Raison et Sentiments

 

CHAPITRE II

 

Lorsque Marianne s’éveilla le lendemain matin, le Colonel était parti. La jeune femme tendit une main hésitante là où le corps de son époux avait reposé et sentit la fraîcheur des draps. Il était levé depuis longtemps déjà. La lumière du jour traversait les rideaux épais de la chambre et Marianne s’étira doucement avant de se redresser. La sensation de brûlure était toujours présente mais si faible qu’il ne faisait aucun doute qu’elle aurait entièrement disparu le lendemain.

Aujourd’hui était sa première journée en tant que maîtresse de maison mais malgré son excitation, ses sœurs lui manquaient. Elle avait passé toute sa vie en leur compagnie et leur absence avait quelque chose d’effrayant. Elle prit son petit déjeuner seule dans la salle à manger puis s’inquiéta de l’absence du Colonel.

- Monsieur est parti très tôt à cheval. Il n’a pas laissé d’instructions, Madame.

Au regard curieux du domestique, Marianne se sentit rougir. Ce n’était certes pas le comportement d’un homme marié et heureux de l’être.

La jeune femme soupira et leva les yeux vers les boiseries de la pièce. Le manoir de Delaford bien qu’ancien, était confortable et extrêmement bien entretenu. Il n’avait certes pas la prestance de Norland mais le Colonel possédait autant de serviteurs que feu Mr Dashwood et Marianne ne fut donc pas embarrassée par la diligence des domestiques à la servir. Mais très vite, la jeune femme comprit qu’il était inutile pour elle d’intervenir dans l’organisation de la maison.

Le manoir s’était passé pendant longtemps de la présence d’une maîtresse et Marianne se trouva très vite à cours d’activité.

Le Colonel revint lorsqu’il fut près de midi et en entendant les sabots de sa monture sur le gravier, Marianne sentit son cœur battre plus vite. Il était étrange de constater combien une seule nuit pouvait changer les relations entre deux personnes. Ils avaient pourtant passé de nombreux mois à discuter et faire connaissance. A se rapprocher peu à peu. A s’apprécier. Et soudainement, la sérénité que Marianne croyait avoir obtenue en épousant le Colonel se voyait fragilisée.

Elle abandonna le livre qu’elle s’était employée à lire depuis une petite heure et se leva à la rencontre de son époux. Celui-ci pénétra dans le hall de son pas calme et mesuré puis donna son chapeau et ses gants au domestique avant de lever les yeux vers elle. Il sembla se troubler un instant puis s’approcha.

Marianne observa les traits rudes et indéchiffrables de ce visage à présent si familier puis s’inclina devant lui. Il fit de même et s’enquit :

- Comment allez-vous ?

- Bien, je vous remercie. Et vous ?

- Fort bien.

La gêne qu’ils ressentaient tous deux était palpable mais le Colonel fit mine de l’ignorer. Marianne aurait pu le questionner sur son absence, ce matin ; sur cette fuite, car il ne faisait nul doute qu’il s’agissait bien là d’une fuite… mais elle n’en eut pas le courage.

Elle n’en eut pas plus le courage le lendemain, ni aucun autre jour de la semaine.

Une étrange routine s’était établie, faite de politesse et de distance, et l’esprit de Marianne fut bientôt envahi de questions sans réponses :

Pourquoi le Colonel l’avait-il finalement choisie ? Qu’attendait-il d’une telle relation ?

Le sentiment d’avoir mal agi, d’être responsable de cette crise mirent la jeune femme au désespoir. Les lettres d’Elinor empreintes de gaieté furent autant de poignards dans son cœur et Marianne se trouva incapable de lui répondre par autre chose que des banalités.

Mais mentir par correspondance et mentir de visu étaient deux choses bien distinctes et la jeune femme blêmit en recevant une invitation donnée par Mrs Jennings pour le lendemain. Il était évidemment impossible de refuser et le jour suivant, une voiture fut affrétée.

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- Qu’est-ce qui te chagrine ?

Marianne leva les yeux vers sa sœur et, perdue dans ses pensées, marqua un temps d’arrêt.

- Comment ?

- Tu sembles distraite.

La jeune femme se détourna et rajusta son châle sur ses épaules. Le repas avait pris fin depuis une demi-heure et Elinor avait sollicité sa sœur cadette pour une promenade dans le jardin. Le soleil encore haut dans le ciel réchauffait l’air de ses rayons mais rien ne semblait capable de toucher le cœur glacé de Marianne.

Que pouvait-elle dire ? Que pouvait-elle faire ? Comment aborder un sujet si personnel ?

- Ce n’est rien.

- Marianne… insista Elinor doucement.

La jeune femme se mordit la lèvre et s’arrêta sous l’ombre d’un chêne. Une boule s’était formée dans sa gorge et elle sentit avec agacement ses yeux se voiler.

- Toi en revanche, tu sembles rayonner, répondit-elle en levant un visage confus vers son aînée.

Elinor fronça les sourcils et Marianne esquissa un sourire forcé afin de se faire rassurante.

- C’est à cause de Christopher ? Je vous ai trouvé un peu distants ce midi.

« Christopher ».

Elinor semblait n’avoir aucune difficulté à nommer son beau-frère si familièrement, alors qu’elle-même ne cessait de l’appeler « le Colonel » dans ses pensées. Pourquoi éprouvait-elle plus de facilités à prononcer le prénom d’Edward que celui de son propre époux ?

Il fallait qu’elle parle. Il fallait qu’elle sache.

- Comment… hésita-t-elle. Comment cela se passe-t-il avec Edward ?

Elinor haussa les sourcils puis esquissa un sourire sincère.

- Très bien. Parfaitement bien, en fait.

La boule dans la gorge grossit et Marianne eut toutes les difficultés du monde à poursuivre.

- Soit… Mais…

Elle s’interrompit, les joues en feu, puis ferma les yeux.

Non. Elle aurait trop honte de parler d’une chose si délicate. Et Elinor était si prude.

Mais ses hésitations, son embarras furent suffisants.

- Oh.

Un silence se fit. Un long silence.

Marianne leva les yeux vers sa sœur qui semblait en proie à une confusion extrême.

- Cela n’a pas d’importance, Elinor.

- … Si, s’empressa aussitôt la jeune femme en posant une main sur le bras de sa jeune sœur. Bien sûr que cela en a.

Le regard troublé des deux femmes se croisa. Celui de Marianne gorgé de chagrin et de solitude, celui d’Elinor empli de compassion.

- T’a-t-il fait mal ? Est-il brutal ou bien… ?

- Non ! réagit aussitôt Marianne, surprise par sa propre véhémence. Non, rien de tout cela. Tu sais bien qu’il ne pourrait jamais me blesser.

Sa voix s’était adoucie.

- Mais… depuis notre nuit de noce, poursuivit-elle, il n’y a plus rien eu. Et je ne sais pas pourquoi.

La honte lui fit baisser les yeux et Marianne sentit bientôt la main de sa sœur caresser tendrement ses cheveux.

- Lui as-tu demandé ? s’enquit doucement Elinor.

- Comment le pourrais-je ? répondit Marianne en redressant la tête. Comment aborder un tel sujet ?

Sa sœur esquissa un sourire.

- Il y a quelques mois encore, cela ne t’aurait pas semblé un problème.

- J’ai changé.

Le regard de Marianne s’était fait plus grave et après un court silence, Elinor prit sa sœur dans ses bras.

Oui, elle avait changé. Sa passion pour Willoughby l’avait changée et elle ne pouvait mettre tout cela de côté et avancer. Cette douleur, cette trahison feraient toujours partie d’elle.

- Aimes-tu encore Willoughby ? souffla Elinor à son oreille.

- … Je ne sais pas.

- Aimes-tu le Colonel ?

Marianne ferma les yeux, le cœur serré.

- Je ne sais pas…

Les bras de sa sœur se resserrèrent.

- Oh, Marianne…

- Je ne sais pas ! s’exclama la jeune femme en se dégageant. Je le croyais. Je le croyais sincèrement. Mais tout est si différent.

- Différent… de Willoughby ? Enfin Marianne. Comment pourrait-il en être autrement ? As-tu oublié ce que nous disait notre père ? rappela Elinor. Il a aimé la mère de John et il a aimé notre mère. Deux femmes, deux amours. Comment tes sentiments pourraient-ils être les mêmes pour Christopher et pour Willoughby ? Ce sont deux hommes si différents.

- Je sais cela. Mais j’avais espéré autre chose... Il est si distant, Elinor. Chaque jour. Il m’évite. Je ne sais plus quoi faire.

- Parle-lui.

Marianne soupira devant des paroles si raisonnables.

De la part du Colonel, elle ne s’était guère attendue à la passion que lui avait fait ressentir Willoughby. Ces émotions troublantes, envoûtantes. Ce sentiment qui bouleverse absolument tout.

Ce sentiment dont Christopher Brandon semblait être dépourvu.

Pourtant, Marianne avait été surprise et troublée en prenant connaissance de la tragédie qui avait durci le cœur du Colonel. Pendant des années, il avait été fidèle à son premier amour. Pendant des années, il n’avait réellement aimé qu’une seule femme. Et bien après la mort de celle-ci, il avait prouvé son affection et son dévouement pour elle.

Qui aurait pu imaginer tant de romantisme venant d’un homme tel que lui ?

Mais qu’en était-il de la passion ?

La caresse de ses longs doigts sur ses cuisses laiteuses, l’étincelle au creux de son ventre lui revinrent en mémoire… Et Marianne sursauta lorsqu’elle sentit un léger pincement sur son bras. Suivant le regard de sa sœur, elle découvrit Edward et le Colonel se diriger lentement vers les deux jeunes femmes. Inspirant profondément, Marianne tenta de se calmer un peu.

- Parle-lui, insista Elinor à voix basse.

La jeune femme ferma les yeux puis redressa vaillamment la tête afin de saluer les nouveaux arrivants. Quelques propos furent échangés puis les deux couples se séparèrent et Marianne se trouva bientôt seule avec son époux.

- Comment vous sentez-vous ? s’enquit le Colonel. Vous êtes pâle et j’ai cru…

Il hésita.

- Vous sembliez avoir besoin de réconfort.

Marianne rougit.

Il les avait vues dans les bras l’une de l’autre.

« Parle-lui ».

Ces mots résonnaient encore à son oreille.

- En effet, acquiesça-t-elle. Je… J’ai peur d’avoir commis un impair.

- Un impair ? Envers votre sœur ?

- Non. Envers vous.

Le Colonel cilla.

- Je n’ai vu aucun impair de votre part, Marianne. Vous pouvez être rassurée, dit-il avant de se détourner.

Il fit quelques pas sous le chêne majestueux qui les dominait puis soupira.

- Et je suis désolé si vous avez eu cette impression.

« Parle-lui ».

Tout ne pouvait s’arrêter à cela, à ces excuses sans consistance. Rien n’était résolu.

- Alors pourquoi ? osa-t-elle enfin.

- Pourquoi ? répéta le Colonel, tournant toujours le dos à sa femme.

- Pourquoi êtes-vous distant avec moi ?

- Distant ? s’étonna-t-il de mauvaise foi.

Il fit un nouvel écart et Marianne fronça les sourcils.

- Oui, distant !… Comment pouvez-vous le nier ?

- Je ne le nie pas.

- Alors répondez-moi.

- … Marianne.

Ce soupir eut raison de la patience de la jeune femme. Empoignant sa jupe avec vivacité, elle rejoignit son époux en quelques pas puis vint se poster sous son nez. Il baissa les yeux vers elle et Marianne fut surprise de le voir si troublé.

- Vous n’agissez pas comme un époux. Vous m’évitez sans cesse. Alors si je ne suis pas responsable de cela, pourquoi ?

- Parce que j’attends qu’il y ait de l’amour dans ce mariage, répliqua-t-il d’une voix plus dure qu’il ne l’aurait souhaité.

Marianne en fut ébranlée. L’espace d’un instant de panique, elle crut avoir perdu l’affection du Colonel mais la raison lui souffla de ne pas s’inquiéter. Il l’aimait, cela ne faisait aucun doute.

- Mais… Pour quelles raisons croyez-vous que je vous ai épousé ? demanda-t-elle donc.

Le regard du Colonel se fit fuyant.

- N’en parlons plus pour le moment, soupira-t-il avec une lassitude qui toucha la jeune femme.

- Au contraire ! Je ne vois pas pourquoi nous devrions taire tout cela ! Vous êtes mon mari et vous…

- Vous aimez toujours un autre homme, Marianne, la coupa-t-il avec une douceur inattendue.

Il écarta les bras avec dans son geste une fatalité douloureuse.

- Je le savais en vous épousant mais malgré cela… j’entretiens toujours l’espoir qu’un jour cela puisse changer. Alors, permettez que j’attende de posséder votre cœur avant de posséder...

Il se tut mais n’eut pas besoin de poursuivre. Les joues de Marianne se colorèrent malgré elle.

- Je suis désolé. Je ne voulais pas vous mettre mal à l’aise, dit-il. Voilà, vous savez tout à présent.

Marianne acquiesça. Elle comprenait parfaitement ce choix et cependant… elle ne comprenait décidément pas sa façon étrange de se comporter.

- Puis-je vous poser une autre question ?

- … Faites.

- Comment comptez-vous me faire oublier un autre homme… en m‘évitant ? s’enquit-elle avec ironie.

Le Colonel soupira.

- Je sais que cela peut vous sembler illogique mais… pour le moment, il vaut mieux que je vous évite.

- Pourquoi ?

- Parce que je dois m’habituer. Je dois… me contrôler.

- Vous contrôler ? insista-t-elle en redressant la tête.

Brandon ferma les yeux et fit un écart. Il porta une main tremblante à ses lèvres.

- Marianne… Vous ne connaissez rien aux hommes. Mais même avec la meilleure volonté du monde, il est parfois difficile de… de ne pas succomber.

Le cœur de la jeune femme se mit à battre violemment dans sa poitrine. Ainsi donc…

Voilà pourquoi il se couchait si tard et se levait si tôt. Voilà pourquoi il attendait de la savoir ou de l’imaginer endormie avant de se glisser dans leur lit.

Marianne observa les traits tendus de l’homme debout devant elle. Qui aurait pu imaginer tant de gentillesse et d’attention derrière ce visage dur ? Et qui aurait pu songer à voir de la passion cachée derrière une figure si taciturne ?

Cette passion qu’elle désespérait de voir en lui.

Elle leva vivement la tête.

- Embrassez-moi, murmura-t-elle.

Le Colonel se figea mais son regard vint inexorablement se poser sur ses lèvres.

- Marianne…

- Embrassez-moi. Vous êtes mon époux, nous sommes seuls. Vous pouvez m’embrasser.

Comme il ne bougeait pas, elle insista avec fermeté.

- Je le veux.

Après quelques hésitations, le Colonel finit par se pencher lentement vers elle et Marianne se surprit à tendre le cou avec impatience. Son cœur battait sourdement dans sa poitrine et elle ferma les yeux.

Ce fut tout d’abord un frôlement à peine perceptible puis les lèvres du Colonel caressèrent tendrement les siennes. Ce baiser fut doux, agréable mais désespérément sage aussi fut-elle fort désappointée lorsqu’il y mit si rapidement un terme. Il se redressa, estimant avoir accompli l’acte qu’elle lui avait demandé mais Marianne sentit une désagréable frustration bouillir en elle.

Ce n’était pas suffisant.

- Est-ce là tout ce que je vous inspire ? souffla-t-elle avec une note de désespoir.

Le Colonel sembla surpris par cette accusation chuchotée et inspira avec effort.

- Est-ce tout ? insista-t-elle.

- Je… Je ne comprends pas.

- Je vous ai demandé de m’embrasser et vous me montrez autant d’affection qu’un frère. Où est mon époux ?

Cette accusation ébranla le Colonel et Marianne sentit les battements de son cœur s’emballer lorsque le regard sombre de Christopher glissa une nouvelle fois sur ses lèvres.

Alors enfin l’une des mains du Colonel se leva et la jeune femme retint son souffle. Ses doigts caressèrent sa joue puis rejoignirent sa nuque, tandis que de son autre main, il l’attirait à lui.

Marianne ne savait trop quoi espérer de ce baiser mais elle aspirait à y découvrir un semblant d’émotion, et non pas cette politesse dont elle n’avait que faire. Mais toutes ses pensées cessèrent lorsque les lèvres du Colonel se pressèrent sur les siennes. Plus de douceur, plus de courtoisie, plus la moindre once de bien-séance.

Marianne sentit sa nuque ployer sous la force de ce baiser mais la main du Colonel était là, chaude et possessive. La caresse fut ardente, impérieuse et la jeune femme se laissa emporter par cette passion inespérée. Mais un gémissement s’échappa bientôt de sa gorge lorsque quelque chose de chaud et humide glissa entre ses lèvres et pénétra l’intimité de sa bouche. L’air sembla soudainement lui manquer et son corps fut traversé de frissons étourdissants. L’étincelle qu’elle cherchait à faire renaître n’existait plus. C’était un feu brûlant qui la dévorait entièrement tandis que la langue du Colonel caressait la sienne avec une fièvre qui la laissait pantelante dans ses bras.

Jamais Marianne n’aurait imaginé qu’un baiser puisse être si intime, si délicieusement troublant. L’union de leurs souffles, la fusion de leurs lèvres, la passion de cet échange frénétique lui firent perdre toute notion extérieure. Qu’importait l’heure, le lieu ? Seules comptaient les lèvres du Colonel. Ses bras, son corps, ses mains. Ses caresses.

- Eh bien, eh bien ! Colonel Brandon ! s’exclama cependant une voix au loin.

Si loin que Marianne crut avoir rêvé. Hélas les bras de Christopher s’écartèrent, sa bouche la libéra et la jeune femme se retrouva soudainement seule, vacillante sur ses pieds. Lorsqu’elle ouvrit les yeux, le Colonel avait pris ses distances et se tenait droit, le regard dirigé derrière elle.

- En voilà des manières ! poursuivit la voix que Marianne n’eut aucun mal à reconnaître.

La jeune femme posa une main sur ses lèvres encore délicieusement meurtries et rajusta machinalement ses boucles blondes derrière ses oreilles.

Jamais elle n’avait autant haï Mrs Jennings.

- N’oubliez pas que quelques jours plus tôt, cette jeune fille était encore innocente. Vous tenez donc à l’effrayer ? renchérit Sir Middleton.

La voix rieuse mais attendrie ne parvint pas à faire taire la colère de Marianne et son énervement ne connut plus de limite lorsqu’elle croisa le regard soudain coupable de son époux.

- Veuillez m’excuser, souffla-t-il avant de tourner les talons et de prendre la fuite.

Mrs Jennings et Sir Middleton arrivèrent à hauteur de la jeune femme et Marianne se retourna afin de faire face au couple indiscret. Sa raison, qu’elle tentait d’écouter le plus souvent possible depuis plusieurs mois, lui dictait de se montrer courtoise, mais les mots lui brûlaient la gorge. Une bataille sans merci entre la bien-séance et son caractère affirmé fit rage et quelques secondes plus tard, ces mots simples mais secs furent les seuls qu’elle consentit à donner :

- Je ne suis plus une jeune fille innocente, Sir. Il n’a donc rien fait qui puisse m’effrayer.

Et sur ses mots, elle prit vivement congé.

 

A SUIVRE...