Auteur : Hito
E-mail : h_hito76@yahoo.fr
Résumé: Carter prend du galon et son caractère
s’en ressent!
Genre: Romance S/J
Spoilers: Courant saison 7 à partir de « Chimères
» et début saison 8
Disclaimer : Les personnages et l’univers ne sont pas
à moi mais à la MGM…
NB/ Merci à Trekkie pour son aide et ses conseils avisés.
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Le colonel Jack O’Neill marchait d’un pas pressé dans les
couloirs du SGC. Contrairement à son habitude, ce n’était
pas pour s’occuper l’esprit mais dans un but bien précis…
Rejoindre la salle de sport afin de s’y défouler un peu. La présence
d’une certaine personne au sein de la base y était certainement
pour quelque chose mais il ne préférait même pas y penser…
Au détour d’un couloir, il regarda négligemment vers l’une
des chambres de l’infirmerie se trouvant à près de huit
mètres de lui. La porte était restée ouverte.
Sous le choc, il s’arrêta net. Son cœur venait de faire un
360° et semblait décidé à remonter jusqu’à
la sortie. Il n’arrivait plus à respirer… Ca faisait bien
longtemps qu’il ne s’était pas senti aussi mal… Quoique…
En fait si. Dans l’ascenseur.
Ce n’était pas comme s’il n’était pas au courant,
alors pourquoi se mettre dans un état pareil !…
Mais il faut dire qu’entre savoir et le voir de ses propres yeux, il y
avait une grosse différence, se dit Jack qui n’arrivait plus à
bouger. Il savait qu’il aurait du, pour sa santé mentale, continuer
son chemin mais il ne parvenait pas à détourner les yeux.
« C’est bien de se torturer comme ça ! Très malin
! Bravo ! »
Toujours aucun mouvement dans ses muscles.
« Allez ! Continue ! C’est tellement exaltant ce que tu as sous
les yeux … »
Mais la douleur fut si forte à cet instant qu’il cessa même
de penser. Il restait juste là, figé, les bras ballants…
Puis l’air revint dans ses poumons, les battements de son cœur reprirent
une cadence normale.
- Bon sang ! grogna-t-il en retrouvant enfin l’usage de ses deux jambes.
Il finit par détacher son regard et poursuivit sa route. Un combat contre
Teal’c lui ferait du bien. S’il prenait quelques coups, peut-être
aurait-il moins mal ailleurs…
Perdu dans ses pensées, il ne vit qu’au dernier moment Daniel qui
venait en sens inverse.
- Ah Jack ! Est-ce que vous pourriez me dire…
- Pas maintenant, Daniel ! rugit O’Neill en poursuivant son chemin.
Le Dr Jackson le regarda disparaître au croisement du couloir.
- … D’accord…
Ca faisait bien longtemps qu’il n’avait pas vu Jack aussi furieux.
Enfin, il le voyait souvent ronchon mais là… L’expression
sur son visage était inhabituelle, se dit-il inquiet.
« Bah ! Sûrement un problème avec sa canne à pêche
! » murmura-t-il tout seul, tentant de faire de l’humour…
en vain.
Haussant les épaules, il finit par prendre la direction du bureau
de Carter. Sam aurait peut être la solution au problème qu’il
voulait soumettre à Jack. Il n’avait cependant pas fait cinq mètres qu’il tomba sur une
scène qu’il ne s’attendait certes pas à voir ici,
au SGC.
- Ah oui… Je comprends mieux maintenant…
Deux personnes se trouvaient dans une des chambres de l’infirmerie et
s’embrassaient. Il reconnut sans peine Sam et devina que l’homme
dans le lit devait être Pete quelque chose. Il n’avait pas eu le
temps de le voir avant que l’ambulance ne le transporte à la base.
Sans savoir pourquoi il fut pris soudain d’un étrange sentiment
proche de la colère. Il tenta de rester rationnel et arriva à
la conclusion qu’il ne devait pas apprécier l’intervention
d’une tierce personne dans la relation… ou plutôt la non-relation
de ses deux amis.
Il voulut passer son chemin mais à son grand damne, il fut interpellé
par la voix de Carter.
- Daniel !!
Celui-ci se retourna et rejoignit le couple dans la chambre.
- Sam, la salua-t-il avec raideur.
- Daniel, l’accueillit-elle avec un grand sourire. Je vous présente
Peter Shanahan. Pete voici le Dr Daniel Jackson, dont je t’ai parlé
à l’instant. Il fait parti de SG1.
Peter, souriant tendit une main que Daniel mit quelque temps à serrer.
- Très heureux de faire votre connaissance, Dr Jackson. Je suis content
de rencontrer enfin un ami de Sam, commença-t-il jetant un regard gentiment
accusateur vers la jeune femme.
Elle m’a dit que c’était
grâce à vous que le projet Porte des Etoiles avait vu le jour.
- Euh oui… Mais ils auraient fini par trouver… ronchonna humblement
Daniel soudain avare de paroles.
Un silence gêné s’instaura, rapidement interrompu par Carter.
- Pete est policier.
- Ah ! répondit Daniel…
Puis saisissant la balle au bond, il continua :
- … Vous devez avoir l’habitude du danger alors. Remarquez, il faut
bien ça pour accepter de sortir avec une femme qui risque sa vie plusieurs
fois par semaine.
- Daniel ! intervint aussitôt le Major Carter, interloquée.
- Non, c’est vrai… Vous êtes morte combien de fois, Sam ?
Quatre ? Cinq fois ? … Sans parler des missions où vous avez été
torturée, possédée par une entité extraterrestre…
Il jubilait de voir le visage de Peter se décomposer au fur et à
mesure qu’il lui relatait les pires choses qui étaient arrivée
à son amie pendant ces sept dernières années. Bien sûr,
il n’eut pas le temps d’aller bien loin dans ses explications car
il fut stoppé net par le regard furieux de Sam.
- Bon… Euh… Il faut que j’aille voir Teal’c pour un
problème de euh… traduction, bégaya alors Daniel prenant
la direction de la sortie… Pete ! J’ai été ravi de
faire votre connaissance !
Celui-ci, incapable de parler, se contenta de hocher péniblement la tête
tandis que le Dr Jackson, poursuivi par Carter sortait précipitamment
de la pièce.
La jeune femme finit par le rattraper dans le couloir.
- Daniel ! Qu’est ce qui vous a pris !
Celui-ci se retourna en grognant, agitant les bras en tout sens, incapable d’articuler
un mot cohérent.
- Je sais pas ! finit-il par dire, penaud.
Encore sous le choc, Peter réalisa qu’il était à
présent seul. Il entendait Sam et le Dr Jackson discuter sans pour autant
parvenir à discerner ce qu’ils se disaient. En effet, ils étaient
dans le couloir perpendiculaire à celui qui se trouvait en face de son
lit.
D’où il était, il ne pouvait les voir…
- Vous ne savez pas ? Comment ça, vous ne savez pas ??! s’exclama
Carter furieuse.
Pour une fois qu’elle rencontrait quelqu’un d’intéressant
il fallait que son meilleur ami la grille définitivement devant lui !
- Ecoutez. Je suis désolé… C’était une réaction
stupide de défense.
- … De défense !?
Daniel, gêné, soupira de lassitude. Ça lui apprendrait la
prochaine fois de s’occuper des affaires des autres !
- J’ai croisé Jack tout à l’heure dans le couloir.
Il semblait furieux…
Devant l’incompréhension qui se reflétait dans le regard
de Sam, il dût préciser.
- Il a du vous voir, Peter et vous…
Carter sembla perdue l’espace de quelques secondes puis se reprit aussitôt.
- Et alors ?
- Et alors ? répéta bêtement Daniel… Enfin Sam, vous
savez très bien ce qu’il ressent pour vous.
- Daniel, vous êtes ridicule ! De quoi parlez-vous ? …
Puis devant la tête exaspérée de son ami, elle finit par
rajouter à contre coeur :
- Et quand bien même il aurait eu des sentiments à mon égard
cela fait bien longtemps que ce n’est plus le cas…
Elle s’arrêta quelques secondes, toujours aussi furieuse…
Mais contre qui cette fois-ci ?
- … Et « Idem ici !», si vous voulez tout savoir ! finit-elle
reprenant l’expression favorite de Teal’c avant de se détourner
rageusement pour aller rejoindre Pete.
- Sam, Bon sang ! Ne soyez pas ridicule ! s’exclama Daniel en la rattrapant.
Vous savez très bien quels sont les sentiments de Jack à votre
égard !
- … Et quels sont donc mes sentiments à l’égard de
Carter, Danny Boy ? fit une voix derrière eux.
Sam et Daniel se retournèrent aussitôt pour faire face au Colonel
O’Neill. Celui-ci s’approchait d’eux lentement, le regard
glacial.
- Ca, j’aimerais bien le savoir, poursuivit-il en s’arrêtant
à quelques centimètres seulement du nez de Daniel, le dominant
de son mètre quatre vingt sept.
Celui-ci, déstabilisé par la mine inquiétante de Jack,
sembla hésiter puis finit par renoncer.
- Vous êtes impossibles tous les deux, s’exclama-t-il avant de se
détourner et de s’en aller.
Ainsi débarrassé de Jackson, O’Neill se tourna vers Sam.
Ils se regardèrent pendant quelques instants.
D’habitude, la seule présence de cet homme avait tendance à
calmer Sam, à la réconforter… Mais depuis quelques mois
c’était tout l’inverse. Peu à peu, un fossé
était venu se creuser entre eux et l’instigateur, elle le savait,
n’était autre que le Colonel lui-même. Pour quelles raisons
? Elle n’aurait su le dire. Il était devenu distant. Oh, ils s’entendaient
encore bien. L’unité du groupe n’en dépendait-elle
pas ? Mais ça n’était plus comme avant. Plus de sourires.
Plus de regards complices… Plus de preuves qu’elle lui était
chère.
Elle attendait donc avec appréhension ce qui allait suivre. Il y a de
cela quelques mois encore, ils se seraient regardés en souriant. Jack
aurait fait une blague sur la façon dont il avait fait fuir Daniel et
elle aurait ri, remerciant le ciel de leur avoir encore donné l’un
de ces petits moments d’intimité et de complicité qu’elle
chérissait tant. Ces cadeaux qui lui permettaient de tenir. Mais là…
Pas de regard complice… Pas de sourire familier. Juste un visage fermé.
- J’apprécierais que vous évitiez les commérages,
Major. Parler de son supérieur avec une tierce personne …
La jeune femme perdit le peu de calme que l’arrivée du colonel
avait restauré en elle.
- Et en quoi cela vous regarde, ce que je dis à mes amis ?! …
Le regard que lui lança O’Neill l’incita à rajouter
:
- … Mon Colonel.
- Cela me regarde, Major, parce que je n’apprécie pas d’être
le sujet de conversation de deux de mes hommes.
- Mais ne vous inquiétez pas, Monsieur, ce que nous disions n’était
vraiment qu’élucubrations.
Elle lui tourna le dos et partit en direction de la chambre d’infirmerie
mais O’Neill n’en avait visiblement pas fini avec elle.
Ils étaient à présent visibles aux yeux de Pete, bien qu’encore
trop loin pour que celui-ci puisse discerner ce qui était en train de
se dire.
Surpris, il découvrit que les protagonistes avaient changé. A
présent Sam était confronté à un autre homme. Plus
âgé celui-ci. Il lui sembla reconnaître l’un des militaires
qui était dans la fourgonnette avec elle lorsqu’il les avait suivis
à leur insu… En tout cas, ils semblaient bien remontés tous
les deux.
Peter trouvait ça étrange. S’il s’agissait d’une
équipe qui risquait leur vie à chaque instant, ils devaient forcément
être très soudés… Enfin c’était l’impression
qu’il avait eue lorsque Sam lui avait parlé de SG1 et de l’amitié
profonde qu’il y avait entre ses membres : Daniel et … Comment s’appelait-il
? … Teal ? Teals ? Bref, peut importe ! Mais et le quatrième membre
? Elle avait bien parlé d’une équipe composée de
quatre personnes : un archéologue, un guerrier « je sais plus quoi
» et… Pourquoi ne lui avait-elle rien dit sur le dernier du groupe…
?
- Je n’apprécie pas le ton que vous utilisez, Major.
- Vous m’en voyez désolée, Mon Colonel. C’est bien
involontaire de ma part, répliqua Sam ironiquement tandis qu’elle
s’apprêtait à faire demi-tour une seconde fois pour le laisser
en plan.
Qu’avait-il à être aussi froid avec elle, se demandait Sam,
les larmes aux yeux, partagée entre le chagrin et un profond sentiment
de révolte ?
- Je ne vous ai pas autorisé à partir, MAJOR ! rugit O’Neill.
Le ton plus que les mots immobilisèrent la jeune femme. C’était
la première fois qu’il s’adressait à elle de cette
façon. Elle se tourna dans l’espoir d’apercevoir un brin
d’ironie dans le regard du Colonel. Mais elle ne trouva qu’arrogance
et suffisance. Il voulait la rabaisser ! Les joues en feu, humiliée,
elle se retourna complètement et se mit à contre-cœur au
garde à vous, lui demandant implicitement l’autorisation de se
retirer.
Un silence tendu s’instaura. O’Neill la regardait, un léger
rictus aux lèvres. Il ne bougeait pas, l’obligeant à rester
la main levée, attendant qu’il daigne la libérer d’un
geste. Plus Carter attendait, plus elle se sentait humiliée et furieuse.
Que cherchait-il ? Pourquoi se montrer aussi odieux ?
Enfin, Jack se décida à la saluer à son tour, lui donnant
congé.
- Rompez, Major.
La tête haute, elle le fusilla du regard avant de se détourner
et rejoindre Peter.
Celui-ci n’avait rien perdu de la scène. Il croisa alors le regard
glacial d’O’Neill. L’espace de quelques secondes il y eut
confrontation. La force et l’autorité qui se dégageaient
de cet homme mirent Peter mal à l’aise. Il eut pour la première
fois de sa vie bien du mal à soutenir un regard. Quoi qu’il se
souvenait d’un professeur, lorsqu’il était au collège
qui… Mais ce n’était pas comparable. C’était
un môme à l’époque. Aujourd’hui, il était
flic et avait eu sa part de moments difficiles et de drames. Il en avait côtoyé
des durs. Mais c’était bien la première fois qu’il
se sentait aussi nerveux d’être dévisagé ainsi.
Il me déteste, réalisa-t-il soudain. Cet homme me déteste…
Puis Sam finit par le cacher de son champ de vision. Lorsqu’il put de
nouveau voir le couloir, l’homme avait disparu. Il se tourna alors vers
la jeune femme qui avait apparemment bien du mal à retrouver son calme.
- Qui était-ce ? demanda alors Peter.
- … Mon supérieur direct, le colonel Jack O’Neill.
- Le 4ème membre de SG1 ?
- … Oui.
Qu’est- ce qui lui avait pris !? se demanda-t-il, allongé sur
son lit. Elle devait le détester, maintenant. Il l’avait humilié.
Jamais il n’avait fait une chose pareille auparavant. Mais ça avait
été plus fort que lui. Et pourtant ce n’est pas faute de
savoir se contrôler face à n’importe quelle situation. Mais
là, il n’avait pas pu s’en empêcher. Il bouillait à l’intérieur
et le fait de ne pas avoir trouver Teal’c dans la salle de sport n’avait
pas arrangé les choses. Il n’y avait que lui qui aurait pu lui
permettre d’évacuer toute la colère et la frustration qu’il
tentait de refouler depuis plusieurs jours. Mais non, le sort s’acharnait
contre lui ! …
… Après… Ce qui l’avait ramené vers le lieu
de son supplice était un vrai mystère. Une curiosité malsaine.
Un peu de masochisme… Il ne saurait sûrement jamais. De même
qu’il ne savait plus ce qui lui avait fait perdre tout contrôle.
Daniel avec ses élucubrations et sa manie de s’occuper des affaires
des autres… des siennes le plus souvent… ou bien de voir Carter
dire qu’elle ne ressentait plus rien pour lui… Mmmm… La deuxième
solution semblait la plus probable.
Eh bien quoi ? Il était jaloux ! D’accord… Il avait envie
de prendre ce Pete et de lui dévisser la tête, de lui arracher
les membres et de les couper en petits morceaux. Et hop ! A la poubelle ! …
En fait, il pourrait. En y réfléchissant, ce serait facile pour
lui. Il attendrait qu’il sorte de la base bien sûr, et puis il le
suivrait. Il guetterait le moment opportun et pan ! Plus de Pete !
- Mmmmm… murmura-t-il en pleine extase.
Combien de fois avait-il fait ce rêve ces cinq derniers jours… ? Combien
de fois en était-il arrivé là rien qu’en imaginant
ce balourd embrasser Carter. Mais il y avait pire. Des images plus osées
s’insinuèrent sournoisement dans sa tête. Il grogna et mit
son bras sur ses yeux pour ne plus les voir. Mais elles revenaient le hanter
tous les soirs, dès que son esprit était au repos.
- Pour l'amour du ciel ! s’exclama-t-il rageusement en se redressant, le cœur
au bord des lèvres.
L’idée qu’il puisse la toucher lui donnait envie de vomir.
Qu’il la caresse, qu’il la prenne…
- Stoooop !! s’écria-t-il en se levant brusquement les mains devant
les yeux.
Stop ! Stop ! Stop ! répétait-il, tournant en rond pour se calmer.
- Je suis en train de devenir fou…
Il s’arrêta près de son lit et finit par se laisser tomber
dessus, les coudes sur ses genoux, la tête dans ses mains.
Non… Il n’avait rien à dire. Il n’avait aucun droit
sur elle. C’était bien pour qu’elle le sorte de sa jolie
tête qu’il s’était escrimé à s’éloigner
d’elle. Et maintenant qu’il y était parvenu, il n’avait
qu’une envie… revenir en arrière, la voir le regarder comme
s’il était l’être le plus extraordinaire qu’elle
ait jamais rencontré. Lui… Pour Elle.
Non… Il devait songer à son bonheur à elle. Mais Dieu que
c’était difficile. Entre Sam et lui c’était pourtant
impossible. Le règlement ? … Pfff ! Ca n’avait jamais été
cela qui l’avait empêché de passer au niveau supérieur
avec Carter. Enfin si. Un peu. Mais à la rigueur, cela aurait été
davantage par peur de briser la carrière de la jeune femme que la sienne.
Que risquait-il ? La retraite ? … Non… En fait, il ne voulait pas
l’aimer… Car s’il la perdait… il n’y survivrait
pas.
- Que décidez-vous, Colonel ?
Jack O’Neill était assis face au Général. Troublé,
il tenta de trouver une position plus confortable mais en vain. Le problème
ne venait pas de son siège mais davantage de la situation.
- Je ne sais pas quoi vous répondre, Mon Général…
- Je comprends que cela vous déconcerte mais ne me dites pas que vous
êtes surpris. Vous savez parfaitement ce que vous doivent non seulement notre
pays mais également la planète toute entière. La seule
raison pour laquelle on ne vous l’a pas proposé plus tôt
est simplement que nous voulions que vous restiez à la tête de
SG1 le plus longtemps possible.
Hammond s’arrêta quelques instants, puis voyant O’Neill toujours
silencieux, il enchaîna.
- Compte tenu des évènements survenus lors de ces 3 derniers mois,
je pense qu’il est peut être temps de vous reposer un peu, vous
ne pensez pas.
Jack acquiesça. Ses genoux le faisaient atrocement souffrir et puis il
faut bien avouer que le reste commençait sérieusement à
donner des signes de fatigue. Il allait payer cher toutes ses années
à risquer sa vie en faisant subir à son corps parfois l’impossible.
- Et SG1 ?
- Le Major Carter va être promue Lieutenant Colonel. Si vous êtes
d’accord, elle vous succèdera à la tête de cette unité.
O’Neill sourit. Il était si fier et si heureux pour elle. Elle
s’était battue comme une lionne, toujours juste et passionnée.
Il était persuadé que le SGC y gagnerait au change.
- Elle le mérite, répondit-il. Mais et vous, Mon Général
? Que ferez-vous si j’accepte cette offre.
- Je prendrais ma retraite ! Chose que je devais faire il y a sept ans, maintenant
! Ne vous préoccupez pas pour moi, Colonel. Avez-vous pris votre décision
?
Combien de fois Jack avait-il réfléchi à cette possibilité.
Le choix n’était pas aisé à faire. La retraite ou
un poste de Général. Non, ça n’était pas simple.
Mais pas pour des raisons qui semblaient évidentes, non… Pour d’autres.
Carter.
La retraite signifiait qu’il allait enfin avoir la possibilité
de se déclarer et qu’avec un peu de chance, si elle le voulait
aussi, ils pourraient entamer une relation. C’était tout ce qu’il
désirait… Et depuis si longtemps… Elle voulait des enfants.
Elle le lui avait dit, un jour, lorsqu’ils se confiaient encore l’un
à l’autre. Lui aussi aimerait bien avoir de nouveau la joie d’être
père, de se donner une seconde chance.
Oui, mais…
S’il quittait le SGC, il n’aurait plus aucun moyen de savoir ce
qui s’y passe, aucune possibilité d’aider Carter si jamais
il y avait un problème. Elle allait se trouver dans les pires situations
et il ne serait plus là pour la soutenir en cas de besoin, pour la protéger,
et s’il le fallait, pour mourir à sa place. Car prendre la tête
de SG1 ne signifiait pas seulement commander une équipe. En devenant
leur leader, Carter allait devenir la personne à abattre et celle qui
se sacrifie.
Ne l’avait-il pas fait lui-même un nombre incalculable de fois ?
S’il restait au SGC, s’il devenait Général, il serait
là, auprès d’elle… Il pourrait intervenir, agir. En
revanche, s’il prenait sa retraite, il serait totalement impuissant. Il
s’imaginait à l’attendre patiemment, tandis que dans sa tête
il ferait la liste de tout ce qui pourrait lui arriver. Ce serait invivable.
Il ne le supporterait pas longtemps, il le savait. Il finirait par devenir fou.
- C’est tout vu, Mon Général. J’accepte avec plaisir,
finit-il par décider.
Souriant, Hammond se leva, suivi du Colonel.
- Je suis soulagé, Jack. J’aurais pris ma retraite de toute façon
mais de savoir que c’est vous qui me succédez me permet de partir
l’esprit tranquille. Le SGC sera entre de très bonnes mains.
Samantha était assise sur son lit, le dos voûté. Les poings
serrés, elle tentait de contrôler les multiples émotions,
parfois contradictoires, qui déferlaient en elle. Colère, Chagrin,
Désespoir, Haine ? Non… pas de haine… Mais de la rancœur.
Il avait accepté ce poste de Général. Toutes ces années
à espérer. Pourquoi ? Pour rien. Elle savait que son travail était
très important pour lui. Le SGC était tout pour lui. Elle avait
seulement espéré qu’au bout de quelques années, il
accepterait de passer à autre chose.
Ne lui avait-il pas sous-entendu qu’il tenait à elle « beaucoup
plus qu’il n’était censé le faire ». Cela voulait
bien dire qu’il l’aimait, non ? Ou alors avait-il eu juste le béguin
pour elle, à cette époque ? Il faut dire que ces deux dernières
années, il s’était plutôt montré distant voir
carrément indifférent. Et parfois même odieux… Notamment
lorsqu’elle avait eu cette liaison avec Peter. Sam aurait pourtant juré
l’avoir vu soulagé lorsqu’elle lui avait dit que c’était
fini. Mais peut être avait-elle rêvé ? Sûrement même.
Alors voilà. S’il l’avait aimée, c’était
bien fini à présent. Il avait fait son choix.
« Quand je pense à toutes ses années auprès de lui,
à me faire des films… A rêver de lui, à m’imaginer
qu’un jour il serait à moi… J’étais tellement
sûre qu’un jour nous serions ensemble… »
Des larmes de frustration commencèrent à glisser sur ses joues.
Elle l’avait tellement désiré, pendant si longtemps. Si
elle avait songé un seul instant que c’était voué
à l’échec, elle serait partie. Tout plutôt que de
devoir supporter une telle souffrance.
Alors, enfin, elle renonça.
« Activation de la porte non programmée ! »
Le Général O’Neill descendit précipitamment les escaliers
qui séparaient son bureau du poste de commande.
- Nous recevons le code de SG1, Mon Général. Ils sont sous le
feu de l’ennemi.
- Ouvrez l’iris et sécurisez l’entrée ! ordonna-t-il aussitôt tout en se précipitant dans la salle d’embarquement.
Il venait à peine d’arriver en bas de la passerelle que le Dr Jackson,
traversant le vortex, atterrissait lourdement sur le sol et dévalait
la pente jusqu’aux pieds de Jack. S’en suivit des tirs de lances
Jaffa qui vinrent s’écraser contre le mur.
Ni une, ni deux, O’Neill prit Daniel par les épaules et le traîna
à l’abri derrière des boucliers installés par l’équipe
de sécurité prête à intervenir.
- Vous êtes blessé ?
- Non… ça va… la chute m’a juste un peu assommé…
Ce fut alors au tour de Teal’c de passer la porte, mais cette fois-ci
de façon beaucoup plus agile que son prédécesseur. Il courut
se mettre à l’abri tandis que les tirs s’intensifiaient.
A présent, les trois hommes regardaient la porte avec angoisse. Chaque
seconde semblait durer une éternité.
- Pour l’amour du ciel ! Où est-elle ? s’écria Jack,
fou d’inquiétude en regardant Teal’c qui ne quittait pas
des yeux le vortex.
- Elle me suivait, O’Neill ! Elle était juste derrière moi
!
La tension était à son comble alors que le feu de l’ennemi
s’amplifiait. Les mains moites, le cœur au bord des lèvres,
Jack se maudissait d’avoir accepter cette foutue mission Tok’ra
! Dans un état second, il crut entendre un de ses hommes lui conseiller
de refermer l’iris mais il balaya cette idée absurde d’un
revers de la main.
Et enfin elle apparut, traversant le vortex la tête la première,
sous les tirs Jaffas. Se courbant au dernier moment, elle réussit à
contrôler sa chute et se retrouva très vite sur ses pieds.
- Fermez l’iris ! ordonna-t-elle alors.
Aussitôt dit, aussitôt fait. Des bruits sourds vinrent troubler
le silence qui s’était soudainement instauré dans la salle.
« Où a-t-elle appris à faire une cabriole pareille?» se demanda O’Neill soulagé et impressionné à la fois.
Sam se retourna, un sourire satisfait sur les lèvres. Elle agita sa main
tout en venant les rejoindre en bas de la passerelle.
- Tenez Daniel ! Je pense que mon père sera satisfait ! dit-elle en lançant
un objet au Dr Jackson.
Celui-ci la regarda avec incrédulité tout en rattrapant l’artefact.
- Comment avez-vous fait ?
- Koril a eu la bonne idée de nous poursuivre avec ça dans les
mains !
- Il est mort ? demanda Teal’c.
- Aucun doute la-dessus, j’ai visé la tête.
O’Neill intervint alors dans la discussion.
- Nous en parlerons lors du débriefing. Allez tous à l’infirmerie.
Le regard de Carter croisa celui de son supérieur et son sourire s’évapora.
- A vos ordres, Mon Général, lui répondit froidement Sam
avant de se diriger vers la sortie d’un pas martiale.
Teal’c s’inclina respectueusement vers O’Neill tandis que
Daniel semblait s’excuser de la sécheresse de Carter d’un
sourire gêné. Puis d’un même mouvement, ils rejoignirent
leur supérieur en direction de l’infirmerie.
Mike était à Cheyenne Mountain depuis seulement 3 jours. Il venait d’intégrer SG5 et brûlait d’impatience de passer la porte. Il se trouvait avec le reste de son unité dans le couloir attenant à la salle d’embarquement lorsque les sirènes retentirent.
« Activation de la Porte non programmée ! »
Les murs se mirent à trembler, un chevron, deux chevrons… Il
entendait la roue tourner puis s’arrêter… 3 chevrons…
la roue repartait alors de plus belle… Arg !! Jamais il ne pourrait se
lasser de ce son. Ses poils se hérissaient d’excitation à
l’idée qu’il allait bientôt franchir la Porte. Bien
sûr, il devait attendre que les personnes qui tentaient de l’ouvrir
l’aient refermée pour leur permettre d’aller sur P3X548.
Enfin dans un bruit sourd, le vortex luminescent se forma frappant les murs
du couloir de sa lumière étincelante. Des tirs se firent entendre
puis des bruits de chutes et d’impactes. Cela dura plusieurs minutes puis
enfin une voix de femme ferme et sèche s’éleva par-dessus
le tumulte et les cris.
- Fermez l’iris !!
Et le silence revint. Mike vit son supérieur le Major Harris leur faire
signe d’attendre là et partit voir si on avait besoin de lui.
- C’est SG1 ! lui dit alors Roy, son coéquipier, soudain excité.
C’est sa voix !
Mike avait évidemment entendu parlé de l’équipe phare
du SGC et surtout de son commandant.
Et c’est à cet instant qu’il la vit. Au croisement du couloir,
sortant de la salle d’embarquement, elle apparut. Son visage était
couvert de poussière et de sang et pourtant jamais il n’avait vu
une femme plus belle, plus impressionnante. Elle marchait d’un pas conquérant,
droite et fière. Son casque dans la main, son arme dans l’autre.
Elle passa à ses côtés sans un regard pour lui.
Malgré le monde entassé dans ce couloir étroit, celui-ci
semblait s’ouvrir devant elle comme la mer morte devant Moïse. Chaque
homme s’écartait de son passage en la saluant mais pas un ne reçut
la moindre marque d’attention. Elle était suivie de près
par une immense armoire à glace au teint basané et un homme blanc
de taille moyenne au regard plus abordable. Lorsqu’ils eurent disparus
au détour du couloir, les conversations reprirent.
- Tu viens de voir le Lieutenant Colonel Carter, lui expliqua inutilement, car
il avait déjà compris, son coéquipier Roy.
Puis jetant un œil sur le visage de Mike, il continua en riant :
- Ferme la bouche ! Inutile de rêver mon gars ou alors prend un ticket
et fait la queue, finit-il en ponctuant sa blague en lui tapant le dos.
Le Major Harris les rejoignit à cet instant.
- Allez les gars, on arrête de rêvasser ! C’est à nous,
maintenant !
Mike mit son casque sur la tête et entra à son tour dans la salle
d’embarquement. Comme tous les hommes de cette base, il venait de tomber
amoureux !
- Entrez Daniel Jackson.
Celui-ci pénétra dans la chambre et referma la porte derrière
lui.
- Teal’c, je suis venu vous parler de Sam, commença le nouvel arrivant
en s’asseyant par terre en face de son ami.
- Vous estimez qu’elle prend beaucoup trop de risques.
Surpris, Daniel redressa ses lunettes sur son nez en acquiesçant.
- Je lui en ai déjà parlé, Daniel Jackson, sans succès,
hélas, continua Teal’c.
- J’imagine. Elle est très têtue quand elle veut. En fait,
je pense qu’il faudrait en parler à Jack. Il pourrait peut-être
la raisonner.
Le sourcil de Teal’c se leva.
- Je ne suis pas certain que ce soit une bonne idée. Le Colonel Carter
ne semble pas apprécier O’Neill ces derniers temps. Je ne pense
pas qu’elle sera très réceptive à ce qu’il
lui dira.
- Je sais qu’il n’est pas très connu pour sa … diplomatie…
Mais il a parfois des arguments qui font mouche.
Puis devant le regard interrogateur de son ami, Daniel modifia sa phrase :
- … Je veux dire, des arguments qui … marchent.
- Pourquoi m’en parlez-vous à moi, Daniel Jackson ?
- Eh bien, je pense que si cette demande venait de vous, elle aurait beaucoup
plus de poids aux yeux de Jack que si c’était moi qui lui en parlais.
Teal’c réfléchissait encore lorsqu’on frappa à
la porte.
- Entrez !
- Teal’c, vous n’auriez pas vu, Dan… commença Carter
en pénétrant dans la chambre. Ah ! Vous êtes là !
Et si on allait manger quelque chose tous les trois ? Inutile de les faire attendre
trop longtemps.
Se relevant, Daniel en profita pour sauter sur l’occasion.
- A ce propos, vous ne trouvez pas qu’il faudrait leur dire d’arrêter…
- Pas maintenant, Daniel, le coupa-t-elle en riant.
- Quand même, Sam…
- Qu’est-ce qu’on attend ? demanda Mike en s’installant à
la première table venue.
- Oula ! Ne t’assois pas ici, malheureux ! s’exclama Roy en le tirant
par le bras tandis qu’un brouhaha contestataire s’élevait
déjà dans la pièce… Ca va, ça va ! Il est
nouveau !
Mike regarda autour de lui, un peu perdu. Son coéquipier eut alors la
gentillesse de lui expliquer :
- C’est la table de SG1.
- Ah… Mais pourquoi on fait tout un fromage avec cette unité ?
Ok, ils sont bons mais il y a d’autres équipes, non ?
Faussement outré, Roy le fit asseoir à une table libre un peu
plus loin.
- Mike, Mike, Mike… Déjà, si tu veux pas te faire d’ennemis,
tu fais attention à ce que tu dis. Deuxièmement, on en reparlera
lorsque tu auras lu tous les rapports de SG1. Et troisièmement, on fait
ça surtout pour le Colonel, finit-il les yeux soudain étrangement
lubriques.
Mike se mit à rire.
- Ah ouais d’accord, je comprends mieux !
- Et oui, que veux-tu… ? Nous sommes de pauvres esclaves amoureux, s’exclama-t-il
la main sur le cœur, faisant rire ses compagnons.
- Quelqu’un est déjà sorti avec elle, demanda alors le nouveau.
- Non ! C’est interdit, tu sais bien, répondit aussitôt Roy,
le regardant de travers.
Puis, après un temps de réflexion il poursuivit :
- A une époque il y avait toute sorte de bruits au sujet du Général
et d’elle. C’était il y a deux ou trois ans, lorsqu’elle était
Major et lui Colonel. Tout le monde était sûr qu’il y avait
quelque chose mais moi, je pense pas. Enfin.. J’dis pas qu’ils étaient
pas amoureux mais ils seraient jamais passés au-dessus du règlement…
Enfin pas elle, tout du moins !
- Et maintenant ?
- Maintenant rien du tout ! C’est à peine s’ils se parlent.
C’est quand même bizarre, hein… Tout le monde y va de sa théorie
!
Soudain le brouhaha du réfectoire cessa pratiquement. SG1 venait de faire
son entrée.
- Bonjour tout le monde, salua Carter en souriant.
Teal’c inclina la tête et Daniel, gêné, fit un signe
de la main.
Le brouhaha reprit. Des « bonjour » par-ci, des « comment
allez-vous ? » par-là. Sam leur répondit gentiment tout
en se dirigeant vers le self afin de se servir. Une fois SG1 installée
à leur table, ce fut la cohue vers la nourriture.
- Quand même, Sam… recommença Daniel. C’est pas normal
qu’ils attendent qu’on se soit servi en premier pour le faire à
leur tour… C’est gênant.
- Je ne trouve pas, Daniel Jackson, répondit Teal’c, le plateau
rempli à ras bord. Nous avons ainsi beaucoup plus de choix.
Sam éclata de rire.
- Vous voyez ! Il n’y a que vous qui n’êtes pas d’accord,
Daniel. Et puis si ça leur fait plaisir de nous faire plaisir…
- De vous faire plaisir, Sam. Et vous le savez parfaitement… Et arrêtez
de sourire comme ça, bougonna Daniel finalement amusé par la situation.
On dirait une gamine qui est contente de son vilain tour !
Toc Toc Toc
- Entrez !
Teal’c apparut dans l’embrasure de la porte.
- Je ne vous dérange pas, O’Neill ? demanda le nouveau venu.
Jack releva la tête et sourit. Depuis qu’il était devenu
Général, Teal’c, n’arrivant pas à se faire
à ce nouveau statu, continuait de l’appeler par son nom. Il n’y
trouvait rien à redire malgré les quelques remarques désobligeantes
de certains à ce sujet. Il n’en avait franchement rien à
faire ! Teal’c était son ami et s’il préférait
l’appeler par son nom, quelle importance ? D’ailleurs en y réfléchissant,
il n’était pas le seul à avoir cette habitude… Daniel
était pareil, sauf que lui faisait ça délibérément
!
- Non pas du tout. Je me noie sous la paperasse !
- Je ne vois pourtant pas d’eau, O’Neill, fit remarquer Teal’c
perplexe, le sourcil en accent circonflexe.
- Ce n’est qu’une expression. Bref ! Il y a un problème ?
- Je viens vous parler du Colonel Carter. Je suis inquiet à son propos.
Jack fronça les sourcils et d’un geste de la main incita Teal’c
à poursuivre.
- Je trouve qu’elle prend beaucoup trop de risques. J’ai espéré
qu’elle changerait après avoir fait ses preuves en temps que Colonel
mais elle continue. Je lui ai fait quelques remarques à ce sujet, mais
cela n’a pas semblé lui plaire.
O’Neill acquiesça, doutant cependant qu’il arriverait à
un meilleur résultat. En effet, depuis que leurs rôles
avaient changé au sein du SGC, Carter était devenue plus froide
et distante que jamais. Un vrai glaçon. Ils ne se parlaient quasiment
plus et leurs seules discussions se résumaient aux briefings et débriefings
d’avant et après mission.
Les seuls échos qu’il avait de la vie de son second étaient
ce que Daniel lâchait de temps en temps ; à savoir qu’elle
n’avait pas de petit ami en ce moment, bien que, depuis quelques mois,
elle avait tendance à les collectionner.
Sans parler des hommes de cette base. Oh bien sûr, elle ne sortait avec
aucun d’entre eux, même si ceux-ci auraient vendu père et
mère pour avoir cette chance… Non, mais il lui semblait qu’elle
entretenait volontairement le mythe dont elle faisait l’objet, à
présent. Ce qui, il faut bien l’avouer avait tendance à
l’agacer au plus haut point.
Bien qu’en tant que Général, il avait beaucoup moins de
chance d’entendre les commérages que déclenchaient Carter, il lui
arrivait de surprendre quelques discussions plutôt scabreuses. Qu’y
pouvait-il ? Il était bien incapable d’empêcher ses hommes
de fantasmer sur son meilleur élément. Eh ! Lui-même le
faisait bien !
Pour en revenir à ce que Teal’c venait de lui dire, ça ne
l’avait pas surpris le moins du monde. Ses tiroirs contenaient de nombreux
rapports où il était mentionné un nombre incalculable d’actes
héroïques que le Colonel Carter accomplissait sans la moindre hésitation.
Mais pour que Teal’c en vienne à lui dire qu’il était
inquiet c’est qu’elle devait vraiment se mettre en danger, songea-t-il,
un désagréable frisson dans le dos.
- Très bien Teal’c, je vais lui parler.
Satisfait, celui-ci s’inclina respectueusement devant O’Neill puis
sortit.
Ni une, ni deux, Jack décrocha le téléphone et composa
le numéro de poste du laboratoire de Carter.
- O’Neill à l’appareil. Venez me rejoindre dans mon bureau,
ordonna-t-il lorsqu’elle répondit.
- … Tout de suite, Mon Général.
Il raccrocha.
Inconsciemment, il passa une main tremblante dans ses cheveux. Le fait de ne
plus la voir tous les jours rendait leurs rares tête à tête
très tendus. Ça faisait bien longtemps qu’il ne prenait
plus de pincettes pour lui parler d’ailleurs, vu la fraîcheur de
ses réponses. Mais il ne pouvait s’empêcher d’être
nerveux comme un gosse à chaque fois qu’il la voyait.
Q’y pouvait-il ? Comme la majeure partie des hommes de cette base, il
était fou d’elle. Et maintenant que la complicité qui les
liait avait totalement disparu, il était bien difficile pour lui d’être
à l’aise. Elle, par contre, restait complètement de marbre…
Elle raccrocha.
Son cœur s’était soudain mis à battre plus vite, ce
qui l’irrita prodigieusement. Mais Sam s’était faite une
raison, et savait que quoi qu’elle ferait « IL » l’impressionnerait
toujours. Elle avait beau l’avoir rayé de sa vie, il n’en
restait pas moins celui qu’elle aurait aimé le plus sur cette planète…
et sur les autres.
Mais cela finirait bien par cesser un jour.
Pour l’heure, elle en était encore à le regarder à
la dérobée, tendre l’oreille dès qu’elle entendait
le son de sa voix et respirer avidement son parfum dès qu’il passait
près d’elle… Bref ! Après cinq mois, elle n’avait
pas avancé énormément dans son plan . Qu’à
cela ne tienne ! Elle s’étourdissait avec d’autres hommes,
se lançait à fond dans son travail. Ses efforts finiraient bien
par lui faire atteindre son but: arrêter d’aimer Jack O’Neill.
De plus, dans un sens, il l’aidait. Même si ça lui arrachait
le cœur, l’indifférence du Général lui rendait
les choses encore plus faciles. Ah, il était loin l’époque
des tests Zatarc et des boucles temporelles ! Et oui, Teal’c avait vendu
la mèche. Mais ça ne lui rendait les choses que plus aisées.
En attendant, les mains moites, elle se regardait dans le petit miroir accroché
au-dessus de son lavabo et tentait en vain de discipliner ses cheveux. En désespoir
de cause, elle finit par mettre les mèches rebelles derrière ses
oreilles et se pinça les joues pour leur donner des couleurs. Ok, elle
voulait l’oublier mais inutile pour autant de se négliger! Elle
se regarda en soupirant lentement afin de ralentir les battements violents de
son cœur.
- Allons-y !
Toc Toc Toc !
- Entrez! répondit-il.
- Vous vouliez me voir, Mon Général ? demanda Sam une fois à
l’intérieur.
Jack releva la tête et regarda son second. Une boule vint se former dans
sa gorge et un nœud dans son estomac. Il n’en fut pas particulièrement
surpris puisque ça lui arrivait à chaque fois qu’elle entrait
dans la salle où il se trouvait.
- Asseyez-vous, Colonel.
Hésitante, elle finit par s’exécuter. Apparemment, elle
n’avait pas particulièrement envie que leur discussion s’éternise.
- Colonel, commença-t-il, j’ai cru comprendre que vous aviez pris
beaucoup de risques lors de vos dernières missions. Enfin, pas seulement
« dernières » puisque ça semble être le cas
à chaque fois…
Le regard de Carter se durcit.
- Puis-je vous demander d’où vous tenez cela, Mon Général,
réagit-elle aussitôt en remettant une mèche imaginaire derrière
son oreille.
« Elle est nerveuse. Elle fait toujours ça lorsqu’elle est
nerveuse… »
- Vous savez parfaitement que je ne vous répondrai pas, dit O’Neill
en s’avançant sur sa chaise afin de la voir de plus près.
Elle redressa alors la tête.
« Ca, c’est un nouveau tic. »
- Je ne vois pas où est le problème. Je fais mon travail correctement…
- Là n’est pas la question, Carter. Je ne remets pas en cause votre
efficacité, mais simplement les risques que vous prenez.
Il avait, l’espace de quelques secondes sentit Sam se radoucir lorsqu’il
l’avait appelé par son nom. Il ne l’appelait plus comme ça,
maintenant. Elle avait gagné le droit au respect… Mais «
Carter » était sorti tout seul. C’était une sorte
de tic, un vestige de ce qu’avait été leur entente. Peut-être
l’avait-elle perçu comme cela. Quoiqu’il en soit, ça
n’avait pas duré longtemps, et il pensa même l’avoir
rêvé.
- Ecoutez, Colonel. Vous n’avez rien à prouver. Tout le monde sait
pourquoi vous avez eu ce poste. Vos compétences n’ont jamais, je
dis bien jamais, été remises en question. La personne qui est
venue me voir est simplement inquiète à votre sujet. C’est
tout.
- C’est Daniel, c’est ça ? Il faut toujours qu’il s’occupe
des affaires des autres, celui-là ! Il ne peut pas…
- Pour l’amour du ciel, Carter ! la coupa-t-il exaspéré.
Je vous demande simplement d’être plus prudente ! Est-ce que ça
va finir par rentrer dans votre jolie caboche !
Alors qu’elle s’apprêtait à répliquer, il l’arrêta
d’un geste.
- Non ! Je ne veux rien entendre si ce n’est le son de ma voix ! J’ai
une pile de dossiers derrière mon dos qui me prouve que vous prenez des
risques insensés, et ce, pour une raison que j’ignore !
Carter se leva alors, furieuse, O’Neill la précédant de
peu.
- Je le fais pour mon pays ! C’est mon travail de risquer ma vie !
- Carter, vous ne gagnerez rien à ce petit jeu-là, si ce n’est
aller voir un psy pour comportement suicidaire !
Outrée, Sam le regarda avec un mélange d’incrédulité
et d’inquiétude.
- Vous n’oseriez pas ?!
- Est-ce que vous me laissez le choix ?
O’Neill se rassit alors bien confortablement dans son fauteuil et croisa
les mains sur son ventre… plat, nota bêtement Carter. Il était
en position de force.
- Alors vous avez le choix : c’est le psy ou moi.
- Vous réalisez que si vous m’obligez à aller voir un psy,
ce sera noté sur mon dossier et je pourrais dire adieu à ma carrière
?
- Je préfère ça à la fin de votre vie.
- … Où est la différence, murmura-t-elle mais suffisamment
fort pour que Jack l’entende. Ecoutez, Mon Général. En quoi
le fait que je risque ma peau vous regarde ? Les résultats sont là
! Nous réussissons quasiment toutes les missions que vous nous donnez.
- Qui vous remplacerait si vous veniez à disparaître ?
- Oh je vous en prie ! Je ne suis pas irremplaçable ! s’écria-t-elle
soudain exaspérée.
Jack la regarda alors droit dans les yeux.
- Vous savez parfaitement que si.
Ces paroles atteignirent Sam directement au cœur. Bouleversée, elle
le regarda, tenta de le sonder afin d’être sûre qu’elle
avait bien compris la signification de ces mots et le double sens caché.
Jack se redressa nerveusement sur sa chaise et fit signe à Carter de
s’asseoir. Celle-ci obtempéra sans vraiment s’en rendre compte.
- Ecoutez… Je ne sais pas ce qui vous arrive, pourquoi vous êtes
si froide. Je ne devrais même pas parler de ça avec vous, continua-t-il
en se frottant le crâne, embarrassé. Nous étions amis avant.
Qu’est ce qui a changé ?
Sam baissa alors la tête, muette. Qu’est-ce qu’il voulait
savoir ? Pourquoi lui posait-il soudain ce genre de question ?
- Bon sang, Carter, aidez-moi ! Mettez-moi sur la voie ! Que s’est-il
passé ?
Sous le regard inquisiteur de son supérieur, la jeune femme continuait
de regarder ses mains, hésitante.
- Carter… dit-il d’une voix menaçante. Si vous ne me le dites
pas, c’est le psy. C’est aussi simple que ça. Et ne me racontez
pas de conneries, je le verrai tout de suite.
Furieuse, elle redressa la tête… « nouveau tic » …et
le regarda droit dans les yeux.
Depuis quand était-elle aussi fière et sûre d’elle
? Elle avait acquis énormément d’assurance depuis qu’elle
était à la tête de SG1, cela, c’était une certitude.
Mais elle était également beaucoup plus dure, intransigeante.
Pendant quelques instants, ils s’affrontèrent du regard. Peu de
gens arrivaient à soutenir ce genre de duel avec lui mais elle ne faiblit
pas. Elle avait vraiment changé, même si parfois, en grattant bien,
il arrivait à percevoir sa sensibilité.
- Vous avez fait un choix, finit-elle par dire sentant qu’il continuerait
jusqu’à lui tirer les vers du nez.
Jack soupira. Enfin elle parlait…
- J’ai fait un choix ?…
- Oui, vous avez choisi.
- J’ai choisi, répéta-t-il ne sachant toujours pas où
elle voulait en venir ?
Exaspérée, Carter se leva de nouveau.
- Je vous ai répondu. Puis-je disposer, Mon Général ?
- Non ! Assis ! rugit-il.
A contre cœur, elle lui obéit.
- Alors maintenant vous allez me dire de quoi vous parlez, et c’est un
ordre.
Elle le détesta à cet instant. Vraiment. Elle se sentait humiliée
d’être obligée de dévoiler, à lui surtout,
une chose aussi personnelle. Si elle jouait les femmes froides et insensibles
c’était surtout pour que personne ne perçoive cette faiblesse.
Elle voulait lui ressembler. Indifférente, toujours en pleine possession
de ses moyens, ne perdant jamais le contrôle. Et elle y arrivait plutôt
bien… On la respectait pour ça. On l’admirait même.
Hélas, elle risquait de tout perdre en se dévoilant comme il le
voulait. Qu’à cela ne tienne ! Elle pouvait très bien lui
faire comprendre que ça n’avait plus d’importance pour elle.
Qu’IL n’avait plus d’importance pour elle.
Oui… Bon… Sauf que ça en avait sinon elle ne prendrait pas
tous ces risques en se lançant à fond dans le travail pour l’oublier.
Des risques toujours calculés d’ailleurs ! Hein ! Elle n’était
pas suicidaire ! … Ok… Peut-être juste un peu désespérée.
Mais elle s’améliorait ! Elle était sur la voie de la guérison
!
Quoiqu’il en soit, elle se trouvait à présent dans l’obligation
de dévoiler une chose qu’elle aurait tout fait pour cacher à
l’intéressé.
Eh bien… Allons-y !
- … Vous n’avez pas pris votre retraite, finit-elle donc par lâcher
sèchement.
O’Neill la regarde alors avec des yeux ronds.
- … Vous vouliez que je prenne ma retraite ?
- Ca faisait six ans que j’attendais ça, Mon Général.
Oui, je voulais que vous preniez votre retraite !
A ces mots, elle sentit enfin qu’il avait compris. Au moins les choses
seraient claires, à présent.
- Bon sang, Carter… C’était ça…
La jeune femme redressa fièrement la tête. Elle regarda O’Neill
se lever, faire le tour de son bureau et s’appuyer sur celui-ci pour lui
faire face.
Cela fait bien longtemps qu’ils n’avaient pas été
aussi proches. Elle n’avait même pas à tendre le bras pour
le toucher. C’était pour elle une véritable torture. Les
effluves de son eau de toilette virent chatouiller les narines de la jeune femme.
« Dieu qu’il sent bon » se dit-elle tandis que la tête
commençait à lui tourner.
Son regard ne tenait plus en place : ses belles mains posées sur son
bureau de chaque côté de son corps, son col légèrement
entre-ouvert, sa peau hâlé par le soleil… Est-ce qu’il
l’avait jamais désirée autant qu’elle le désirait
? Ca resterait certainement une question sans réponse…
Consciente que ça ne la menait à rien de ce poser ce genre de
devinette, Carter se décida enfin à le regarder dans les yeux.
Il semblait nerveux.
- Ce que je vais vous dire ne devra jamais sortir de ce bureau.
Ne sachant pas du tout où il voulait en venir, Sam acquiesça simplement
la tête. Jack hésita, la regarda puis sourit. Le cœur de Carter
s’emballa aussitôt.
- Le choix que j’ai fait n’avait qu’un seul but : …
être là.
Ce fut au tour de Sam de ne rien comprendre. Devant l’expression de son
visage, O’Neill se racla la gorge.
- Bon sang, c’est pas facile… murmura-t-il en se levant pour s’éloigner
d’elle.
Ils étaient trop proches et il n’arrivait pas à réfléchir.
- Enfin vous savez Carter ! dit-il en se retournant vers Sam … Vous savez
!
Tout en disant cela, il la regardait d’un air désespéré,
espérant qu’elle finirait par comprendre sans qu’il soit
obligé de le dire. Il sentait bien qu’elle tentait de deviner ce
qui lui passait par la tête mais en vain, visiblement.
- …Vous savez, quoi… Ce qu’il y a … Enfin… Ce
qu’il y avait entre nous… réussit-il enfin à dire.
Devant l’expression effarée de Carter, O’Neill s’emballa
:
- Pitié, dites-moi que je ne suis pas ridicule !
- Non, non ! Continuez, répondit aussitôt Sam les mains crispées
sur son pantalon.
Il la regarda un instant, hésitant sûrement à poursuivre.
- Vous savez ce que je ressentais pour vous à l’époque…
- … Il y a quelques années de cela, oui… Vous me l’avez
dit…
Il la regarda de travers, comme s’il ne comprenait pas trop ce qu’elle
sous-entendait.
- Je veux dire lorsqu’on m’a proposé le poste de Général…
A ces mots, les oreilles de Sam se mirent à bourdonner et un voile blanc
passa devant ses yeux. Elle les ferma quelques instants puis les rouvrit, se
concentrant pour reprendre pied.
« Ce qu’il ressentait… à l’époque…
lorsqu’on lui a proposé le poste de Général…
»
… Il avait encore des sentiments pour elle à ce moment-là…
- Vous allez bien, Carter ? demanda-t-il, inquiet devant le visage blême
de son second.
- Très bien, oui… Continuez, acquiesça-t-elle aussitôt
de peur qu’il décide de mettre un terme à cette discussion.
- Oui… donc… A l’époque, j’ai longtemps hésité
et j’ai cru préférable de rester au SGC parce que…
Il s’arrêta et se racla la gorge, terriblement gêné.
- Parce que ?
- Parce que je voulais être là, s’il vous arrivait quelque
chose. Si j’avais pris ma retraite… comme j’en avais très
envie… avec les implications que ça aurait eues pour tous les deux…
je n’aurais pas pu …
Jack avait du mal à finir sa phrase. Ce n’était pas dans
ses habitudes de parler autant de ce qu’il ressentait.
- … Etre là… finit-elle donc pour lui, réalisant enfin
la portée de ces deux petits mots.
Ils se regardèrent en silence. Sam reconnut le regard qu’il portait
sur elle, il y a de cela quelques années. Celui qu’il n’avait
plus voulu montrer, qu’il ne voulait plus laisser transparaître.
Tout n’était donc pas perdu. Il existait encore quelque chose entre
eux, ce lien qui les enchaînait l’un à l’autre. Il
n’avait pas été rompu.
Ce qui les avait séparés ces derniers mois s’était
soudain volatilisé. Effacé par deux mots : « Etre là
»
Ils se sourirent, désireux de ne pas interrompre cet instant trop vite.
Mais Jack fut le premier à redescendre sur Terre.
Il passa une main nerveuse sur son crâne et retourna s’asseoir dans
son fauteuil.
- Quoiqu’il en soit… Le but de cette discussion était simplement
de vous inciter à être plus prudente, Colonel.
Il la regarda, attendant confirmation qu’elle ferait plus attention afin
de clore le sujet mais elle ne sembla pas réagir. Elle le fixait avec
une expression qu’il n’arrivait pas à déchiffrer.
- Colonel ?
Carter se leva alors, posa les mains sur le bureau de son supérieur et
se pencha au-dessus afin d’être plus près de lui. Instinctivement,
celui-ci recula sur son siège.
- Vous ne croyez tout de même pas que nous allons finir cette discussion
comme ça… Mon Général.
- Je vous demande pardon ?
Un sourire carnassier apparut sur les lèvres de Sam.
- Je ne vais pas attendre encore sept ans les bras ballants !
Le visage d’O’Neill vira au rouge.
- Je peux savoir ce qui vous arrive, Carter ? s’exclama-t-il reprenant
ses esprits.
- Rien de particulier, je voulais juste vous dire que dans les prochains jours
à venir, il se pourrait que je prenne certaines initiatives, expliqua-t-elle
calmement en le regardant d’un air entendu.
- Je vous demande pardon ? répéta O’Neill, éberlué.
- Vous m’avez très bien comprise.
Pour un peu, il serait tombé de son siège. Il hallucinait ou Carter
lui faisait des avances ? Non pas que ça lui déplaisait ou bien
qu’il n’en avait jamais rêvé mais ce n’était
pas… Enfin, ce n’était pas… Bref ! Il ne fallait pas
!
- J’avais espéré que non ! réagit-il enfin. Vous
avez envie de passer en cour martiale ?!
- Qui irait me dénoncer ? Vous ? demanda-t-elle alors en tendant la main
vers le visage d’O’Neill.
Celui-ci eut le réflexe d’arrêter son geste en lui attrapant
le poignet.
- Arrêtez ça immédiatement, Carter ! s’exclama-t-il
en se levant, la main de Sam toujours emprisonnée. C’est un ordre
!
Le sourire de la jeune femme s’élargit.
- Ou sinon quoi ? J’aurais droit à une fessée ?
Cette fois-ci, Jack en resta bouche bée pour le plus grand plaisir de
Sam, visiblement. Elle semblait s’amuser comme une petite folle à
le déstabiliser et là… Elle avait réussi !
Inconsciemment et surtout, inévitablement, des images grivoises virent
s’insinuer dans son esprit. Carter sur ses genoux, les fesses à
l’air… Mon Dieu ! L’air commençait à lui manquer…
Avalant sa salive péniblement, il ouvrit la bouche, la referma, l’ouvrit
de nouveau mais aucun son ne sortit.
Soudain, un long frisson le parcourut de la tête au pied. Les doigts de
Sam commençaient un va et vient langoureux sur le dos de la main qui
la retenait encore prisonnière. Ni une ni deux, il la lâcha sous
le regard faussement malheureux de de la jeune femme.
- Ca, c’est pas gentil, Mon Général.
Puis, comprenant qu’il valait mieux en rester là pour aujourd’hui,
elle le salua et se dirigea vers la sortie. Encore incapable de parler, O’Neill
la suivit du regard et manqua de s’étrangler lorsqu’elle
lui envoya un baiser juste avant d’ouvrir la porte et de disparaître.
Une fois seul, il s’effondra sur son fauteuil, tentant de retrouver une
respiration normale et de ralentir les battements désordonnés
de son cœur.
Est-ce que c’était bien Carter ? La timide et parfois timorée
jeune femme qu’il avait eue sous son commandement lorsqu’il dirigeait
SG1 ?
Si c’était le cas, elle avait bien changé. Ce n’était
pas forcément pour lui déplaire. Combien de fois n’avait-il
pas fantasmé sur une Carter un peu plus entreprenante ? Mais un fantasme,
ça restait un fantasme ! Maintenant, il était piégé.
Elle savait parfaitement qu’il ne ferait jamais rien qui risquerait de
couler sa carrière. Il restait donc impuissant face à ce genre
d’attaques… Il n’espérait à présent qu’une
seule chose… Ne pas se retrouver seul avec elle dans une pièce…
Enfin, pour être franc… Sa raison, seule, espérait…
SG1 venait de finir le briefing et sortait de la salle pour rejoindre leurs
quartiers. Teal’c et Daniel commençaient à s’inquiéter
de voir Sam aussi silencieuse. Depuis qu’elle était sortie du bureau
de Jack, elle n’avait pas prononcé un mot. A coup sûr, la
discussion qu’ils avaient eue ne s’était pas très
bien passée.
O’Neill, venu les rejoindre quelques minutes après elle, était
lui aussi resté muet jusqu’à la fin de l’exposé
de Daniel. Et ça, ce n’était guère dans ses habitudes
!
- Vous allez bien, Colonel Carter, s’enquit alors Teal’c.
- Très bien, merci, répondit-elle sèchement en accélérant
l’allure afin qu’on la laisse tranquille.
Mais c’était le genre de sous-entendu que n’arrivait pas
à comprendre Daniel…
- Vous êtes sûre, Sam ? Je vous trouve bien énervée,
demanda-t-il en marchant plus vite pour la rattraper.
Pour toute réponse, il eut droit à un regard noir.
- Daniel Jackson, je crois que le Colonel Carter voudrait rester seule…,
se sentit obligé de traduire le Jaffa.
- Merci Teal’c, acquiesça Sam avant d’accélérer
de nouveau le pas.
Ce fut donc une Carter furieuse que croisa Mike au détour du couloir.
Ils se percutèrent de plein fouet et tombèrent lourdement sur
le sol.
Abasourdi, le jeune homme redressa la tête afin de voir sur qui il venait
de s’affaler. Lorsqu’il croisa le regard bleu et glacé de
son supérieur, il fut partagé entre un violent frisson de désir
et un autre beaucoup moins agréable. Elle ne semblait pas de bonne humeur.
- Eh bien, Capitaine ! Qu’attendez-vous pour me libérer ? demanda
Sam, amusée malgré elle de voir ce grand gaillard la fixer comme
s’il venait de découvrir la huitième merveille du monde.
Le teint du jeune homme vira au rouge, tandis qu’il tentait maladroitement
de se relever, sous le regard rieur de son supérieur. Une fois remis
sur ses pieds, encouragé par le sourire de Carter, il se pencha vers
elle. A la grande surprise de la jeune femme, il pausa les mains sur sa taille mais
son geste fut arrêté par la voix cassante d’O’Neill
qui venait lui aussi d’arriver au croisement de ce même couloir.
- On peut savoir ce que vous faites, Capitaine ?
Aussitôt, Mike se redressa et se mit au garde à vous tandis que
Carter se relevait, galamment aidé par Daniel et Teal’c.
- Mon Général ! Je … Je voulais aider le Colonel à
se relever.
- Une main tendue aurait suffi ! rugit Jack, glacial.
- Euh… Oui, Mon Général !
O’Neill se tourna vers Carter et la prit en flagrant délit de matage
de postérieur ; chose qui, soit dit en passant, ne lui aurait pas déplu
sauf qu’en l’occurrence, dans ce cas précis, il ne s’agissait
pas du sien… Sentant son regard sur elle, elle se tourna vers lui, un
sourire effronté sur les lèvres.
Autant pour lui ! Après sa façon de l’avoir traitée,
elle avait tous les droits de lui envoyer quelques poignards dans le cœur.
C’était de bonne guerre.
- SG1, je vous rappelle que vous êtes attendus en salle d’embarquement
dans 10 minutes.
Puis se tournant vers Mike :
- Quant à vous, Capitaine, rompez ! aboya-t-il.
- A vos ordres !! s’écria le jeune homme avant de disparaître
très vite, non sans un dernier regard vers Sam.
- Bon sang ! Tu devineras jamais ce qui m’est arrivé ! s’exclama
Mike en déboulant dans la chambre de son nouvel ami.
- Il risque de t’arriver bien pire si tu prends l’habitude de rentrer
chez les gens sans frapper… lui répondit Roy en continuant de feuilleter
son magazine sur le lit.
Sans tenir compte de cette remarque, Mike alla s’asseoir à côté
de lui :
- Il y a moins de 5 minutes, j’étais allongé sur le Colonel
Carter !
Roy redressa aussitôt la tête, curieusement attentif tout à
coup.
- Je te demande pardon ?
- Eh eh !!
Pour toute réponse, Mike eut droit à une taloche sur la tête.
- Accouche, bon dieu !
- Eeeehhhh !!! s’exclama l’offensé en se frottant le crâne.
Ca me fera pas aller plus vite !
Puis, voyant la main de Roy se rapprocher dangereusement de sa tête, il
finit par capituler.
- Ok ! Ok … Je me dirigeais vers le mess quand je suis tombé sur
elle ! Et quand je dis tombé, c’est vraiment « tombé
» !
- Et ???
- ... Et elle sent terriblement bon, murmura-t-il soudain, le regard dans le vide.
- Quoi ? C’est tout ? T’as même pas touché un bout
de sein ?
- Ca va pas ?!! … Je pensais l’aider à se relever mais le
Général est intervenu et je me suis fait passer un savon…
Il était pas content…
- Vraiment, maugréa Roy, pensif. Pas content, comment ?
- Furieux ! D’autant que j’ai cru remarqué que je lui plaisais
!
- Au Général ?
- Non ! Au Colonel, banane !
- Toi ? Plaire au Colonel ?
Roy éclata de rire.
- Quoi ?! C’est vrai ! Elle a maté mes fesses !
Tandis que la Porte s’ouvrait dans un grondement familier, SG1 fit son
entrée dans la salle d’embarquement. Teal’c et Daniel saluèrent
O’Neill tout en se dirigeant vers le vortex mais Carter passa devant lui
sans un regard.
- Colonel ! entendit-elle cependant derrière son dos.
Elle s’arrêta, les nerfs à vif, puis se retourna. Elle n’avait
qu’une envie : passer cette fichue Porte et s’éloigner de
lui, une bonne fois pour toute… Enfin, pendant quelques heures déjà,
ça serait pas mal…
- Mon Général ?
Il la regarda un instant, partagé entre un sentiment de culpabilité
et de frustration. Elle était aussi fermée qu’une huître.
Impossible de déchiffrer quoi que ce soit sur ce visage impassible.
O’Neill repensa à la conversation qu’il avait eue avec Teal’c
et il espérait qu’elle n’allait pas continuer de se mettre
en danger, juste histoire de lui donner des sueurs froides. Un simple coup d’œil
sur les fesses d’un autre homme provoquait suffisamment de dégâts
comme ça. Et puis, il ne voulait pas qu’elle parte en croyant qu’il
avait refusé ses avances pour de mauvaises raisons…
Mais comment le lui dire alors qu’une dizaine de paires d’yeux
était posée sur eux, sans compter les caméras de surveillance.
- Faites attention à vous, Carter, finit-il par lâcher, espérant
que ces mots adouciraient la jeune femme.
Ce fut peine perdue, réalisa-t-il devant le regard cynique et moqueur
de Sam. « Laissez tomber les politesses, Mon Général » Voilà ce qu’il disait, ce regard.
Raide comme « i », Carter le salua, se retourna et partit en courant
rejoindre ses hommes qui devaient l’attendre de l’autre côté
de la Porte.
O’Neill venait à peine de faire passer deux équipes SG par
la Porte des Etoiles, lorsque celle-ci s’anima.
« Activation de la Porte non programmée ! »
- C’est SG1, mon Général. C’est le code d’alerte.
Un nœud se forma dans son ventre. Il avait un mauvais pressentiment.
- Ouvrez l’iris ! Que l’équipe de sécurité
se tienne prête !
Il descendit précipitamment jusqu’à la salle d’embarquement
et vit apparaître Daniel et Teal’c.
- Fermez l’iris, cria Teal’c.
- ... Quoi ? Où est Carter ? s’exclama Jack regardant la Porte se fermer.
- Elle est restée là-bas, commença Daniel, rapidement coupé
par O’Neill…
- Vraiment ?!! J’avais pas remarqué !!
- Nous avons été attaqués dix minutes après avoir
passé la porte, continua Teal’c. C’est une peuplade primitive
à première vue, mais ils étaient beaucoup trop nombreux
pour nous. Le Colonel Carter a fait diversion pour nous permettre de fuir.
- Et vous l’avez laissée seule ?!
- Pour mieux revenir, O’Neill. Nous n’avions aucun moyen de nous
défendre.
Jack était furieux. Il savait que si Teal’c avait estimé
qu’ils étaient impuissants, c’était forcément
le cas. Mais il ne pouvait s’empêcher d’être en colère
après lui. C’était totalement injuste, mais il ne pouvait
se retenir.
- Je suis désolé, O’Neill, déclara alors le Jaffa,
la tête basse, conscient d’avoir échouer dans la mission
la plus importante qu’il lui incombait : la protection de Samantha Carter.
Retrouvant un semblant de calme, Jack acquiesça, signifiant qu’il
ne lui en voulait pas vraiment, même s’il était en colère.
- Il nous faut du renfort, murmura-t-il alors … Passez à l’infirmerie,
je m’occupe du reste ! Rendez-vous ici dans vingt minutes !
Lorsque Daniel et Teal’c arrivèrent dans la salle de la porte
des étoiles, ils furent surpris de ne découvrir que SG5.
- C’est tout ? s’exclama le Dr Jackson.
Puis voyant le Major Harris se tourner vers lui, il rajouta :
- … Euh, sans vouloir vous vexer, Major…
- Il n’y a pas de mal ! Mais cette fois-ci on emmène l’artillerie
lourde, dit-il en pointant son doigt derrière SG1.
En effet, O’Neill fit son entrée en tenue de combat, un P90 en
bandoulière.
- Jack ? Vous venez ? réagit enfin Daniel.
- Quel perspicace vous faites, Danny Boy ! répondit O’Neill en
tapotant l’épaule de son ami.
Il se tourna ensuite vers le poste de commande.
- Colonel Parker ! Je vous laisse les commandes. Vous ne prenez aucunes initiatives,
est-ce que c’est compris ? Des retours de missions et c’est tout.
- A vos ordres, Mon Général, fit une voix métallique à
travers les haut-parleurs.
- Mais… Vous avez le droit de partir en mission ? reprit Daniel, sceptique.
- J’ai demandé l’autorisation d’aller chercher notre
meilleur « homme » et expert mondial de la porte des étoiles.
- Ah oui, en effet… Vu sous cet angle, ils ne pouvaient pas refuser.
- Vous avez tout compris.
Teal’c intervint dans la discussion pendant que les chevrons s’enclenchaient
un à un.
- Vu le nombre des assaillants, je ne suis pas sûr que deux équipes
SG soient suffisantes, O’Neill.
Soucieux, Jack regarda la Porte s’ouvrir avant de répondre.
- Nous n’avons pas le choix, les autres sont toutes sorties.
Il prit le temps de regarder son équipe puis s’avança enfin
vers le vortex ouvert.
- Allez ! En avant, mauvaise troupe !
Et ils passèrent la Porte des Etoiles.
SG1 et SG5 arrivèrent de l’autre côté mais n’eurent
même pas le temps de faire un pas qu’ils étaient déjà
mis en joue par une cinquantaine de femmes armées jusqu’aux dents.
- Je crois que nous n’avons pas perdu notre journée, les filles,
s’exclama l’une d’entre elles.
Carter regarda autour d’elle. Elle se trouvait sous une tente d’une
taille imposante. La décoration était plutôt agréable,
faite de coussins multicolores et satinés et de drapés soyeux.
Pas étonnant, songea-t-elle, puisqu’il s’agit d’un
village uniquement composé de femmes.
Ils avaient déjà rencontré un peuple semblable aux amazones
l’année dernière mais celui-ci ne connaissait visiblement
pas les goa’ulds et ne vivait pas ici pour leur échapper…
Regardant autour d’elle, Carter fouilla pour dénicher une arme
quelconque, mais en vain. Elles ne l’avaient pas attachée sachant
certainement qu’elle ne trouverait rien pour se défendre. Dans
un soupir, elle se laissa tomber sur les coussins, attendant qu’on vienne
la chercher. Elle n’eut pas trop longtemps à patienter. Une femme imposante,
suivie de deux autres à l’aspect patibulaire et aux formes athlétiques,
entrèrent dans la tente et attendirent que Sam se relève avant
de parler.
- Salut à toi. Je me nomme Kya et je suis le chef de ce clan.
- Bonjour, je suis le Colonel Samantha Carter, de la Terre… Mais appelle-moi
Sam, continua-t-elle, voyant le regard perplexe de la jeune femme.
- Sam… répéta alors l’amazone en regardant les vêtements
de Carter. De loin, mes guerrières t’ont prise pour un homme.
Celle-ci n’en fut pas gênée pour autant. Elle savait que
l’erreur était possible avec ses cheveux courts et son uniforme.
- Les deux personnes avec toi, qui nous ont semées dans la forêt,
étaient aussi des femmes ?
Sam ne comprenait pas trop où elle voulait en venir, mais répondit
cependant.
- Non, il s’agissait de deux hommes.
Les yeux des trois guerrières s’illuminèrent de convoitise.
- Vraiment ?… susurra Kya, un sourire aux lèvres. Tu possèdes
donc deux mâles ?
- Posséder ? répéta Carter, surprise.
La chef la regarda soudain suspicieuse.
- Ils sont bien à toi, n’est-ce pas ?
Sam hésita quelques instants puis finit par redresser la tête.
Il valait mieux se fondre dans le décor…
- Bien sûr qu’ils m’appartiennent !
- Ils sont pourtant partis sans toi. Mais j’imagine qu’ils vont
revenir te chercher… Qu’êtes-vous venus faire sur notre planète
?
- Une expédition. Mes hommes et moi passons la Porte des Etoiles afin
de découvrir d’autres civilisations. Nous sommes de simples explorateurs
pacifiques.
- Vraiment ? Vous portez pourtant des armes...
- … Qui ne servent qu’à nous défendre, expliqua aussitôt
Carter. Nous ne voulons de mal à personne. Nous cherchons simplement
à partager notre savoir avec d’autres cultures.
Kya la scruta en silence pendant quelques secondes, puis finit par acquiescer.
- Nous n’aimons pas les étrangers, ici, Sam… Ce partage ne
nous intéresse pas. Nous te raccompagnerons à la Porte demain
matin, à la première heure. En attendant, tu restes notre…
invitée.
Sur ses mots, les trois femmes se retournèrent et sortirent de la tente
avant que Carter n'ait pu faire le moindre geste.
- Ok… Bon, il faut espérer maintenant que l’équipe
de sauvetage se tienne à carreau jusqu’à demain… murmura-t-elle
sans trop y croire.
Un brouhaha colossal se fit alors entendre à l’extérieur
de sa tente. Sam risqua une sortie et fut surprise de voir les deux femmes
qui la gardaient ne lui jeter qu’un bref coup d’œil avant de
la laisser passer. Elle était bien une « invitée
», pas tout à fait une prisonnière.
Carter reporta son attention sur les cris et le tumulte qui faisaient rage à
quelques mètres d’elle. Plusieurs guerrières se battaient
pour une raison inconnue.
- Ben tiens ! s’exclama Sam amusée, en voyant « la mission
de secours » au milieu d’une bonne cinquantaine de femmes surexcitées.
Heureusement que je ne suis pas tombée sur des goa’ulds ! songea-t-elle
en regardant SG1 et SG5 ligotées.
Une voix s’éleva alors au-dessus des autres :
- Il suffit ! s’exclama Kya.
Toutes se turent, s’écartant pour permettre à leur chef
de voir la cause de toute cette agitation. S’approchant alors des prisonniers,
celle-ci commença à les regarder un à un comme on regarde
du bétail. La femme s’arrêta soudain devant l’un d’entre eux. Son
regard avait été rapidement attiré par lui. Il dégageait
une virilité, un charisme peu commun et malgré son âge plus
avancé que les autres, elle fut saisie par la force qui s’en émanait.
Le sourire aux lèvres, elle tendit la main pour caresser le visage de
ce beau spécimen mâle lorsqu’une voix retentit dans son dos.
- Ces hommes sont à moi ! Je vous interdis d’y toucher ! s’exclama
Sam dont le sang n’avait fait qu’un tour en reconnaissant la silhouette
athlétique et si reconnaissable de son supérieur.
« Qu’est-ce qu’il fiche ici ? »
- Carter… commença O’Neill avant d’être interrompu
par celle-ci.
- Tais-toi ! Je ne t’ai pas autorisé à parler.
Interloqué, Jack resta sans voix quelques instants avant d’ouvrir
la bouche pour rétorquer. Mais il fut vite interrompu par le regard suppliant
de Daniel. Celui-ci semblait lui demander de ne pas intervenir. Il se tourna
alors vers Sam et observa le duel silencieux qu’elle se livrait avec le
chef de cette bande de femmes surexcitées.
- Ils sont à toi ? Tous les sept ?
- En effet.
- Dommage pour toi mais les hommes se sont faits suffisamment rares dernièrement
pour que nous ne profitions pas de la présence de ces sept mâles.
- Il le faudra bien pourtant, à moins que vous ne soyez de vulgaires
voleuses.
Kya se rembrunit aussitôt.
- Mesure tes paroles ! Nous pensions te les emprunter quelques temps seulement…
- Hors de question !
- Tu n’as pas vraiment le choix. Ce sera à eux de décider,
de toute façon.
- Comment cela ?
- Ils seront soumis au rituel de Raïly. Si après cela, ils ne veulent
toujours pas, ils seront libres de refuser. Nous n’avons jamais forcé
personne… Mais puisque tu sembles frustrée à l’idée
de partager tes hommes, tu as le droit d’en garder un pour toi, cette nuit...
Carter sembla changer de couleur l’espace de quelques secondes puis retrouva
aussitôt son sang froid.
- ... Mais je mets mon veto sur… celui-là, continua cependant Kya en
désignant l’un des prisonniers.
Le cœur de Sam manqua un battement.
« Pourquoi forcément lui
? »
- Eh !! réagit O’Neill outré et malgré tout flatté d’avoir
été choisi.
- Non, pas celui-là ! répondit aussitôt Sam.
- Merci Colonel, salua Jack tandis que son second se mettait entre lui et Kya.
- C’est celui que je veux, continua Carter imperturbable.
O’Neill ne put retenir un léger sourire à ces mots. La valeur
de ces propos, prononcés par « elle », le pénétra
et le remua profondément. Même si elle ne les avait pas dis dans
le but premier de signifier à tous qu’il était celui qu’elle
aimait, les entendre lui retournait les tripes… Et il faut bien avouer
que voir Carter lutter pour le garder à elle lui donnait un énorme
sentiment de contentement! Vanité, vanité…
Quoiqu’il en soit, tout cela n’échappa pas aux deux équipes
SG qui ne rataient rien de ces curieux échanges.
Sam et Kya étaient de nouveau en confrontation. Elles se mesurèrent
du regard quelques instants puis l’amazone finit par rompre le silence.
- Eh bien, battons-nous pour savoir qui commencera le rituel de Raïly en
premier !
Perplexe, Carter, ne sachant pas ce qu’était ce fameux rituel,
hésita quelques instants puis mit de côté ses interrogations.
Souriante, elle inclina la tête, sûre d’elle.
- J’accepte le défi, déclara-t-elle alors en se tournant
pour ôter son gilet par balle que les amazones ne lui avaient pas enlevé.
Le sourire crâne d’O’Neill disparut aussitôt tandis
qu’elle le lui tendait.
- Carter… Je ne suis pas sûr que ce soit une bonne idée. Non
pas que je n’ai pas confiance en vos aptitudes à ce sujet mais,
on ne sait jamais…
- Ne t’inquiète pas, esclave ! le coupa-t-elle ironique.
Faussement choqué, Jack finit cependant par prendre le vêtement
malgré ses mains liées et lui retourna son sourire, complice.
Il ne voulait pas l’admettre mais ça lui faisait un
bien fou de pouvoir de nouveau partager quelque chose avec elle. Il fallait
bien avouer qu’il lui arrivait souvent de regretter de ne plus faire parti
de SG1. Mais ce n’était pas le danger et l’adrénaline
qui lui manquaient le plus, non… Mais la présence de Carter à
ses côtés, la complicité qu’il y avait alors entre
eux. Ces petits sourires échangés et ces regards entendus. Retrouver
cela, même s’il ne s’agissait que d’une mission, lui
permettrait peut-être de recréer ces liens une bonne fois pour
toute.
- Quelles sont les règles, Kya ? demanda alors Sam, interrompant les
pensées de son supérieur.
- On se bat jusqu’à ce que l’autre accepte sa défaite,
tout simplement.
- Très bien !
Les deux femmes se mirent en position de combat sous les encouragements
des spectateurs. Jack sentit aussitôt la présence de Daniel à ses côtés.
- Qu’est ce que ça vous fait, Jack ?
- Comment ça ?
- De voir Sam se battre pour vous ?
- Elle se bat pour son supérieur.
- Vraiment ? répondit le jeune homme septique et amusé à
la fois.
- Daniel ?
- Oui ?
- Fermez-la !
Daniel et Jack se regardèrent une seconde puis se sourirent
devant cette discussion qui les ramenait quelques mois en arrière.
- Puis-je partager votre hilarité ? demanda alors Teal’c qui s’était
rapproché.
- On se remémorait le bon vieux temps, expliqua Daniel.
- Ah. Alors je parie sur le Colonel Carter. Elle met KO cette femme en moins
de trois minutes.
- Cette amazone est très costaud, Teal’c… Je dirais donc
en moins de quatre.
- Vous n’y connaissez rien ! se récria alors O’Neill. Dans
moins d’une minute, le combat sera fini !
Derrière eux, SG5 écoutait, abasourdie, les paris et commentaires
qui se succédaient sur les coups et esquives que le Colonel portait à
son adversaire. Comment pouvaient-ils être aussi sûrs d’eux
?
Mais il est vrai que Sam semblait dans son élément en combattant.
A son aise, agile et technique à la fois, son adversaire semblait dépassée.
- Argg ! s’exclama O’Neill alors que Sam venait de se prendre un
coup. Pour l’amour du ciel, Carter ! Il vous reste dix secondes pour me
faire gagner mon pari, alors dépêchez-vous !
Essoufflée, Sam lança un regard noir à son supérieur
puis s’élança sur son adversaire. Au dernier moment, elle
se baissa, fit tomber en arrière sa rivale d’un balayage de la
jambe et s’apprêtait à lui porter le coup de grâce
lorsque celle-ci se rendit enfin.
- Vous avez gagné ! s’écria Kya louchant sur le coude de
son ennemie qui était à deux centimètres seulement de son
nez. Je me rends !
Carter se redressa et se tourna vers ses amis qui la regardaient en souriant.
Pour un peu, ils auraient applaudi… si leurs mains n’avaient pas
été attachées. O’Neill, fier de lui, se tourna vers Daniel et Teal’c.
- Vous me devez cinq billets chacun !
Sam sourit puis se retourna vers Kya et lui tendit la main afin de l’aider
à se relever. Fair play, celle-ci accepta son aide.
- Vous vous battez vraiment très bien. Je n’ai jamais vu quelqu’un
lutter comme ça. Vos mouvements sont précis et calculés.
Carter accepta ces compliments d’un hochement de tête humble mais
resta silencieuse, sentant qu’il valait mieux éviter de lui retourner
le compliment. Cette fière guerrière n’aurait pas apprécié
ces paroles de politesse.
- Je vous laisse donc cet homme. Mais s’il refuse le rituel de Raïly,
j’aurais le droit à mon tour de tenter ma chance.
- Quel est ce rituel ? Je ne le connais pas.
- Venez avec moi, je vais vous l’expliquer. En attendant, chaque homme
sera emmené dans une tente différente, expliqua-t-elle donnant
des ordres par gestes.
Inquiète, Carter vit SG1 séparée par des femmes aux mains baladeuses. Daniel, outré, ne savait plus où
donner de la tête. O’Neill, quant à lui, semblait furieux.
Il n’aimait pas être aussi impuissant. Seul Teal’c, par la
seule force de son regard, parvenait à tenir éloigner ses «
tortionnaires ». SG5 fut à son tour divisée.
- Sam ! … Ne vous inquiétez pas pour eux. Ils sont entre de bonnes
mains, railla Kya en la poussant à l’intérieur de sa tente.
Carter sortit précipitamment de la tente, les joues en feu. Elle faillit
percuter de plein fouet Daniel qui, conduit sous bonne escorte, passait justement
par là.
- Sam ? Ca ne va pas ? demanda-t-il inquiet devant l’air troublé
de son amie.
L’une des guerrières le poussa pour qu’il ne s’arrête
pas mais d’un geste brusque, Daniel se dégagea et lui lança
un regard assassin. Il se tourna ensuite vers son amie.
- Ca va, oui, répondit-elle, troublée. Que faites-vous là
?
- On me change de tente… Et vous ?
- … Je viens d’apprendre ce qu’était le rituel de Raïly.
- Ah ! Et c’est quoi ?
- Tu le sauras suffisamment tôt, répondit l’une de
ses gardiennes en le poussant vers la tente de Kya.
Sam comprit alors que la chef du village avait choisi de tenter sa chance avec
Daniel, en plus de Jack. Elle le regarda disparaître dans
la tente puis se dirigea vers celle qu’on lui avait attribuée.
Plusieurs femmes l’y attendaient pour la changer…
O’Neill regarda autour de lui avant de s’asseoir là où
on le lui avait indiqué. Gêné, il se tourna vers les trois
femmes qui semblaient le dévorer des yeux. Ca devenait franchement ridicule
toute cette histoire ! Il se trouvait en caleçon, au milieu d’une
tente avec trois harpies pour gardiennes.
- Tu restes assis ici et tu ne bouges pas. Si jamais tu tentes quoi que ce soit,
il y aura des représailles envers ta maîtresse.
Chouette ! … Manquait plus que ça. Combien de temps allait-il devoir
attendre avant que ce fichu rituel ne commence ? Il savait juste qu’il avait
la possibilité de refuser. A la rigueur, il pouvait très bien
le faire avant même que ça commence…
Il entendit alors quelqu’un entrer dans la tente. On éteignit quelques
bougies rendant l’atmosphère plutôt douce. Une odeur agréable
parvint jusqu’au nez de Jack qui sentit tout à coup la tête
lui tourner.
Une drogue ?
Quelqu’un posa une bassine d’eau à côté de lui.
Et il attendit. L’odeur et l’ambiance commencèrent à
le détendre. Un par un, ses muscles crispés se dénouaient
puis un profond bien-être l’envahit. Alors, les yeux fermés,
il entendit quelqu’un plonger les mains dans l’eau et les sentit
se poser doucement sur son dos.
La fraîcheur de ce contact lui procura un plaisir intense tandis que des
doigts commençaient à le caresser.
On le lavait ?
Cherchant à se resaisir, O’Neill ouvrit les yeux mais, conscient du regard inquisiteur
et menaçant des trois gardiennes, il préféra ne pas bouger.
Malgré le plaisir que la personne derrière son dos lui faisait
éprouver, il commença à reprendre ses esprits. Il tenta
de réprimer les frissons qui l’assaillaient à chaque attouchement.
- Pour l’amour du ciel !! Est-ce que je peux refuser maintenant ce …
fichu rituel ou ce …fichu nettoyage ?
- Tais-toi ! Lorsqu’il sera temps pour toi de refuser ou d’accepter
nous te le dirons.
Furieux, O’Neill baissa la tête essayant de faire abstraction de
ce qu’on lui faisait. Mais les mains qui le caressaient étaient
extrêmement douces et attentives. Il frissonna lorsqu’il sentit
les doigts suivrent une de ses nombreuses cicatrises qui le lançait certains
jours. On aurait presque dit que la personne qui faisait cela souhaitait les
effacer d’une caresse, d’un baiser…
Et si c’était Carter derrière lui ?
Fort de cette idée, Jack se concentra sur le mouvement de ces doigts.
Rien ne laissait transparaître qu’il s’agissait bien d’elle,
songea-t-il tandis que les mains commençaient à s’occuper
de ses épaules et de ses bras. O’Neill tenta bien de jeter un œil
sur le bout des doigts qui par moment entrait dans son champ de vision mais
en vain. Il s’était toujours refusé de s’attarder
sur ce genre de détails chez Carter… Il l’aimait suffisamment
comme ça, inutile de devenir complètement fou en découvrant
qu’elle était parfaite ! Ou presque parfaite… Et même
à la rigueur, ne l’aimerait-il pas encore plus si elle avait des
défauts ? Des doigts tordus ou deux pieds gauches !
Ses pensées revinrent du côté de ces mains mystérieuses
qui s’attaquaient à présent à sa nuque. Il sentit
un souffle léger contre elle qui, à l’idée qu’il
puisse venir de Carter, le fit aussitôt frissonner. Il entendit alors
la personne derrière son dos se relever et commencer à faire le
tour pour venir s’asseoir devant lui. Il avait les yeux fermés,
redoutant et espérant à la fois que ce soit « elle ».
Il leva alors la tête et croisa le regard bleu ciel de son second. Elle
était vêtue d’une longue tunique satinée de couleur
or. Le tissu moulant tombait sur elle comme une seconde peau. A cette vue, le
corps d’O’Neill réagit aussitôt.
Bien ! Comme ça, elle sait à présent que je ne l’ai
pas repoussée parce que je ne la désirais pas ! Une bonne chose
de faite, se dit O’Neill, malgré tout gêné d’être
trahi ainsi par son corps.
Il regarda Carter replonger ses mains dans l’eau et reprendre là
où elle s’était arrêtée. Lorsqu’elle
les posa sur son torse, il sursauta presque sous le choc, le cœur sur le
point d’exploser. Sa respiration s’était faite haletante,
et malgré la fraîcheur de ce contact, il commençait à
brûler de l’intérieur.
Fiévreux, il jeta un coup d’œil à Sam mais celle-ci
gardait les yeux baissés, concentrée sur ce qu’elle faisait.
Avait-elle seulement conscience du supplice qu’elle était en train
de lui faire subir ? se demanda-t-il en sentant les doigts de la jeune femme
suivrent les muscles nerveux de son torse.
De son côté, il ne pouvait
s’empêcher de jeter un œil de temps en temps sur le décolleté
de la jeune femme qui s’entrebâillait à chaque fois qu’elle
tendait les bras pour le toucher. Petit jeu très dangereux qui n’avait
pas échappé à Sam...
Depuis tout à l’heure, celle-ci était au supplice. Lorsqu’elle
avait compris en quoi ce satané rituel consistait, elle avait aussitôt
pris peur. Combien de semaines, combien de mois, allait-elle devoir souffrir
pour oublier cette nuit de frustration…
Elle était rentrée sous la tente et l’avait vu, assis en
tailleur, le dos tourné. Il était en caleçon et la vue
de ce large dos bronzé et puissant, l’avait bouleversée.
La gorge nouée, elle s’était occupée des quelques
préparatifs,
retardant au maximum le moment où elle allait devoir s’approcher
de lui et le laver. Elle finit toutefois par poser la bassine d’eau parfumée à
ses côtés et s’assit derrière lui. Sam se permit alors
de le regarder. Elle pouvait voir les muscles se tendrent lorsqu’il se
pencha légèrement vers l’avant pour décontracter
son dos. Sa peau, brunie par le soleil, semblait douce et légèrement
humide à cause de la chaleur qui régnait ici.
Alors plongeant les mains dans l’eau fraîche, elle les posa ensuite
sur lui. Elle sentit un frisson parcourir son corps tandis qu’elle commençait
à le caresser, doucement, tendrement. Elle aimait tellement tout ce qui
était lui. Sa peau était douce, comme elle l’avait deviné,
et ses muscles durs et nerveux. Elle perçut un léger tressaillement
sous ses doigts et fut surprise de l’entendre rugir.
- Pour l’amour du ciel !! Est-ce que je peux refuser maintenant ce …
fichu rituel ou ce …fichu nettoyage ?
- Tais-toi ! Lorsqu’il sera temps pour toi de refuser ou d’accepter
nous te le dirons.
Sam sourit, comprenant qu’il n’appréciait guère
la situation. Quelle allait être sa réaction lorsqu’il verrait
qui était en train de le laver ? se demanda-t-elle avec appréhension,
en replongeant les mains dans l’eau avant de recommencer à le caresser.
Elle fut alors attirée par l’une des nombreuses cicatrices qui
couvrait son dos. Celle-ci devait souvent le faire souffrir, vu la profondeur
de l’entaille. Elle suivit du bout des doigts la peau abîmée,
boursouflée.
Que n’aurait-elle donnée pour pouvoir la faire disparaître
et ainsi effacer les souffrances qu’elle avait du engendrer.
Carter fut surprise par la soudaine immobilité de Jack.
Il semblait presque avoir cessé de respirer. Elle continua cependant
sa « besogne » en s’attaquant à ses épaules
larges et musclées. Quel plaisir de pouvoir les caresser et les masser
à sa guise. Elle aurait voulu ôter sa tunique et coller sa poitrine
en feu contre son dos, enfouir sa tête dans son cou et respirer son odeur,
s’enivrer de lui. Dans un état second, elle se rapprocha, glissant
les doigts sur sa nuque, les lèvres si proches qu’elle pouvait
presque le toucher…
Mais elle se reprit. Il fallait à présent se dévoiler.
Sam se redressa alors et fit le tour afin de s’asseoir devant lui. Elle
fut surprise de le voir les yeux baissés, s’attendant à
ce que sa curiosité l’incite à redresser aussitôt
la tête. Il finit cependant par lever les yeux et elle croisa son regard
brun et chaud.
Il ne semblait pas surpris, il avait du deviner. Elle le regarda détailler
les vêtements qu’elle portait, s’attardant sur ses seins,
sur ses hanches et ses cuisses. Elle réalisait que sa tunique ne la cachait
que peu à ses yeux.
Les joues en feu, elle eut soudain conscience du désir qui venait de
naître en lui. Cette constatation n’eut pour effet que d’éveiller
à son tour en elle, une chaleur intense au creux de ses reins. Instinctivement,
elle plongea les mains dans l’eau fraîche, ce qui la soulagea quelque
peu. Elle finit cependant par les ressortir et s’approcha du torse de Jack.
Elle vit celui-ci s’immobiliser, retenant sa respiration. Tous deux semblaient
en attente de ce contact. Plus les mains de Sam s’approchaient et plus
la tension était extrême. Enfin, ses doigts tremblant glissèrent
sur sa peau. Carter sentit le choc que cette caresse venait de provoquer chez
lui. Sa respiration se faisait haletante et des gouttes de sueur perlaient sur
sa peau se mélangeant à l’eau parfumée.
Essayant de faire abstraction de tout cela, Sam continua son va et vient, tentant
de penser à autre chose qu’à la peau douce et au corps à
moitié nu de l’homme qui se trouvait devant elle… Elle préférait
garder les yeux baissés de peur de croiser son regard brûlant.
Elle n’aurait pu davantage se contrôler. D’autant qu’il
lui avait bien fait comprendre qu’il ne voulait pas d’elle. Oui,
il la désirait à cet instant précis mais cela n’aurait-il
pas été le cas avec n’importe quelle autre femme ?
Malgré tout, la curiosité fut la plus forte. Elle leva la tête
quelques instants et découvrit les yeux avides de Jack posé sur
son décolleté. Elle n’avait pas remarqué que son
vêtement baillait autant lorsqu’elle tendait les bras vers lui.
Apparemment, lui ne ratait pas une miette, réalisa-t-elle, les joues
en feu.
A cet instant, s’ils avaient été seuls, elle se serrait
volontiers jetée sur lui pour le prendre… de force! songea-t-elle,
fiévreuse.
Réalisant qu’elle était définitivement à bout,
Carter cessa de le laver afin de passer à la dernière étape
de ce satané rituel. Elle se leva, trop consciente du regard scrutateur
que son supérieur posait sur elle, et s’éloigna de lui de
quelques pas. Elle resta devant lui pendant plusieurs secondes, immobile.
Leurs yeux se croisèrent.
Le regard affamé de Jack ne faisait qu’exacerber cette soif qui
ne la quittait plus. Il avait envie d’elle et cette seule certitude la
faisait trembler. Alors, d’un geste sec, redressant la tête fièrement,
elle dégrafa sa robe et l’ouvrit pour se dévoiler à
lui. Carter ne le quittait pas des yeux, à l’affût de la
moindre émotion qui aurait pu transparaître sur le visage de son
supérieur. Mais il resta immobile, plus figé qu’une statue.
Une voix s’éleva alors à côté d’eux,
les faisant sursauter :
- Veux-tu de cette femme ? Si oui, elle est à toi.
Carter attendit patiemment qu’il daigne répondre. Il ne la quittait
pas des yeux. Elle savait qu’il allait dire oui. C’était
pour eux le seul moyen d’être débarrassés de ces trois
pitbulls. Mais au moins aurait-il pu se dépêcher afin de ne pas
l’obliger à rester devant lui ainsi, offerte.
- Oui, je la veux, finit-il par répondre d’une voix rauque qu’elle
eut du mal à reconnaître.
Les trois femmes acquiescèrent et sortirent enfin de la tente. Aussitôt
fait, Carter, un peu dégrisée par l‘interruption des amazones,
remit promptement sa robe sur ses épaules et la ferma à l’aide
des deux crochés prévus à cet effet.
- ... Bien, que faisons-nous, Mon Général ? demanda-t-elle en prenant
les habits de son supérieur et en les lui tendant d'une main tremblante. On tente
de s’échapper tout de suite ou on attend patiemment demain en espérant
qu’elles nous libèrent comme elles l’ont dit ?
Pour toute réponse, Jackl attrapa le poignet de Sam, l’attira
à lui et la fit rouler sous son corps. Sous le choc, Carter sentit son
cœur s’emballer, tentant de reprendre ses esprits.
- Mon Général… commença-t-elle mais elle fut vite
mise au silence par des lèvres affamées.
Sam essaya de garder le contrôle tant bien que mal, sentant les mains
nerveuses d’O’Neill glisser le long de sa gorge pour atteindre l’un
de ses seins.
Il y a sûrement quelqu’un qui nous regarde… Il doit donner
le change ! C’est ça ! pensa-t-elle dans un dernier sursaut de
lucidité.
- ... Carter... Vous me rendez fou… gémit soudain Jack en l’embrassant
de plus belle.
Elle perdit alors tout sens des réalités. Même s’il
s’agissait de jouer la comédie, au moins pouvait-elle en profiter,
songea-t-elle se cambrant vers lui, agrippant ses épaules pour se rapprocher
davantage.
La sentant si consentante, O’Neill dégrafa alors la robe de Sam,
écarta les deux pans et colla son torse contre sa peau nue. Ils gémirent
tous deux à ce contact. D’instinct, elle s’arqua contre lui,
écartant les cuisses et enveloppant ses hanches de ses longues jambes.
Elle pouvait sentir son désir au creux de ses reins.
Les mains de Sam
glissèrent alors le long de son dos puissant afin de l’attirer
davantage contre elle tandis que Jack, perdant tout contrôle insinuait
ses doigts dans la toison humide de la jeune femme. Il ne voulait pas de préliminaires,
il avait envie d’elle depuis trop longtemps.
- J’ai envie de toi, maintenant… murmura-t-il, la voix cassée
par le désir.
Fébrile, elle l’aida alors à ôter le dernier rempart
à leurs appétits et là, sur les coussins multicolores,
à des années lumières de la Terre, il la prit… enfin...
avec passion et frénésie. Se fondant l’un en l’autre,
se mêlant avec délice, se perdant dans le plaisir le plus sauvage,
ils mirent enfin un terme à toutes ces années de frustration,
d’inassouvissement. Dans un râle de jouissance totale et simultanée,
ils retombèrent l’un sur l’autre, apaisés et heureux.
- Bon ! J’espère que, maintenant que vous avez eu ce que vous
vouliez, vous serez un peu plus prudente lors de vos missions, Carter, déclara
enfin O’Neill nonchalamment installé sur un pouf en train de lasser
ses chaussures.
Pour toute réponse, il reçut un coussin en plein visage. Faussement
outré, il se retourna vers Sam, savourant de la voir dressée sur
ses pieds, nue, le visage en feu.
- Comment osez-vous… !?
Mais elle s’arrêta lorsqu’elle vit un sourire malicieux étirer
soudain les lèvres de son supérieur.
- J’adore vous faire perdre votre sang froid, Colonel ! Un vrai régal
! s’extasia-t-il sans perdre une miette du spectacle.
Sam se redressa alors, mit les mains sur ses hanches et s’approcha doucement
de lui. Le sourire crâne de Jack disparut aussitôt,
une boule se formant dans sa gorge et une chaleur intense envahissant le bas de ses
reins. Elle s’arrêta à quelques centimètres de lui,
se pencha afin que la tête d’O’Neill se trouve au même
niveau que sa poitrine nue. Il semblait au bord de l’apoplexie.
- Et moi j’adore vous faire perdre le vôtre, Mon Général.
Il tendit la main pour la toucher mais celle-ci, au dernier moment s’éloigna
de lui afin de remettre ses vêtements.
- Mmmm… Carter… grogna Jack, frustré.
Elle se tourna vers lui, un air ingénu sur le visage, mais elle fut prise
à son propre piège. Le regard brûlant de désir, O’Neill
était devenu l’incarnation de la virilité. Ses traits durs,
sa nonchalance arrogante, son sourire dévastateur la laissèrent pantelante … Conscient de
la tension subite qui venait d’envahir Sam, il finit par rompre le charme.
- Il va falloir qu’on arrête ça, aucun de nous deux ne gagnera…
grogna-t-il en se frottant le crâne pour chasser les idées érotiques,
voir limite pornographiques qui traversaient son esprit.
Puis il se leva, s’approcha de Sam et glissa la paume de sa main sur la
joue brûlante de la jeune femme. Alors, il se pencha et l’embrassa
doucement, tendrement, lui signifiant par ce geste, qu’à ces yeux,
elle représentait bien plus qu’une simple nuit de passion. Il n’était pas très doué avec les mots mais les gestes…
c’était beaucoup plus facile. Carter le savait, elle le connaissait,
songea-t-il en se redressant, croisant le regard débordant d’amour
et d’émotion de la jeune femme. Pour toute réponse, elle
lui sourit. Un de ces sourires qui lui avait tant manqué, qui lui criait
combien elle l’aimait. Pas besoin de mots…
- Habille-toi, je vais voir ce qui se passe dehors… murmura-t-il avant
de déposer un dernier baiser sur le bout du nez de Sam et de sortir de
la tente.
Pour un peu, la jeune femme aurait hurlé de bonheur ! Elle se tourna
vers ses vêtements, un grand sourire indélébile sur les
lèvres. Elle se surprit avec cette expression constante sur le visage
alors même qu’elle finissait de mettre ses chaussures.
- Il va falloir que tu arrêtes, Sam, murmura-t-elle sans pour autant y
parvenir…
Elle dénicha un miroir accroché à quelques pas et se regarda.
Les cheveux en bataille, les yeux lumineux, le teint rose, et ce fichu sourire
qui ne voulait pas quitter ses lèvres, elle était… resplendissante
mais franchement ridicule !
- Toc Toc, fit soudain une voix familière.
- Entrez Daniel, répondit- elle précipitamment, tentant de discipliner
ses cheveux comme elle pouvait.
Celui-ci pénétra dans la tente, suivi de Teal’c.
- Alors encore vivants ? demanda-t-elle, essayant de faire de l’humour.
- Nous avons survécu, en effet, Colonel Carter.
- Ca va, Sam ? Vous avez une drôle de tête… intervint Daniel,
perspicace.
- Oui, oui. Je n’ai pas beaucoup dormi…
Puis réalisant, l’interprétation que pouvait en faire ses
deux compagnons, elle rajouta :
- Le Général et moi avons passé en revu tous les moyens
de sortir d’ici, mais finalement on en a convenu qu’il était
préférable de patienter jusqu’à ce matin…
- Mmmm, acquiesça Daniel sceptique.
- Colonel Carter ? Votre visage est étrange… Vous sourirez tout
le temps.
- Vraiment ? réagit-elle, confuse, tentant de retrouver une expression
plus appropriée.
- C’est pire, Colonel Carter… indiqua Teal’c au bout de quelques
secondes, surpris par les grimaces désespérées de son amie.
Sur ses paroles, O’Neill fit son entrée. Sam préféra
ne pas se tourner vers lui, consciente du regard scrutateur de Daniel.
- Bien ! Elles ont décidé de nous relâcher… J’imagine
que certains ont du faire du bon travail, railla O’Neill, caustique.
Puis tapotant l’épaule de Teal’c, il rajouta :
- C’est bien !
Pour toute réponse, il eut droit à un regard belliqueux du Jaffa.
- Oui… Bon… finit-il par bredouiller en ôtant sa main. Et si on y allait !?
- Regarde-les !! grogna Roy en fixant le Colonel Carter et le Général
O’Neill en grande conversation.
- Quoi ?
- Ils étaient en froid avant cette nuit et regarde maintenant !
Mike se tourna vers ses supérieurs qui marchaient devant eux pour rejoindre
la Porte des Etoiles. La tête inclinée, penchés l’un
vers l’autre, ils semblaient en effet bien complices.
- C’est normal. Ils ont quand même fait partis de la même
équipe pendant sept ans. Le Colonel était en danger, il était
inquiet, expliqua Mike, sans trop y croire.
Le Major Harris passa à cet instant juste à côté
d’eux.
- Et si vous arrêtiez de jouer les commères tous les deux !
- On a mal dormi Major, demanda alors Roy, taquin devant l’air frustré
de son supérieur ?
L’espace de quelques secondes, celui-ci faillit s’emporter puis
finit par sourire à son tour. Il était le seul à porter
une alliance. Il semblait frustré mais plutôt fier de lui.
Roy le salua, alors :
- Vous êtes un homme bien, Major ! Et sacrément courageux…
- Dites-le à ma femme, si vous la croisez un jour ! finit-il pas grogner
en accélérant le pas.
Une fois hors de portée, Mike soupira :
- Je sais pas comment il a fait ! C’était impossible de refuser…
Roy, les yeux brillants, se tourna vers son ami.
- Tiens donc !! Et le Colonel Carter dans tout ça ??
- Arrête ! Me dis pas que t’en as pas fait autant !?
Celui-ci rougit puis s’esclaffa d’un rire gras.
- Qu’est ce que tu veux ! Le Colonel ne sera jamais rien d’autre
qu’un rêve !
- Pas pour tout le monde, visiblement… finit par remarquer Mike tandis
qu’au loin O’Neill et Carter éclatèrent de rire simultanément.
- Le veinard…
Une p’tit mail?