Certitude aveugle


Auteur : Hito
E-mail : h_hito76@yahoo.fr
Résumé: Sam fait une découverte qui pourrait bien tout changer…dans tous les sens du terme
Genre: Romance S/J
Spoilers: Courant saison 7, avant « Heroes »
Disclaimer : Les personnages et l’univers ne sont pas à moi mais à la MGM…


NB/ Un thème assez banal plus enclin à l’humour qu’autre chose… Et pourtant, ce n’est pas de cette façon que j’ai traité le sujet. C’est plutôt… sentimental !
Un grand merci à Juju, Aurélia et Hélios pour leur aide. Et un gros bisou à Orélila !

Cette fic contient des scènes érotiques pouvant choquer les plus jeunes. Déconseillée aux moins de 13 ans.

 

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Sam s’éveilla doucement, des bruits sourds lui parvenant à travers la brume entourant son esprit encore ensommeillé. Une voix surtout. Une voix aux intonations agacées et qui pourtant lui fit esquisser un sourire malgré elle. Un rayon de soleil vint caresser son visage et la jeune femme soupira de bien-être. Une belle journée en perspective.

Levant son bras, elle ouvrit un oeil et regarda sa montre... ce qui en soi ne lui apprit pas grand chose puisque la planète sur laquelle ils se trouvaient n’avait pas du tout le même fuseau horaire que le Colorado. Tournant la tête, elle balaya des yeux le campement et son regard accrocha son supérieur s’affairant devant le feu. Teal’c et Daniel étaient certainement déjà partis repérer la grotte qu’ils avaient aperçue la veille au soir et comme elle avait pris le dernier quart, ils l’avaient laissée se reposer un peu plus longtemps.

Emergeant peu à peu, Sam bâilla silencieusement et observa Jack à son insu. Il préparait du café et levait de temps en temps la tête pour regarder autour de lui. Surprise par ce petit jeu pour le moins incongru, elle l’entendit brusquement marmonner :

- Où est-elle encore passée !... Je lui avais dit de se reposer !

Incrédule, elle ouvrit la bouche pour lui parler mais se tut finalement tandis qu’il se redressait. Son comportement était vraiment curieux…
Il se dirigea vers son sac à quelques mètres seulement d’elle sans un regard de son côté. A croire qu’il ne la voyait pas ! Toujours sans bouger, elle le regarda prendre sa trousse de toilette, sa serviette et partir en direction de la rivière.

Alors seulement Sam reprit ses esprits et, fébrile, leva les mains vers elle. Elles étaient pourtant bien visibles... songea la jeune femme tout en les tournant machinalement sous ses yeux. L’espace d’un instant, elle avait cru être invisible mais si tel avait été le cas, elle n’aurait pu voir ses propres mains. Et pourtant...

Désireuse d’en avoir le coeur net, elle sortit du duvet et partit rejoindre son supérieur. Elle le suivit à bonne distance, gardant volontairement le silence et s’arrêta brusquement à son initiative. Il s’était retourné, un Beretta dans la main, le regard glacial scrutant les alentours sans pour autant se poser sur elle. Il avait sentit sa présence mais ses yeux l’avaient traversée sans aucune réaction. Sam sourit, partagée entre l’inquiétude et l’excitation. Elle était bel et bien invisible ! Le coeur cognant plus vite dans sa poitrine, elle songea tout à coup à l’avantage incroyable qu’un tel atout apporterait dans leur combat contre les Goa’ulds. Bien sûr, il fallait encore trouver un moyen de contrôler un tel phénomène... et la rendre de nouveau visible… Mais c’était définitivement une découverte extraordinaire et d’une importance capitale !

Plongée dans ses pensées, elle n’avait pas vu O’Neill se retourner, perplexe et s’éloigner en direction de la rivière. Elle partit donc le rejoindre et s’arrêta à quelques mètres de lui, prête à lui faire part de sa présence avant de se figer brusquement. D’un geste vif, il avait ôté son tee-shirt et, accroupi devant l’eau, commençait à s’asperger abondamment le visage et le torse. La gorge de la jeune femme s’assécha soudain, les battements de son coeur s’accélérant à chacun de ses gestes.

Plus immobile que jamais, elle le regarda ouvrir sa trousse et commencer à se raser. Ses gestes étaient rapides et précis. Lorsqu’il eut terminé, il s’aspergea une nouvelle fois, plongeant cette fois-ci sa tête et ses épaules dans la rivière avant d’en ressortir et de s’ébrouer avec énergie. Se relevant, il fit glisser ses mains dans ses cheveux pour les mettre en arrière afin de les discipliner, en vain.

Le sourire de Sam n’avait pas quitté ses lèvres depuis le début de cette courte toilette, consciente qu’une telle occasion de pouvoir l’observer ainsi ne se renouvellerait peut-être jamais. Elle se délectait sans gêne de ce spectacle inattendu, laissant glisser son regard sur son torse, son dos musclé. Ainsi tendu, les bras levés pour se recoiffer, sa ceinture, devenue lâche, dénudait un peu plus son ventre plat, à peine caché par son pantalon qui tombait négligemment sur ses hanches. Sam ne put retenir plus longtemps un léger soupir de frustration... hélas trop bruyant. Jack se retourna aussitôt, son Beretta braqué tout droit sur elle. Elle se figea de nouveau, retenant sa respiration et le regarda s’avancer dans sa direction avec appréhension. Dieu merci, il s’arrêta à quelques pas d’elle et les sourcils froncés, tenta de percevoir ce que son instinct lui criait. Quelqu’un l’observait.

Passée la crainte qu’il la découvre, Sam laissa de nouveau son regard glisser sur lui. De fines gouttelettes s’échappaient de ses cheveux humides, glissant sur son visage, son cou, son torse... redessinant ainsi les muscles crispés qui se mouvaient sous sa peau à chacun de ses gestes. Il était délicieusement bronzé et la largeur de ses épaules, vues d’aussi près, la surprit. Ce n’était pas faute de l’avoir observé en cachette bon nombre de fois mais jamais jusqu’ici il n’avait été torse nu à moins d’un mètre d’elle. Dieu, qu’il devait être agréable de se blottir dans ces bras là, de poser sa tête contre son coeur... Le ventre soudain noué, elle reporta son attention sur son visage et observa l’intensité de ses yeux bruns, si durs, si froids à cet instant. Il se trouvait si près d’elle que Sam pouvait percevoir chaque émotion traversant son regard devenu perçant.

- Carter ? appela-t-il alors, la faisant sursauter.

Surprise, la jeune femme retint sa respiration. Comment l’avait-il reconnue ? Restant silencieuse, elle le vit hésiter, scrutant les alentours puis finalement, dans un soupir, il retourna près de ses affaires, s’essuya à la hâte et remit son tee-shirt.

Quelque peu tremblante, Sam tenta de quitter le chemin le plus silencieusement possible. Elle était peut-être invisible mais pas immatérielle et elle n’avait aucune envie qu’il la percute en voulant rejoindre le campement.

L’esprit en ébullition depuis sa petite étude morphologique, Sam le regarda passer devant elle et finit par se détourner en gémissant. Elle avait sérieusement besoin d’une douche froide.

S’approchant de la rivière, elle s’aspergea le visage et finit par se redresser, de nouveau maîtresse de ses sens.

Bon... Maintenant qu’elle avait bien profité de la situation, il fallait redescendre sur terre.

Dans un soupir, elle retourna jusqu’au campement. Son supérieur était en train de se servir une tasse de café et se retourna vers elle lorsqu’il entendit le craquement d’une brindille. Elle s’apprêtait à ouvrir la bouche pour signaler sa présence lorsqu’il soupira, accrochant son regard :

- Ah, Carter... Je me demandais où vous étiez...

Incrédule, la jeune femme s’immobilisa un instant tandis qu’il s’asseyait afin de déguster son café tranquillement. Surpris par le mutisme de son second, Jack finit par hausser les sourcils et stoppa net sa tasse à mi-parcours.

- Quelque chose ne va pas ?

La jeune femme secoua la tête, tentant de comprendre ce qui venait de se passer.
Elle était encore invisible lorsqu’il était passé près d’elle... Qu’avait-elle fait entre ce moment là et son retour au campement ?

...

- La rivière ! s’exclama-t-elle alors.

Jack se tourna de nouveau vers elle.

- La rivière ? demanda-t-il, sans comprendre.

Gênée, la jeune femme sourit gauchement avant de répondre.

- J’ai... oublié de faire des prélèvements de l’eau de la rivière...
- Oh. Eh bien, Teal’c et Daniel doivent revenir dans vingt minutes, une demi-heure. Ça vous donne largement le temps de faire vos précieux relevés.

Sam acquiesça et s’approcha de son sac. Elle fouilla à l’intérieur et sortit la boîte contenant les prélèvements qu’elle avait fait la veille. Elle l’ouvrit afin de vérifier qu’elle contenait bien des éprouvettes vides mais se figea brusquement. Il manquait un des tubes à essai dont elle s’était servie hier. Re-songeant à ce qui lui était arrivé à son réveil, elle avança la main avec précaution et ses doigts entrèrent en contact avec un objet solide fait de verre et pourtant invisible à l’oeil nu. Un sourire se dessina sur ses lèvres. C’était parfait ! Elle allait pouvoir en parler à son supérieur sans être obligée de raconter sa petite aventure du matin.

- Mon Colonel ! Venez voir !

Elle l’entendit s’approcher et s’accroupir à ses côtés.

- Regardez... On dirait qu’il manque une éprouvette, n’est-ce pas ?

Perplexe, Jack l’observa un instant avant de se tourner vers la boîte en fer contenant des échantillons divers.

- Euh... oui. Et alors ?
- Avancez la main, dit-elle simplement en lui indiquant quoi faire d’un geste.

Haussant les sourcils, O’Neill ne bougea pourtant pas d’un millimètre et se permit même une grimace.

- Je ne m’approche plus des tubes à essai, Carter... Vous vous souvenez, la dernière fois...*

A ces mots, la jeune femme rougit violemment sous son regard pétillant. Se raclant la gorge, elle finit par prendre la main de Jack et, essayant de faire abstraction de l’incongruité de ce geste ainsi que de la protestation étouffée d’O’Neill, elle avança ses doigts jusqu’à l’éprouvette invisible. Lorsqu’il entra en contact avec le verre du tube à essai, il sursauta légèrement puis prit peu à peu conscience de ce que cela impliquait.

Invisibilité !

Leurs regards se croisèrent, la même excitation au fond des yeux.

- Où avez-vous pris cet échantillon ?!

Sam regarda les étiquettes sur les éprouvettes et en déduisit ainsi l’endroit du prélèvement invisible.

- Pas très loin de la rivière, à cinq minutes à peine.
- Allons-y ! dit-il aussitôt. Mais avant... j’aimerais récupérer ma main...

Virant à l’écarlate sous le regard amusé de son supérieur, la jeune femme le relâcha en se fustigeant de réagir en adolescente dès qu’il se permettait un sous-entendu quelconque. Si seulement elle parvenait, elle aussi, à le mettre un tant soit peu dans l’embarras, elle se sentirait peut-être un peu moins stupide... Depuis quelques temps déjà, il se montrait à la fois distant et pourtant inévitablement tendancieux. Il semblait prendre un malin plaisir à la mettre mal à l’aise et elle en ignorait la raison.

Quelques minutes plus tard, ils parvinrent tous deux jusqu’à un grand monticule de terre.

- C’est là, Monsieur, répliqua la jeune femme en indiquant d’une main le sol séché où absolument rien ne semblait pouvoir pousser.

Jack s’approcha doucement, avec prudence.

- Vous y avez touché ?
- … Oui, enfin, indirectement.

A ces mots, il acquiesça, réfléchissant un instant en silence avant de se tourner vers la jeune femme. Elle semblait gênée et évitait soigneusement de croiser son regard.

- … C’était vous, tout à l’heure, dit-il alors, les yeux plissés, la scrutant avec attention.

Sam retint son souffle, troublée, puis finit par se racler la gorge.
- ... Quoi ?
- Près de la rivière ? C’était vous.

Devant son regard pénétrant, elle se contenta d’incliner la tête, le front brûlant. Dieu, qu’elle détestait cette manie de rougir au moindre embarras ! Il ne rougissait jamais, lui. Non… Il se contentait juste de la regarder en souriant, avec cette lueur moqueuse dans le regard.

- Comment était-ce ? demanda-t-il alors, la faisant sursauter.

Comment était-ce quoi ? Il ne voulait quand même pas parler de… de…

- Pardon… ? bredouilla-t-elle, s’empourprant davantage.
- … D’être invisible, répondit-il, imperturbable. Comment était-ce ?
- Ah… Euh… Eh bien, comme d’habitude. Il n’y avait absolument aucune différence, en fait.

Elle avait vraiment l’esprit mal tourné depuis son réveil. Enfin… Depuis qu’elle l’avait vu torse nu, surtout.

- Curieux, maugréa-t-il, inconscient du trouble dans lequel il la mettait. Vous n’étiez pas censé… ne pas vous voir ?...

La jeune femme sourit devant sa mine perplexe.

- J’ai moi-même été surprise, Mon Colonel, mais peut-être que la substance de cette terre interagit sur la perception.

Jack lui jeta un coup d’œil un peu perdu avant de grogner un « Si vous le dites… ». Finalement, après un court moment de silence, il reprit :

- Comment êtes-vous redevenue visible ?
- … L’eau de la rivière. Je me suis lavée le visage et lorsque je vous ai rejoins j’étais de nouveau normale.
- D’où les tests à faire… ?

Comme elle haussait les sourcils, il lui sourit :

- La rivière…
- Euh oui…

Il resta de nouveau silencieux mais cette fois-ci, la regardait avec insistance, une lueur étrange dans le regard.

- Pourquoi m’avoir caché ça ?… Vous aviez quelque chose à vous reprocher ? dit-il, un sourire amusé sur le visage, un peu trop perspicace au goût de la jeune femme.

Comme elle rougissait de nouveau, son amusement redoubla.

- … Je voulais juste tester l’efficacité de cette… arme.
- Mmmm, grogna-t-il, peu convaincu.

Se raclant de nouveau la gorge, terriblement troublée par ses yeux bruns soudain si perçants, elle tenta de détourner légèrement la conversation.

- … Vous m’avez appelé, à un moment donné. Comment avez-vous deviné que c’était moi ?…

Il hésita un instant avant de répondre.

- … L’intensité de votre regard, dit-il finalement en plongeant les mains dans ses poches, cherchant apparemment à la déstabiliser.

Elle sentit son cœur bondir dans sa poitrine.

Que lui arrivait-il ? Pourquoi lui disait-il tout cela ? Certes, parfois il se permettait quelques petits sous-entendus, quelques sourires ambigus mais jusqu’ici, il n’avait jamais été aussi…direct.
Devant l’embarras de la jeune femme, une ombre passa dans son regard brun et il finit par se détourner.

- Non, en fait… j’ai vu des traces fraîches de Rangers à votre taille dans la boue.

A ces mots, elle se détendit un peu. C’était beaucoup plus plausible !

- Quoiqu’il en soit, poursuivit-il, on va pouvoir faire une foule de choses sans que personne ne nous voie... Imaginez l’avantage que nous aurons. Les infiltrations, les missions de secours, l’espionnage…

Jack s’accroupit, suivi par la jeune femme. Il tendit la main et prit de la terre entre ses doigts.

- Comment savoir si ça fait effet ? demanda-t-il, tandis qu’elle touchait à son tour le sol, examinant avec attention la texture étrangement sablonneuse compte tenu de son aspect.
- Je ne sais pas… Il s’est écoulé au moins… sept heures entre le prélèvement et la dernière fois que vous m’avez vue lorsque j’ai été prendre mon quart.

Jack acquiesça puis finit par se relever en frottant ses mains pleines de terre.

- Retournons au campement. Teal’c et Daniel doivent y être. Nous contacterons la base pour leur parler de notre découverte.

Ni une ni deux, ils se mirent en route en silence. La jeune femme ne cessait de resonger à la petite discussion qu’ils avaient eue à l’instant. Ce n’était pas du tout dans les habitudes du Colonel de se permettre de telles paroles et elle avait bien senti qu’une fois prononcées, il les avait aussitôt regrettées. C’était comme s’il cherchait à la pousser à bout pour la faire réagir. Etrange. Qu’est-ce qui avait changé dans sa vie pour que ce genre de propos lui échappe ?

Sans en connaître les raisons, elle sentit son ventre se nouer d’appréhension.

Quelques instants plus tard, ils parvinrent au campement. Teal’c et Daniel rangeaient méthodiquement leurs affaires lorsque le jaffa lâcha brusquement le duvet qu’il tenait dans la main et brandit son long bâton Goa’uld vers eux. Jackson se figea aussitôt.

- Qu’est-ce qui se passe ?

Teal’c fouillait à présent les alentours des yeux, en alerte.

- Nous ne sommes pas seuls.
- Oh... réagit finalement Daniel en attrapant son Beretta.

Jack et Sam s’étaient depuis longtemps arrêtés, surpris. Ils se regardèrent un court instant puis O’Neill haussa les sourcils.

- C’est rapide finalement !
- Je ne comprends pas, Mon Colonel... Ca a mis beaucoup de temps pour moi cette nuit.

En entendant leurs voix, Teal’c se redressa légèrement.

- O’Neill ? ... Major Carter ? appela-t-il en regardant de leur côté sans pour autant les voir.
- Oui, c’est nous, répondit Jack en s’avançant. On est juste invisible mais c’est bien nous...

Rapidement, ils mirent leurs amis au courant de leur découverte. Passé la surprise, les deux hommes prirent à leur tour conscience de l’avantage que cette arme leur apporterait. Puis, un silence se fit, à peine interrompu par un :

- Mon Colonel... Voyons...

Sentant venir le danger, Daniel plissa des yeux, un désagréable frisson dans le dos.

- Jack ? grogna-t-il en regardant autour de lui, en vain... Où êtes-vous ? ... Jack ?

Un cri sourd retentit brusquement à son oreille et le jeune homme sursauta violemment avant de perdre l’équilibre. Un rire fort reconnaissable résonnant à son oreille, Daniel se redressa, furieux.

- Ca vous fait rire, hein !!... Quel âge avez-vous ?

Le rire cessa finalement et une main vint se poser sur son épaule, cherchant à lui venir en aide. D’un geste vif et agacé, il la repoussa mais une voix douce et souriante lui répondit.

- C’est Sam.
- Oh... maugréa-t-il avant d’accepter un coup de main, parfaitement conscient cependant que la jeune femme semblait fort amusée.

Quels gosses...

- Allons Daniel, pas la peine de faire cette tête-là ! s’exclama finalement Jack, un sourire dans la voix. Venez plutôt avec nous. On va essayer de redevenir visible et on a besoin de vous pour savoir si ça marche.

Ils se mirent donc en route tandis qu’O’Neill continuait sur sa lancée :

- Le fait de pouvoir se voir tout en étant invisible est un sérieux avantage. Nous pourrons agir normalement et coordonner nos attaques. Le seul problème est de ne pas savoir quand exactement on redevient visible. Si jamais le... l’espèce de truc qui nous fait disparaître ne marche plus, on n’a aucun moyen de le savoir. C’est extrêmement dangereux.
- Je ferais des recherches, Monsieur. J’essayerais de mettre au point un système nous permettant de pallier à ce problème.

Jack sourit en se tournant vers elle.

- Je vous fais confiance.

La jeune femme lui rendit son sourire. Ils approchaient de la rivière.

- Ce que je ne pige pas, c’est pourquoi nous sommes devenus invisibles si rapidement cette fois-ci.
- J’y ai réfléchi, Mon Colonel. La dernière fois, je n’avais pas touché la terre directement mais avec des gants. Il a fallu certainement plus de temps pour passer à travers le plastique.
- Vous voulez dire qu’on peut... transmettre ça rien qu’au toucher, demanda alors Jack en s’arrêtant devant la rivière avant de se tourner vers Sam.
- Non, je ne pense pas. C’est certainement limité, sinon, tout ce que j’aurais touché depuis hier soir serait devenu invisible. Et Daniel aussi, d’ailleurs puisque je l’ai aidé à se relever tout à l’heure. Mais là encore, il faudra effectuer certains tests.
- Mmmm, répondit Jack en acquiesçant, rassuré. Bon ! Teal’c, Daniel... Prévenez-nous dès que vous nous verrez, histoire de savoir combien de temps ça met.

Le Jaffa acquiesça aussitôt.

- Très bien, O’Neill.

Celui-ci se pencha vers l’eau et s’aspergea abondamment le visage. En revanche, Sam se contenta de tremper son doigt. Ils attendirent tous deux en se tournant vers leurs amis. Bientôt, Jack reporta son attention sur la jeune femme.

- Carter ?
- Mon Colonel ?
- ... Vous disparaissez.
- Non, O’Neill. C’est vous qui réapparaissez, déclara Teal’c en accrochant enfin son regard.
- Oh...

Perplexe, Jack se tourna de nouveau vers la jeune femme... ou plus exactement l’endroit où la jeune femme aurait du se trouver, puis quelques secondes plus tard, elle réapparut à son tour. Lorsqu’elle comprit qu’ils la voyaient de nouveau, Sam acquiesça en souriant.

- Tout dépend donc de la quantité d’eau utilisée mais quoiqu’il arrive, ça marche bel et bien.

Puis se tournant vers son supérieur :

- On a fait une sacrée découverte, Mon Colonel ! Ca pourrait bien tout changer !

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De retour sur Terre, après un passage obligatoire à l’infirmerie et des tests beaucoup plus poussés qu’à l’ordinaire, SG1 se trouvait en salle de Briefing aux côtés d’Hammond. Celui-ci souriait devant la mine réjouie de ses hommes.

- Et ça marche vraiment ?
- Affirmatif, Mon Général ! répondit Jack. Ça marche parfaitement.
- Eh bien, bravo SG1 ! Je crois qu’on vient de faire un grand pas en avant.

A cet instant, Janet fit son entrée, un dossier dans la main.

- Docteur, la salua Hammond aussitôt. Dites-nous qu’il n’y a aucun effet secondaire.

La jeune femme s’arrêta devant eux en souriant.

- Pour le moment, rien à signaler monsieur... Du moins, aucune dégradation visible, cependant, il y a bien un élément étranger dans l’organisme du Colonel O’Neill et du Major Carter. Une sorte de toxine. Je vais devoir faire d’autres analyses mais elle semble peu à peu se dissiper.
- Et ce serait cette... toxine, qui nous rendrait invisible ? demanda Jack.

Janet acquiesça.

- En effet. D’ailleurs, étant donné sa présence dans votre sang, je suis surprise que vous soyez toujours visibles. Nous analysons en ce moment même l’eau de la rivière. Elle annule les effets mais ne les annihile pas.

Sam regarda la jeune femme en haussant les sourcils.

- Vous voulez dire qu’il est très possible que... nous redevenions invisible ? ... Par accident ?

Janet haussa les épaules.

- Je ne sais pas. Tout ce dont je suis sûre, c’est que la toxine qui vous a rendu invisible est encore dans votre sang.

Daniel fit aussitôt la grimace.

- Je n’ai aucune envie que Jack s’amuse à me faire sursauter toutes les dix minutes... On pourrait pas l’enfermer jusqu’à ce qu’il redevienne normal ?
- Eh oh ! s’exclama aussitôt l’intéressé, peu désireux de passer les prochains jours enfermé dans ses quartiers.

Hammond sourit, rendu de bonne humeur par leurs découvertes.

- A première vue, le Colonel O’Neill ne représente aucun danger pour la sécurité de la base...
- C’est vous qui le dites, maugréa Daniel en soupirant devant le regard vainqueur de Jack.

Il aurait peut-être mieux fait de se taire. A coup sûr, il allait payer son intervention d’une façon ou d’une autre.
A peine avait-il songé à cela qu’O’Neill disparaissait peu à peu sous leurs yeux ébahis. Tous se figèrent aussitôt.

- Quoi ? demanda Jack, surpris d’être soudain le centre d’intérêt.

Daniel leva une main vers lui ou du moins, vers la chaise où il aurait du se trouver.

- Vous êtes invisible...

O’Neill haussa les sourcils, remarquant qu’en effet, tous les regards semblaient le traverser.

- Non, répondit-il cependant pour faire rager Jackson.
- Si, je vous assure que si.
- Et moi je vous dis que non.
- Vous êtes bel et bien invisible, O’Neill, intervint cependant Teal’c, peu désireux de laisser cette discussion se poursuivre.

Lorsqu’ils étaient lancés ainsi tous les deux, cela pouvait durer des heures.

- Ah... murmura-t-il simplement avant de profiter de l’occasion pour regarder Carter.

Mais à la surprise de tous, Jack réapparut brusquement. Un nouveau silence se fit tandis que Sam changeait peu à peu de couleur devant l’insistance avec laquelle elle était observée.

- Vous êtes de nouveau visible... bafouilla-t-elle donc.
- Oh, répliqua-t-il détournant aussitôt les yeux.
- Que s’est-il passé ? demanda Hammond indifférent à la gêne de son second.

Janet haussa les sourcils, perplexe.

- Colonel ? Auriez-vous une explication ?

Celui-ci semblait pour l’heure tout aussi perdu qu’eux. Un silence méditatif s’instaura finalement rompu par Sam.

- Mon Colonel, à quoi pensiez-vous juste avant de disparaître ?
- A quoi je pensais ? répéta-t-il en fouillant dans sa mémoire. Eh bien... Je songeais à ce qu’avait dit Daniel.
- Et vous vous disiez que vous aimeriez bien vous amuser à ses dépens en étant invisible, n’est-ce pas, Monsieur ?

Un sourire apparut sur les lèvres de Janet qui commençait à comprendre. En revanche, Jack toujours perplexe, finit par perdre patience.

- Où voulez-vous en venir ?
- C’est simple, Colonel, lui répondit le docteur Frasier. Vous avez, l’espace d’un instant, pensé à disparaître et c’est ce qui est arrivé. En gros, vous pouvez vous-même, si vous le désirez choisir d’être ou non invisible.
- Vous voulez dire qu’ils peuvent contrôler ce... pouvoir par la pensée ? demanda Daniel, incrédule.

Un sourire lui répondit.

- Essayez, Major Carter, demanda alors Hammond en se tournant vers la jeune femme.

Celle-ci se figea sur son siège puis tenta de se concentrer. Elle essaya quelques secondes sans succès, hélas.

- Ca ne marche pas, se permit d’intervenir Teal’c sobrement.

Jack se redressa à son tour sur sa chaise et ferma les yeux. Il finit par disparaître de nouveau sous le regard agacé de la jeune femme.

- Comment faites-vous ça ? s’exclama-t-elle alors, un soupçon de frustration dans la voix.
- Il suffit de trouver une bonne raison de vouloir disparaître, Major, lui répondit O’Neill, visiblement très amusé.
- Et à quoi pensiez-vous Jack ?
- ... Mais à vous Daniel !

Celui-ci leva les yeux vers le ciel.

- Pourquoi ai-je du mal à vous croire ?

A peine avait-il dit cela que la jeune femme disparut à son tour. Sam comprit rapidement qu’elle avait réussi à se rendre invisible en croisant le regard perçant de son supérieur. Lorsque ce dernier réalisa qu’elle le voyait, il se détourna de nouveau, un sourire crispé sur le visage, gêné.

- Cette découverte peut nous apporter un avantage conséquent, finit par déclarer le Jaffa. Notamment lors de l’invasion Reetous de la semaine dernière et qui nous a fait perdre beaucoup d’hommes. En rendant l’arme Tok’ra invisible nous aurions pu nous débarrasser d’eux en quelques minutes seulement.
- En effet, Teal’c, acquiesça Hammond.
- Mon Général, je sais que vous voudriez au plus vite faire part de cette découverte à l’Etat Major, intervint Janet, mais je préfèrerais que nous attendions de voir les effets sur le Colonel O’Neill et le Major Carter. A première vue, la toxine est en train de disparaître de leur corps mais je n’ai pas la moindre idée des implications que cela pourrait avoir sur eux à long terme. De plus, rien ne dit qu’une fois évacuée par leurs organismes, ils ne seraient pas définitivement immunisés, à l’instar d’un virus quelconque.

Hammond acquiesça aussitôt, tandis que les deux militaires réapparaissaient en même temps.

- Vous avez raison, Docteur. Je vous laisse carte blanche. Combien de temps allons-nous devoir attendre ?
- Deux semaines environ Monsieur.

Jack soupira en levant les bras au ciel.

- Vous ne voulez pas dire que pendant les deux prochaines semaines nous allons être bloqués ici !? ... Mon Général ! Ca fait près d’un mois que nous n’avons pas eu de vraies perms...
- J’en ai parfaitement conscience, Colonel.
- Si je peux me permettre, intervint de nouveau Janet. Je pense les garder à la base pendant les deux prochains jours puis si leurs analyses confirment la disparition graduelle de la toxine, je crois que les laisser sortir ne représente absolument aucun danger.

Devant la mine réjouie de Jack, elle ne put s’empêcher de rajouter, cependant :

- Tant qu’ils restent à Colorado Springs.
- Ça me va, répliqua O’Neill aussitôt.

Hammond acquiesça de nouveau en se levant.

- Très bien ! Vous pourrez rentrer chez vous le soir mais je préfère vous savoir au SGC pendant la journée. Vous pouvez disposer.

Sam regarda Jack sortir de la salle de Briefing avec une précipitation peu coutumière. Soupçonneuse, elle se leva et s’enfonça à son tour dans les couloirs du SGC.

Il y avait quelque chose de changé chez lui. Il était à la fois plus proche et plus loin d’elle que jamais. Plus proche parce qu’il se permettait des regards et même parfois des paroles d’une ambiguïté inhabituelle et plus loin par la distance qu’il s’évertuait à mettre entre eux. Une distance physique.

Lorsqu’elle le vit tourner à gauche, elle comprit ce qu’il allait faire et ralentit le pas. Elle regarda autour d’elle et se concentra. Il ne lui fallut pas longtemps pour trouver une raison quelconque à son besoin de devenir invisible. Elle se demandait d’ailleurs si elle ne l’était pas déjà depuis qu’elle avait décidé de suivre son supérieur à son insu... Lorsqu’un sergent faillit la percuter de plein fouet, Sam comprit qu’elle pouvait suivre son supérieur sans crainte, à présent. Elle s’engouffra donc dans le couloir de gauche et entendit sa voix.

- ...dans deux jours... Oui, je sais, je suis désolé mais je ne pouvais pas faire autrement...

Sam s’avança doucement, le ventre noué. Il était appuyé contre le mur, près d'un téléphone mural, le combiné dans la main. Il parlait doucement, un sourire dans la voix.

- Tu me raconteras tout ça mardi soir ? Je me chargerais de te détendre comme il se doit... A vos ordres, madame...

Elle l’entendit rire et son coeur se figea. Son pressentiment était donc juste. Il avait quelqu’un dans sa vie... Elle sentit une douleur sourde s’infiltrer en elle, une haine farouche pour cette inconnue, une souffrance à peine descriptible à l’entendre parler ainsi, de façon si intime et si chaleureuse. Jamais il ne lui avait parlé ainsi. Jamais il ne se l’était permis.

- Je t’appelle dès que je suis sorti... Toi aussi, tu me manques... Bye.

Lorsqu’il raccrocha, Jack soupira et se retourna pour partir. Sam, dans un état second, eut cependant la présence d’esprit de se coller contre le mur mais sentit son sang se glacer lorsqu’il se figea à quelques centimètres à peine d’elle. Il leva son visage, les yeux mi-clos, puis finit par se remettre en marche et disparut au carrefour d’un des couloirs.

Elle s’affala alors contre le mur, sans force. Comment parviendrait-elle à gérer ça... ?

***********


Elle était là. Il avait reconnu son parfum.

Pourquoi n’avait-il pas attendu de se retrouver tranquillement dans ses quartiers pour appeler Amy ? Mais il savait parfaitement pourquoi. Il avait voulu entendre sa voix... Juste l’entendre pour se rassurer et ainsi oublier celle de Carter. Carter, qu’il n’avait pu s’empêcher de dévorer des yeux au Briefing.

Il était avec Amy depuis quelques mois maintenant. Certes, ils ne se voyaient que rarement, étant donné son emploi du temps assez chargé, mais dès qu’il avait un jour ou même un soir de perm, il la passait avec elle. Alors comment pouvait-il se permettre un comportement aussi ambigu et déplacé avec son second ? Il tentait de l’oublier et tout ce qu’il parvenait à faire était de la narguer, d’essayer de la pousser à bout mais... pourquoi ? Pour qu’elle réagisse ? Pour qu’elle prenne enfin conscience que...

Jack soupira et s’assit lourdement sur son lit.

C’était terminé. Il devait accepter l’idée que c’était terminé... Avant même d’avoir commencé, d’ailleurs. Il avait été prêt à tout risquer pour elle, il y a trois ans, puis voyant qu’elle érigeait des barrières tout autour d’elle, il avait repris ses distances, attendant patiemment que peut-être cette situation la fasse réagir... en vain. Elle semblait parfaitement gérer cette attirance sans pour autant en souffrir. Alors à quoi bon être le seul à espérer une hypothétique histoire ?

Oh, il savait qu’il lui plaisait. Il savait qu’elle avait des sentiments pour lui mais ceux-ci n’avaient rien à voir avec l’amour, la passion qu’il lui vouait. Elle souffrirait peut-être de le savoir avec quelqu’un mais, ça lui permettrait peut-être de passer à autre chose. Et lorsqu’enfin elle aurait tourné la page, alors à son tour, avec un peu de chance, il pourrait l’oublier.

Sept ans, bon sang ! Sept ans à attendre quelque chose qui n’existait pas...

Ridicule.

Mais finalement, c’était la meilleure chose qui pouvait leur arriver. Il y a trois ans, les enjeux n’étaient pas les mêmes. Bien que prenant de l’importance, SG1 n’était pas encore devenue ce symbole de résistance, de rébellion face à l’oppresseur Goa’uld. A présent, ils étaient connus de tous, avaient acquis une influence non négligeable et représentaient plus que jamais leur planète. Ils étaient devenus indispensables. Que pouvait représenter les sentiments de deux personnes face à un tel enjeu ?

**************************

Lorsque Sam s’arrêta à quelques mètres de chez lui, elle sut qu’elle avait définitivement perdu l’esprit. Dans un soupir, elle coupa le contact de sa voiture et éteignit ses phares. La lumière filtrait à travers les rideaux légers du salon et parfois une ombre passait, se mouvant d’un coin à un autre de la pièce.

Son ombre.

Lui.

La nuit était tombée depuis près d’une heure et l’air frais commençait à se faire sentir, mais la jeune femme n’en avait cure. Elle était déjà glacée à l’intérieur. Elle attendait. Dix minutes, vingt minutes, une demi-heure puis enfin une voiture s’arrêta. Grâce à la lumière des lampadaires, elle vit une femme en sortir. Grande, svelte, de longs cheveux bruns tombaient sur ses épaules. Le coeur de Sam se glaça davantage.

Passant en mode invisibilité, elle sortit le plus silencieusement possible de sa voiture et fit quelques pas vers la femme. Elle la regarda traverser la rue, ouvrir le petit portail et sonner. L’ombre passa devant la fenêtre et la porte s’ouvrit. Jack apparut en contre jour. Il écarta les bras et l’inconnue vint se coller à lui, posant ses lèvres sur les siennes, l’embrassant longuement.

Sam sentit alors son coeur se déchirer et des larmes glisser silencieusement sur ses joues pâles.

Pourquoi se torturer ? Pourquoi rester à les observer ainsi ? Pour rendre tout cela plus réel ?

Hypnotisée, elle ne les quittait pourtant pas des yeux. Cette femme qui embrassait l’homme qu’elle aimait. Et cet homme qui serrait cette femme dans ses bras, si désespérément consentant. Sam était comme figée, incapable de se soustraire à ce spectacle si douloureux.

Elle les regarda se séparer enfin et l’inconnue pénétrer dans la chaleur de cette maison, vers la lumière. Mais la porte ne se referma pas de suite. Jack sembla scruter les alentours un instant, hésitant puis finit par refermer derrière lui.

Encore incapable de bouger, la souffrance ancrée profondément en elle, Sam restait immobile, les bras le long du corps. Insensible à ses larmes qui se faisaient plus abondantes, elle ne reprit vraiment conscience que lorsque son corps fut secoué d’un violent sanglot. Alors seulement, elle se détourna et rejoignit sa voiture. Incapable cependant de conduire, elle s’assit lourdement sur son siège et se laissa aller. Le regard vide et noyé, elle ferma les yeux et s’appuya sur son volant, le visage caché dans ses bras repliés.

Comment gérer cela ? Comment supporter une telle perte ? Car elle l’avait perdu. L’intimité qui transpirait de leur discussion téléphonique en était la preuve. Ce n’était pas une relation d’un soir, c’était plus... bien plus.

Atterrée, Sam tentait en vain de reprendre pied. Elle se sentait happée par la douleur, incapable de gérer une telle souffrance. La jalousie la tiraillait, lacérait son coeur, nouait son estomac. Au bord de la nausée, elle crispa ses mains sur son volant, essayant de reprendre son souffle mais son corps était inévitablement secoué de sanglots. Elle n’avait plus pleuré ainsi depuis bien longtemps... Depuis le décès de Daniel. Et pourtant Jack n’était pas mort...

Juste son amour pour moi, songea-t-elle avec désespoir.

Des coups légers sur sa vitre la firent brusquement sursauter. Elle tourna un visage défait vers l’inconnu et sentit son coeur se figer.

Elle resta immobile un moment, son regard trouble plongé dans des yeux bruns, profonds, à la fois si sombres et si doux.

D’une main tremblante, elle tourna la clef de contact afin de permettre l’ouverture de la vitre qui les séparait. Sam, consciente de l’horreur de la situation, cherchait en vain une bonne excuse à sa présence ici, devant chez lui... Mais elle était beaucoup trop bouleversée pour en trouver une plausible. Une fois, la vitre baissée, elle sentit des gouttes d’eau glisser des cheveux de Jack et tomber sur son bras.

Il pleuvait. Elle ne s’en était même pas rendue compte.

Incapable de prononcer le moindre son, elle attendit qu’il parle mais il ne semblait pas plus pressé qu’elle. Il finit cependant par soupirer et leva une main vers son visage.

Retenant son souffle, elle tressaillit lorsqu’il écrasa doucement l’une de ses larmes sous son pouce. Sa paume semblait brûlante sur sa joue glacée. Il hésita un instant, leurs regards accrochés l’un à l’autre. Lui restait toujours aussi indéchiffrable qu’à son ordinaire. Seuls ses yeux s’étaient faits caressants. Finalement, il se recula légèrement et retira sa main. Insensible à la pluie qui le trempait jusqu’aux os, il finit par murmurer :

- Elle n’a pas d’importance...

Alors seulement, il lui sourit. Ce sourire qu’il avait pour elle parfois, plein de tendresse. Malgré la douleur persistante, Sam parvint à acquiescer, soulagée... presque heureuse l’espace d’un instant... puis il s’écarta et partit.

Elle le regarda courir sous la pluie, traverser la rue de ses longues foulées puis disparaître... chez lui.

Avec elle.

 

*****************

Cela faisait maintenant plus d’une demi-heure que Sam était assise sur son canapé, le regard perdu dans le vide. Bien qu’elle faisait d’innombrables efforts pour ne pas songer à Jack, des images suggestives, douloureuses, déchirantes venaient parasiter son esprit, écorchant son cœur un peu plus. Cette souffrance à la poitrine était insupportable.

Et pourtant…

« Elle n’a pas d’importance… »

Ces mots, elle se les répétait sans cesse dans sa tête, palliatif à ce mal sournois qui l’empêchait même de respirer.

« Elle n’a pas d’importance… »

Jack l’embrassant.

« Elle n’a pas d’importance… »

Jack l’allongeant sur un lit.

« Elle n’a pas d’importance… »

Jack caressant le corps de cette femme…

Oh si, elle avait de l’importance. Elle avait forcément de l’importance pour mériter un « Toi aussi, tu me manques… ».

A cette idée, son cœur se serra un peu plus et lui coupa la respiration, la sortant de cette immobilité inconsciente. D’un geste vif, elle se redressa, cherchant à retrouver son souffle. Les poings crispés, Sam se leva finalement et monta rapidement se changer. Elle redescendit quelques minutes plus tard, vêtue d’un short et tee-shirt.

Sans un mot, elle ouvrit la porte menant au sous-sol et s’engouffra à l’intérieur. Celui-ci avait été aménagé en salle de sport et au-dessus du tapis trônait un imposant punching-ball. Machinalement, elle commença à bander ses mains, trouvant un certain réconfort à ce geste familier. Elle tentait autant que possible d’éloigner de son esprit l’image de son supérieur avec cette femme, hélas en vain.

Alors partagée entre la rage et le désespoir, elle commença à frapper le sac de cuir avec une application extrême, se mouvant en rythme, mettant toute sa force, toute son énergie dans le moindre de ses mouvements. La silhouette de la femme vint bientôt se superposer au punching-ball et ses coups redoublèrent de violence. La sueur commençait à perler sur son front, glissant sur sa peau. D’un geste machinal, elle s’essuya le visage puis frappa de nouveau le sac avec une ardeur décuplée. Mais sa souffrance ne partait pas, elle restait ancrée en elle. La douleur dans sa poitrine semblait même en être redoublée. Sa respiration se fit chaotique et des larmes commencèrent à lui piquer les yeux. De rage, elle intensifia ses coups et peu à peu, eut la surprise de voir le visage de Jack remplacer celle de la femme. Elle continua pourtant de frapper encore et encore, avec une rage extrême.

Elle revoyait son sourire tandis qu’il prononçait ces mots :

« Toi aussi, tu me manques… »

Elle entendait sa voix devenue si caressante.

A cet instant, elle l’avait haï. Pas longtemps, quelques secondes à peine, mais elle l’avait vraiment détesté. Et elle le détestait encore maintenant que la douleur lui déchirait le coeur. Elle sentait à peine les larmes couler sur ses joues. Le souffle court, ses mouvements devenus maladroits par la souffrance, Sam entendit un son étouffé s’échapper de sa gorge nouée. Ses pleurs commencèrent à gêner ses mouvements aussi se laissa-t-elle glisser jusqu’au sol, le corps secoué de violents sanglots.

Ses plaintes incontrôlées résonnaient étrangement dans la pièce, déchirant le silence, brisant les coeurs à tel point que se cacher plus longtemps lui aurait été impossible.

A travers sa souffrance, Sam sentit son parfum avant même qu’il ne la touche. Elle redressa légèrement la tête à l’instant où deux bras puissants et invisibles l’enveloppaient de leur chaleur et de leur réconfort.

Depuis quand était-il là ? Depuis quand la regardait-il s’acharner ainsi, le maudissant en silence ?

Fermant les yeux, elle se colla contre lui sans parvenir cependant à taire ses larmes. Des larmes qui n’avaient plus rien de douloureux. Elle sentit son souffle sur son front, ses mains dans ses cheveux. Elle était si bien, si merveilleusement bien.

Sam ne cherchait même pas à savoir pourquoi il était là. Elle ne songea même pas un seul instant à l’inacceptable situation. Elle souffrait et seule sa présence parvenait à lui ôter le mal qui la rongeait.

Elle sentit ses mains déserter ses cheveux puis glisser sur sa nuque tandis que ses lèvres se posaient sur son front brûlant dans un baiser réconfortant. Elle le sentit se raidir cependant alors que sa bouche s’écartait d’elle, regrettant aussitôt ce geste déplacé.

Et pourtant...

Ses lèvres revinrent caresser sa peau, doucement et son souffle chaud la fit frissonner. Le contact se fit léger puis avec plus de force, affolant son coeur, embrasant son corps. Sa bouche suivit la douceur de son front, glissa le long de sa joue humide mais s’arrêta au coin de ses lèvres.

Dans un dernier sursaut de raison, il voulut s’écarter mais Sam, inclinant légèrement la tête, vint à sa rencontre. Ce fut d’abord un frôlement, une caresse timide et hésitante, un mélange de leurs souffles saccadés... puis ils se rejoignirent enfin avec fièvre, se serrant passionnément l’un contre l’autre, se goûtant avec avidité. Leurs mains se mirent à danser, cherchant à apaiser la faim qui les dévorait depuis si longtemps.

Sam ne put retenir un gémissement de plaisir lorsqu’il l’allongea sur le tapis, se collant à elle comme si sa vie en dépendait. Très vite le désir les consuma entièrement et ils oublièrent tout ce qui n’était pas l’autre.

***

Lorsqu’elle s’éveilla, le visage éclairé par les premiers rayons du soleil filtrant à travers les rideaux, elle fut surprise de se trouver allongée sur le canapé du salon. La dernière chose dont elle se rappelait était le mouvement hypnotique de « sa » respiration, alors que sa tête reposait sur son torse nu. A ce souvenir, elle sentit un violent frisson la parcourir tout entière.

Il était pourtant l’heure de redescendre sur Terre. Oui... car elle était seule sur ce canapé.

Se redressant doucement, tenant une couverture serrée contre elle, elle parcourut la pièce des yeux avant de se souvenir qu’il était resté obstinément invisible pendant les quelques heures passées ensemble. Alors elle se concentra un instant et se retint de sursauter en le découvrant assis sur une chaise, son regard sombre posé sur elle, sa tête reposant sur ses mains nouées devant sa bouche. Elle le survola, faisant mine de ne pas l’avoir vu et redevint visible. C’était à lui de se montrer, s’il le désirait.

Elle fut secrètement émue et soulagée de le savoir encore ici. Cependant, bien qu’elle n’ait pu qu’effleurer du regard son visage, son immobilité inquiétante le rendait plus sombre que jamais.

A quoi pensait-il ?

Regrettait-il ?

Sam, elle, ne regrettait rien. Non. Jamais elle n’avait été si heureuse que pendant ces quelques heures passées dans ses bras. Jamais jusqu’ici elle n’avait ressenti cela.

Dans un soupir, elle ferma un instant les yeux, savourant sa présence, et le souvenir de leur étreinte s’insinua en elle, chaud et troublant. Son corps se remit brusquement à brûler et une vague de désir déferla en elle. Elle aurait pu se sentir apaisée après une nuit d’amour, après avoir étanché la soif qu’elle avait de lui et pourtant... Telle une drogue, elle en voulait plus, désespérément plus. Elle était devenue dépendante. Une étreinte et elle ne pouvait plus s’en passer.

Prenant brusquement conscience de sa nudité sous la couverture de laine, sa respiration se fit plus saccadée. Elle rêvait de pouvoir de nouveau sentir ses mains nerveuses sur son corps, ses lèvres sur sa peau.

Un gémissement s’échappa de sa bouche et elle finit par rouvrir les yeux. Il devait être près de six heures du matin... il leur restait donc trois heures avant de devoir rejoindre la base.

D’un geste vif, elle écarta la couverture et se leva. Indifférente à sa nudité, elle imaginait son regard sur elle et sentit son pouls s’accélérer. D’un pas souple, elle passa devant lui et monta les quelques marches afin de rejoindre la salle de bain du premier. Elle tourna le robinet, mit quelques sels de bain et sortit deux serviettes de toilette. Lorsque la baignoire fut remplie, elle se glissa dans l’eau parfumée et s’immergea jusqu’aux épaules, les yeux fermés.

Elle savait qu’il était là, sur le pas de la porte qu’elle avait laissée ouverte à dessein. Il la voyait, mais elle ne le voyait pas. Elle entendait seulement sa respiration devenue hachée, affolant par anticipation les battements de son propre coeur. Alors elle se redressa doucement et s’assit au milieu de la baignoire.

- Viens, murmura-t-elle dans un souffle.

Un silence lui répondit et l’espace d’un instant elle se mit à douter... puis le froissement de vêtements qu’on retire lui parvint. Il y eut le bruit sourd d’une chaussure puis d’une autre tombant sur le sol et enfin, celui reconnaissable d’une fermeture éclair. Elle l’entendit ensuite rentrer dans l’eau puis sentit ses jambes se glisser de chaque côté de son corps, encerclant les siennes tandis que ses reins venaient se coller contre le bas de son dos. Un sourire étira ses lèvres lorsqu’elle sentit son désir. Elle se laissa basculer doucement en arrière jusqu’à se couler contre son torse, nichant sa tête contre son cou dans un soupir de bien-être.

Les yeux toujours fermés, Sam glissa ses mains sur les jambes puissantes de son amant, appréciant la fermeté de ses muscles sous sa paume. Il retint sa respiration, figé, tandis qu’elle caressait sa peau nue de la pointe de ses doigts. Jusqu’ici, il n’avait pas encore posé ses mains sur elle et hésitait sûrement à aller plus loin.

Mais il était déjà trop tard, ne l’avait-il pas compris ?

Alors, enfin, ses lèvres brûlantes et avides vinrent glisser sur son cou et Sam inclina la tête pour faciliter cette caresse si délicieuse. Elle sentit ses paumes frôler ses épaules puis l’encercler avec douceur afin de parcourir son corps jusqu’à les embraser de nouveau totalement...

***


Le coeur de Sam se serra lorsqu’elle sentit qu’il s’écartait d’elle, s’extirpant du lit dans lequel ils s’étaient effondrés un peu plus tôt, brûlant tous deux d’un même désir. Elle écouta son pas si familier décroître tandis qu’il retournait dans la salle de bain afin de récupérer ses affaires. Restant obstinément silencieuse et immobile, la jeune femme tentait de reconnaître le moindre son lui parvenant. Enfin, elle l’entendit entrer de nouveau dans la chambre, et le matelas se ploya sous son poids. Elle devinait l’intensité de son regard et comprit aisément qu’il la savait parfaitement réveillée. Mais elle ne bougea pas, ne voulant rompre trop vite le charme, refusant le risque de l’entendre s’excuser...

Elle n’aurait pu le supporter.

Elle sentit ses doigts nerveux frôler doucement son visage, son front, l’une de ses pommettes avant de glisser dans ses cheveux soyeux. Un violent frisson la parcourut et elle ne put retenir un soupir de plaisir. Le matelas se creusa un peu plus et son souffle brûlant vint caresser sa joue. L’instant d’après, ses lèvres effleurèrent sa peau dans un baiser si tendre qu’elle sentit confusément des larmes perler sous ses paupières closes.

Mais alors qu’elle s’apprêtait à ouvrir les yeux, il se leva et l’estomac noué, elle entendit son pas décroître jusqu’à disparaître derrière le bruit sourd d’une porte qu’on referme.

****************


Depuis qu’il était parti, le noeud dans son ventre ne disparaissait pas et plus elle approchait de la base, plus sa peur grandissait. Son cœur s’affolait dès qu’elle apercevait un uniforme et ce fut donc dans un état second qu’elle passa la sécurité, prit l’ascenseur et parvint à se réfugier dans son laboratoire sans l’avoir croisé. Il n’était peut-être tout simplement pas arrivé.

Assise à son bureau, Sam tentait de remettre ses idées en place.

Pour rien au monde elle ne voulait que tout redevienne comme avant. Elle désirait au contraire, plus que jamais que leur relation prenne une direction définitivement plus intime.

Troublée, elle re-songea à ces quelques heures à ses côtés. Elle sentait encore sur son corps la douceur de ses mains, l’odeur de sa peau… Il s’était montré tour à tour si passionné et si tendre. Et seul leurs soupirs et gémissements avaient brisé le silence de leur étreinte. Pas un mot n’avait été échangé. Elle était restée obstinément visible et lui invisible, comme si une partie d’eux-mêmes n’assumait pas leurs actes. L’interdit ne rendait pas la chose plus excitante, non. Ils étaient tous deux bien trop militaires et conscients de leurs responsabilités pour s’amuser à jouer avec le règlement. Sans parler du risque encouru… Et c’était cela qui l’effrayait le plus. Même si leurs sentiments étaient réciproques, serait-il prêt à tout risquer pour elle ? Devait-elle seulement le lui demander ?

Dans un soupir, elle tenta de se détendre un peu. En vain. Les minutes s’engrenaient et le Briefing prévu à 9h30 allait bientôt commencer. Alors elle le verrait, croiserait son regard… Tout se jouerait à cet instant. Parviendrait-elle à faire comme s’il ne s’était rien passé ? Parviendrait-elle à cacher ses sentiments ?

Lorsqu’il fut 9h25, Sam se décida enfin à se lever et sortit avec l’impression étrange d’aller tout droit à l’échafaud. Elle serra pourtant courageusement les poings, tentant de repousser autant que possible une irrépressible envie de fuir.

Oui, fuir…

Car s’il la repoussait, jamais elle ne pourrait le supporter. Là, au milieu de tous.

Un regard et elle saurait. Un regard et…

Dans un soupir, elle entra dans la salle de Briefing, plus tendue que jamais. Elle savait qu’il ne serait pas là avant quelques minutes encore et la jeune femme partit donc s’asseoir sagement à sa place, non sans un rapide salut vers ses coéquipiers déjà attablés.

Janet pénétra à son tour dans la pièce et vint de suite vers elle. Sam ne s’en aperçut que lorsqu’elle sentit une main se poser sur son épaule.

- Tu vas bien ? demanda le Docteur Frasier. Tu sembles... soucieuse ?

Carter ne put grimacer qu’un sourire tant sa gorge était serrée et vit avec soulagement l’attention de son amie se diriger vers le Général qui sortait de son bureau pour les rejoindre.

- Bonjour, salua-t-il tandis que Sam se redressait.

Après un échange cordial, la jeune femme se rassit et croisa ses mains sur la table, les yeux accrochés à la rampe d’escaliers en face d’elle.

C’est par là qu’il arriverait. C’est par là qu’il arrivait toujours...

Son coeur fit brusquement une embardée lorsqu’un pas précipité et fort reconnaissable lui parvint. Il monta les marches quatre à quatre comme à son habitude mais finit cependant sa course plus lentement tandis qu’il croisait son regard. Ses yeux bruns étaient indéchiffrables mais le fait qu’il les détourne si vite lui brisa le coeur.

Pas un sourire.

Rien.

Les mains douloureusement serrées l’une contre l’autre, elle fixait avec une attention particulière ses jointures devenues blanches, cherchant à se concentrer sur autre chose que la douleur lancinante dans sa poitrine. L’espace d’un instant, elle eut la sensation que tout devenait flou autour d’elle et respira avec effort pour ne pas s’effondrer. Elle se força ainsi à retrouver un semblant de calme et n’écouta que d’une oreille distraite ce qui se disait autour d’elle. C’est lorsqu’elle entendit son nom prononcé plusieurs fois qu’elle réagit.

- Major Carter, vous allez bien ? répéta Janet, la vouvoyant toujours lorsqu’elles n’étaient pas seules toutes les deux.

Sam redressa la tête et vit que tous les regards étaient fixés sur elle. Même « le sien ».

Elle se tourna cependant vers le Docteur Frasier.

- Oui…

Elle se força à sourire mais sut qu’elle n’était pas très convaincante. Comment faisait-il, lui, pour rester si stoïque dans n’importe quelle situation ?

- Ca va... Juste un peu fatiguée.

A ces mots, Janet se tourna vers Jack.

- Et vous Colonel ? Vous avez des difficultés à dormir ?

« Sa » voix s’éleva alors pour la première fois depuis le début du Briefing, l’électrisant de son timbre grave et chaud.

- Non. Je dors très bien.

Elle se permit un coup d’oeil vers lui mais il évitait soigneusement son regard.

Comment pourrait-elle supporter cette indifférence ? songea-t-elle tandis que ses yeux se posaient sur les deux mains de Jack croisées devant lui.

Ces mains qui, quelques heures auparavant l’avaient caressée avec tant de douceur et de fièvre, lui donnant l’impression merveilleuse d’être la femme la plus précieuse et la plus chérie dans l’univers.

Mais maintenant. Plus rien.

***

Le Briefing se termina sans qu’elle sache vraiment quel en avait été le sujet. A peine le Général s’était-il levé, qu’elle en faisait de même et se précipitait hors de la salle. Pour rejoindre son labo, le plus court chemin aurait été de passer par la salle de commande à l’étage plus bas, mais il aurait fallu qu’elle sorte du même côté que « lui » et elle n’en avait pas la force.

Elle évoluait comme dans un brouillard, indifférente aux personnes qu’elle croisait, aux officiers qu’elle aurait du saluer, ou même à ceux moins gradés qu’elle avait ignorés.

Tout avait changé.

Au souvenir de son regard indifférent, la honte la submergea brusquement, l’étouffant presque.

Comment avait-elle pu être aussi stupide ? Certes, elle savait parfaitement qu’il avait des sentiments particuliers pour elle mais son expression neutre lui prouvait qu’il désirait passer à autre chose, qu’il s’agissait d’une erreur. Une erreur qui le dérangeait et qu’il préférait oublier.

Ce fut dans un état proche de la fièvre qu’elle pénétra dans son labo et referma la porte derrière elle. Elle s’y appuya un instant, le souffle court et posa son front brûlant sur le métal de la cloison.

- Carter... murmura alors une voix derrière elle, la faisant sursauter.

Sam se retourna aussitôt et croisa le regard brun de Jack. Il l’avait devancée en passant par la salle de commande.

Figée, la gorge nouée, elle restait immobile, enregistrant malgré elle sa posture nonchalante, appuyé à son bureau, les mains dans les poches.

- ... Il faut qu’on parle, poursuivit-il, la mine sombre.

Parler oui... Parler... mais quoiqu’il dise, elle savait qu’elle allait souffrir. Car ce n’était pas des mots d’amour qu’il allait prononcer, non. Pas avec le regard embarrassé et le visage fermé qu’il affichait.

Dans un suprême effort pour garder le plus de dignité possible, Sam se redressa et retint les larmes qu’elle sentait monter en elle. La jeune femme attendit, immobile qu’il la crucifie sur place.

Mais il se taisait.

Il semblait incapable de prononcer le moindre son.

Il se contentait de la regarder de ses yeux bruns indéchiffrables. Elle le vit déglutir péniblement et se demanda l’espace d’un instant s’il n’hésitait tout simplement pas à mettre un terme à ce qui s’était passé entre eux. Elle sentit alors l’espoir gonfler son coeur, et ouvrit la bouche, prête à se battre... mais il la devança.

- ... Ecoutez... Il vaudrait mieux oublier, Carter...

Elle se figea de nouveau, une douleur sourde naissant de sa poitrine, se répandant en elle comme un poison.

- ... En fait... continua-t-il. On se doit d’oublier.

Voilà... Ce qu’elle avait si longtemps désiré, ce qu’elle avait, par elle ne savait quel miracle, enfin eu, lui était repris. Cet homme devant elle. Cet homme qu’elle aimait par-dessus tout, et qu’elle haïssait à l’instant même... cet homme... jamais plus elle ne pourrait sentir ses mains sur elle. Jamais plus il ne lui sourirait avec cette tendresse particulière. Jamais plus elle ne partagerait quoique ce soit avec lui.

Tout était irrémédiablement gâché.

« Alerte intrusion ! Alerte intrusion! »

L’alarme s’enclencha brusquement, les faisant tous deux sursauter.

Sam mit quelques instants à comprendre ce qui se passait. Elle croisa le regard surpris de Jack puis sans attendre, il lui fit un signe de la main et ils s’engouffrèrent prudemment dans les couloirs en direction de l’armurerie.

La jeune femme tentait de reprendre le contrôle de ses émotions. Elle devait absolument parvenir à entrer en mode militaire. Elle suivait sa haute silhouette, l’esprit encore embrumé, le cœur serré.

Il fallait qu’elle se reprenne. Après… elle aurait tout le temps de pleurer.

Une voix retentit alors à travers les haut-parleurs :

« Ici le Général Hammond. Des Reetous sont encore dans la base et ont pris le niveau 27. Je répète. Des Reetous sont encore dans la base et ont pris le niveau 27. Les niveaux 24 à 26 doivent être évacués de toute urgence. »

A peine le message terminé, Jack se retourna vers son second.

- Rendons-nous invisibles. Autant avoir le même avantage qu’eux.
- Mon Colonel, l’arrêta-t-elle en attrapant son bras avant qu'il ne reparte aussi sec. Je dois retourner à mon labo.

O’Neill jeta un coup œil embarrassé sur sa main agrippée à lui et Sam la retira aussitôt, un pincement au cœur. Si même un geste aussi anodin lui était à présent interdit, comment supporterait-elle cette situation ?

- Pourquoi ? demanda-t-il en reportant son attention sur son visage pâle.
- … J’ai un échantillon de la terre de P8X144 qui permettrait de rendre les Interphases invisibles.
- Très bien. Allez-y, je vous attends là. Mais rendez-vous invisible et dépêchez-vous.

Il la regarda s’éloigner avec appréhension puis finit par soupirer avant de s’élancer à sa suite. Il n’avait aucune envie de la quitter des yeux une seule seconde. Il pénétra dans le labo quelques minutes plus tard et faillit la percuter de plein fouet tandis qu’elle en ressortait.

- On y va, s’exclama-t-il, devançant ainsi toutes les questions qu’elle aurait pu lui poser sur sa présence ici.

Après un trajet sans encombres, ils parvinrent finalement à l’armurerie. Elle avait déjà été délestée de plusieurs armes mais il restait encore quelques Interphases et des radios. Teal’c apparut dans l’embrasure de la porte et s’apprêtait à pénétrer dans la pièce lorsqu’il vit l’arme Tok’ra flotter dans les airs.

- O’Neill ?
- Oui, répondit celui-ci. Je suis avec Carter. On va rendre invisible nos armes.
- Je pourrais également en profiter, proposa le jaffa.

Mais Jack répliqua aussitôt tandis que Sam saupoudrait les deux Interphases des échantillons de terre :

- Non. On ne sait pas encore quels sont les effets sur l’homme à long terme. A priori, il n’y a rien à craindre mais on ne sait jamais.

Les haut-parleurs se mirent de nouveau à grésiller :

« Ici le Général Hammond. Le niveau 28 est sécurisé. Je répète, le niveau 28 est sécurisé. Les niveaux 26, 25 et 24 ont été évacués… »

- Parfait, répliqua Jack. Je m’occupe du niveau 27 et vous deux vous prenez le 26.
- Mon Colonel, intervint la jeune femme en redressant la tête. Nous ne sommes pas obligés de nous séparer. Il est possible que les Reetous soient capables de nous voir, même invisibles. Peut-être tiennent-ils eux aussi ce pouvoir de P8X…
- C’est un ordre, Major, la coupa cependant Jack, le regard froid. Teal’c ? Est-ce que mon arme est invisible ?
- Oui, O’Neill.
- Très bien. On reste en contact.

Et sans même leur laisser le temps de protester, il sortit de l’armurerie.

Sam le regarda partir avec appréhension puis finit par se secouer. En posant une main sur l’épaule de Teal’c, elle l’incita à la suivre et ils rejoignirent la trappe permettant d’aller au 26ème étage par les échelles de secours, les ascenseurs étant désactivés.

Ils étaient encore en pleine ascension lorsque leurs radios se mirent à grésiller.

- Ici Carter, je vous écoute, répondit de suite Sam.
- Je viens d’en avoir un, déclara Jack. Ils ne nous voient pas.
- Très bien.
- Je fais le ménage ici, et je vous rejoins.
- A vos ordres, Mon Colonel.

Il reprit la main, hésitant à rajouter quelque chose mais finalement conclut sèchement :

- Terminé.

Sam soupira puis grimpa les quelques marches qui lui restaient pour arriver à destination. Elle ouvrit précautionneusement la porte métallique puis attendit d’être rejointe par Teal’c pour sortir. Mais le Jaffa avait à peine fait un pas qu’il se trouva sous un feu nourri. Un Reetou les avait certainement entendus à travers la cloison et avait patiemment attendu qu’ils sortent pour agir. Sans perdre une seconde, Sam plongea au sol tout en visant soigneusement. Elle tira dès que la cible fut à portée et l’Alien explosa.

Se redressant doucement, elle balaya le couloir avec son Interphase, prête à faire feu mais ne voyant rien, elle se retourna.

- Teal’c ! s’exclama-t-elle aussitôt affolée.

Le Jaffa était au sol, compressant d’une main son flan gauche. Elle se précipita jusqu’à lui et s’agenouilla.

- Ca va, Major Carter… grogna-t-il en accrochant son regard. La blessure n’est pas grave...

Se relevant d’un geste vif, elle tira comme elle put son ami dans l’angle d’un couloir, à une place stratégique lui permettant de défendre au mieux sa position. Ceci fait, elle actionna sa radio afin de faire crachoter celle de son supérieur, lui signifiant ainsi de façon discrète qu’elle désirait lui parler. Quelques secondes plus tard, la voix de Jack retentit.

- O’Neill.
- Teal’c est blessé, Mon Colonel, mais ce n’est pas trop grave. Je vais faire le tour de l’étage.
- … Très bien, je vous rejoins bientôt. SG3 et 5 s’occupent des étages supérieurs. Pour l’heure, ils n’ont rencontré personne. Les Reetous n’ont pas du dépasser le niveau 26… Faites attention. Terminé.

Sam se tourna vers le Jaffa, puis, après une main sur l’épaule de son ami et un hochement de tête de celui-ci, elle s’élança dans les couloirs. Faisant le moins de bruit possible, elle suivit un itinéraire précis et ferma méthodiquement derrière elle les cloisons de sécurité. Elle s’arrêta cependant tandis qu’un son répétitif et aigu lui parvenait. Serrant son arme dans la main, elle s’avança avec précaution et découvrit un Reetou s’affairant devant une petite console d’origine extraterrestre. Après s’être assurée de n’avoir qu’un Alien à combattre, elle arma et celui-ci fut pulvérisé. Elle s’approcha ensuite de l’engin qui continuait d’émettre un signal bruyant et sentit son cœur se glacer. D’une main fébrile, elle actionna sa radio et, attendant la réponse de son supérieur qui tardait, observa la bombe… Car il s’agissait bien d’une bombe.

Elle l’étudia un instant et l’appareil lui sembla étrangement familier. Ils avaient déjà été confrontés à cette technologie auparavant et pour la désamorcer, il suffisait juste de…

- O’Neill.
- Mon Colonel, j’ai trouvé un engin explosif.
- … De quelle amplitude.
- Assez faible, Monsieur. Ils n’ont pas eu le temps de la charger entièrement. Seule une partie de l’étage devrait être détruite en cas d’explosion. Mais je sais…
- Alors rejoignez-moi, la coupa-t-il de nouveau. Je viens d’arriver près de Teal’c avec une équipe médicale.

Agacée, Sam empoigna rageusement sa radio.

- Mon Colonel, je pense savoir comment désamorcer cette bombe.
- Négatif, répondit-il aussitôt. L’étage a été entièrement évacué. Venez me rejoindre immédiatement.
- Mais…
- C’est un ordre, Major !

La jeune femme refoula la colère qu’elle sentait monter en elle. Une colère beaucoup plus vive qu’à l’ordinaire, lorsque parfois il se montrait aussi intransigeant. Elle était furieuse contre lui, furieuse contre sa lâcheté, furieuse contre son indifférence…
Les poings crispés, elle regardait l’engin en face d’elle. Il lui suffisait juste de faire ça. C’était pourtant pas sorcier !

- … Carter !? s’exclama-t-il à travers la radio puisqu’elle ne répondait toujours pas.

Elle crut percevoir de la panique dans sa voix mais pensa avoir rêvé tandis qu’il poursuivait plus froidement :

- Venez me rejoindre immédiatement, c’est un ordre !

Dans un soupir à la fois douloureux et agacé, elle tendit la main vers l’engin.

*******************


- Carter !! … Bon Dieu ! rugit-il finalement avant de se tourner vers l’équipe médicale. Videz les lieux immédiatement. Ne m’attendez pas.

Et d’un pas pressé, il s’élança dans les couloirs.

Il détestait lorsqu’elle faisait ça. Il détestait lorsqu’elle n’en faisait qu’à sa tête. Non, en fait, ce qu’il détestait, c’était qu’elle mette sa vie en jeu pour rien. Ça oui… Il ne le supportait pas.

La peur au ventre, il ouvrait les cloisons qu’elle avait soigneusement refermées derrière elle, les unes après les autres, désespéré par leurs lenteurs.

Comment en étaient-ils arrivés là tous les deux ? Comment la situation avait-elle pu déraper ainsi ?

Non, en fait, il savait parfaitement à quel moment tout avait basculé pour lui. C’était lorsqu’il l’avait vue, sur le trottoir en face de chez lui, les bras le long du corps, dans une attitude si… désespérée, à la fois perdue et bouleversée. Son cœur. La douleur dans son cœur avait été insupportable.

Alors il était sorti quelques minutes plus tard pour voir si elle était encore là. Il l’avait trouvée un peu plus loin, la tête appuyée contre le volant de sa voiture, en larmes.

Il savait qu’il aurait du la laisser. Il savait parfaitement que la meilleure chose à faire était de lui faire croire qu’il était passé à autre chose mais la voir pleurer… ça… non. C’était quelque chose qu’il ne parvenait pas à gérer.

« Elle n’a pas d’importance. »

Non, elle n’en avait pas… ou si peu comparé à « elle ».

Il avait vu Carter soulagée, l’espace d’un instant, puis la douleur était revenue aussi vite car finalement, rien n’était résolu. Le problème restait le même.

Et c’était bouleversé qu’il était retourné chez lui, auprès de cette femme qu’il n’aimait pas… Mais il n’avait pas fait un pas que déjà il se sentait déchiré. Déchiré entre son devoir et ses sentiments. Le visage de Sam s’imposait à lui inexorablement. Ses yeux noyés, ses joues pâles baignées de larmes, la souffrance dans son regard. Alors prétextant une urgence au SGC, il était parti. Il était parti pour aller chez « elle ». Il avait profité de son nouveau pouvoir pour pénétrer dans sa maison, se rassurant intérieurement en se disant qu’elle ne le saurait jamais ; que finalement, il ne faisait rien d’interdit… puisqu’il n’était pas « vraiment » là.

A peine était-il entré qu’il l’avait vue descendre les escaliers, à peine vêtue d’un tee-shirt et d’un minuscule short. A cet instant précis, il sut qu’il venait de commettre une erreur monumentale. Hypnotisé, avec un sentiment étrange de liberté du à son invisibilité, il l’avait suivie au sous-sol, surpris d’y trouver une salle de sport improvisée. Mais ses pensées, qui avaient pris une tournure déplacée l’instant d’avant, se muèrent rapidement en douleur… la même que celle qui habitait la jeune femme tandis qu’elle s’acharnait sur ce sac de cuir.

Elle souffrait. Ils souffraient tous les deux.

Et lorsqu’elle s’effondra en larmes, rien n’aurait pu l’empêcher de la serrer dans ses bras. Après… ce qui s’était passé…

Comment décrire ce qu’il avait ressenti de pouvoir enfin la toucher, de pouvoir enfin la caresser, la serrer contre lui ?

En fait...

Ils avaient simplement fait l’amour.

Dans un grognement, il tenta de chasser tout ça de ses pensées. Il devait oublier. C’était nécessaire. Oublier qu’il tenait à elle plus qu’à sa propre vie, oublier qu’il était un homme. C’était le militaire dont ils avaient tous besoin. C’était le militaire dont la vie était importante. Mais était-ce vraiment le soldat qui courait à perdre haleine à cet instant précis ? Etait-ce lui dont le coeur cognait à se rompre dans sa poitrine à la simple crainte d’arriver trop tard ? C’était le militaire ou l’homme ? Cherchait-il à sauver son second ou la femme qu’il aimait ?

Lorsqu’enfin se découpa la silhouette de la jeune femme devant lui à quelques mètres seulement, il sentit la terreur qui le déchirait se transformer en une rage aveugle. Indifférent au sourire accueillant de son second, il fondit sur elle et lui empoigna les épaules avant de la secouer violemment.

- Je vous avais donné un ordre, Carter !! s’écria-t-il les yeux exorbités, insensible à la peur qu’il pouvait lire dans le regard de Sam.

Elle tenta de le repousser et se débattit comme elle put en grimaçant sous sa poigne. La douleur qu’il vit sur son visage le calma un peu et il desserra son étreinte mais sans pour autant la lâcher. La respiration courte, Jack déglutit péniblement partagé entre sa fureur et le soulagement. Consciente d’être en tort, la jeune femme balbutia :

- Je... J’ai désamorcé la bombe, Monsieur. C’était très simple. La base ne risquait rien...
- Je me contrefous de la base ! la coupa-t-il cependant avant de s’arrêter, abasourdi par ces propres paroles.

Carter aussi le fixait avec incrédulité. Ils restèrent ainsi, le regard accroché l’un à l’autre, bouleversés... puis Jack, reprenant ses esprits, finit par baisser la tête et se redressa en la relâchant.

- Ne vous avisez plus de me désobéir, dit-il, glacial.

La jeune femme, profondément troublée, ne put qu’acquiescer. Elle croisa de nouveau son regard. Il avait retrouvé son sang froid et pourtant, il y avait quelque chose au fond de ses yeux. Quelque chose qu’il ne parvenait pas à masquer totalement. Le coeur serré, elle le regarda cependant se détourner et enclencher sa radio.

- Ici O’Neill. Le niveau 26 est sécurisé.

*************************


Sam entra chez elle, le ventre noué. Il ne lui avait plus adressé la parole de toute la journée. A peine un regard, pas un seul sourire. Rien. Elle avait tenté de se changer les idées en se plongeant dans ses recherches afin de trouver un moyen de signaler leur invisibilité... en vain. Elle revoyait la rage dans son regard puis l’incrédulité lorsqu’il avait prononcé ces mots :

« Je me contrefous de la base ! »

C’était pour elle seule qu’il avait eu peur. C’était pour elle qu’il avait risqué sa vie en allant la rejoindre.

Alors elle se laissait envahir par les souvenirs de cette nuit. Cette fameuse nuit qu’elle ne pourrait jamais oublier. Comment avait-il pu d’ailleurs le lui demander ? Comment avait-il pu croire qu’elle pourrait chasser tout ça de sa mémoire ?

Et, l’esprit embrouillé, finalement incapable de se concentrer sur son travail, elle avait décidé de rentrer.

D’un geste machinal, elle monta les marches menant à sa chambre pour se changer et ne reprit ses esprits qu’en regardant le lit qu’elle n’avait pas eu le temps de faire le matin même.

Il y a à peine treize heures, il était là, avec elle et lui faisait l’amour.

Une vague de désir déferla brutalement en elle et Sam ferma les yeux afin de supporter ce trop plein d’émotion. Tremblante, elle finit cependant par se ressaisir, le coeur serré, broyé par la terreur de ne plus jamais revivre ça.

Dans un soupir, elle se secoua mentalement et laissa l’habitude prendre le dessus.

Elle se changea et redescendit au rez-de-chaussée, gardant le lit tel quel. Incapable de manger quoique ce soit, elle s’assit sur le canapé et attendit.

Elle n’avait envie de rien. Son corps lui semblait trop lourd, pesant et paradoxalement vide de toute énergie. Sam regardait les minutes s’engrener dans une lenteur accablante.

20h54 ; 21h32 ; 22h45 ; 23h52...

Lorsqu’elle reprit conscience, elle était toujours immobile sur le canapé.

Il n’était pas venu.

Il n’était pas revenu.

Dans un état second, elle parvint à se lever et monta les quelques marches la séparant de sa chambre. Elle se déshabilla totalement, abandonnant ses vêtements au milieu de la pièce, et se laissa choir sur le lit, s’enroulant dans les draps à la recherche de son odeur. Mais il n’était pas resté suffisamment longtemps pour que son parfum s’imprègne dans le tissu.

Des larmes de frustration la submergèrent et elle pleura silencieusement, le visage caché dans l’oreiller, tentant de soulager son coeur trop lourd.

Peu à peu, elle se sentit partir, vaincue par la fatigue et ne réalisa sa présence que lorsque ses mains chaudes virent caresser sa peau. Une bouffée de chaleur la submergea brusquement et l’éveilla complètement, lui faisant tourner la tête. Elle ouvrit les yeux mais son regard ne rencontra que le vide et pourtant... il était là. C’était ses mains sur elle, ses lèvres sur son épaule, son souffle sur sa peau. Elle l’attira à elle avec fièvre, soupirant de plaisir lorsque son corps nu rencontra le sien.

Voilà. C’était ça, le bonheur. C’était lui.

Elle sentit avec délice sa bouche rejoindre la sienne, l’embrassant avec passion, la caressant avec une tendresse bouleversante. Puis son souffle glissa sur sa joue, se rapprochant de son oreille.

- Sam, murmura-t-il dans un soupir à faire chavirer son coeur.

Alors elle le serra contre elle avec une ardeur désespérée. Elle voulait rester comme ça, contre lui, pour toujours.

********************


Lorsqu’elle s’éveilla le lendemain matin, il était parti. Epuisée par les évènements de ces derniers jours et un manque de sommeil qu’elle ne regrettait pas, elle avait sombré tard dans la nuit pour ne revenir à elle qu’à la sonnerie de son radioréveil.

Sam s’étira lentement, délicieusement fourbue, avant de se redresser finalement avec appréhension.

Non, se rassura-t-elle cependant. Après la nuit qu’ils venaient de passer, il ne pouvait pas nier ou faire comme si rien n’était arrivé. Ce n’était plus un accident.

Et pourtant, il était parti sans un mot. Et encore une fois, ils n’avaient rien dit... rien échangé.

« Sam... »

Si. Il avait murmuré son prénom de sa voix rauque, songea-t-elle tandis que résonnaient en elle les soupirs de plaisir qui s’étaient échappés de ses lèvres dévorantes.

Comment pourrait-elle jamais s’en lasser ?

D’un mouvement vif, elle se leva et se prépara en vitesse. Son repas remontait à hier matin mais elle avait l’estomac encore trop noué pour pouvoir avaler quoique ce soit, aussi partit-elle directement pour la base sans avoir déjeuné.

Lorsqu’elle pénétra dans son labo, il était presque neuf heures. Comme ils n’étaient pas de garde, leurs horaires étaient assez souples.

Dans un soupir, elle se tourna vers ses travaux qui l’attendaient patiemment sur son bureau, sans la moindre envie de s’y atteler cependant. Elle tenta pourtant de se concentrer, relisant les notes qu’elle avait prises la veille... songeant qu’elle devrait recommencer à zéro tant ce qui était inscrit sur ces feuilles n’avait aucun sens.

C’est en reconnaissant son pas si caractéristique qu’elle réalisa n’avoir attendu que ça depuis son arrivée. Elle redressa vivement la tête à l’instant où il pénétrait dans son labo et leurs regards s’accrochèrent.

Le poids qu’elle avait sur le coeur s’évapora aussitôt. Le souffle court, elle se sentit rougir sous ses yeux doux, caressants et un sourire timide naquit sur leurs lèvres. Sam le regarda enfoncer ses mains dans les poches de son pantalon tandis qu’il s’approchait un peu plus d’elle et s’arrêtait devant son bureau.

- Bonjour, dit-il doucement.
- Bonjour...

Le sourire de la jeune femme s’accentua tandis qu’ils restaient silencieux, sans se quitter des yeux. Son cœur faisait un bruit assourdissant dans sa poitrine.

- Bien dormi ? demanda-t-il finalement, une lueur complice dans le regard qui la bouleversa.

Il était différent. Son regard était différent. Plus intime, plus... personnel. La gorge nouée par l’émotion, elle se contenta donc d’acquiescer et le sourire de Jack s’élargit devant le visage délicieusement troublé de la jeune femme.

- Vous avez pris votre petit-déjeuner ?
- ... Non, parvint-elle à murmurer après s’être éclaircie la gorge.
- Les garçons sont au mess. Vous venez ?

Elle répondit de nouveau d’un hochement de la tête et se leva afin de le rejoindre. Lorsqu’elle fut près de lui, ils se sourirent et l’espace d’un instant, leurs mains se frôlèrent.

***

Jack avait l’impression étrange de flotter hors de son corps. Cela faisait des années qu’il ne s’était pas senti aussi… apaisé.

Avançant dans le couloir en direction du mess, il tourna légèrement la tête vers sa droite et observa le profil fin de la jeune femme. Celle-ci esquissa un sourire, sentant certainement son regard sur elle.

Oui, il était heureux. Heureux comme il ne l’avait plus été depuis une éternité, lui semblait-il. Et pourtant, il avait lutté comme un acharné contre ce bonheur. Est-ce que ce n’était pas complètement insensé ?

Toute la journée d’hier, après l’attaque avortée des Reetous, il avait tenté de chasser de son esprit ce que son cœur n’avait pu contenir…

« Je me contrefous de la base ! »


C’était l’homme qui avait couru pour la rejoindre. C’était l’homme qui avait cru mourir de terreur à l’idée d’arriver trop tard…

Bien sûr, il ne se contrefoutait pas de la base, ni de son devoir. Il restait un militaire conscient de ses responsabilités mais… sur le moment, même s’il arrivait trop tard, il n’avait espéré qu’une chose… être avec elle si ça tournait mal. Après tout, rien n’avait changé depuis le fameux test. Ou plutôt si, c’était encore pire.

Il était donc rentré chez lui avec le sentiment d’être à un carrefour de sa vie et ce fut avec soulagement qu’il avait regardé Amy partir après avoir rompu avec elle.

Le reste de la soirée, il l’avait passé sur le canapé à essayer de réfréner son envie désespérée d’aller chez « elle », de la rejoindre. Il tentait de trouver des arguments de poids afin d’étouffer ce désir, ce besoin d’elle. Et il n’en manquait pas, hélas. Des arguments imparables… Et pourtant il ne parvenait pas à couper court à ses pensées et inexorablement l’image de la jeune femme venait s’imposer à son esprit. Après ce qu’ils avaient partagé, il était bien naïf de croire qu’il pourrait oublier.

Alors il céda.

Il pouvait résister à tout. Toutes les tortures, toutes les pressions… Mais pas à « elle ». Et lorsqu’enfin, sa décision fut prise, lorsqu’enfin il fut prêt à assumer ses sentiments, la douleur dans sa poitrine disparût brusquement. Une partie de lui, sa raison certainement, lui hurla qu’il était faible, qu’il avait tort, qu’il risquait de tout perdre en acceptant ça… mais il ne mit que quelques secondes à étouffer ces dernières protestations.

Finalement, il s’était relevé et avait foncé sur ses clefs de voiture. A peine conscient de l’heure tardive, il avait fait le trajet dans un état second, le cœur cognant à se rompre dans sa poitrine. Il ne s’était pas senti aussi euphorique depuis… En fait, il ne s’était jamais senti aussi euphorique.

Il eut cependant la présence d’esprit de se garer discrètement à quelques pâtés de maison avant de se rendre invisible. Il fit les derniers pas en courant et appuya sur la poignet de la porte machinalement, avant de plonger la main dans sa poche pour prendre de quoi crocheter la serrure. Mais il se figea brusquement. Ce n’était pas fermé…

Un sourire vint étirer ses lèvres en songeant qu’elle attendait peut-être sa venue… ou tout du moins qu’elle l’espérait. En y repensant, il n’avait pas vraiment envisagé la possibilité qu’elle le repousse. Il avait bien senti qu’elle avait été profondément blessée par sa froideur et sa fausse indifférence et finalement, elle avait de bonnes raisons de lui en vouloir.

Il monta donc les marches menant à sa chambre avec une appréhension soudaine. Un peu surpris par le silence régnant dans la maison, il regarda machinalement le radioréveil sur la petite table basse près du lit et haussa les sourcils en constatant qu’il était déjà une heure moins le quart. Les rideaux n’étant pas tirés, la chambre était baignée par la lumière de la lune et soudain intimidé par la beauté de la jeune femme, il hésita un instant. Il s’approcha un peu plus et découvrit une tâche sombre sur l’oreiller de la jeune femme… Elle avait pleuré.

Le cœur serré, bouleversé, il ôta silencieusement ses vêtements qui rejoignirent ceux de la jeune femme par terre et se glissa doucement sous les draps. Il avança ses mains tremblantes, effleurant sa peau, embrassant l’épaule nue dépassant des couvertures mais se figea cependant tandis qu’elle se tournait vers lui. Il sentit alors ses bras fins l’enlacer pour l’attirer à elle dans un soupir de plaisir et Jack répondit à son étreinte avec fièvre.

Jamais plus il ne pourrait se passer d’elle. Jamais plus.

« Sam… »

C’est dans cet état d’esprit qu’il parvint jusqu’au mess et s’assit à côté de ses amis. Il tentait autant que possible d’éviter de se tourner vers la jeune femme. S’il n’avait tenu qu’à lui, il ne l’aurait pas lâché des yeux une seconde. Il avait l'impression d'être redevenu un adolescent, le cœur cognant à se rompre dès qu’il croisait son regard bleu, se sentant fondre littéralement dès qu’elle lui souriait. Bien sûr, tout ça n’était pas nouveau mais tout était différent maintenant. Il y avait un message derrière le moindre de ces gestes, des sentiments enfin dévoilés.

Dans le même état d’euphorie que la veille au soir, Jack discutait avec Daniel… ou plutôt se disputait avec Daniel, le taquinant avec une attention particulière. A tel point finalement que le jeune homme, mi-agacé mi-amusé, finit par lui en faire la remarque.

- Je vous trouve bien en forme aujourd’hui, grogna-t-il en le regardant de travers.

Jack ne put retenir un sourire, évitant cependant soigneusement de jeter un œil vers la jeune femme assise en face de lui.

- Vraiment ?
- Oui… Un peu trop d’ailleurs, continua Daniel, blasé. Vous nous cachez quelque chose ?

Un peu irrité que Jackson ait pu le percer à jour en si peu de temps, O’Neill se racla la gorge avant de répondre.

- Rien de particulier… dit-il, gêné par le regard soudain perçant du Jaffa. J’ai juste passé une bonne nuit.

Evidemment, ce sous-entendu était uniquement adressé à Sam. Il vit cependant Teal’c hausser un sourcil interrogateur, puis se tourner vers la jeune femme, scrutant son visage on ne peut plus épanoui.

- Je suis très heureux pour vous, O’Neill, déclara-t-il finalement à la surprise générale.

Ok, il était perspicace… mais quand même pas à ce point-là… Si ?

- Moi aussi, répliqua alors Carter, lui donnant ainsi une excuse pour se tourner vers elle et croiser son regard pétillant.

Ils se sourirent avant de se détourner vivement. De tels échanges prolongés n’étaient pas la meilleure façon de passer inaperçus.

Devant la mine réjouie de son entourage, Daniel finit par froncer les sourcils, perplexe.

- Il y a un truc que je sais pas ?

Puis devant le sourire complice des trois autres membres de l’équipe, il se rejeta sur sa chaise.

- Non, sans rire ! Dites-moi !

*****************

La journée s’écoula doucement. Sam avait toutes les difficultés du monde à rester concentrée et passait plus de temps à essayer de reconnaître « son » pas à chaque fois qu’une personne passait dans le couloir qu’à travailler. Et lorsqu’elle l’entendait, les battements de son cœur s’affolaient irrémédiablement. Il était passé à de nombreuses reprises, soit pour lui signaler que Daniel avait malencontreusement perdu ses lunettes… lunettes qu’elle pouvait parfaitement percevoir dans la poche avant de sa veste de treillis… soit qu’un drame avait eu lieu à la cafétéria. En effet, quelqu’un avait fait tomber par terre le dernier gâteau au chocolat que le cuisto avait eu la gentillesse de mettre de côté pour lui.

Bref, rien de personnel. Rien de bien nouveau. Juste de quoi la faire rire, elle. Mais son regard avait changé. Sa façon de la dévisager. Même son sourire était devenu plus taquin, parfois même séducteur. Oui, c’était le mot adéquat. Séducteur… Car il cherchait à la séduire. Tout simplement.

C’était une étape par laquelle ils n’avaient pu passer et il semblait vouloir y remédier. Inutile de dire combien elle en était heureuse : Jack O’Neill tentant de la conquérir… Certes, c’était gagné d’avance, les dés étaient pipés mais… quel plaisir de le sentir si attentif, si caressant. C’était un autre homme. Une partie de lui qu’il ne devait dévoiler que très rarement. Elle se sentait donc particulière… à ses yeux. Et c’était un sentiment qui la comblait.

Il était près de 18 heures lorsqu’il réapparut. Il s’approcha doucement de son bureau, les mains dans ses poches, un sourire aux lèvres.

- Ca avance ? demanda-t-il doucement en indiquant du menton ses recherches.
- Pas vraiment… répondit-elle en lui rendant son sourire. Comment dire ?… J’ai des difficultés à me concentrer, aujourd’hui.
- Vraiment ?

Son regard pétillait, heureux de la savoir aussi troublée que lui. Ils restèrent silencieux un instant, les yeux dans les yeux, puis Jack souleva quelques feuilles sur son bureau d’un geste machinal.

- Et… vous faites quoi ce soir ?

Son pouls s’accéléra passablement et Sam dut se faire violence pour permettre à sa voix de ne pas trembler.

- Rien… M’ennuyer, j’imagine… Et vous ?
- M’ennuyer aussi… j’espère, rajouta-t-il avec un regard significatif.

La jeune femme ne put contenir un léger rire devant l’expression presque implorante de son visage.

- Après tout, c’est bien de s’ennuyer, poursuivit-il. C’est agréable parfois… Non ?
- Très, répondit-elle en se mordant involontairement la lèvre inférieure.

A ce geste, elle sentit aussitôt le regard de Jack converger vers sa bouche et ses yeux devenir plus sombres que jamais. Un violent frisson la traversa de part en part et la fit soupirer de frustration.

- Vous pensez… reprit-il avant de s’arrêter en jetant un œil navré vers la caméra.

Qui avait eu la bonne idée de mettre ces satanés micros dessus ? se demanda-t-il agacé.

Après un regard entendu vers la jeune femme, il attrapa un stylo qui traînait sur le bureau et griffonna rapidement quelques mots sur une feuille. Amusée, Sam la lui prit des mains lorsqu’il eut terminé.

« Va falloir convenir d’un code !! »

Riant de nouveau, elle leva les yeux vers lui et il lui reprit le morceau de papier pour y inscrire autre chose.

« 21h ? »



Comment quatre petits signes sur un morceau de papier pouvaient causer un tel trouble ? Comment expliquer le bouleversement intérieur, la fièvre soudaine qui s’empara d’elle à la simple idée qu’à 21h, ils seraient seuls, tous les deux… ?

Elle acquiesça machinalement, la gorge sèche, tout en priant intérieurement que son cœur tienne jusque là.

***********************


Sam était rentrée tôt, ne sachant trop quoi prévoir.

Un dîner ? Oui, pourquoi pas… Un dîner, ça semblait la meilleure chose à faire et pourtant… Elle avait autre chose en tête. Pour tout dire même, elle se sentait incapable de faire quoi que ce soit tant son cœur battait vite et son désir de lui était grand. Finalement, après s’être préparé rapidement, jetant son dévolu sur une tenue simple, décontractée mais un minimum sexy, elle se planta dans la cuisine cherchant désespérément un moyen de cuisiner quelque chose de comestible, compte tenue de son agitation actuelle.
Elle avait mis une musique douce, essayant comme elle le pouvait un moyen de se détendre, en vain. Elle ne cessait de jeter des coups d’œil fébriles vers la pendule au-dessus de l’évier, comptant les minutes avant son arrivée.

Plus qu’une petite demi-heure, songea-t-elle en soupirant, essayant d’apaiser la tension qui l’habitait.

Quelle ne fut donc pas sa surprise d’entendre brusquement des pas, « son » pas, derrière elle. Très vite, des bras forts et désespérément invisibles vinrent l’enlacer et un souffle chaud lui chatouilla la joue.

- Je ne pouvais plus attendre, murmura-t-il doucement à son oreille avant de glisser ses lèvres brûlantes sur son cou.

Elle ferma aussitôt les yeux, envahie par une myriade de sensations grisantes, et inclina la tête en arrière pour lui faciliter cette caresse.

Le dîner n’était finalement pas une très bonne idée…

Comme s’il lisait dans ses pensées, Jack prit sa main dans la sienne, et ils montèrent tous deux jusqu’à la chambre. Cela faisait trop longtemps qu’ils avaient envie l’un de l’autre, trop d’années à imaginer sans pouvoir satisfaire leurs désirs. Ils parleraient plus tard… ils en auraient tout le temps… après…

***

Haut… Bas… Haut… Bas… Haut… Bas…

Sam, la tête posée sur le torse de son amant, se laissait porter par sa respiration calme et apaisante. C’était parfait… « Il » était parfait. Parfait pour elle.

- … Pourquoi ne veux-tu pas me voir ? demanda-t-il alors, la faisant brusquement redescendre sur Terre.

La jeune femme sentit son cœur se serrer face à l’inquiétude qu’elle perçut dans sa voix. Que répondre à cela ? Bien sûr qu’elle voulait le voir. Elle se faisait même violence pour ne pas se rendre invisible.

- Peut-être ai-je ainsi l’impression de… de ne pas totalement enfreindre le règlement…

Un silence accueillit cette confidence aussi demanda-t-elle à son tour :

- Et toi ? Pourquoi ne te montres-tu pas ?

Elle l’entendit sourire et la tension qui avait pris possession d’elle se dissipa. Il ne lui en voulait pas.

- Parce que je ne suis pas censé être là… à enfreindre le règlement…

Sam rit doucement, se serrant un peu plus contre lui. Ils étaient pareils, finalement. Militaire avant tout, ils n’assumaient pas totalement leurs actes et dans un sens, c’était rassurant.

Jack la fit glisser à ses côtés et l’incita doucement à le lâcher. Il s’écarta d’elle sans pour autant s’en aller, cependant.

- J’aimerais que tu me regardes.

La jeune femme sentit son cœur s’affoler un instant tandis que ses yeux ne rencontraient qu’un vide à l’endroit où il se trouvait. Comprenant que c’était important pour lui, elle ferma les paupières et se concentra.

Lorsqu’elle les rouvrit lentement, Sam plongea aussitôt son regard dans le sien, le corps secoué d’un violent frisson. Il était allongé sur le flan gauche, la tête reposant sur sa paume, un sourire sur les lèvres… Le drap recouvrait ses reins mais dévoilait son torse bronzé et terriblement attirant. Il était magnifique, d’une virilité enivrante… C’était une chose de l’imaginer… C’en était une autre de le voir.

Mue par une soudaine impulsion, elle s’approcha de lui et prit sa bouche avec fièvre, le faisant basculer sous elle. Elle sentit son sourire sous ses lèvres tandis que ses mains emprisonnaient déjà ses hanches pour la maintenir contre lui.

- J’ai dit de me regarder… Pas de me sauter dessus, Major ! s’exclama-t-il en riant franchement devant sa fougue.

Sam se redressa alors, le regard pétillant.

- A vos ordres, mon Colonel… susurra-t-elle donc, un sourire coquin sur les lèvres.

Elle se tint donc au-dessus de lui, le dévorant des yeux sans la moindre gêne, attentive au moindre détail. Peu à peu, elle sentit la respiration de son compagnon se faire plus rapide et son sourire s’accentua. Lorsqu’il voulut l’attirer à lui, elle s’écarta, la mine innocente.

- Vous m’avez dit de regarder, Monsieur !
- Les ordres ont changé, grogna-t-il la faisant brusquement basculer sous lui.

Un léger bruit, pourtant anodin, les fit se redresser de concert. Entrant en mode militaire en quelques secondes à peine, Jack s’écarta de la jeune femme qui, redevenant visible, se jeta sur le tiroir de sa table de chevet pour en sortir un pistolet.

Ils se levèrent tous deux, se vêtirent en quatrième vitesse et eurent à peine le temps de se mettre à couvert que des hommes en tenues d’assaut pénétraient la chambre.

Devinant son supérieur près de la porte d’entrée, elle braqua son arme vers les intrus, glaciale. Ceux-ci se figèrent aussitôt et cependant balayèrent la pièce du regard.

- Major Carter, commença l’un d’entre eux, le plus gradé certainement. Police militaire. Vous êtes en état d’arrestation.

Sans baisser le bras, la jeune femme sentit cependant son estomac se nouer.

- Et pour quels motifs ?
- Non respect de l’article 134 de l’US Air Force.

Sam serra les dents et abaissa enfin son arme.

- Où est le Colonel O’Neill, Major ? continua l’homme d’une voix tranchante.
- Le Colonel O’Neill ? répéta la jeune femme avec un peu plus d’assurance. Je ne vois pas ce qu’il ferait chez moi !
- Nous avons des preuves de sa présence ici alors ne nous forcez pas à le chercher.
- Mais je vous en prie… Faites, répondit-elle en levant les bras.

Tandis que des hommes venaient lui prendre son arme, d’autres commencèrent à fouiller la maison de la cave aux greniers. En vain. Finalement, ils la menèrent jusqu’à un van situé à l’extérieur et ils prirent tous la direction de la base.

**************************


Sam avait été enfermée dans une cellule du SGC par des soldats qui affichaient une mine désolée. Elle parvint à leur sourire malgré l’étau qui enserrait son cœur.

Qu’allait-il se passer ?

Ils n’avaient pas réussi à trouver le Colonel, ils n’avaient donc finalement aucune véritable preuve de sa présence chez elle… A moins que… A moins que sa maison n’ait été sur écoute… Mais si cela avait été le cas, pourquoi n’étaient-ils pas intervenus plus tôt ?

Tout simplement parce que jusqu’ici, ils n’avaient rien dit… réalisa-t-elle en fermant les yeux. Ils ne s’étaient pas parlés…

Un grincement métallique lui fit redresser la tête et elle croisa le regard tendu du Général Hammond. Sam se leva aussitôt au garde à vous.

- Repos, Major… soupira-t-il après que la porte se soit refermée derrière lui.

Ils restèrent un court instant à se regarder en silence puis il sortit la main de sa poche, un dictaphone entre ses doigts.

- Vous vous doutez de ce que c’est ?

Carter acquiesça.

- En effet, Mon Général.
- J’attends vos explications.

La jeune femme cilla à peine, les poings crispés.

- Tout d’abord, j’aimerais savoir de quel droit ma maison a été mise sur écoute.
- Je n’étais pas au courant, Major.
- Je m’en doute, Monsieur.

Hammond passa une main nerveuse sur son menton avant de reporter son attention sur le visage pâle de Sam.

- Je viens d’apprendre qu’il y avait une enquête en cours sur le Colonel O’Neill et vous depuis quelques mois déjà. Je ne sais pas qui en a fait la demande mais vous vous doutez que ça arrangerait beaucoup de monde que SG1 soit démantelée et remplacée.

Il avait dit ces derniers mots avec une pointe d’accusation et la jeune femme baissa piteusement la tête.

C’est vrai, Jack et elle avaient été égoïstes. Ils savaient tous deux mieux que quiconque l’importance de ne laisser à leurs ennemis aucun moyen de nuire au SGC.

Mais eux dans tout ça ?

Sam ne savait plus quoi penser. Elle était dans un état de fébrilité extrême et cherchait par tous les moyens à se calmer. Calmer la rage et le sentiment d’injustice que cette situation avait engendrés en elle.

La veille encore, jamais elle ne s’était sentie aussi heureuse de toute sa vie. Tout lui semblait parfait. Et ils le méritaient. Ils méritaient d’être heureux, non ? Après tout ce qu’ils avaient fait. N’était-ce pas trop demander que de pouvoir enfin être récompensés d’une façon ou d’une autre ?

Mais non. Des personnes avaient estimé qu’ils ne méritaient rien, qu’ils n’avaient droit à rien. Des personnes dans l’ombre, qu’elle ne verrait certainement jamais.

Comme s’il lisait dans ses pensées, Hammond soupira.

- Je ne vous fais aucun reproche, Major… mais… il y avait d’autres moyens.

Sam acquiesça, troublée de voir son supérieur si conciliant.

- Je sais. C’est que… Ce n’était pas prémédité, Monsieur. Nous n’avons pas eu le temps d’y réfléchir.

Hammond inclina la tête et un nouveau silence s’instaura.

- Mon Général… qu’ont-ils contre nous, exactement ?
- Uniquement l’enregistrement.
- Est-ce suffisant pour nous inculper ? Un enregistrement n’est pas valable…
- Nous sommes dans l’armée, Major, lui rappela-t-il cependant. C’est tout à fait valable. Sans parler de l’enregistrement lors de l’attaque des Reetous.

Sam blêmit.

- Je vous demande pardon ?
- Ils ont fouillé dans les vidéos du SGC afin de récolter d’autres preuves et n’ont pas du aller bien loin.

« Je me contrefous de la base ! »

Cette phrase résonnait dans sa tête et Sam ferma les yeux un instant. Jack ne le pensait pas. Il ne s’en fichait pas ! C’était la peur qui l’avait fait parler ainsi. Comment pouvait-on le lui reprocher ?

Furieuse et désespérée, la jeune femme sentait son corps se tendre. Elle ne supportait pas de se sentir si impuissante.

Soudain, quelqu’un vint frapper à la porte et un Airman pénétra dans la cellule.

- Mon Général. Le Colonel O’Neill vient d’arriver et a été placé dans la cellule 17.
- Très bien.

Hammond se tourna vers Sam tandis que la porte se refermait.

- Je vais essayer de trouver une solution, Major.

Le regard de la jeune femme s’adoucit.

- Merci, Monsieur.

************************


Lorsque le Général pénétra dans la cellule de Jack, celui-ci faisait les cents pas. Il s’arrêta aussitôt et se mit au garde à vous, le visage plus indéchiffrable que jamais.

- Repos.
- Vous avez vu Carter, Monsieur ? le coupa-t-il aussitôt.
- Oui. Elle va bien.

O’Neill acquiesça un peu plus détendu.

- Qu’est-ce qui se passe ? demanda-t-il finalement.

Hammond le mit au courant des preuves et risques encourus. Deux ans de prison, dégradation puis renvoi de l’armée. **

- Ca sent Kinsey à plein nez, grogna Jack avant de se tourner vers son supérieur. Ecoutez, Monsieur. Je suis prêt à prendre l’entière responsabilité de ce qui s’est passé.
- Vous n’êtes pas seul dans cette histoire, Colonel. Que vous le vouliez ou non, le Major Carter est passible de la même peine que vous.

Mais Jack balaya ces protestations d’un signe agacé de la main.

- Peu importe. Il me suffit de dire que j’ai abusé de la situation, qu’elle n’était pas consentante. Il y a forcément un moyen de réduire les accusations à son encontre.
- Et par là même renforcer les vôtres… Jack, vous savez parfaitement qu’elle refusera.
- Je me charge de la convaincre, Mon Général. J’aurais juste besoin de lui parler.

Un silence accueillit ces paroles. Hammond observait le visage résolu de son second. Que pouvait-il faire ?

- L’enregistrement prouvera qu’elle était loin de ne pas être consentante, répliqua cependant ce dernier.
- C’est moi qu’ils veulent et vous le savez parfaitement, répondit Jack durement. Si Kinsey est derrière, et ça ne fait pas l’ombre d’un doute, c’est ma tête qu’il souhaite faire tomber. Entre deux ans pour nous deux et dix ans pour moi seul, je sais déjà ce qu’il choisira. Si j’accepte de faire une déposition, il fera disparaître les preuves contre Carter.

Hammond soupira bruyamment, agacé.

- Vous divaguez, Colonel. Le Major Carter n’acceptera jamais ça.
- Laissez moi lui parler, Mon Général, répéta Jack aussitôt. Je lui ferai entendre raison.

Les deux hommes s’observèrent en silence puis le commandant du SGC finit par acquiescer.

- Dans vingt minutes, les gardes en faction devant vos deux cellules partiront. Vous aurez dix minutes, pas une de plus.
- Les caméras ?
- Je m’en occupe.

Jack regarda son supérieur, reconnaissant.

- … Merci Monsieur.

*****************

Comme convenu, vingt minutes plus tard, Jack, devenu invisible pour plus de sûreté, n’eut aucune difficulté à ouvrir la porte déverrouillée de sa cellule et s’élança dans les couloirs. Lorsqu’il pénétra dans celle de Sam, la jeune femme sursauta à peine. Elle se rendit à son tour invisible et croisa le regard brun de son supérieur.

Ils s’observèrent un instant, la même crainte au fond des yeux… celle que l’autre regrette, tout simplement. Mais ne voyant rien de tel, ils finirent par se sourire timidement, soulagés.

- Les caméras, murmura-t-elle, inquiète.
- Elles sont désactivées, lui répondit distinctement Jack en s’approchant d’elle. Les micros aussi.

Il s’arrêta à quelques centimètres d’elle, hésitant, puis finit par combler le vide les séparant l’un de l’autre et la prit doucement dans ses bras. Elle se laissa faire, les yeux embués par l’émotion. Au-delà du drame qui les frappait, avoir passé tant d’années à le savoir à la fois si près et si loin d’elle, rendait bouleversante ce genre de démonstration. Elle se serra contre lui avec force, humant sans réserve son parfum, enfouissant inlassablement ses doigts dans ses cheveux.

Pourquoi ? Pourquoi ne pouvait-elle avoir le seul homme qu’elle désirait ? Pourquoi lui était-ce interdit ?
Lorsqu’elle sentit qu’il relâchait son étreinte, elle en fit de même, le cœur serré. Elle croisa de nouveau son regard et sourit bravement devant sa mine encourageante.

- J’ai trouvé une solution.

Sam haussa les sourcils avec incrédulité, l’espoir lui brûlant soudain l’estomac.

- Laquelle ? demanda-t-elle fébrile.

Devant le ton enjoué, Jack ne put réprimer une grimace, anticipant déjà les protestations de la jeune femme.

- Je vais… faire une déposition expliquant que tu n’es en rien responsable de ce qui est arrivé et… et assumer toutes les accusations en… en…

Mais sa voix finit par s’éteindre devant le regard devenu glacial de sa compagne.

- C’est une plaisanterie ? répliqua-t-elle finalement.

Jack soupira.

- Ecoute Sam…
- Non ! le coupa-t-elle cependant. Il est hors de question que je te laisse assumer ça tout seul ! Pour qui me prends-tu ?!
- Pour une femme intelligente ! s’exclama-t-il à son tour. Tu as une carrière toute tracée, le projet a besoin de toi !

La jeune femme balaya cette remarque de la main.

- Mais de toi aussi ! Je ne suis pas plus indispensable que toi !
- Bien sûr que si ! répliqua-t-il aussitôt sèchement. Je ne suis qu’un vieux militaire à quelques années de la retraite, Sam. Des officiers compétents, il y en a plein. Toi en revanche, tu es la meilleure experte qui existe sur cette fichue planète. Tu es irremplaçable.

Elle le regarda un instant, éberluée, avant de secouer la tête.

- Est-ce que tu crois vraiment ce que tu viens de dire ? Tu crois vraiment que n’importe qui peut prendre ta place ?… Jack ! Si Thor lui-même a tant confiance en toi, et en toi uniquement, c’est qu’il a senti que tu étais différent ! Comment peux-tu penser un seul instant que le SGC puisse se passer de toi ?

O’Neill se figea, quelque peu surpris par ces propos. En fait… il n’avait pas du tout envisagé les choses de cette façon…

Jusqu’ici, Jack n’avait jamais vraiment compris pourquoi Thor l’avait pris en « affection ». Il avait cependant fini par émettre une hypothèse, la plus plausible selon lui : étant le leader de la première équipe représentante de la Terre ayant été en contact avec l’Asgard, O’Neill en était naturellement devenu le porte-parole. Tout simplement. Parce que… de là à penser qu’il était « différent » ou « spécial » … c’était aberrant.

Il en revint donc naturellement à cette conclusion. C’était définitivement aberrant.

- Tu te trompes, mais à la rigueur ça n’a pas d’importance… Ecoute-moi…
- Non ! s’exclama-t-elle, le visage fermé.
- Sam… reprit-il plus doucement, en posant ses mains sur les épaules de la jeune femme. Je t’en prie, écoute-moi. Ma carrière est fichue, quoiqu’il arrive mais je peux encore sauver la tienne.

Agacée, elle se libéra de sa poigne d’un geste brusque.

- Je ne corroborerai jamais tes dires. Quels que soient tes arguments. Le sujet est clos !
- Carter, grogna-t-il perdant peu à peu son calme…
- Ah non ! le coupa-t-elle cependant, devançant ses propos. Je t’interdis de me donner un ordre ! Cette discussion ne concerne ni le Colonel, ni le Major et tu le sais très bien !

Aussi furieux l’un que l’autre, ils se mesurèrent du regard. Sam résista bravement, plus déterminée que jamais.

Non ! Il ne serait pas le seul à tout prendre. Elle supporterait deux années loin de lui, elle supporterait d’être dégradée et renvoyée… mais pas d’être libre et de le savoir en prison pendant les dix prochaines années. Hors de question.

Sentant qu’il perdait son temps, Jack finit par jeter un regard assassin à la jeune femme avant de se détourner brusquement. Elle le regarda sortir de la pièce en claquant la porte, peu soucieux de passer inaperçu. Le cœur de Sam se serra aussitôt. L’idée qu’ils se séparaient ainsi, en mauvais termes lui était insupportable.

***********************


Daniel et Teal’c vinrent les voir à tour de rôle.

Le jeune archéologue semblait en apparence le plus bouleversé des deux. Il avait espéré un rapprochement entre ses deux amis depuis longtemps déjà mais jamais il n’avait songé aux conséquences dramatiques que cela pouvait engendrer.

Quant à Teal’c, il ne comprenait tout simplement pas comment on pouvait mettre les deux meilleurs guerriers de la Tau’ri aux arrêts pour une raison aussi futile et surtout personnelle.

Depuis leur altercation, Sam et Jack ne s’étaient pas revus et ce dernier n’avait fait passé aucun message à la jeune femme. Kinsey était venu dans la semaine, mais Hammond ayant donné des ordres, il n’avait pu narguer O’Neill que de l’extérieur. Lorsque celui-ci avait vu le sourire narquois du sénateur à travers la petite vitre les séparant, il avait senti une fureur noire prendre possession de lui. S’il avait eu une arme… Kinsey serait mort. Heureusement, les Airmans en faction l’avaient rapidement fait partir après un regard désolé vers le prisonnier.

Depuis près d’une semaine qu’ils étaient enfermés, Jack commençait à tourner en rond, cherchant en vain un moyen de les sortir de là… De « la » sortir de là, plus précisément. Elle avait refusé la seule alternative qui lui était venue à l’esprit et il en était furieux. Il savait qu’il aurait du s’excuser de l’avoir rembarré. Elle avait réagi comme il s’y attendait finalement, suivant ce que sa conscience, ou peut-être même son cœur lui dictait.

Maintenant il regrettait. Non pas de ne pas s’être excusé… ça, il en avait la possibilité par l’intermédiaire de Daniel et de Teal’c, mais il regrettait simplement d’avoir été si faible. Il aurait pu empêcher ça. S’il avait pensé un peu plus avec sa tête, il aurait pu éviter de la mettre dans une telle situation.

Jack ne savait plus trop quel comportement adopter. Il était tout simplement… perdu. Alors, suivant son instinct, il choisit de mettre de la distance. Une distance qui le rassurait et lui permettrait peut-être de garder toute sa neutralité. Il fallait qu’il trouve le moyen de les sortir de cette situation…

************************


Hammond raccrocha violemment le combiné de son téléphone. Le rouge. Après maints et maints appels, il était enfin parvenu à joindre le Président. D’ordinaire si disponible, celui-ci s’était montré étrangement fuyant. Nul doute que l’arrestation du Colonel O’Neill et du Major Carter en était la principale cause. Hammond avait été contraint d'attendre de lui parler d’un problème concernant le SGC et nécessitant les directives du Président pour pouvoir enfin aborder le sujet qui l’intéressait. Hélas, le chef du gouvernement s’était montré on ne peut plus clair : les lois étaient faites pour être suivies par tous, quels que soient les actes héroïques de certains.

Cependant… Le Président était parfaitement conscient que mettre aux arrêts deux officiers de premier ordre pour cause de fraternisation était ridicule. La survie de la planète ne tenait parfois qu’à un fil… et il n’avait aucune envie de prendre le moindre risque en démantelant SG1. Il avait donc sous-entendu qu’un arrangement était toujours possible.

Encore fallait-il que l’arrangement en question ne tarde pas trop. Hammond n’eut Dieu merci pas longtemps à attendre. L’Alarme se fit brusquement entendre :

« Activation de la Porte non programmée ! »

D’un pas pressé, il descendit jusqu’en salle de commande.

- C’est la Tok’ra, Monsieur.

Inconsciemment, Hammond grimaça puis ordonna l’ouverture de l’iris et rejoignit Jacob qui traversait le vortex.

Teal’c et Daniel se trouvaient déjà en bas et accueillirent le Tok’ra avec un sourire quelque peu crispé. Celui-ci ne mit que quelques secondes pour comprendre qu’il se passait quelque chose d’anormal. Il balaya la salle de commande du regard puis reporta son attention sur Hammond.

- Où est Sam ?
- Elle va bien, répondit aussitôt son ami devant la panique soudaine qui brillait dans les yeux de Jacob. Je t’en parlerai plus tard, si tu veux bien. Il y a un problème ?

Le Tok’ra hésita quelques secondes, puis son professionnalisme aidant, il finit par acquiescer.

- Oui et pas des moindres. Je crois qu’il va nous falloir un bon coup de main du destin pour tirer la Terre de ce mauvais pas.

Sans un mot, ils rejoignirent la salle de Briefing mais avant de s’asseoir, Jacob attrapa le bras d’Hammond.

- Je voudrais savoir ce qui se passe avec Sam…

Le Général hocha finalement la tête et il le mena jusqu’à son bureau. Une fois la porte refermée, il se retourna vers son ami.

- Le Major Carter est en prison.

L’incrédulité vint aussitôt se peindre sur le visage de Jacob.

- C’est une blague ?
- Non.
- Mais… pourquoi ? Pour quels motifs ?
- Non respect de l’article 134.

Le Tok’ra fouilla un instant dans sa mémoire puis son regard se durcit brusquement.

- J’imagine que Jack a également été arrêté ? répliqua-t-il glacial.
- Oui.

Le Général Carter acquiesça, les lèvres pincées, une colère muette se lisant dans ses yeux sombres.

- Jacob… tenta de tempérer Hammond, les mains levées. Je te rappelle qu’il n’est pas le seul fautif.
- Je m’en moque. Il est son supérieur oui ou non ? Il aurait du la remettre à sa place. Bon Dieu George ! Tu réalises ce qu’elle risque !? Tout ce qu’elle a fait jusqu’ici n’aura servi à rien ! Elle va tout perdre ! Sans compter deux ans de sa vie !
- Elle en est parfaitement consciente et Jack aussi. Crois-moi, il est le premier à vouloir empêcher que tout ça n’arrive.

Le Tok’ra se permit un ricanement dédaigneux.

- C’est un peu tard pour ça !

Un silence pesant s’instaura et Jacob tenta de retrouver son calme. Mais finalement, peu enclin à se détendre, il leva les mains au ciel.

- J’arrive pas à y croire ! Ca fait sept ans qu’ils se connaissent ! Ils ne pouvaient pas faire ça dans les règles !?
- Ils n’ont rien prémédité, répondit Hammond, songeant à ce que Sam lui avait dit.
- Eh bien, ils auraient peut-être du ! Ils auraient du réfléchir à tout ça au lieu de se tourner autour pendant tout ce temps ! C’était évident que ça finirait par déraper !

Hammond regarda son ami faire les cents pas dans le bureau, cherchant certainement un moyen d’aider sa fille. Il finit cependant par intervenir.

- Il y a peut-être un moyen… Mais pour ça, il faut que tu me dises en quoi consiste la mission que tu es venu nous donner.

Jacob redressa la tête, silencieux, puis finit par grimacer.

- C’est une mission suicide, George… S’ils n’y vont que tous les deux… ils ne s’en sortiront pas.

Hammond se permit alors un sourire.

- Ils ont un atout dans leurs manches que tu ne connais pas.

***************************


Lorsque Jack découvrit Jacob à l’entrée de sa cellule, il ne put retenir une grimace d’appréhension. Le visage du Tok’ra… ou plutôt du père outragé… était sombre et ne présageait rien de bon.

Il se leva donc, prêt à subir les réprimandes et accusations en tout genre qui ne tarderaient certainement pas. Lorsque la porte fut refermée, les deux hommes d’observèrent en silence puis Jacob finit par dire sèchement :

- Est-ce que vous réalisez dans quel pétrin vous avez mis ma fille ?

Jack serra les dents mais se tut.

- A cause de votre comportement irresponsable, elle risque la prison et sa carrière... Et je me contrefous qu’elle ait une part de responsabilité dans tout ça. Vous êtes son supérieur ! Vous auriez du la tenir éloignée.

Jacob s’interrompit, les poings crispés, le visage blême. Finalement, il ferma les yeux et se calma peu à peu. Selmak ne devait pas être étranger à ce soudain sursaut de raison.

- Vous ne dites rien ? finit-il par grogner, agacé par le mutisme de Jack.
- Je n’ai rien à dire, répondit celui-ci. Vous avez raison.

Les deux se regardèrent de nouveau, silencieux.

- George est parvenu à un arrangement avec le Président. Celui-ci est prêt à faire annuler les poursuites contre vous en échange de la réussite d’une mission que vous seuls êtes capables d’accomplir étant donnée votre invisibilité.

Jack fronça les sourcils.

- Je n’ai jamais refusé une mission. Cet arrangement n’a pas lieu d’être.
- Vous allez pourtant l’accepter ! s’énerva Jacob. Vous n’êtes pas seul dans cette histoire.

A ces mots, O’Neill acquiesça, prenant conscience qu’en faisant ça, il pouvait dire adieu à sa carrière. Ce genre d’arrangement, c’était comme faire du chantage à l’armée. Mais peu importait. Si cela pouvait empêcher Sam de tout perdre, alors...

- J’accepte... Mais à une condition.

Il vit Jacob se raidir mais ne s’en préoccupa pas.

- Si j’ai bien compris, c’est une mission suicide, n’est-ce pas ? Je refuse que Carter m’accompagne.
- … Sa présence ou non n’est pas une option, hélas. C’est tous les deux ou rien. De plus, je dois vous prévenir... Le Docteur Frasier a émis des réserves quant à cette mission. La toxine dans vos organismes est au plus bas. Il est possible que vous redeveniez brusquement visible au beau milieu du champ de bataille.
- Génial... grogna Jack en frottant nerveusement sa nuque.

Le ventre noué, il croisa le regard de Jacob. Celui-ci semblait partagé entre la colère et l’angoisse. Comment le lui reprocher ? Il risquait de perdre sa fille à cause de lui. De sa faiblesse. Si cela finissait mal pour Carter, comment pourrait-il jamais se le pardonner ?

Mais si cela finissait mal pour elle... Il n’y aurait de toute façon jamais d’après.

*****************

Sam avait appris que son père était à la base depuis quelques heures déjà mais il n’était toujours pas venu la voir. Autant dire qu’elle appréhendait énormément leurs retrouvailles et imaginait aisément sa colère. Et tout ce qu’elle espérait, c’était que Jack et lui s’éviteraient autant que possible.

Lorsqu’on l’extirpa de sa cellule, son cœur se figea. On ne l’avait pas mise au courant de ce qui l’attendait et elle fut surprise et troublée de croiser O’Neill sous bonne garde dans le couloir. Ils se rejoignirent et marchèrent côte à côte en silence. Il ne lui adressa aucun regard et le ventre de Sam se noua davantage. Pourquoi était-il si distant ?

Ils parvinrent finalement en salle de Briefing où les attendaient Hammond, Teal’c, Daniel et un Jacob particulièrement lugubre. Jack eut droit à une œillade meurtrière mais la jeune femme fut surprise et soulagée qu’il ne s’en tienne qu’à ça.

Il devait déjà y avoir eu confrontation...

- Bien, commença le commandant du SGC, lorsque tous furent assis. Comme le sait déjà le Colonel O’Neill, nous avons trouvé un moyen de…

Comme il hésitait sur les mots à employer, Jacob se chargea de les renseigner :

- … Un moyen de vous sortir du pétrin dans lequel vous vous êtes mis !

Jack et Sam eurent la décence de ne rien dire et Hammond reprit la parole :

- J’ai passé un accord avec le président annulant toute poursuite contre vous si vous réussissez de la prochaine mission. Nous avons appris, grâce à un espion Tok’ra dans les rangs d’Anubis, que celui-ci était en train de construire une machine capable de passer outre notre iris.

Carter haussa aussitôt les sourcils, perplexe.

- C’est impossible… Il empêche la re-matérialisation de quoique ce soit…
- Nous savons cela, intervint sèchement Jacob. Mais il aurait mis la main sur une arme des Anciens capable de détruire tout ce qui se trouve à la sortie du vortex. Il cherche en ce moment même un moyen de la modifier pour faire fondre l’iris de la Terre.
- Mais le fait de détruire cette arme ne l’empêchera pas d’en construire une autre plus tard, intervint Daniel.

Jacob se tourna vers le jeune homme.

- Si. Anubis est capable de modifier la technologie des Anciens mais pas de la construire lui-même.

L’assemblée acquiesça de concert.

- ... Très bien ! s’exclama Daniel en souriant vaillamment. Quand nous mettons-nous en route ?

Jack prit alors la parole pour la première fois depuis que Sam l’avait rejointe dans le couloir.

- Vous restez là. J’irai seul avec Carter.

Celle-ci se tourna vers lui en haussant les sourcils mais resta silencieuse.

- Nous ne venons pas avec vous ? demanda Teal’c perplexe.
- La Porte est trop bien gardée et il est inenvisageable de passer par l’espace, répondit O’Neill. En nous rendant invisibles nous pourrons nous introduire sans risques dans le Hat’ak d’Anubis pour détruire l’arme. Si n’importe quelle équipe SG avait pu s’occuper de cette mission, il n’y aurait eu aucun accord possible avec le Président. Mais nos nouvelles… capacités nous donnent plus de chance de réussite.
- Et les capteurs ? demanda Sam. Ils sauront nous repérer, invisibles ou pas.

Jacob secoua aussitôt la tête.

- Notre espion les coupera pendant une petite heure. Ça devrait vous laisser largement le temps de poser le C4 et de vous enfuir.

La jeune femme acquiesça.

Un silence se fit rompu finalement par Hammond.

- Je dois cependant vous prévenir que le Docteur Frasier a émis des doutes quant à la durée de votre invisibilité. La toxine a presque entièrement disparu de votre corps.
- Peut-être devrions-nous en réutiliser ? demanda Sam.
- J’ai également proposé cela mais elle le déconseille vivement. Tant que nous n’avons pas la preuve formelle que cette toxine est sans danger, il vaut mieux éviter. Vous pourriez devenir définitivement invisible.
- Très bien, finit par déclarer Jack. Nous partons quand ?

Hammond se leva, suivi de près par le reste de l’assemblée.

- Dès que vous êtes prêts.

**********************


Sam finissait de se préparer, tout en jetant des coups d’œil nerveux vers son supérieur s’affairant derrière elle. Ils étaient tous les deux, seuls dans le vestiaire, depuis près de cinq minutes et il n’avait toujours pas desserré les lèvres. La douleur qu’un tel mutisme pouvait provoquer chez la jeune femme se transforma peu à peu en colère.

Elle était fatiguée de ses sautes d’humeur. A croire qu’il jouait avec elle ! Mais Sam ne supportait plus de passer du désespoir au bonheur et inversement comme bon il lui semblait. Elle ne supportait plus cette dépendance d’émotion.

D’un geste rageur, elle vissa sa casquette sur la tête puis sortit en claquant la porte afin de rejoindre la salle d’embarquement sans attendre. Marchant d’un pas raide dans les couloirs de la base, elle prit le temps de songer à leur histoire. Leur « courte » histoire. A première vue, il cherchait encore une fois à fuir… Comment un homme apparemment si sûr de lui en toutes circonstances pouvait-il agir de façon si déconcertante lorsqu’il s’agissait de sentiments ? Certes, elle savait qu’il était parfois plus que douloureux d’aimer mais… ils avaient été si heureux pendant cette journée… cette unique journée si parfaite…

Lorsqu’elle pénétra seule dans la salle de la Porte des Etoiles, son matériel invisible sur le dos, Daniel et Teal’c les y attendaient déjà. Elle les rejoignit mais eut un mouvement de recul en découvrant Kinsey près du Général Hammond. Elle croisa son regard étrangement satisfait. Pourtant, le fait que le Président ait accepté de passer un accord avec eux aurait du le mettre de méchante humeur.

Sans prêter davantage attention à lui, elle s’approcha de ses amis.

- Je n’aime pas l’idée de vous laisser y aller seuls, Major Carter, commença de suite le Jaffa, plus sombre que jamais.

Sam ne put retenir un sourire attendri.

- Ne vous inquiétez pas. Nous avons un avantage de poids.
- Un avantage qui risque de se montrer défaillant, intervint Daniel, également très inquiet.
- Ça va aller. J’en suis sûre.

Un silence se fit où les deux hommes acquiescèrent pour la forme mais cependant peu convaincus.

- Et avec Jack ? Comment ça se passe ?... Vous semblez en froid…

Le visage de la jeune femme se ferma aussitôt.

- Le Colonel ?… Aucun commentaire.

Daniel se permit une grimace et Teal’c un haussement de sourcil significatif. Ce fut sur cet entre-faits que Jack fit son entrée. Lorsqu’il croisa le regard de Kinsey, son visage se contracta mais il ne fit aucune remarque. Il voulut rejoindre son équipe mais le sénateur s’interposa.

- Colonel O’Neill. J’ai entendu dire que cette mission était suicidaire, déclara-t-il, allant droit au but.

Sans prêter attention aux propos de Kinsey, Jack se tourna vers la salle de commande et d’un geste de la main ordonna l’ouverture de la Porte.

- Ne vous inquiétez pas pour nous, on a l’habitude, finit-il par lâcher tandis que Teal’c, Daniel et Sam se rapprochaient de lui en soutien.

Le sénateur se permit un sourire mauvais.

- A deux… Vous n’aurez pas fait un pas de l’autre côté que vous serez déjà de l’histoire ancienne.

Jack se pencha pour croiser le regard d’Hammond.

- On lui aurait caché des choses ?

Le Général sourit à son second tandis que le quatrième chevron s’enclenchait.

- Mr Kinsey ne connaît pas tous les détails de la mission.
- Comme c’est dommage pour lui. Il risque d’être terriblement déçu.

Le sénateur fronça les sourcils, perplexe.

- De quoi parlez-vous ?

Comme tous se permirent un regard de connivence, sa mâchoire se crispa. Il attendit en vain qu’on lui réponde et finalement, la Porte s’ouvrit dans un halo de lumière.

- Bonne chance, répliqua Hammond à ses deux officiers.

Ceux-ci le saluèrent rapidement puis disparurent sous les yeux ébahis de Kinsey.

- Qu’est-ce que … ? beugla-t-il, abasourdi.

Il reçut alors une violente claque dans le dos qui faillit le faire tomber à la renverse.

- A tout à l’heure ! s’exclama Jack avec ironie.

*******************


Lorsqu’ils passèrent le vortex ils s’éloignèrent rapidement le plus silencieusement possible. Près d’une cinquantaine de Jaffas les attendait, leurs armes prêtes à faire feu. Les deux officiers parvinrent cependant sans encombre jusqu’à des fourrés suffisamment éloignés pour pouvoir parler.

- Ici O’Neill, commença Jack en enclenchant sa radio. Nous sommes passés. Pour info, il y a près d’une cinquantaine de Jaffas autour de la Porte.
- Très bien, Colonel. Bonne chance.

Et quelques secondes plus tard, ils virent la Porte se refermer dans un bruit sourd et familier.

D’un signe de la main, il incita son second à avancer prudemment et près d’un quart d’heure plus tard, ils parvinrent sans encombres sur le vaisseau. Les sécurités semblaient en effet avoir été coupées car ils n’eurent aucun problème pour trouver la salle de recherches, ni pour poser le C4. C’était presque trop simple, compte tenu de leur aptitude à se fourrer dans les pires situations.

Ce fut lorsqu’ils se rapprochèrent doucement mais sûrement de la salle des anneaux que les ennuis commencèrent. D’un geste vif et nerveux, Sam empoigna maladroitement la manche de son supérieur avant de se coller contre la paroi du mur.

- Quoi ? murmura Jack, interrogateur.
- Je ne vous vois plus, Mon Colonel…

Perplexe, O’Neill plissa des yeux. En effet, la jeune femme semblait le traverser de son regard.

- Et… ?
- Ce qui veut dire que je ne suis plus invisible.

Le visage de Jack se décomposa. La gorge nouée, il resongea à tous les postes de contrôle, tous les Jaffas qu’ils avaient croisé à l’aller… et qu’ils trouveraient forcément sur leur route au retour.

- Allez-y, Monsieur. Partez.

Celui-ci se permit un rictus amusé.

- Mais oui… Et vous abandonner là.
- Mon Colonel, s’exclama-t-elle cependant. Ce n’est pas une plaisanterie. Je n’ai aucune chance d’arriver là-bas vivante. Qui sait combien de temps la toxine va continuer à faire effet sur vous ?
- Il doit me rester près de huit heures si on calcule par rapport au temps séparant ma prise de la votre.

Mais Sam secoua la tête.

- Pas forcément. Notre physionomie est différente. La toxine peut très bien être moins résistante chez vous...
- Ecoutez, l’interrompit Jack. Je m’en fous. Il est hors de question que je vous laisse. Je ne l’aurais pas fait avant et encore moins maintenant.

La jeune femme sentit son cœur s’emballer et regretta plus que tout de ne pouvoir observer l’expression qui devait se peindre sur le visage de son supérieur. Elle sentit une main se poser sur son bras et la tirer afin qu’elle le suive dans le couloir. Ils avançaient beaucoup plus doucement, à l’affût du moindre bruit. Ils avaient tous deux un Zat dans la main, beaucoup moins bruyant que leurs P90. Lorsque des pas retentirent, Sam se colla de nouveau contre la paroi du vaisseau et Jack partit au devant des Jaffas. Elle entendit bientôt plusieurs tirs puis le silence.

- C’est bon… répliqua une voix qu’elle connaissait bien.

Soulagée, elle s’avança vers lui et sentit bientôt une main chaude se saisir de la sienne avant de l’entraîner plus loin.

C’était stupide, elle le savait… mais elle se sentait un milliard de fois mieux maintenant que lorsqu’elle était encore protégée par son invisibilité.

Le coeur battant, elle se laissa donc guider à travers les couloirs. Avant qu’ils ne parviennent à la salle des anneaux, Jack posa ses mains sur ses épaules et la poussa doucement dans un coin, lui intimant silencieusement l’ordre de ne pas bouger. Elle entendit à peine son pas décroître puis de nouveau le bruit de plusieurs tirs.

- Carter ! La voie est libre.

Celle-ci le rejoignit rapidement et ils se retrouvèrent quelques instants plus tard hors du vaisseau. L’alarme n’allait pas tarder à être donnée. Bien qu’ayant tiré trois coups sur chaque Jaffa rencontré afin que leurs corps ne soient pas trouvés, leur absence allait forcément mettre la puce à l’oreille de certains. Ils durent prendre un chemin différent de l’allée afin de contourner les sentinelles. L’explosion du vaisseau n’allait plus tarder et les gardes se rapprocheraient sûrement de la Porte afin d’éviter toute fuite éventuelle.
Ils longeaient depuis quelques minutes un chemin lorsqu’une patrouille se dirigeant vers eux se fit brusquement entendre. Machinalement, Sam plongea par terre dans les fourrés et Jack vint la recouvrir de son corps. Surprise, la jeune femme sourit malgré elle.

- Mon Colonel... murmura-t-elle à son oreille.
- Mmm ?
- Vous ne me cachez pas en faisant ça...

Il redressa légèrement la tête.

- Oh... Désolé... C’était instinctif... Mais chut, ils arrivent...

En effet, les pas se rapprochaient dangereusement. Sam se savait bien cachée et, s’ils ne faisaient aucun bruit, il n’y aurait aucun problème.

Elle sentit soudain un souffle sur son visage lui indiquant que Jack avait légèrement bougé et était, à présent, tourné vers elle. Involontairement, elle frissonna, prenant conscience de ce corps au-dessus d’elle, de leurs jambes emmêlées, de son torse écrasant sa poitrine. Elle ferma les yeux un instant, la peur au ventre. Comment pourrait-elle se passer de lui ? Comment ferait-elle si jamais il décidait de mettre un terme à leur relation ?

Dans un état second, elle entendit à peine les Jaffas passer près d’eux, le pas lourd et coordonné. Elle pouvait sentir le souffle de Jack se rapprocher étrangement de ses lèvres, parasitant sa raison de pensées incongrues. Des images de leurs étreintes passées lui revinrent en mémoire et elle tenta vaillamment de les repousser.

Son souffle s’éloigna finalement tandis que les Jaffas disparaissaient au loin sans les avoir découverts. Le grésillement de leurs radios les fit sursauter de concert. Surpris, Jack jeta un oeil autour de lui puis se redressa avant de répondre d’une voix rauque.

- O’Neill.
- C’est Teal’c. Nous venons d’ouvrir un vortex. Avez-vous réussi ?

Sam se leva à son tour, la respiration courte, tentant de retrouver ses esprits.

- Oui, le C4 est posé mais Carter n’est plus invisible. Nous allons avoir des difficultés à passer la Porte. Je ne pourrais jamais mettre hors service une cinquantaine de Jaffas à moi tout seul sans que l’alarme ne soit donnée et que d’autres rappliquent.
- Etes-vous loin de la Porte ?
- Non. Cinq cent mètres tout au plus... Mais... Où êtes-vous ? Au SGC ?
- Nous sommes sur P2X677, O’Neill. Nous allons coordonner une attaque. Prévenez-nous dès que vous serez près de la Porte.
- Très bien. Terminé.

Sam sentit alors sa main prendre la sienne.

- Allons-y, dit-il doucement, l’incitant d’une pression à se remettre en marche.

La jeune femme ne se fit pas prier et quelques minutes plus tard, ils arrivèrent aux abords de la Porte encore ouverte. Tous les Jaffas étaient tournés vers elle, prêts à faire feu.

- Déployons-nous. Vous, restez là. Je vais me mettre près de ce bosquet... sous l’arbre, à votre gauche, vous le voyez ?
- Oui.
- Bon... Ne me tirez pas dessus, hein ! répliqua-t-il un sourire dans la voix.

Encore troublée pas les derniers évènements, elle entendit à peine son pas décroître puis sa radio grésilla. Elle se reprit aussitôt.

- Ici O’Neill, nous sommes en position.
- Reçu.

A peine ces mots avaient-ils été prononcés que des grenades à choc Goa’ulds passèrent à travers le vortex. Sam et Jack plongèrent aussitôt au sol, fermant les yeux. Eloignés, ils ne craignaient pas l’évanouissement mais la lumière étant particulièrement vive, ils auraient eu des difficultés à voir et donc à viser correctement. Les grenades eurent raison de près de la moitié des Jaffas et tous deux se mirent à arroser les survivants. Ni une ni deux, Teal’c et Daniel passèrent la Porte, très vite suivis par SG3 et SG6. Ainsi pris entre deux feux, leurs adversaires ne purent pas grand chose et la bataille tourna court.

A peine arrivés sur cette planète, le vortex avait été refermé et Daniel, ayant pris position près du DHD, entrait d’autres coordonnées, indifférents aux tirs environnants. Teal’c était chargé de sa protection. Une fois le combat fini, il composa le dernier symbole et la Porte s’ouvrit. Un grondement se fit alors entendre et levant les yeux vers le ciel, ils virent des Al’keshs se diriger droit vers eux. Ni une ni deux, tous plongèrent dans le vortex tandis qu’au loin résonnaient l’explosion du laboratoire et l’alarme du Hat’ak.

A peine sur la planète, Daniel recomposa d’autres coordonnées afin de prévenir une quelconque poursuite. Mais à la surprise de Jack, redevenu visible, ce n’était pas celles de la Terre.

- Quelqu’un peut m’expliquer ? demanda-t-il après un second voyage à travers la Porte.

 


Flashback

A peine la Porte venait-elle d’être refermée derrière Sam et Jack que Janet déboula en salle de commande au pas de course. S’apprêtant à prendre la parole, elle se tut cependant en croisant le regard du sénateur Kinsey. Celui-ci, furieux, ne mit pas longtemps à quitter les lieux et la jeune femme s’approcha de son supérieur.

- Mon Général, nous avons un problème...

Hammond observa le visage angoissé du médecin avec appréhension.

- Lequel ?
- Je viens de remarquer dans les échantillons du Major Carter que la toxine était dorénavant en partie inexistante. Il ne lui reste que quinze à vingt minutes d’invisibilité tout au plus...

Teal’c et Daniel qui étaient encore présents se tournèrent d’un même mouvement vers le Général.

- Nous devons les prévenir, intervint le jeune archéologue.
- Impossible. Ils se trouvent certainement au beau milieu des rangs ennemis... Même le simple grésillement de leur radio pourrait les perdre, réagit le Jaffa.

Hammond acquiesça, réfléchissant à la meilleure stratégie. Puis, se tournant vers Harriman, il l’interpella.

- Sergent, je veux les Colonels Reynolds et Harris dans mon bureau, immédiatement.
- A vos ordres, Mon Général, répondit Walter avant d’enclencher les haut-parleurs.

Quelques minutes plus tard les trois militaires et les deux membres de SG1 se trouvaient dans le bureau d’Hammond, à l’abri des oreilles indiscrètes du sénateur Kinsey. Après un rapide résumé des évènements, le Commandant du SGC conclut :

- J’ai besoin de votre aide pour sortir le Colonel O’Neill et le Major Carter de là. Vous n’êtes pas obligé d’accepter. Ce n’est en aucun cas un ordre.
- Pas de problème, Mon Général ! Nous sommes prêts ! répondit Reynolds, tandis que Harris acquiesçait.

Hammond sourit.

- Cette mission de secours n’est pas censée avoir lieu. Si le sénateur Kinsey ou le Président lui-même en prenait connaissance, nous serions passibles de poursuites.

Les deux hommes acquiescèrent de nouveau, imperturbables. Les missions officieuses, ils connaissaient.

- Très bien... Vous mettrez au courant vos hommes le plus discrètement possible. SG3 et 6, vous irez sur P2X677 soi-disant pour quelques relevés... Deux équipes pour si peu ne devraient pas mettre la puce à l’oreille de Kinsey. Il ne connaît pas nos façons de procéder. Teal’c et vous, Docteur Jackson, vous partirez pour Chulak soi-disant pour voir Bra’tac mais vous irez les rejoindre dès que vous aurez passé la Porte.

Tous hochèrent la tête.

- Allons-y !

 

Après ce rapide résumé, Jack sourit.

- Donc, si j’ai bien compris, pas un mot sur votre aide... On va devoir inventer quelque chose pour expliquer l’absence de Jaffas près de la Porte lors du voyage retour ?

Il se tut quelques instants, parfaitement conscient que les hommes et femmes devant lui étaient des volontaires. Jamais Hammond ne les aurait forcés à faire cette mission de sauvetage officieuse.

- En tout cas... Merci d’être venu nous chercher, dit-il finalement à la cantonade.

************************


Lorsqu’ils rentrèrent tous deux sur Terre, l’accueil fut chaleureux. Kinsey avait brusquement disparu... Après un passage à l’infirmerie et un court débriefing où ils apprirent par Janet que les tests d’invisibilité étaient concluants, Sam regarda Jack et son père suivre Hammond dans son bureau. Ainsi mise à l’écart, elle s’enfonça dans les couloirs aux côtés de son amie.

- Nous allons devoir faire d’autres tests mais à première vue, nous allons pouvoir utiliser l’invisibilité dans nos prochaines missions. Ça va nous apporter un plus conséquent qui pourrait bien tout changer, déclara Janet avant de prendre conscience que Carter avait définitivement la tête ailleurs. Sam ? Tout va bien ?

Celle-ci sursauta presque à l’appel de son prénom.

- Oh... oui. Excuse-moi.
- Il n’y a pas de mal... répondit le jeune médecin, la mine soucieuse. Où en es-tu avec le Colonel ?

Sam baissa piteusement la tête.

- Nulle part, j’en ai bien peur.

Arrivées au croisement qui devait les emmener chacune vers des lieux différents, les deux femmes se regardèrent. Carter sourit bravement puis finit par se détourner.

- Tout n’est peut-être pas perdu... entendit-elle derrière son dos.

Elle leva un bras mais ne s’arrêta pas et prit finalement la direction de ses quartiers.

Tout n’était peut-être pas perdu... c’est vrai.

Dans un soupir, elle pénétra dans sa chambre et s’affala sur le lit.

La boule dans son estomac ne semblait pas disposer à partir. L’incertitude était en train de la tuer. Mais cette incertitude, finalement, n’était-elle pas préférable à la certitude d’un abandon ? Il y avait encore de l’espoir.

Il la désirait. Il l’aimait même. Elle en était certaine. Si seulement il finissait par accepter cela lui aussi.

*****************


Jack sortit du bureau d’Hammond en soupirant.

Voilà, les dés étaient jetés.

Enfin. Le pire avait été évité. Elle était vivante et allait même avoir droit à une promotion dans quelques temps. Quant à lui... Bah ! Quelle importance...

Il rejoignit d’un pas lourd l’étage des quartiers et hésita devant la porte de la jeune femme.

Maintenant que tout était arrangé, que devait-il faire ? Ca faisait plus d’une semaine qu’ils étaient en froid... ou plutôt qu’il lui battait froid. Il avait bien senti son énervement et avait finalement préféré ne rien faire afin de ne pas lui donner de faux espoirs. Lui-même, jusqu’ici, n’avait pas vraiment su ce qui les attendait et la distance lui avait semblé nécessaire pour qu’il garde tout son sang froid. Elle le troublait suffisamment comme cela dès qu’elle posait les yeux sur lui alors... moins elle le regardait, mieux il se portait. Enfin... façon de parler.

Elle lui manquait. Elle lui manquait atrocement. Son sourire, sa voix, sa présence et ses théories interminables... ses baisers aussi, la douceur de sa peau, la force de ses sentiments.

Méritait-il une femme pareille ?

Dans un soupir, il se détourna et poursuivit sa route jusqu’à ses propres quartiers. Il s’apprêtait à ouvrir la porte lorsqu’une voix retentit derrière lui.

- On va devoir parler tous les deux.

Jack fit la grimace en croisant le regard de Jacob.

Il n’avait pas envie d’avoir cet entretien. Il n’avait aucune envie d’entendre un autre argument prouvant l’impossibilité d’une relation avec Carter.

- Je crois qu’on s’est tout dit, répliqua-t-il donc, le visage fermé.
- Je ne pense pas, non, déclara le Tok’ra, en l’incitant à entrer dans ses quartiers afin d’être à l’abris des caméras.

Jack finit par s’exécuter de mauvaise grâce. Une fois la porte refermée derrière eux, les deux hommes s’observèrent avec attention.

- Allez-y, je vous écoute, grogna O’Neill, les bras croisés sur son torse.
- Je voudrais connaître vos intentions vis à vis de ma fille ?
- Mes intentions ? répéta Jack, sans comprendre.
- Qu’allez-vous faire ?

O’Neill soupira, passablement agacé.

- Je n’en ai pas la moindre idée. Ça vous va ?
- Vous n’en avez aucune idée ? répéta Jacob sèchement. Vous avez failli foutre la vie de ma fille en l’air et maintenant que tout est réglé, vous n’en avez aucune idée ?

Surpris, Jack observa le visage tendu du Tok’ra. Il s’était attendu à... un autre discours...

- Je crois au contraire que vous savez parfaitement ce qu’il vous reste à faire, continua le Général Carter. Je souhaite qu’elle soit heureuse, et à première vue, vous êtes celui qu’elle veut. Alors je vous conseille de ne pas attendre.

Sur ces mots, Jacob sortit en claquant la porte.

******************************


Sam commençait à s’assoupir doucement lorsque des coups légers furent frappés. Son coeur faisant une embardée, elle se redressa sur ses coudes.

- Entrez, répondit-elle d’une voix faible.

Son pouls battit brusquement des records de vitesse en découvrant la haute silhouette de son supérieur dans l’embrasure de la porte.

- Entrez, répéta-t-elle tandis qu’il restait figé à la regarder.

Il finit par reprendre ses esprits et referma derrière lui avant de se retourner.

Ils s’observèrent en silence quelques instants puis Jack fit quelques pas vers elle, les mains enfoncées dans ses poches.

- Je ne t’ai pas épargné, ces derniers jours... commença-t-il, accélérant par ces mots les battements de son coeur.

Il la tutoyait... Pour un peu, elle en aurait hurlé de soulagement. Incapable de prononcer le moindre son, la jeune femme se contenta de s’asseoir sur le lit, les doigts crispés sur son pantalon.

Comme elle ne répondait rien, prenant son silence pour de la réprobation, il continua :

- Je suis désolé... Quelles que soient mes explications, je n’ai pas d’excuses.

Elle ne disait toujours rien, surprise. Jack O’Neill ne s’excusait que très rarement et surtout pas de façon si sérieuse. Il était plus habitué à tourner en dérision ses erreurs.

Un silence pesant commença à s’instaurer. Pesant pour lui tout du moins. Il finit donc par le rompre et se racla nerveusement la gorge.

- Tu ne dis rien... ?

Ce fut à cet instant précis qu’elle comprit combien il avait peur. C’était bel et bien de la peur dans son regard. La crainte de l’avoir perdue.

Après ce qu’il lui avait fait vivre, elle aurait pu laisser la rancune prendre le dessus et s’amuser quelques minutes à ses dépends mais elle était bien trop soulagée pour penser à se jouer de lui. Elle se leva donc, fit les quelques pas les séparant et vint se glisser dans ses bras avant de poser la tête sur son épaule. Elle sentit sous ses mains les muscles de son dos se détendre peu à peu tandis qu’il l’étreignait à son tour contre son coeur.

Elle l’entendit soupirer, le visage dans ses boucles blondes.

Voilà. Elle était de nouveau heureuse.



Mais pour combien de temps ?

- Comment allons-nous faire ? murmura-t-elle.
- J’ai du démissionner.

Sam redressa aussitôt la tête, les yeux écarquillés.

- Comment ?
- Ça faisait parti du... petit contrat avec le président.
- Je ne comprends pas... bredouilla la jeune femme. Je croyais qu’il laisserait tomber toutes les poursuites ?
- C’est l’armée, Sam. Il devait y avoir au minimum une sanction. Mais... Je n’en suis pas spécialement mécontent, rajouta-t-il, un sourire amusé sur les lèvres. Enfin, disons que ça m’arrange.

Mais elle ne lui sourit pas en retour. Le SGC sans Jack... Les missions sans lui.

Il sembla lire dans ses pensées aussi poursuivit-il :

- Tu sais... Hammond pensait me promouvoir au grade de Général pour prendre la tête du SGC. J’aurai donc de toute façon quitté SG1.
- Oui mais là, tu quittes la base...

Jack haussa les épaules, un sourire énigmatiques sur les lèvres.

- Pas tout à fait...

Sam le regarda, perplexe.

- Comment ça ?
- Puisqu’il parait que je suis indispensable... à première vue, tu n’es pas la seule à le penser... le président a décidé de créer un poste rien que pour moi !

La jeune femme se détendit quelque peu.

- Lequel ?
- Conseiller tactique et militaire... Si c’est pas amusant pour quelqu’un qui ne fait plus partie de l’armée ! En tout cas, je serais mieux rémunéré que ma pauvre solde de Colonel de l’Air Force ! finit-il, saluant ses propos d’un clin d’oeil.

Cette fois-ci, Sam rit doucement.

- Et donc, tu passeras souvent au SGC ?
- A chaque crise... autant dire, assez souvent oui. Ça ressemble plus à une promotion, maintenant que j’y pense, tu trouves pas ?

Soulagée, elle se laissa glisser de nouveau dans ses bras et il caressa ses cheveux d’un geste tendre.

- On a la permission de sortir, murmura alors Jack contre son oreille. Ça te dit, un dîner... ?
- En ville ou à la maison... ? demanda-t-elle sans bouger d’un millimètre.
- Comme tu veux.
- Sous la couette alors.

Elle l’entendit rire doucement et il la serra un peu plus contre lui. Ils restèrent comme ça encore quelques instants puis Jack redressa légèrement la tête.

- Par contre, il me reste un truc très déplaisant à faire...

La jeune femme leva les yeux vers lui, perplexe.

- Lequel ?
- Trouver Kinsey pour le remercier. Tu crois qu’il appréciera l’attention ?
- Je n’en suis pas sûre, répondit-elle en riant de nouveau avant de nicher son visage dans son cou.
- Je lui envoie des fleurs alors ?
- ...
- Une boîte de chocolats ?


FIN

* Un petit clin d’œil à Une histoire de tubes à essai que j’ai écrite en collaboration avec Tails, pour ceux qui ont lu mes fics ;-)

** Deux ans de prison, dégradation puis renvoi de l'armée pour Fraternation. Non, vous ne rêvez pas. C'est bien la peine encourue. J'ai fait des recherches à ce sujet ;-)


Encore désolée pour la présence certaine de petites incohérences. Je n’y connais rien dans les règlements de l’armée hormis la fameuse peine ;-)

Un p’tit mail ?