- Non.
- Si.
- Non !
- Si !
- NON !
- SI !
Cyril soupira. Hélène lui faisait face, déterminée,
les poings sur les hanches :
- Moi je te dis que si, c’est l’arc de triomphe de l’empereur
Titus.
- Non Hélène, je suis sûr que c’est celui de Septime
Sévère, je l’ai lu ce matin…
- … dans le guide que tu as oublié à l’hôtel,
c’est ça ? ajouta-t-elle d’un air de défi.
Il capitula. Il savait déjà comment tout cela allait se terminer.
Il la regarda en souriant et dit :
- Ok, tu m’attends là, je vais acheter un guide quelconque chez
un marchand ambulant, je reviens de suite… pour te prouver que c’est
bien l’arc de Septime Sévère !
Il s’éloigna d’un pas rapide. Hélène se retourna pour faire face à nouveau au site magnifique qui s’étendait à ses pieds :
Le Forum romain.
Elle le dominait depuis la terrasse sur le côté du Capitole, à quelques mètres de la louve en bronze qui veillait jalousement sur les célèbres jumeaux.
Des vacances, enfin. A Rome, enfin.
Elle s’accouda au parapet et parcourut du regard les monuments en ruine : la Via Appia… la maison des Vestales… le temple de Castor et Pollux… et là-bas, au loin, le Palatin couvert d’arbres et des ruines des palais impériaux.
Et, directement devant elle, l’arc. Elle murmura pour elle-même
:
- Pfff… moi je sais bien que c’est celui de Titus…
- Euh… Je suis désolé mademoiselle, mais c’est l’arc
de l’empereur romain Septime Sévère que vous contemplez
là… L’arc de Titus est à l’autre bout du Forum.
Elle se redressa d’un bond et se tourna vers l’intrus qui venait
d’interrompre sa rêverie, s’adressant à elle dans un
français parfait.
Sous le choc, elle resta figée. L’homme lui sourit.
Il avait une quarantaine d’années. Il était grand et athlétique, très bel homme. Ses cheveux bruns encadraient un visage aux traits réguliers illuminé par de superbes yeux bleus. Légèrement gêné par le regard d’Hélène, il rougit et remit ses petites lunettes en place sur son nez fin.
Hélène répéta machinalement :
- L’arc de Septime Sévère …
Il détourna le regard vers l’étendue à leurs pieds
et sourit. Il se mit à parler, avec enthousiasme :
- Oui, l’arc de Septime Sévère. Il a été bâti
en l’an 203 de notre ère, pour célébrer les victoires
de l’Empereur en Orient et pour rendre hommage à ses deux fils,
Géta et Caracalla. A l’origine l’arc était surmonté
par un char en or qui a bien sûr disparu…
Hélène ne regardait pas le monument. Elle restait parfaitement
immobile, les yeux fixés sur ce guide improbable qui continuait avec
passion ses explications :
- … les thermes de Caracalla sont un peu plus loin, je vous les conseille
ce sont les plus grands vestiges de thermes conservés. Mais si vous cherchez
le nom de son frère Géta sur l’arc, vous ne le trouverez
pas, Caracalla l’a purement et simplement effacé après l’avoir
fait assassiné !
Il fronça soudain les sourcils et baissa les yeux. Hélène
fit machinalement de même et découvrit une ravissante petite fille
blonde de six ou sept ans qui tapait gentiment sur le jean de l’homme.
Le visage de ce dernier s’éclaira, il s’agenouilla devant
l’enfant, lui passa la main dans les cheveux et demanda en anglais :
- Qu’est-ce qu’il y a Emy ?
- Papa trouve que tu es casse-mikta et qu’il en a marre de tes explications,
oncle Daniel.
« Daniel » ???? Comment ça… « Daniel » ?????????
Une voix s’exclama derrière Hélène :
- EMY !!!! Ce n’est pas du tout ce que tu devais lui dire !!!!!!
La jeune française se retourna. Sous le choc, elle dut s’accrocher à la rambarde d’une main tremblante.
Trois personnes se trouvaient maintenant à côté d’eux.
Un noir très grand, aux épaules larges, sur le visage duquel se
lisait un calme qui inspirait automatiquement un profond respect. Il était
vêtu d’un T-shirt noir et d’un bermuda et portait une casquette
marquée « I love Roma ».
Une femme l’accompagnait. Hélène n’aurait jamais pensé
qu’elle pût être si belle. Ses cheveux blonds créaient
une auréole de lumière autour de son visage si doux. Ses yeux
bleus pétillaient de joie et son magnifique sourire achevait de l’illuminer.
Elle portait une robe bleue légère qui laissait deviner un corps
parfait.
Le dernier homme était très grand, mince, vêtu d’un T-shirt blanc et d’un pantalon de toile beige. Les traits fins de son visage hâlé étaient à peine marqués de quelques rides ; sans ses cheveux courts grisonnants, on lui aurait donné quarante-cinq ans. La fossette sur son menton, l’éclat malicieux dans ses yeux bruns, le sourire conquérant qu’il affichait lui donnaient une expression de jeune homme malicieux. Il avait son bras posé sur les épaules de la femme.
Hélène sentit son cœur bondir quand ses yeux s’arrêtèrent sur les deux alliances.
La petite fille le regarda, faussement penaude. La femme dit doucement :
- Jack, ne gronde pas Emy parce qu’elle n’a pas voulu rentrer dans
tes combines !
Jack et sa fille se firent un clin d’œil malicieux. Il renchérit
sur un ton geignard :
- Mais Sam…
Samantha rit doucement. Jack, lâchant l’épaule de sa femme,
ouvrit les bras et l’enfant s’y précipita. Il l’éleva
contre sa poitrine et se tourna alors vers l’homme qui était toujours
à ses côtés :
- Hein Teal’C, vous aussi vous en avez assez de toutes ces visites ?
L’ancien jaffa haussa un sourcil et dit de sa voix calme :
- Non. Je trouve que Daniel Jackson est un guide intéressant. Bavard
mais intéressant.
Jack et Daniel s’entre regardèrent, perplexes, et éclatèrent de rire.
Hélène, machinalement, regarda autour d’elle : pas de projecteurs,
de caméras. Nulle part. Il lui semblait se trouver dans un épais
brouillard. Une voix lui parvint cependant et elle se tourna à nouveaux
vers les cinq personnes qui la regardaient. Jack lui parlait en anglais :
- J’espère que mon ami ne vous a pas importunée, Mademoiselle…
Elle se sentit fondre sous son sourire. Elle entre ouvrit les lèvres pour répondre… Quoi ? Que répondre ? Et en anglais ??
Les quatre adultes la regardaient en souriant, intrigués et amusés par le mutisme de la jeune femme écarlate qui se trouvait devant eux.
O’Neill murmura :
- Danny Boy, vous avez encore fait des ravages…
Hélène sourit malgré elle : Jack O’Neill pensait qu’elle avait craqué pour Daniel Jackson… S’il savait….
L’archéologue rougit, se racla la gorge, et continua en français
:
- Excusez mon ami qui est un ancien militaire borné et qui…
Hélène l’arrêta d’un geste :
- Non non… c’est juste…. Enfin…
Le visage de Jack venait de s’illuminer :
- AH ! Une française !
Il glissa alors une main dans le sac de Sam et en sortit un petit appareil photo
numérique. Il le tendit à Hélène en demandant dans
un français approximatif teinté d’un délicieux accent
:
- Accepteriez-vous de nous prendre tous les cinq en photo devant… cet
amas de ruines ?
Daniel leva les yeux au ciel, à la plus grande satisfaction de O’Neill.
Hélène acquiesça fébrilement et saisit l’appareil,
s’empêchant de bondir quand ses doigts effleurèrent ceux
de Jack. Ils s’installèrent tous les cinq contre le parapet surplombant
le Forum. Teal’C se plaça derrière, à côté
de Jack qui tenait toujours sa fille dans ses bras. Elle se blottit dans son
cou. Hélène remarqua alors ses magnifiques boucles blondes et
ses grands yeux bruns. Sam vint tout naturellement se mettre devant son mari
qui posa sa main libre sur son épaule. Daniel se plaça devant
Teal’C, un peu en décalé bien qu’il n’eût
pas vraiment la taille suffisante pour cacher l’ancien jaffa…
Hélène prit une profonde inspiration et baissa les yeux vers l’appareil.
Ce qu’elle voyait là, sur le minuscule écran, était
la réalisation de ce qu’elle avait tellement espéré…
Elle releva les yeux, pour vérifier qu’ils étaient bien
là, en chair et os, devant elle.
Et ils étaient bien là, souriant dans le soleil romain, à attendre sagement que cette sympathique jeune femme daigne enfin appuyer sur le bouton…. Ce qu’elle fit. En regrettant amèrement que Cyril ait gardé son appareil photo avec lui !!!
Ils se séparèrent et Jack reprit l’appareil en demandant
doucement :
- D’où venez-vous en France ?
- A côté de Paris.
Jack soupira :
- Paris… Ma femme et moi avons… d’excellents souvenirs à
Paris…
Il jeta un coup d’œil gourmand à son épouse dont les
joues s’empourprèrent légèrement. Hélène
murmura pour elle-même :
- Paris… Bien sûr… La statue du Louvre... Psyché…
Jack et Sam froncèrent les sourcils et observèrent la jeune femme
avec attention. Le colonel Carter demanda :
- Mais comment… qui vous a… ? Vous nous connaissez ?
Hélène sourit plus largement.
- Un peu… De loin….
Daniel et Teal’C froncèrent à leur tour les sourcils et
regardèrent alternativement Jack et Hélène. La jeune femme
souriait, détendue à présent, ayant renoncé à
se poser la moindre question sur les instants magiques qu’elle était
en train de vivre.
La petite fille posa alors sa petite main sur la joue de son père et
dit :
- Papa, j’ai faim... je veux des spaghettis carbonara !
Jack tourna à nouveau son attention vers elle et sourit :
- Bien sûr ma chérie. On y va, si Daniel a fini sa visite guidée…
L’archéologue fronça les sourcils :
- Mais j’expliquais juste que…
- STOP ! s’écrièrent en même temps le père
et la fille.
Teal’C et Sam sourirent. Ils se détournèrent alors pour
partir, mais Hélène s’écria :
- S’il vous plaît !
Ils la regardèrent à nouveau, surpris. Jack demanda :
- Oui ?
Hélène rougit, impressionnée par ce regard brun, si doux
et si intense à la fois, posé sur elle. Reprenant contenance,
elle les observa un à un, voulant graver cet instant dans sa mémoire,
et murmura :
- Si vous êtes là… Alors c’est fini ? Vous… Vous
nous avez sauvés ?
Les quatre anciens coéquipiers se figèrent et échangèrent
un regard perplexe. La voix de O’Neill retentit à nouveau :
- Comment ça ? De quoi parlez-vous exactement ?
Hélène sourit et secoua doucement la tête. Bien sûr…
Ils ne diraient rien… Elle ajouta cependant :
- Vous les avez vaincus, les… serpents ? Les crabes ? Tout ça quoi
!
Elle faillit éclater de rire devant leurs mines consternées.
L’inquiétude se lisait maintenant sur les quatre visages fermés
face à elle. Hélène dit doucement :
- Oui, je sais bien… Vous ne pouvez pas répondre…
Sam murmura d’une voix blanche :
- Qui êtes-vous ? Comment… Pourquoi…
- C’est vous qui l’avez fait, n’est-ce pas ? C’est vous
quatre qui nous avez sauvés ?
Daniel, Jack et Sam restaient figés comme des statues. Alors un mince
sourire se dessina sur les lèvres de l’ancien jaffa qui répondit
:
- En effet Mademoiselle. C’est nous.
- TEAL’C !!!!! s’écrièrent en cœur ses trois
amis.
Il haussa un sourcil et objecta calmement :
- Je ne vois pas quelle information compromettante j’ai pu divulguer par
mes propos.
Jack soupira et se remit à observer la jeune femme face à lui.
Hélène balbutia :
- Ne craignez rien. Je voulais juste…. Enfin….
Ils la considérèrent, intrigués, et elle ajouta, soudain
merveilleusement sereine :
- Merci. Merci pour tout.
Ils se regardèrent à nouveau, puis Daniel, Jack et Sam sourirent et le jaffa inclina doucement la tête. Alors, se détournant, ils commencèrent à s’éloigner. Hélène les suivit des yeux. Jack, qui était resté légèrement en arrière, se retourna alors et jeta un dernier regard à la mystérieuse jeune française qui se tenait devant le Forum. Il lui fit un clin d’œil et dit en souriant :
- De rien, c’était un plaisir !
Puis il disparut derrière la muraille.
Hélène resta longtemps à observer le coin de la rue, ignorant totalement les monuments dans son dos.
Cyril arriva alors, brandissant un guide d’un air triomphant, et annonça
fièrement :
- Eh eh ! j’ai regardé ! C’est…
- … l’arc de Septime Sévère. Je sais.
Il écarquilla les yeux :
- Quoi ? Mais tout à l’heure tu disais…
Elle se tourna vers lui, un sourire rêveur sur les lèvres, plongea
ses yeux dans les siens et murmura :
- Je sais, mais j’ai eu un cours par le meilleur archéologue de
l’Univers depuis. On va déjeuner ? On reviendra après.
- Ok, où ça ?
- N’importe où où on puisse trouver des spaghettis carbonara.
FIN