteille que Jack levait pour boire quelques gorgées.
Il ne pouvait pas avoir bu tout ça, quand même ? se demanda-t-elle
avec appréhension. Difficile d’avoir une conversation avec un homme
ivre.
- Mon Colonel ? reprit-elle finalement. Vous... Vous êtes saoul.
Ces mots le firent rire, mais d’un rire qu’elle ne lui connaissait
pas. Sans joie, moqueur.
- En effet, Carter... Avec votre clairvoyance habituelle et cette intelligence
qui vous caractérise tant, vous avez vu juste... Je suis saoul.
Sur ce, il but encore quelques gorgées, ne la quittant pourtant pas de
yeux.
- J’aimerais que vous posiez cette bouteille, Mon Colonel. Je voudrais
vous parler.
- Si vous la voulez, venez la chercher, dit-il simplement, un sourire carnassier
sur les lèvres.
Ça, ce n’était pas une bonne idée... Il n’attendait
visiblement que ça…
Que devait-elle faire ? Attendre sagement qu’il dé-saoule ? Certes,
c’était ce qu’il y avait de plus raisonnable... Et cependant,
songea-t-elle, un délicieux frisson la parcourant tout à coup,
c’était bien la dernière chose dont elle avait envie...
être prudente. Sam avait l’impression étrange de fondre littéralement
sous son regard, de se liquéfier sur place...
Sa raison lui criait de partir. Il était beaucoup trop dangereux, ainsi,
privé de toute inhibition. Mais son corps refusait de bouger... Ou plutôt
si, mais pas dans le bon sens...
Sans même s’en rendre compte, elle s’avança vers lui,
lentement, le coeur au bord de l’explosion, jusqu’à être
assez proche pour tendre le bras afin de lui prendre la bouteille des mains.
Mais d’un geste vif, il la devança et, tout en mettant le whisky
en sécurité dans son dos, il attrapa la jeune femme par la nuque.
Surprise, elle sursauta et laissa échapper un gémissement
tandis qu’il resserrait son étreinte. Il approcha son visage du
sien et Sam put sentir son haleine imbibée d’alcool contre son
visage. Curieusement, ce qu’elle trouvait écoeurant chez les autres
devenait incroyablement enivrant chez lui...
Lorsqu’il prit ses lèvres, elle n’en fut même pas surprise,
attendant désespérément ce contact. Il fouilla sa bouche
dans un baiser brutal et dévorant mais avant même qu’elle
puisse y répondre, il glissait déjà ses lèvres sur
sa joue, puis son cou... Elle entendit le bruit d’une bouteille qui tombe
dans l’herbe et sentit ses jambes se dérober sous elle tandis que
d’un geste vif, il lui faisait perdre l’équilibre, la renversant
en arrière. Il freina cependant sa chute en la maintenant contre lui
puis s’allongea de tout son long sur elle sans cesser d’embrasser
fiévreusement sa peau.
Ecrasée sous son poids, les poumons soudain compressés, Sam eut
l’horrible impression de suffoquer. Elle se débattit, repoussant
le torse puissant qui la retenait prisonnière mais sans tenir compte
de son air désespéré, Jack lui attrapa les poignets et
les maintint de chaque côté de son visage. Elle sentit tout à
coup son genou contre ses cuisses, la forçant à les écarter,
tandis qu’elle cherchait à reprendre sa respiration. Aussitôt
le poids qui la retenait prisonnière se fit plus léger. Il avait
pris appui sur son genou et, à présent, pesait en grande partie
dessus.
A peine remise de ses émotions, ses bras furent ramenés au-dessus
de sa tête pour permettre à Jack de les maintenir d’une main,
tandis que de l’autre il tirait sur son tee-shirt afin de le sortir de
son pantalon. Instinctivement, elle rentra son ventre pour lui faciliter la
tâche et gémit lorsqu’il toucha enfin sa peau. Mais cette
caresse n’était pas son but premier et ses doigts s’introduisirent
rapidement sous son soutien gorge, emprisonnant l’un de ses seins dans
sa paume brûlante.
Ils gémirent tous deux à ce contact et Jack fondit de nouveau
sur sa bouche tandis qu’elle se cambrait vers lui afin de coller un peu
plus ses reins contre les siens. Emportée par son désir, elle
répondit aussitôt à son baiser avec avidité, tout
aussi fiévreusement que lui.
Quelque peu surpris, il redressa la tête, haletant, et Sam croisa son
regard brûlant. Sans le quitter des yeux, elle écarta un peu plus
les cuisses, se frottant à lui dans une invite on ne peut plus claire,
entrouvrant les lèvres dans l’attente d’un nouveau baiser.
- Carter... grogna-t-il alors contre sa bouche avant de la reprendre avec passion.
Il lâcha enfin ses poignets et sans un mot de plus souleva le tee-shirt
de la jeune femme et le lui ôta. Tandis qu’il faisait de même
avec le sien, leurs regards accrochés l’un à l’autre,
elle défit son soutien gorge d’une main fébrile, la respiration
courte.
Torses nus, ils se rejoignirent de nouveau, leurs mains glissant sur leurs corps,
caressant, griffant... Mais très vite ce contact ne leur suffit plus.
Jack finit par glisser une main entre eux et commença à ôter
la ceinture de la jeune femme. Sans attendre, elle l’aida dans ses gestes
rendus maladroits par le désir et l’alcool. Il s’agenouilla
pour défaire leurs chaussures et retirer les derniers vêtements.
Alors enfin, il pesa de nouveau de tout son poids sur elle, dévoré
littéralement de l’intérieur par son désir, brûlant
de sentir le corps doux et frêle de la jeune femme sous lui. Puis il la
prit, avec un mélange de rage et de désespoir, son esprit embrouillé,
alourdi par l’alcool, ne sachant trop si ce qu’il vivait était
la réalité ou non. Lorsqu’enfin il l’entendit gémir,
son corps prit de tremblements incontrôlés, il se laissa aller
à son tour et la rejoignit dans les délices de la jouissance...
Quelques secondes plus tard, la respiration courte, Sam l’aida à
rouler sur le côté pour se libérer du poids de ce corps
sans force et reprenant peu à peu ses esprits, se tourna vers lui. Jamais
elle ne s’était sentie aussi apaisée… Jamais elle
ne s’était sentie si merveilleusement bien. Détendue. A
sa place, à côté de lui.
Elle leva une main vers son visage à peine conscient, tourné vers
elle et le caressa tendrement. Il était encore moite de sueur…
songea-t-elle, un sourire sur ses lèvres. La dernière fois qu’elle
l’avait touché ainsi, elle se trouvait à l’infirmerie,
se demandant secrètement quand la providence ferait qu’elle pourrait
réitérer un tel geste. Et voilà… Ils étaient
nus l’un en face de l’autre et venait de faire l’amour. Enfin…
Elle venait de faire l’amour… Quant à lui, elle ne savait
pas vraiment.
Sam avait imaginé à maintes occasions leur première fois
– si première fois il y avait un jour – mais jamais elle
n’avait songé à une étreinte aussi… brutale.
Mais ça ne la dérangeait pas. A plusieurs reprises, lorsqu’il
la retenait prisonnière, il lui avait laissé quelques possibilités
de fuites… Elle aurait pu se libérer facilement mais n’avait
évidement rien fait. Alors non, ça ne la dérangeait pas…
Elle l’aimait.
Plus détendue que jamais depuis des mois, Sam se sentit soudain partir
dans une agréable somnolence… Posant sa main sur celle de Jack,
elle le regarda une dernière fois, puis ferma les yeux.
***
Elle fut doucement tirée de son sommeil lorsqu’elle sentit quelqu’un
la prendre délicatement dans ses bras. C’était « lui
», songea-t-elle, un léger sourire sur ses lèvres, se refusant
à ouvrir les yeux tant elle était bien, ainsi alanguie. Sa tête
glissa alors sur le côté et vint se poser sur son torse. Il s’était
rhabillé… réalisa-t-elle lugubrement avant de sentir les
effluves de son eau de toilette imprégnés dans le tissu de son
tee-shirt, lui chatouiller le nez… Quoique finalement, habillé,
c’était bien aussi.
Elle dut se rendormir quelques secondes, bercée par le pas régulier
de Jack car elle fut de nouveau réveillée lorsqu’il la posa
sur un lit incroyablement douillé.
Mmmmmm...
Fronçant soudain les sourcils, Sam sentit avec désespoir qu’il
s’écartait à présent d’elle, aussi, d’un
mouvement lent et endormi, elle attrapa son tee-shirt. Il s’arrêta
aussitôt, hésitant visiblement quant à la marche à
suivre… puis finalement s’éloigna d’elle.
Un sentiment étrange de manque vint lui nouer l’estomac mais un
bruit de chaussures et de vêtements tombant au sol la rassura aussitôt.
Sam sentit ensuite un poids creuser le lit à côté d’elle,
une couverture se poser sur eux puis une main timide lui caresser le bras, n’osant
visiblement pas se rapprocher de peur d’être repoussé. Dans
un soupir de bien-être, la jeune femme se déplaça vers lui
et coula son corps nu contre le sien. Il avait gardé pudiquement tee-shirt
et caleçon.
Elle le sentit se raidir quelque peu tandis qu’elle emprisonnait son torse
puissant dans ses bras et glissait ses hanches contre lui. Amusée, bien
que somnolente, Sam le sentit aussitôt réagir à ce contact.
Gêné, il tenta de s’écarter, tout du moins le bas
de son corps mais la jeune femme passa une jambe sur les siennes. Hors de question
qu’il s’échappe et tant pis s’il était frustré.
Elle était beaucoup trop bien contre lui. Finalement, au bout de quelques
minutes où elle lutta encore pour ne pas sombrer de nouveau dans le sommeil,
elle le sentit se détendre peu à peu et poser sa bouche chaude
sur son front. Alors, un sourire sur les lèvres, elle s’endormit.
Le soleil était déjà haut lorsqu’elle se réveilla,
le lendemain matin. Sans même ouvrir les yeux, Sam savait où elle
se trouvait et cette seule pensée la fit frissonner… Elle tendit
le bras à l’aveuglette de l’autre côté du lit
mais comme elle s’y attendait un peu, il était vide et froid. Il
devait être levé depuis quelque temps déjà. Se refusant
à gâcher un tel moment par de vaines questions, Sam s’étira
lentement avec délectation, son corps délicieusement courbaturé
après ce corps à corps inespéré et sourit béatement.
Elle aimait la fraîcheur du drap sur son corps nu, se sentant terriblement
femme et désirable, comme à chaque fois après l’amour.
Surtout aujourd’hui. Encore plus avec lui.
Elle tendit alors l’oreille mais il n’y avait pas un bruit dans
la maison. Ouvrant les yeux, elle redressa la tête et jeta un œil
dans la pièce. C’était une chambre très simple mais
lumineuse. Seule décoration, quelques photos trônaient sur une
étagère. Elle aperçut alors ses vêtements, pliés
sur une chaise. Sam repoussa donc les couvertures, se leva et s’approcha
de son uniforme.
Elle n’avait aucune envie de le remettre… songea-t-elle en parcourant
la pièce du regard...
Celui-ci fut soudain attiré par une chemise posée négligemment
sur un fauteuil près d’elle. Sam sourit. Elle la prit dans ses
mains, l’approcha de son visage et un soupir de délectation s’échappa
de ses lèvres. Il y avait son odeur… Ni une ni deux, elle l’enfila
et referma quelques boutons avant de marcher vers le miroir en face du lit.
Elle avait une drôle d’allure avec cette chemise beaucoup trop grande,
ses cheveux courts en batailles et ses yeux brillants. Mais elle finit par hausser
les épaules et se dirigea vers la porte pour sortir.
Les pieds nus, elle avança doucement dans le couloir en direction d’un
escalier. Elle commença à descendre et son cœur fit un bon
dans sa poitrine lorsqu’elle entendit le raclement d’une chaise
qu’on déplace dans la pièce attenante. Elle descendit encore
quelques marches puis s’arrêta à mi-chemin. Un peu plus bas,
Jack se tenait debout, le regard fixé sur elle.
Lorsqu’il réalisa dans quelle tenue elle se trouvait, Sam le vit
tressaillir, la respiration encore plus rapide mais il serra les poings et reporta
son attention sur son visage. Comme il ne bougeait toujours pas, elle finit
par descendre les quelques marches restantes puis s’arrêta en bas
de l’escalier, à trois mètres seulement de lui. Ils se fixèrent
un long moment en silence puis estimant que c’était à lui
de parler en premier, Jack finit par soupirer.
- Pardonnez-moi… murmura-t-il en baissant la tête.
Le vouvoiement… Mauvais signe...
Sam observa le visage de son supérieur pendant un instant. Il semblait
tendu et terriblement gêné… pour ne pas dire désespéré
?
- Pardonner quoi ? demanda-t-elle donc doucement, pour le mettre en confiance.
A ces mots, il redressa la tête et la regarda avec surprise. Il ouvrit
la bouche, puis la referma… attendit quelques secondes puis balbutia :
- Eh bien… Je vous ai agressé et v…
Mais, le visage crispé, il se tut comme si dire ce mot rendait la chose
encore plus horrible.
- … Pour qu’il y ait viol, il faut que l’un des deux ne soit
pas consentant… Vous n’étiez pas consentant, Monsieur…?
Finit-elle par demander, un sourire espiègle sur les lèvres.
Il écarquilla les yeux, abasourdi, puis au bout de quelques minutes,
recouvra plus ou moins ses esprits…
- Je ne me souviens pas vraiment…
Il s’arrêta aussitôt devant le haussement de sourcil contrarié
de la jeune femme.
- Je veux dire que je me souviens parfaitement de… ce que nous avons fait
mais… pas en détails et … J’ai vu des bleus sur vos
poignets et vos bras, ce matin… Je me souviens que vous vous êtes
débattue…
La honte lui fit serrer les dents et l’empêcha de poursuivre.
- Vous m’étouffiez… Mais vous avez fini par vous redresser.
Jack la regarda fixement, tentant de la sonder, de comprendre son comportement
si détendu alors qu’il s’attendait à tout sauf à
ça.
- Et avant, la gifle…
- J’ai vu le Capitaine Jennings sur l’un des écrans, il s’apprêtait
à reprendre son poste en salle de surveillance. Je devais vous arrêter…
Vous ne l’avez pas croisé en sortant ?
Il plissa les yeux, tentant sûrement de fouiller dans ses souvenirs mais
il finit par secouer la tête.
- J’étais bien trop occupé à …
« … à m’en vouloir… » continua-t-elle en
pensées tandis qu’il s’arrêtait et levait un regard
troublé vers elle. Apparemment, Jack commençait à comprendre
qu’il ne l’avait blessé ni physiquement, ni moralement et
qu’au contraire, elle semblait avoir apprécié les évènements
de ces dernières 24 heures… Cette pensée lui redonna de
l’assurance.
Il plongea les mains dans ses poches d’un geste familier et un léger
sourire apparut sur ses lèvres. La réaction de la jeune femme
ne se fit pas attendre… Elle rougit violemment et soupira imperceptiblement
afin de ralentir les battements de son cœur… Mais son trouble ne
passa pas inaperçu…
- Jolie chemise… murmura-t-il alors faisant un pas vers elle mais Sam
l’arrêta aussitôt en levant ses mains tremblantes.
- Nous devons parler, Mon Colonel !
- … Je ne suis plus Colonel… dit-il, s’approchant un peu plus.
Cependant, devant la mine butée de la jeune femme, il finit par s’exécuter.
- Nous devons justement parler de ça… entre autre chose.
Le visage de Jack se ferma aussitôt. L’espace d’un instant,
il en avait oublié leur situation… Il était tellement soulagé
que Carter ne lui en veuille pas… Mais rien n’avait changé…
C’était même pire qu’avant maintenant qu’ils
avaient fait l’amour, qu’il avait goûté à elle.
- Mon Colonel… Pourquoi vous êtes vous comporté de façon
si…
- Ignoble ? proposa-t-il, puisqu’elle hésitait à le dire.
Elle acquiesça cependant attendant qu’il poursuive. Il soupira
et passa une main nerveuse dans ses cheveux courts.
- J’avais peur…
- Pour moi ? demanda-t-elle, re-songeant à l’hypothèse de
Teal’c.
- Pour vous.
Un léger sourire apparut sur les lèvres de la jeune femme tandis
que son cœur se gonflait… Il avait peur pour elle. C’était
pour la protéger… Cela voulait donc dire que…
- Pourquoi ne pas me l’avoir simplement dit ?
- Vous dire quoi, Carter ? s’énerva-t-il soudain. Que je n’arrivais
plus à me contrôler ? Que j’avais une peur panique de vous
voir disparaître ou pire, mourir sous mes yeux ?! Très professionnel,
vraiment ! Très professionnel !
Sam ne se formalisa pas du ton sec qu’il venait d’employer. Ce n’était
pas contre elle mais davantage contre lui-même qu’il disait cela.
Il continua donc sur sa lancée.
- De quel droit pouvais-je intervenir ainsi dans votre vie ? Et quand bien même
je vous en aurais parlé, qu’auriez-vous fait ?
- J’aurais démissionné, dit-elle simplement en haussant
les épaules.
Ces mots négligemment lancés lui firent écarquiller les
yeux.
- Je vous demande pardon ?
- J’aurais démissionné.
Il la regarda alors comme si elle avait perdu l’esprit, ce qui l’agaça
quelque peu. Eh bien quoi ? Qu’avait-elle dit de si étrange ?
- … Je ne peux pas… Vous ne… balbutia-t-il sans la quitter
des yeux…
Sam haussa les sourcils, attendant patiemment qu’il parvienne à
formuler une phrase cohérente.
- Je veux dire… finit-il par souffler, vous adorez votre travail et vous
faites une carrière exemplaire. Votre avenir est tout tracé. Il
est hors de question que vous démissionniez.
- Je peux très bien continuer mes recherches en tant que civil. Je ne
dis pas que les voyages interplanétaires ne me manqueront pas mais il
faut savoir passer à autre chose, vivre selon ses priorités...
- … Et vos priorités sont ?
Sous les yeux inquisiteurs de son supérieur, Sam sourit en baissant la
tête.
- Vous le savez parfaitement, finit-elle par dire en accrochant son regard.
Un long silence suivit cet aveu. Jack se détendit alors et un sourire
lumineux vint éclairer son visage. La jeune femme sentit aussitôt
son cœur bondir dans sa poitrine.
Il l’avait bien caché, ce sourire là. Elle ne se souvenait
pas l’avoir vu un jour. Deux secondes plus tard, Sam le vit pourtant froncer
les sourcils.
- Quoi ? demanda-t-elle, angoissée par ses curieuses sautes d’humeur.
Il secoua doucement la tête et frotta son front avec une grimace de douleur.
- Mal à la tête depuis que je suis réveillé…
Sam se mit à rire aussitôt. Elle jeta un œil vers la table
et y découvrit en effet un verre d’eau presque vide et une boîte
d’aspirine. Elle fit alors les quelques pas qui les séparaient
et d’un geste presque hésitant posa ses doigts sur les tempes de
Jack.
Il se figea aussitôt, retenant sa respiration.
Ouvrant les yeux, il redressa doucement la tête tandis qu’elle commençait
un léger massage de son crâne douloureux. Leurs regards se croisèrent
et ils se sourirent, savourant cette soudaine intimité. O’Neill
prit alors l’une des mains de Sam dans la sienne et la porta à
sa bouche. Le souffle court, elle ferma un instant les yeux, appréciant
le contact de ses lèvres sur sa paume… Il l’attira ensuite
à lui, avec dans son regard les promesses des plaisirs à venir…
- Tu n’avais pas mal à la tête ? demanda-t-elle alors amusée.
- J’en ai vu d’autre… murmura-t-il contre sa bouche avant
de l’embrasser avec passion.
Mais le téléphone de Sam, que la jeune femme avait mit dans la
poche de sa chemise, choisit ce moment précis pour sonner, faisant grimacer
violemment O’Neill. Il s’écarta aussitôt, la mine contrariée.
- Vous avez osé emmener un portable ici ??
Hébétée par ce cri venu du cœur et le retour au vouvoiement,
la jeune femme finit par retrouver ses esprits.
- Je n’étais pas au courant qu’il y avait des règles
à suivre, ici aussi ! grogna-t-elle en s’éloignant, faussement
vexée.
- Carter… s’excusa-t-il de suite, la croyant sérieuse.
Elle lui fit cependant un clin d’œil et répondit au téléphone.
- Mon Général ?
Jack se raidit aussitôt. Pourquoi d’ailleurs ? Il n’était
plus militaire ! Il n’avait donc rien fait de mal !
- C’est urgent ?... Pas encore, Mon Général mais j’y
travaille…
A ces mots mais plus encore devant le regard espiègle de Sam, O’Neill
haussa un sourcil amusé.
- Je pense pouvoir le faire changer d’avis d’ici… une heure.
Outré, Jack posa aussitôt ses poings sur ses hanches ! Une heure…
! Non mais !
- Oh, euh… balbutia-t-elle devant les grands gestes que lui faisait Jack…
Mettons deux heures...
« Deux heures ?? » réalisa-t-elle alors, un violent frisson
la parcourant de la tête au pied.
- Très bien, Mon Général... finit-elle enfin après
avoir écouté celui-ci quelques minutes, le regard fixé
sur ses pieds nus afin d’éviter de songer à ce qui l’attendait...
Lorsqu’elle raccrocha, Sam se tourna en souriant vers Jack mais se figea
aussitôt. Il regardait la jeune femme avec gravité, une main devant
la bouche, signe qu’il réfléchissait à quelque chose
de peu réjouissant.
Elle posa donc son téléphone sur la table à côté
d’eux puis s’avança jusqu’à lui. Silencieuse,
elle attendit patiemment qu’il lui parle.
- Vous allez vraiment démissionner ? demanda-t-il enfin, sans trop y
croire.
Sam se détendit aussitôt et lui sourit doucement en hochant simplement
la tête.
- Vous n’avez pas peur de regretter votre choix ?
Elle fut surprise de voir à quel point il n’avait pas confiance
en lui. Il attendait sa réponse, comme suspendu à ses lèvres.
- A vous de ne jamais me le faire regretter... dit-elle alors, un sourire taquin
sur les lèvres, tandis qu’elle enroulait ses deux bras autour de
la nuque de Jack.
Les yeux de ce dernier se mirent à briller et il la serra contre lui.
A la lueur de son regard, elle s’était attendue à une étreinte
sensuelle mais elle fut au contraire sans ambiguïté, chaude et rassurante.
Elle eut cependant la curieuse impression que c’était lui qui avait
besoin d’être apaisé, aussi l’enlaça-t-elle
avec encore plus force. Il gémit aussitôt, la tête enfouie
dans son cou. Elle sentit alors tout son amour, sa crainte désespérée
de la perdre et son coeur se gonfla de bonheur. Il l’aimait. Il n’avait
pas besoin de le dire, elle le savait. Inévitablement, sous l’émotion,
ses yeux s’embuèrent et elle eut toutes les peines du monde à
ne pas pleurer.
Il redressa légèrement la tête et ses mains tirèrent
doucement sur le tissu du vêtement de Sam...
- Alors... Cette chemise... murmura-t-il contre son oreille, la faisant frissonner.
Voyons ce qu’il y a dessous...
La jeune femme rit doucement, tandis que son pouls s’accéléraient
au fur et à mesure que les mains de Jack descendaient vers le bas de
son dos.
- Mmmmm... Rien... grogna-t-il, ne rencontrant aucune présence de sous-vêtement
sous ses paumes. Depuis que tu es descendue, je me demandais...
Tout à coup, sans crier gare, elle se sentit basculée en arrière
et Jack la prit dans ses bras.
- Mais, que... ?
- Chut ! On n’a que deux heures ! Faut pas traîner ! maugréa-t-il
alors en se dirigeant d’un pas vif vers les escaliers.
Sam éclata de rire devant la mine faussement sérieuse de son amant
tandis qu’il montait maintenant les marches quatre à quatre avec
son précieux fardeau.
- Jack ! s’exclama-t-elle alors qu’il refermait du pied la porte
de sa chambre.
***
Lorsqu’il en ressortit, ils avaient une demi-heure de retard sur le
programme initiale et la jeune femme arborait un grand sourire, à la
plus grande satisfaction de Jack... Ben quoi ? C’est toujours bon pour
le moral, non ? Pas si vieux que ça, hé !
Il était près depuis quelques minutes déjà et regardait
Sam s’activer dans la chambre avec un plaisir non dissimulé. Combien
de fois avait-il rêvé la voir dans cette pièce, dans cette
maison... ? Il la regarda lasser ses chaussures, jeter un oeil autour d’elle
à la recherche de je ne sais quoi et finalement se tourner vers lui.
- Quoi ?
- Rien...
- Dis-moi !
Jack hésita quelques secondes puis finit par sourire.
- Je me disais que cette maison était belle avec toi à l’intérieur...
Sam cessa de respirer sous l’émotion, puis un sourire immense vint
éclairer son visage. Elle s’approcha de lui et posa doucement sa
tête contre son torse.
- Tu as d’autres gentilles choses comme ça en réserve ?
- Mmmm... Une par jour, c’est pas mal pour commencer... maugréa-t-il
en la prenant dans ses bras.
La jeune femme rit doucement puis se mettant sur la pointe des pieds lui effleura
doucement la bouche. Jack voulut naturellement accentuer l’étreinte
mais elle se faufila comme en anguille hors de ses bras et descendit précipitamment
les escaliers pour rejoindre le salon.
- Sam... entendit-elle grogner derrière son dos.
- On est en retard !
- Je m’en contre-fouts, moi !
La jeune femme attrapa alors son portable, le mit dans sa poche et sortit précipitamment
du chalet évitant Jack qui essayait de l’attraper au passage.
- Carter !! S’exclama-t-il, outré tandis qu’il prenait ses
clefs de voiture et qu’il sortait à son tour.
- Eh ! Je ne suis plus sous vos ordres ! ... Tes ordres ! se reprit-elle aussitôt.
Les habitudes n’étaient pas faciles à perdre... songea-t-elle
en ouvrant la portière de sa voiture.
- Tu n’as pas encore donné ta lettre de démission ! Je peux
faire ce que je veux de toi !
- Mais toi, tu l’as donnée ! Tu n’es donc plus Colonel pour
le moment !
- On en reparlera lorsque je serai « Brigadier Général ».
Excusez du peu ! déclara pompeusement Jack tout en s’avançant
vers elle... Du moins si c’est toujours d’actualité.
- Je vois mal Hammond me mentir !
Il s’arrêta en face d’elle et lui sourit tendrement, conscient
que la seconde suivante, Sam rougirait aussitôt.
- Tu le fais exprès, maugréa-t-elle les joues en feu.
- Un peu, répondit-il en s’approchant davantage de son visage.
Elle pouvait à présent sentir son souffle contre ses lèvres,
les effluves de son eau de toilettes... Il était si près que leurs
bouches se frôlaient, la faisant gémir par anticipation. C’est
donc avec un sentiment horrible de frustration qu’elle le vit s’écarter,
une lueur amusée dans le regard.
- Nous sommes quittes ! dit-il simplement avant de la laisser en plan pour se
diriger vers sa propre voiture.
- Jack ! s’exclama-t-elle alors furieuse, avant de réaliser qu’elle
avait la même réaction que lui cinq minutes auparavant...
Elle allait devoir faire attention à ce qu’elle faisait. Il n’était
pas homme à se laisser faire sans réagir.
- On se retrouve à la base ! dit-il alors en agitant la main, le sourire
aux lèvres, avant d’entrer dans sa voiture et de refermer la portière
derrière lui.
Oui, très attention... soupira-t-elle sans pour autant s’empêcher
de rire doucement.
***
Plusieurs heures plus tard, ils arrivèrent quasiment en même temps
dans le parking réservé aux membres du SGC. Jack attendit la jeune
femme devant le premier poste de sécurité et ils passèrent
ensemble les contrôles. Une fois dans l’ascenseur, ils se firent
face et se fixèrent en silence pendant quelques minutes.
- Etrange, dit-elle au bout d’un instant.
- Qu’est-ce qui est étrange ?
- Toi.
Il haussa les sourcils.
- Pourquoi ?
- Il n’y a pas de caméras dans cet ascenseur. J’avais pensé
que tu en profiterais...
Jack sourit en plongeant les mains dans ses poches, comme si elles le démangeaient
soudain.
- Je ne fais rien parce que je sais que je ne pourrais pas finir... Et je sais
ce que c’est que d’être frustré. Ça fait sept
ans que je le suis... Enfin... Mis à part hier soir et ce matin... finit-il
avec un clin d’oeil.
La jeune femme sourit à son tour et s’appuya contre la paroi de
l’ascenseur, les mains nouées derrière le dos. La bouche
soudain sèche, Jack se racla la gorge.
- Mais ça peut s’arranger si tu en as vraiment envie...
Ils se regardèrent en silence, tandis que la tension montait d’un
cran.
- Tu veux que ce soit moi qui déclenche les hostilités ? demanda
alors Sam, amusé.
- Ça me plairait assez...
Nouveau silence.
La jeune femme se redressa alors et le coeur de Jack fit un bond dans sa poitrine.
C’est à ce moment précis que l’ascenseur s’arrêta.
Ils regardèrent l’étage où ils s’étaient
immobilisés et constatèrent qu’ils n’était
pas encore arrivés... Croyant à l’intervention du destin,
ils se tournèrent l’un vers l’autre mais à leur plus
grand désespoir, les portes s’ouvrirent soudain livrant passage
à... Daniel.
- Ah ! Sam, Jack ! J’avais oublié un bouquin dans ma chambre, expliqua
le jeune homme inutilement en leur montrant le dit livre.
En effet, ils étaient au niveau des quartiers... Le docteur Jackson replaça
négligemment ses lunettes sur son nez puis jeta un coup d’oeil
scrutateur vers ses deux amis. L’ascenseur reprit sa lente descente…
- Ca va mieux, vous ? ... Hier, c’était pas la forme...
O’Neill soupira de frustration... Encore elle... Saleté de frustration...
- Ca va, merci Daniel, répondit-il au bout d’un instant, agacé.
Sam sourit confusément en baissant la tête. La situation était
vraiment étrange. Tout était familier. Daniel, l’ascenseur...
le Colonel O’Neill... Mais voilà. C’était différent
maintenant. Elle était avec « lui ». Jetant un oeil à
la dérobée vers son supérieur, elle croisa son regard plus
que chaleureux et se sentit rougir violemment. Elle l’entendit, aussitôt,
essayer de réprimer un rire qu’il transforma rapidement en toux,
aussi, agacée à son tour, elle lui lança un regard noir
et reporta son attention sur Daniel. Celui-ci n’avait pas perdu une miette
de cet étrange échange.
Certes, il lui manquait des données pour comprendre ce qui venait vraiment
de se passer sous son nez mais peu importe. Apparemment, les choses s’étaient
plus ou moins arrangées entre eux... Pour combien de temps, il ne savait
pas mais au moins, cela éviterait peut être des tensions lors de
leurs prochaines missions...
- Vous arrivez juste attend, au fait. On a eu des nouvelles de SG3, il y a dix
minutes. Nous allons pouvoir intervenir dès leur retour.
- Le Général Hammond a juste eu le temps de me faire un petit
topo au téléphone avant que nous arrivions, acquiesça Sam.
Dieu merci, Daniel ne releva pas le « nous arrivions » qui pouvait
être compromettant, songea Jack, amusé malgré lui par la
situation.
- Sam, j’aurais besoin de votre aide, d’ailleurs, pour préparer
le Briefing...
- Carter et moi-même devons voir le Général en arrivant,
coupa O’Neill tandis que les portes de l’ascenseur s’ouvraient
mais cette fois-ci au bon étage.
Inquiet, Daniel regarda ses deux amis.
- Oh... Rien de grave, j’espère ?
- Des changements...
- Oh... répéta le jeune archéologue, au bout d’un
instant... Tenez nous au courant...
Jack sourit et tapota l’épaule de son ami.
- Vous serez le premier à savoir, déclara-t-il, une lueur amusée
qui démentait cette affirmation.
Le Docteur Jackson ne fut pas dupe et s’engouffra dans un des couloirs
en maugréant.
- Vous êtes dure avec ce pauvre Daniel, Mon Colonel...
Jack sourit en croisant le regard taquin de la jeune femme. Heureusement qu’ils
n’étaient censés jouer cette comédie que peu de temps...
Leurs regards les auraient rapidement trahis...
- Bah ! Il adore ça !
Sur ce, ils se dirigèrent d’un pas décidé jusqu’au
bureau du Général Hammond. Lorsqu’ils entrèrent de
concert après y avoir été invités, celui-ci redressa
la tête et sourit.
- Ah ! Vous me l’avez finalement ramené ! Merci Major.
Puis prenant dans l’un de ses tiroirs la lettre de démission de
Jack, il la tendit à celui-ci.
- Tenez, Colonel. Et jetez-la, par pitié !
O’Neill la prit amusé puis la glissa dans sa poche.
- Je n’y manquerai pas, Mon Général.
- Le Major Carter vous a mis au courant pour votre prochaine promotion ?
- En effet, Monsieur. Je vous en remercie.
Hammond acquiesça simplement, un sourire satisfait sur les lèvres.
- Je préfère choisir mon remplaçant. Vous le méritez,
Jack.
Sur ces mots, il replongea la tête dans ses dossiers.
- Le briefing est dans une demi-heure. Rompez.
Un silence se fit alors sans qu’aucun ne bouge... Surpris, Hammond finit
par se redresser.
- Eh bien ?
Sam se racla la gorge et fouilla dans sa poche. Elle tendit d’une main
hésitante une enveloppe au Général qui la prit sans la
quitter du regard.
- Qu’est-ce que c’est ? demanda-t-il avant de lire l’intitulé...
Aussitôt son visage se ferma.
- C’est une plaisanterie ? déclara-t-il sèchement, n’appréciant
visiblement pas l’humour de la situation.
- ... Non, Mon Général... Je souhaiterais démissionner.
Incrédule, celui-ci fit glisser son regard vers Jack puis de Jack il
revint vers Sam. Sentant monter en lui une migraine carabinée, il frotta
son front d’une main fatiguée.
- J’avoue ne pas comprendre... soupira-t-il exaspéré. Pourquoi
voulez-vous démissionner ? Et vous Colonel ? Vous ne dites rien ?
O’Neill se racla la gorge.
- En fait... Il y a une raison à cela... Nous avons décidé...
commença-t-il en agitant la main pour faire le lien entre lui et Sam,
tous les deux, de... enfin de...
Devant l’expression d’incompréhension totale et la mine de
plus en plus sombre de son supérieur, Jack finit par se tourner lâchement
vers le cerveau du groupe.
- Carter ?
Jetant un regard noir vers lui, Sam finit par s’adresser à Hammond
:
- Ce que le Colonel essaie de vous dire, de façon cryptée, fit-elle
grinçante, c’est que... nous avons décidé de nous
... mettre ensemble... Mon Général.
Ces mots dits sans détours firent un drôle d’effet à
Sam. C’était la première fois peut être qu’elle
réalisait ce que tout cela impliquait. Ils étaient vraiment ensemble.
Impossible de faire marche arrière. Et de toute façon, elle n’en
avait aucune envie. Mais l’impression ressentie était franchement
curieuse.
Elle croisa alors le regard chaleureux de Jack, lui sourit puis se tourna vers
son supérieur, resté silencieux jusqu’ici. S’attendant
presque à des récriminations, au mieux à de l’ahurissement,
ils furent tous deux surpris de voir Hammond ouvrir simplement l’enveloppe
afin d’en vérifier son contenu.
- Très bien. Démission acceptée, Major.
Puis redressant la tête, il leur sourit.
- J’étais sûr que ça arriverait un jour … Je
me réjouis juste que vous n’ayez pas attendu que je sois six pieds
sous terre pour ça.
Une demi-heure plus tard, SG1 se trouvait en salle de Briefing et attendait
l’arrivée d’Hammond. Un peu nerveuse, Sam demanda le silence
et annonça à ses amis son désir de démissionner
de l’armée. Les réactions ne se firent pas attendre…
- Quoi ?? s’exclama Daniel aussitôt. Vous plaisantez j’espère
!
Mais devant la mine sérieuse de la jeune femme, il comprit rapidement
que ce n’était pas le cas et se tourna de suite vers le Colonel,
assis en face de Sam et lui.
- Jack ! Faites quelque chose ! Vous ne pouvez pas la laisser faire !
Celui-ci resta cependant silencieux, quelque peu gêné. Il ne pouvait
s’empêcher de s’en vouloir. Après tout c’était
plus ou moins de sa faute si elle démissionnait… Il leva alors
les yeux vers elle et croisa son regard rassurant. Non… Elle avait pris
sa décision après mûr réflexion. Elle ne regrettait
rien.
Ils se sourirent.
Cet échange fut suivi par Daniel et son expression changea soudain du
tout au tout. Il se tourna de nouveau vers sa voisine en pointant un doigt sur
elle.
- Non ??? … Vous ? … Et lui ?
Devant l’expression incrédule de Daniel, la jeune femme finit par
rougir mais se tut. Il se tourna donc vers Jack qui, lui aussi, restait silencieux
mais souriait à présent sans détour.
Le docteur Jackson poussa alors un grognement étrange puis Sam sentit
soudain une masse lourde et nerveuse l’emprisonner. Un peu déboussolée
par cette attaque surprise, la jeune femme finit par sourire et accepter avec
plaisir l’étreinte de son ami.
- C’est génial !!!! s’écria-t-il contre son oreille,
la faisant grimacer involontairement. Enfin !!!
Il finit par se redresser et s’apprêtait à faire le tour
de la table mais Jack se recula aussitôt sur son siège, un doigt
pointé vers lui.
- Vous faites ça, Daniel, et vous êtes un homme mort !
A peine avait-il fini sa phrase qu’O’Neill reçut une claque
magistrale dans le dos, manquant de lui faire percuter le bureau.
- Aaouuch !!! grogna-t-il sous le choc. Teal’c ! J’ai failli avaler
la table !
Imperturbable, le Jaffa, qui jusqu’ici était resté silencieux,
souriait à présent.
- Je suis très heureux pour vous, O’Neill !
- Oui, ben, soyez le, mais… moins fort, grogna Jack en se massant l’épaule,
faussement bougon.
- Et moi ? demanda alors Sam. Vous ne me félicitez pas ?
Teal’c se tourna alors vers elle, une expression soudain perplexe sur
le visage.
- J’avoue ne pas comprendre votre choix. Mais si vous êtes heureuse
comme ça, alors… Je suis très content pour vous aussi !
Sam et Daniel éclatèrent de rire, davantage devant l’air
outré qu’arborait Jack en regardant son ami, qu’à
cause des paroles malheureuses du Jaffa.
- … Non mais… Je rêve !! s’exclama O’Neill en
retrouvant enfin l’usage de la parole.
Puis devant la mine soudain souriante de Teal’c, il finit par se détendre.
- Franchement, je préfèrerais que vous évitiez de faire
de l’humour. On ne sait jamais quand vous plaisantez…
- C’est tout l’intérêt, O’Neill, répondit
simplement le Jaffa.
Sur ce, Hammond pénétra dans la pièce et devant la bonne
humeur générale, comprit que Daniel et Teal’c avaient appris
la bonne nouvelle. Sans plus attendre, le Briefing commença. Une équipe
SG avait été faite prisonnière sur une planète aux
mains des Goa’ulds. Il s’agissait donc d’une mission de sauvetage.
L’arrivée imminente de SG3 leur permettrait d’avoir un renfort
non négligeable.
- Sam et moi resteront près de la Porte, je présume, déclara
Daniel, habitué depuis plusieurs semaines à voir Jack mettre la
jeune femme à couvert.
Sur ces mots, Carter jeta un œil vers Jack et le vit crisper les mains,
s’apprêtant cependant à acquiescer. Ayant déjà
pris sa décision, elle se tourna donc vers son supérieur.
- Mon Général ? Je vous demande l’autorisation de ne pas
participer à cette mission.
A cette annonce, un silence se fit dans la salle.
- Mais… intervint Daniel rapidement coupé dans son élan
par Hammond.
- Puis-je en connaître les raisons ?
Sam croisa tranquillement ses mains devant elle.
- Je pense simplement que la mission a plus de chance de réussir sans
moi, dit-elle avec calme.
Hammond la fixa quelques instants.
- Vous avez conscience que c’est votre dernière mission sur le
terrain, Major ?
- En effet.
Il hésita encore un peu puis finit par acquiescer.
- Très bien. Mais il nous manque quelqu’un, à présent.
- Je pense que personne ne verra d’inconvénients à affecter
le Major Summers à ma place, du moins, pour cette mission. Les autres
membres de l’équipe le connaissent bien, ça ne devrait pas
poser de problèmes. Et comme il est cantonné à la base
parce que deux des hommes de SG2 sont hospitalisés…
- En effet. Colonel ? Etes-vous d’accord ?
Sam se tourna enfin vers Jack et rencontra son regard. Il était pour
l’heure, indéchiffrable.
- Colonel ? insista Hammond devant le silence de son second.
Celui-ci finit par retrouver ses esprits.
- Oui, Summers fera parfaitement l’affaire.
- Alors c’est décidé.
Il se tourna vers l’un des hommes en faction.
- Airman, allez me chercher le Major Summers immédiatement.
- A vos ordres, Mon Général.
Pendant ce temps, Jack ne quittait pas la jeune femme des yeux et elle eut toutes
les peines du monde à deviner quelles pouvaient être ses pensées.
Et en toute franchise, elle n’en avait aucune idée. Il pouvait
se montrer si énigmatique parfois.
Lorsque Mike entra dans la salle, il fut rapidement mis au courant de la situation.
En apprenant la démission de Sam, il se tourna vers elle, une étrange
lueur dans les yeux et la jeune femme ne put retenir un sourire amusé
devant la mine sombre de Jack. Il n’aimait pas le regard que Mike posait
sur elle.
Quand enfin le Briefing fut terminé, tous s’apprêtaient à
se lever mais Hammond les arrêta.
- J’ai une annonce à vous faire. Je vous en parle à vous
en premier puisque cela touche SG1 en particulier… Le Colonel O’Neill
va être promu au rang de Brigadier Général et prendra ainsi
le commandement du SGC. Aujourd’hui est sa dernière mission.
A cette annonce, un silence se fit puis Teal’c prit la parole.
- Mais et vous Général ?
Hammond sourit.
- Je pars en retraite! Je crois l’avoir bien méritée !
Après quelques sourires et acquiescements, tous se tournèrent
vers Jack qui gardait encore une fois le silence, les mains sagement croisées
sur la table… d’une neutralité inhabituelle.
Comme le silence se prolongeait, il finit cependant par réagir :
- Quoi ?… On ne me félicite pas ?
Daniel sourit.
- Ben vu votre tête, on n’était pas sûr que vous en
soyez content…
- Pas content ? … Daniel ! Je vais commander cette base ! Je vais pouvoir
faire tout ce que je veux ! déclara-t-il un sourire satisfait sur le
visage tout en posant tranquillement ses pieds sur la table.
Hammond se leva alors et, ce faisant, les balaya de la main, manquant de faire
tomber son second.
- Vous n’êtes pas encore aux commandes, Colonel ! gronda-t-il, un
sourire au coin. Allons ! SG3 ne devrait plus tarder. Allez vous préparer.
Sur ce, tous se levèrent d’un même mouvement mais au lieu
de quitter les lieux de suite, Daniel et Teal’c s’approchèrent
de Jack pour le féliciter comme il se doit. Mike en profita alors pour
s’isoler un peu avec Sam.
- Donc… vous avez démissionné ?
La jeune femme sourit.
- En effet. J’attends juste l’accord officiel de l’Etat Major.
Mike acquiesça et gêné, finit cependant par la fixer avec
insistance.
- Puis-je vous demander pourquoi ?
Sam rougit puis se tourna instinctivement vers Jack quelques mètres plus
loin. Il riait en tapant l’épaule de Daniel, visiblement ravie
de la déconvenue de Jackson. Encore à se chamailler… La
jeune femme sentit son cœur fondre. Elle adorait lorsqu’il riait…
Mike suivit son regard et comprit sans qu’elle ait besoin de répondre.
C’est cet instant que choisit O’Neill pour se tourner vers eux.
Summers et lui s’affrontèrent quelques secondes à peine
mais devant l’assurance de ce dernier, Mike finit par baisser les yeux.
Ils étaient ensemble…
- Je vois… murmura-t-il pour lui-même.
Sans un mot, conscient que, perdue dans ses pensées, elle ne répondrait
plus à rien, il se détourna et sortit. Sam ne réalisa son
absence que quelques secondes plus tard et fut un peu embarrassée. Elle
n’avait même pas remarqué qu’il était parti…
Son cœur fit un bond dans la poitrine lorsqu’elle vit Jack s’avancer
vers elle, un sourire séducteur sur les lèvres. Comment faisait-il
pour la mettre toujours dans tous ses états ? Puis re-songeant à
ce qui l’attendait, elle perdit un peu de sa superbe. Elle aurait tout
donné pour l’accompagner dans cette mission… Si elle avait
refusé c’était uniquement pour lui. Elle connaissait ses
peurs et avait parfaitement conscience qu’il ne serait pas entièrement
à ce qu’il faisait s’il s’inquiétait pour elle.
Il risquerait de se faire tuer… Alors non. Pour cette dernière
mission, elle devait le laisser y aller seul.
- Ca va ? demanda-t-il inquiet devant son air grave.
Elle se força à sourire.
- Oui. Je suis juste inquiète…
- Jack ! intervint soudain Daniel qui s’apprêtait à s’engouffrer
dans le couloir. SG3 revient ! Il faut qu’on se prépare !
En effet, la Porte venait d’être activée.
- J’arrive !
Puis se tournant vers Sam, il lui sourit, encourageant.
- Je me dépêche. Je te rejoins dans ton labo dans 5 minutes. D’accord
?
La jeune femme ne put s’empêcher de sourire. Il fallait au moins
deux bonnes minutes pour aller jusqu’aux vestiaires et de là-bas
trois autres minutes pour aller jusqu’à son labo… Le temps
qu’il s’habille… Mais Jack n’avait jamais été
très ami avec les chiffres… ni avec la ponctualité, d’ailleurs…
- Ca marche…
Dix minutes plus tard, on toqua à sa porte et le cœur de Sam se
serra.
- Entrez.
Elle avait prit soin de fermer son labo pour ne pas être dérangée.
Elle n’était pas d’humeur à travailler et n’avait
aucune envie de voir qui que ce soit. Sauf lui, évidement.
Il entra et referma la porte. Il était en tenu d’assaut standard,
sa casquette dans la poche arrière de son pantalon. Elle savait qu’une
fois le Vortex passé, il la mettrait aussitôt sur sa tête
même s’il n’y avait pas de soleil…
Il s’approcha doucement d’elle, le visage grave. Etant donné
que Sam était encore officiellement dans l’armée, ils n’avaient
aucun droit de se toucher et Jack, afin de réprimer une envie qui le
démangeait, finit par enfoncer nerveusement les mains dans ses poches.
Combien de fois avait-il eu ce geste lorsqu’elle s’était
trouvée à portée de lui… Il était sûr
qu’elle ne réalisait même qu’elle en était la
principale raison.
- … Je te remercie… murmura-t-il finalement.
Un peu surprise, la jeune femme redressa la tête.
- Pourquoi ?
- De rester ici… Je sais combien cela doit te coûter…
Le cœur lourd, Sam choisit de contempler ses chaussures. Jack leva sa main
pour lui redresser gentiment la tête mais, dans un soupir, laissa retomber
son bras le long de son corps avant de l’avoir touchée.
- J’ai peur, dit-elle simplement.
- Ça ne devrait pas nous prendre trop longtemps, lui dit-il pour la rassurer.
Sam redressa la tête, agacée.
- J’aurais quand même préféré demander de l’aide
à mon père.
- Tu sais bien qu’il n’aurait rien pu faire. Il n’en a plus
le droit maintenant…
La jeune femme acquiesçait lorsque une voix métallique retentit
autour d’eux :
« SG1, SG3 et SG8 sont attendues en salle d’embarquement de toute urgence ! »
Jack soupira. Il posa une main sur son épaule et la pressa doucement tandis que leurs regards se croisèrent. Sam ne put prononcer le moindre mot, tant sa gorge était nouée. Les poings serrés, elle le vit se détourner puis ouvrir la porte. Avant de sortir, il se retourna vers elle et lui sourit. Elle ferma alors les yeux afin de garder cette image précieusement dans sa tête. Lorsqu’elle entendit la porte se refermer, elle s’effondra en larmes.
Pourquoi avait-elle l’horrible impression qu’elle le voyait pour la dernière fois ?
Mais elle savait pourquoi…
C’est lorsque vous possédez enfin ce que vous avez toujours désiré que vous le perdez…
Toujours.
Les minutes s’engrenaient, lentes, désespérément
lentes alors que tout allait si vite de l’autre côté de la
Porte. En une fraction de seconde, tout pouvait basculer. En une fraction de
seconde, la vie d’une personne pouvait être annihilée.
Teal’c était passé la voir juste après le départ
de Jack. Lorsqu’il l’avait vue en larmes, il n’avait rien
fait mais lui avait juste dit ces quelques mots :
- Je veillerai sur lui.
Cette phrase ne cessait de résonner dans sa tête, encore et encore.
Elle avait confiance en Teal’c. Il ferait tout pour qu’il revienne.
Mais le pire pouvait arriver si vite…
Elle comprit ce que Jack avait du ressentir pendant ces cinq mois… L’incertitude,
la peur, le doute… Cinq mois. Elle n’avait pas vraiment réalisé
à quel point cela avait du être difficile pour lui. Finalement,
c’était peut être lui qui avait le plus souffert.
Elle avait vécu une situation un peu similaire lorsqu’il avait
été bloqué sur Edora mais bien qu’elle l’ait
aimé énormément il y a 5 ans, ce n’était rien
en comparaison de ce qu’elle ressentait à présent pour lui.
Chaque jour ses sentiments étaient plus forts… Comment aurait-elle
survécu si cela s’était passé aujourd’hui ?
… Elle serait devenue folle de chagrin…Morte d’inquiétude…
Quelques minutes plus tard, Janet vint la voir mais elle se refusa à
lui ouvrir. Elle n’avait la force de parler à personne. Elle attendait.
Encore… Une heure… Une heure dix… Une heure vingt… Une
heure trente…
Enfin l’alarme retentit !
Sans plus attendre, elle se remit sur ses pieds et sortit en trombe de son labo.
Elle courut dans les couloirs escarpés, indifférentes aux personnes
qu’elle bousculait. Arrivée enfin près de la Porte de Etoiles,
elle entendit des tirs ricocher sur le mur et grimpa les quelques marches qui
menaient à la salle de commande. Hammond était déjà
sur place. Il jeta à peine un œil de son côté.
- C’est eux, dit-il simplement.
Son ventre se noua un peu plus et une sueur froide glissa désagréablement
le long de son dos. Les mains crispées sur son pantalon, elle se tourna
vers la Porte, sursautant à chaque impact de tirs qui s’écrasait
sur le mur de séparation.
Enfin quelques hommes passèrent le vortex. C’était SG11
soutenu par SG8. Ils étaient visiblement en très mauvais état
mais vivants. Aussitôt, l’équipe médicale fit sont
entrée dans la salle, indifférente aux tirs qui sifflaient autour
d’eux. Sam sentit son cœur s’arrêter lorsque Janet fut
touchée au bras mais insensible à sa blessure, elle continua de
donner des ordres et sortit rapidement les blessés.
SG3 passa à son tour le vortex et courut se mettre à l’abri.
Ils furent rapidement suivit de Daniel et Mike puis une longue attente commença…
Au bout de plusieurs minutes, perdant patience, Hammond empoigna fébrilement
le micro.
- Où sont-ils ? s’écria-t-il.
Le docteur Jackson se retourna vers la salle de commande et haussa des épaules
tout en s’épongeant le front, inquiet.
Sam serra les dents, les mains crispées contre le dossier de la chaise
devant elle, son regard fixée à la Porte, hypnotisée par
cette flaque bleue que rien de venait altérer.
Soudain une légère vague troubla la surface plane, et le cœur
battant la chamade la jeune femme vit enfin apparaître Teal’c …
qui tenait Jack par le bras.
- Fermez l’iris, tonna celui-ci tandis que son ami le relâchait.
Une fois le vortex rompu, O’Neill se tourna vers le Jaffa.
- Une vraie mère poule aujourd’hui, Teal’c ! gronda-t-il
gentiment avant de chercher des yeux la jeune femme.
Lorsqu’il la vit dans la salle de commande, il sourit. Il ne fallut que
quelques secondes à Sam, accompagné par Hammond, pour les rejoindre
en bas.
- Mission accomplie, Mon Général ! s’exclama Jack en descendant
la passerelle, un sourire satisfait sur les lèvres.
- C’est ce que je vois. Bravo. Bon travail.
Pendant ce temps, Sam attrapa le bras du Jaffa qui passait à ses côtés
pour aller à l’infirmerie.
- Merci, murmura-t-elle, reconnaissante.
Teal’c inclina simplement la tête…
- Alors Carter ! Vous ne vous êtes pas trop ennuyée sans nous ?
demanda Jack en s’approchant d’elle.
Sam sourit, jetant un dernier coup d’œil vers le Jaffa qui s’en
allait.
- La routine, Mon Colonel., répondit-elle d’un ton neutre en se
tournant vers son supérieur. Du bricolage !
- Vraiment ?… Je suis sûre que vous n’avez même pas
pris le temps de grignoter quelque chose.
Voyant déjà où il voulait en venir, la jeune femme lui
lança un regard amusé.
- C’est vrai…
- Eh bien ce n’est pas raisonnable, Major, et nous allons y remédier
immédiatement !
- Mais j’ai des expériences qui m’attendent, commença-t-elle
pour la forme, rapidement interrompu par le doigt levé de Jack.
- Ahh !! C’est un ordre, Carter !
Il se pencha ensuite vers elle, un sourire amusé sur les lèvres.
- C’est peut être le dernier que je vous donne alors laissez-moi
ce plaisir…
Comment faisait-il pour avoir une voix aussi… sensuelle… ? se demanda
Sam, tandis qu’elle tentait de réprimer un frisson. Et puis il
avait une façon de dire le mot « plaisir »…
Se secouant mentalement, la jeune femme finit par se reprendre. Ils n’avaient
pas de permissions avant trois jours. Mieux valait-il penser à autre
chose !
A cet instant, Hammond passa à côté d’eux, semblant lire
dans ses pensées...
- Je vous donne votre soirée, mais retour demain à 8 heures pour
le débriefing. Je compte sur vous, Major.
Sur ce, il sortit de la salle, les laissant seuls et abasourdis. Jack fut le
premier à réagir.
- Ok ! Bon ! fit-il soudain énervé. Je file à l’infirmerie,
je prends une douche et on se retrouve devant l’ascenseur dans dix minutes
!
Sans attendre de réponse, il s’élança dans les couloirs.
Sam sourit. Vu le monde à ausculter, elle avait largement le temps de
prendre une douche elle aussi et de se pomponner un peu.
Dans un soupir, elle enfonça les mains dans ses poches et se tourna vers
la Porte des Etoiles, grande et majestueuse. Elle savait qu’elle aurait
l’occasion de la passer encore de nombreuses fois pour des missions scientifiques,
alors non, elle n’avait décidément aucun regret… Bien
sûr, leur vie à tous les deux comporterait encore quelques risques
mais finalement n’était-ce pas ce qui lui donnaient du sel ? songea-t-elle
avec plaisir.
Enfin, un sourire sur les lèvres, Sam se dirigea vers la sortie d’un
pas joyeux…
FIN
Ouf…. Moi qui voulais faire un petit épilogue… Ah bravo…
Un p’tit mail ?